Archives par mot-clé : travail

CITATION

« L’aménagement de l’avenir ne devient possible qu’avec la statistique. Les calculs laissent filer les cas individuels à travers leurs mailles. Ils ne prévoient que pour les masses. La tension entre futur et présent ou entre l’histoire et l’éternité qui caractérise la civilisation urbaine apparaît comme la métamorphose de l’ancienne contradiction bien connue entre le l’universel et le singulier ou comme l’envers de l’opposition entre le travail, tendu vers le futur au profit de tous, et le loisir orienté vers la satisfaction personnelle dans le présent. » (L. Thoré : « L’action populaire ») 

– Note écrite à 16 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

J’écris ces notes au rythme de deux pages par jour en moyenne… Je pense que c’est bien (ni trop ni trop peu). Je me rends compte que j’aime rester à la maison, calfeutré, et quand je sors, je pense que je vais rentrer sans histoire, lire, travailler, écouter de la musique. C’est une limitation volontaire. De s’agit pour moi de me donner l’habitude de travailler. Il faut que je réussisse au moins Propé.
Moins de cinéma, peu de théâtre, peu de ballets, pas d’horizon mais je me réserve…
Mais voyons clair : n’est-ce pas aussi un repli aux motivations inconscientes ? Jocelyne partie, avec qui j’ai réussi à créer un univers parfaitement harmonieux, n’est-ce pas la peur des autres, du contact douloureux… ?
Il faut que j’entre davantage en contact avec des gens de la classe que j’aime le mieux. Certains d’entre eux peuvent m’être très bénéfiques.

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Je viens de passer un examen de cardiologie. 14,8 de tension ; « Cœur normal. Pas de lésion. Sujet anxieux » : voilà comment on recouvre d’un mot la réalité. J’étais fou de croire que je pourrais échapper au service militaire : Je ne crois pas que je serais réformé… J’y passerai, comme tout le monde.


Comment faire pour être réformé ?


Si je dois y passer, c’est emmerdant à cause du problème numéro un : boulot. Revenant du service,  il me sera bien plus difficile de trouver du travail. Tout au moins, il faudrait que j’entre au S. C. A. . Ce serait toujours mieux que rien. J’ai envie d’écrire à L. pour lui  exposer mon cas. Peut-être m’indiquera-t-il un moyen de m’en sortir ? Et puis il faut que je pense à mon sursis… Si je ne m’en occupe pas, ça me retombera sur la gueule.

1966.03.02

La lutte ? Oui. Y compris l’amertume de la défaite… ?


De toute façon, on est vaincu. Même si on ne se bat pas. Alors : autant se battre ; pour la vie, pour la beauté de la chose, par désespoir… ?


Pour l’homme… ?


Aujourd’hui : angoisse sensationnelle (à cause des deux cafés que j’ai pris pour faire augmenter mon rythme cardiaque)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Vu dans le métro : « On recherche conducteur de métro. Age maxi : 35 ans. Cette durée peut être prorogée du service militaire légal et d’une année par enfant à charge » Un gars veut travailler. On lui dit : « C’est con : il faudra quitter dans 1 an… » Il le fait quand même : il a l’intention de faire un enfant à sa femme. Pas moyen… Pourquoi ? Il est jeté dehors. Sa femme, en colère, le quitte ( lui laissant leurs gosses ? ) Elle part avec un autre mec. Plus tard, elle accouche → c’est donc lui qui était impuissant ! Il découvre que tous leurs gosses ne sont pas de lui. Il se fout à la flotte.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – SOCIÉTÉ – COMMERCE

12 h 15. Bus (bleu).


12 h 25.métro (Villette)


Je suis allé hier à la librairie Gibert, boulevard Saint-Michel, demander le prix de certains bouquins pour le concours de l’IDHEC. Il y avait au rayon Beaux-arts, où je me suis rendu, un jeune vendeur, d’une vingtaine d’années, très charmant et sympathique, qui m’a consciencieusement fourni tous les renseignements que je désirais. En dehors de sa conscience professionnelle, ou plutôt en considérant celle-ci, mais d’une façon nouvelle, j’ai été frappé par la connaissance dont il faisait preuve de tous les livres dont je lui parlais et la promptitude avec laquelle il me renseignait. J’ai jugé qu’il était bien agréable d’avoir affaire à quelqu’un qui connaisse bien ce qu’il vend et qui le vende avec autant d’intérêt, car on sentait chez lui un intérêt pour ces livres, une culture que possèdent bien peu de ces jeunes vendeurs, engagés pour la plupart dans ce domaine comme dans n’importe quel autre. Et c’est là une forme particulièrement sympathique de cette conscience professionnelle en question, car le zèle dans le travail n’est pas le fruit d’une ambition d’être bien vu par le chef de service, mais plutôt d’un véritable amour des livres. Ce n’est pas les supérieurs qui comptent, mais la marchandise, il s’agit donc de l’aimer et de bien la connaître.


J’ai jugé ce jeune homme bien plus «intéressant» que deux bonnes femmes que j’ai vues ce matin. Elles vendaient la quincaillerie, paraît-il. Quand je suis entré, j’ai demandé un flacon plastique d’eau de Javel. J’ai dû attendre des heures pour en avoir le prix. À côté de moi une cliente était perdue dans les piles électriques : impossible de trouver ce qui lui convenait… Scène caractéristique de ses commerçants qui n’aiment pas ce qu’ils vendent et qui ne le connaissent pas.


Cela m’a fait penser à ce que disait André Martin : le type qui ne connaît pas une technique, le type qui n’est pas un spécialiste, qui ne nous apprend pas quelque chose, celui-là ne nous intéresse pas ; on n’en a pas besoin. Il est hors de notre époque… C’est le jeune homme de chez Gibert qui est l’avenir… Pourquoi ? Je disais que le désir de se faire bien voir – semble-t-il – n’intervenait pas. Mais sa condition d’employé, d’exploité, le pousse, le galvanise… Ces bonnes femmes avaient une mentalité de propriétaire… C’est ce qui les condamne…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Une femme entre avec son enfant (2 ou 3 ans ou moins) dans un magasin de mode. Ambiance tendre. Elle s’occupe des tissus et laisse l’enfant qui joue sagement sur le pas de la porte. La vendeuse laisse la femme et joue avec l’enfant…

Note écrite à 19 ans