Carnet 10

Carnet 10 – Du 8 mai 1967 au 30 juillet 1967

 

08/05/1967

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Après ce long temps d’interruption, je reprends mes notes sur ce carnet que je viens d’acheter à la librairie-papeterie (sur le boulevard Poniatowski, hauteur sortie métro Porte Dorée, côté gauche en allant vers la Porte Dorée). Avant de partir à Lorient (29  30 avril  1-2-3 mai), pendant mon séjour là-bas et après mon retour ici, j’ai eu quelques idées que je n’ai pu noter car mon carnet précédent était terminé (paresse d’en acheter un autre ou bien plutôt une sorte de refus inconscient dû à un désir de « vivre normalement » comme je me dis parfois. Si j’essaie d’analyser ce désir, je crois voir (cf. carnet précédent  noté à la fin) = si ce sont mes idées que je note, je voudrais inconsciemment éviter de les noter sur ce carnet pour leur donner plus de solennité. Si c’est ma vie que je note, je voudrais qu’elle soit si riche, si intense qu’il me soit impossible de la transcrire sur papier. Donc, inversement : si je ne la note pas, c’est qu’elle est intense. Erreur. Illusion. Fausseté = Je dois bien reconnaître que mes idées sont bel et bien au niveau de ce carnet et non de l’imprimerie soignée. Je dois bien reconnaître que ma vie est si banale qu’il me faut noter les quelques faits saillants afin de les conserver présents et de m’en satisfaire comme si toute ma vie se ramenait à ces quelques faits et que le reste n’eût pas existé. (Je dois cependant remarquer que, plutôt que des faits, je note ici les réflexions que m’inspirent ces faits. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : ma réflexion, ma pensée, mon attitude face à mon existence et au monde où je vis. Ce qui me frappe, c’est la discontinuité de ma vision. Le problème, c’est : ma vision est-elle discontinue parce que ma vie l’est ? Ou bien est-ce la discontinuité de ma vision qui me fait croire que ma vie est elle aussi discontinue ? Dans ce dernier cas, cela signifierait qu’il me reste des domaines à découvrir, un effort à faire et que cela dépend de moi et de moi seul… J’ai en effet bien souvent l’impression que ces vastes vides, ces creux de mon existence, ces moments où il ne se passe rien, je pourrais peut-être le remplir : lire  écrire  voir des gens, des choses… (Allé hier à l’exposition au Musée de L’Homme « Art primitif ». Assez beau).

 

VÉCU – IDHEC

 

J’arrive au studio ce matin. Évidemment pour m’apercevoir que ce cher Monsieur L. m’a apporté des croûtes innommables. Je n’ai pas encore vu les Gauguin. Heureusement : Gauguin, c’est Gauguin et c’est beau. Mais, pour le portrait de jeune femme, je peux repasser. Aussi je me mets dès maintenant à la recherche d’une reproduction moi-même. On n’est jamais si bien servi…

 

VÉCU – AMIS

 

Je note  jours précédents.  Discussion avec Jean-Jacques (chez lui, dimanche dernier). On parlait de la correspondance par bande magnétique. Problème de la communication privée par moyens audiovisuels. Bande magnétique, film = la lettre de l’avenir ? Je lui expliquais qu’à mon point de vue, nous ne savions pas nous servir des moyens mis à notre disposition.

 

VÉCU – IDHEC

 

Galerie Hautot  36, rue du bac (Paris-7e)

 


Femmes (de Ribera)

 


Recherché mon portrait toute l’après-midi. Pas trouvé. Trouvé seulement, chez Braun, « L’atelier » de Corot = une femme devant un chevalet  modifie le sens du film (comme d’habitude, je dévie de la direction que je m’étais tracée, mais peut-être faut-il m’habituer à trouver ça fructueux). En effet, mon intention était de montrer que le cadre cinématographique est analogue au cadre pictural. Ici, je vais faire l’inverse  la peinture est mise sur le même plan que la réalité (que le cinéma). Mais finalement, c’est à ça que j’aurais abouti, de toute façon. Et peut-être même cet « Atelier » est-il meilleur qu’un portrait ( profondeur  notion d’espace). Je voulais utiliser une peinture plate (portrait), mais au cinéma impossible de négliger l’espace). Il y a un truc qui me plaît dans cette utilisation de « L’atelier », c’est quand Lacroix dit « Viviane n’est pas là » et quand, à la fin, on cadre le tableau et que Claude est mort dans l’atelier (celui du tableau). Viviane est là et dans le véritable atelier, elle est absente. Présence et absence simultanée (mystère)  Bresson ?

 


En regardant le tableau, je me demande si toutes ces belles pensées seront perceptibles sur l’écran. Enfin, il n’est plus possible de faire machine arrière. On verra bien le résultat. Trop enthousiaste. Trop enthousiaste.

 

VÉCU – AMIS

 

(Suite conversation avec Jean-Jacques) = Exemple = un type travaille, loin de chez lui. Il est marié, a un gosse. Femme intelligente, moderne. Supposons accessibles (financièrement) les moyens de réaliser un film avec son direct synchrone. Sa femme filme leur gosse en train de jouer, travailler, etc.… et lui envoie le film. Il peut aussi ainsi voir et entendre son gosse. Bien sûr, ce n’est pas son gosse qu’il voit, réellement. Mais c’en est au moins une image, chargée d’un coefficient intense d’affectivité. Ce n’est pas la réalité. Mais c’est justement ce qui est formidable. C’est une approche de la réalité. C’est le genre de choses qui renforcent l’amour qu’on peut éprouver pour un enfant et donne d’autant plus envie de retrouver l’enfant en chair et en os. C’est la lettre moderne. Il n’y a pas de doute pour moi là-dessus. On y viendra. Mais pas à la bande magnétique seule, car elle est terriblement mécanique. Il lui manque la vie. Il y a, d’autre part, ce moyen archaïque, antédiluvien et qu’on emploie toujours = la lettre. Ce qui nous plaît dans la lettre, c’est le papier, c’est l’encre, le fait (magique ?) qu’un être se réduise à un fragment de papier ( fétichisme  lettre qu’on embrasse, qu’on brûle). Il y a deux solutions dans les moyens de communication privée : l’ancien = la lettre, le nouveau = le film sonore (y compris télévision directe). Entre les deux, pas de compromis possible (exemple : la bande magnétique). Le film sonore sera-t-il l’expression du fétichisme moderne ? Il y a aussi un domaine intéressant pour la réflexion : dans le cas du film sonore, qu’est-ce qui sépare le moyen de communication privée de l’œuvre d’art ? C’est que le premier est destiné à une personne particulière, conçu pour elle (et ne pouvant être pleinement ressenti que par elle), le second étant, au contraire, accessible à tous. Mais il n’y a pas de frontière nette de l’un à l’autre. On peut passer de l’un à l’autre. Lorsqu’un livre me plaît, je le ressens comme destiné à moi seul et d’autre part on publie bien souvent parmi ses œuvres complète la correspondance d’un grand artiste…

 

ÉCRITURE

 

La cigarette Réaumur est bien connue. Parce que « Réaumur, c’est Bastos, Paul… »

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « LES PLANTES »

 

  en passant Bd Poniatowski, devant pelouse d’un club de gymnastique ? Coin Bd et rue qui monte à la Foire du Trône)

 

 

Travelling à la hauteur des monticules + bruit de train (paysage qui défile par la fenêtre d’un train) (Cf. avion)

 

1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

J’ai noté chez Hoffmann : « oiseaux persifleurs… » ! C’est pour toi, Jo… !

 

LITTÉRATURE – HOFFMANN – PAVESE

 

Découvert Hoffmann et ses contes. Voulais le lire depuis longtemps.

 


Lu « Le métier de vivre ». Par moments, j’ai eu peur. Parce que c’est le regard d’un homme de 40 ans. Il faut voir comment il parle de ses 20 ans, de sa jeunesse. Constamment il se met en question, implacablement. Ce qui le mène au suicide ? (Je n’en suis pas sûr). Je trouve  comme c’est ridicule à dire – des points communs entre Pavese et moi. Sauf, bien sûr, que c’est un homme exceptionnel, qui va jusqu’au bout des choses. Quand il se critique, quand il met le doigt sur quelque chose qui le dégoûte, il a le courage d’essayer (au moins) de le changer. Autre chose qui me frappe : son souci « théorique ». Il est constamment préoccupé de la poésie (la sienne, mais en référence avec celle des autres = il assimile sa culture).

 


Noté dans « Le métier de vivre » = (11 septembre 1941) Pavese parle d’un « petit livre de Cohen » sur Chrétien de Troyes et ses commentaires me donnent encore plus envie de lire Chrétien.

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Je note encore (quelle avalanche !) : une très vieille idée (Lorient 65 ?) qui illustre en fait une conception fantastique. Imaginer (poser en principe que c’est un jeu d’imagination) : le moteur à explosion a été inventé déjà. C’est une masse, un assemblage d’éléments mécaniques. Puis on découvre l’essence  on la met dans le moteur  automobile qui roule, moteur en marche.  Cinéma scientifico-fantastique. Pédagogie  Didactisme d’un nouveau style  pour apprendre les choses aux enfants (et aux adultes) pour montrer en quoi consiste ceci ou cela, on a employé jusqu’ici un mode de raisonnement cartésien – On a dit : voilà, c’est ceci et cela. Voilà comment c’est fait, qui l’a découvert et comment. J’imagine qu’on puisse utiliser un mode de raisonnement différent (d’ailleurs déjà bien connu) le raisonnement par l’absurde. Raconter l’histoire, annoncer les lois physiques d’une façon complètement imaginaire  on ne fait pas assez appel à l’initiative de l’individu. Faire marcher l’imagination sur tel ou tel thème  entraîne l’intérêt, donc la découverte donc la connaissance  se rattache aux « Qu’est-ce que ? » Je pars d’une constatation : à l’époque actuelle, les bouquins, les films, les émissions radio ou TV didactiques ne font que redire les mêmes choses, de façon à peine différente. Je pars du principe qu’il existe des bouquins, disons de documentation (très bons) que l’enfant ou l’adulte peut consulter sur tel et tel sujet. Ce que je veux faire n’est pas un document de plus mais plutôt un stimulus, un excitant. C’est le didactisme par cliché négatif.

 

VÉCU – RENÉ – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

 Discussion avec René Filmer des ruines (un temple grec – un amphithéâtre) et, tout à coup, au milieu de ces ruines, apparaît une femme avec une amphore, un enfant, un philosophe… Mélange présent et passé. Ce qui est chiant dans les films historiques, c’est que le passé n’est pas ressenti comme tel, il est au présent  (ce qui est terrible dans « La prise de pouvoir par Louis XIV », c’est qu’on a l’impression que Rossellini fait un reportage, caméra au poing et avec un micro-cravate, à Versailles, au XVIIe siècle… À la fois présent et passé).

 


Après l’amphithéâtre, il faudrait se transporter au bord de la mer : on verrait une galère, à l’ancre…

 


Même si je ne sais pas ce que ça vaut, je voudrais exprimer des choses qui sont en moi et que je refoule. De l’ordre du « point de vue », je crois – qui me permettrait peut-être de m’affirmer, de me défouler ?

 

LITTÉRATURE – PAVESE

 

Je remarque chez Pavese un grand nombre de « mots » et d’aphorismes : il faudrait que je développe chez moi cette forme d’expression. Il faut savoir être percutant…

 

Commentaire du 14 juin 2019 :

 

Ça, je l’ai fait ! Au moins une résolution dans ces carnets que j’ai tenue !

 

   Commentaire écrit à 72 ans

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – AUTRES

 

Je m’aperçois qu’il n’y a guère que deux types de rapports avec les gens possibles : soit les voir de temps en temps, soit vivre avec eux tout le temps. Dans le premier cas, on a d’eux une image globale. On ne cherche pas à la modifier et réciproquement, on est à l’abri. C’est la bonne humeur qui règle ces rapports, l’estime réciproque. On n’a pas le temps de s’engueuler. Dans le second cas, ce n’est pas une image de l’autre que l’on a. Il s’agit d’actions communes, de création par interaction.

 

CINÉMA – RÉFLEXION

 

À propos du didactisme, sans doute faut-il écarter une trop grande déformation de la réalité. Mais, je crois, il faut conserver l’idée du fantastique dans le scientifique.

 

09/05/1967

 

LITTÉRATURE – HOFFMANN

 

« La mélodie doit être un chant, il faut qu’elle s’épanche librement, directement du sein de l’homme car l’homme est l’instrument qui rend les sons les plus admirables, les plus mystérieux de la nature » (Hoffmann  Kreisleriana).  Qu’est-ce qui lui permet de dire ça ? Encore ce privilège accordé à l’homme dans la nature…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Les choses peuvent toujours dégénérer…

 


Est-ce que la vie-même n’est pas une vaste dégénérescence ? des ambitions, des projets, des amitiés, des amours, des corps…

 


Il faut savoir ne pas se mettre dans les situations gênantes. Quand on y est, il n’y a rien à faire.

 


C’est une véritable folie de notre part de penser pouvoir serrer la main à quelqu’un et rire et sympathiser avec lui alors que, demain, il pourra très bien se révéler votre plus mortel ennemi. Comment la sympathie peut-elle être possible avec la menace d’un conflit qui peut éclater à chaque instant ? La vie n’est qu’un vaste conflit d’intérêts, effectifs ou virtuels. Dans ces conditions, tout militantisme, tout appel aux bonnes volontés est impossible. Il n’y a de place que pour le rêve ou le silence.

 


Je suis frappé par le fait que des gens à qui je serrais la main, avec beaucoup de sympathie et d’estime, ont pu devenir mes ennemis, sans que ce soit par leur faute ni par la mienne, mais seulement comme ça, parce que les choses peuvent toujours dégénérer, s’envenimer. D’autant plus affreux. Certes, à l’issue de tels conflits, c’est toujours à moi, principalement, que j’en veux. Car s’ils ont lieu, c’est que je n’ai pas su m’habituer, dans les rapports humains, à respecter les règles, les conventions qui régissent ces rapports, qui définissent (d’une manière plus rigoureuse qu’on pourrait le croire) ce qu’il faut faire et surtout ne pas faire et qui m’apparaissaient comme de véritables soupapes de sécurité destinées à éviter les explosions toujours possibles. C’est précisément un des visages de la « Société » que de brimer nos instincts. Quant à dire si, réciproquement, cette société, avec ses normes et ses tabous, ne crée pas à son tour des instincts en nous, quant à savoir si ces instincts sont naturels ou non, je n’en sais rien du tout. Mais, de toute façon, ça ne change rien au problème parce qu’il s’étend sur une plage de temps beaucoup trop grande pour qu’un individu puisse espérer un notable changement si le problème était résolu. Ce qui m’écarte de la Révolution  c’est certainement très égoïste – c’est que je ne peux pas en « recueillir les fruits »… Changer la société, supprimer les instincts égoïstes et accapareurs, je veux bien, mais ça dépasse le cadre de la vie d’un homme et j’ai besoin de savoir, tout de suite, si « mon affaire est rentable »…

 


La solution « à ma portée », c’est celle de tout le monde : m’intégrer à la société, c’est-à-dire me replier sur moi-même. Accepter les rails de la société dans mon propre intérêt et pour être tranquille. Y a-t-il d’ailleurs une autre solution à part la mort (en fin de compte) ? N’est-ce pas précisément être adulte que s’apercevoir de cela… ? Être adulte, c’est-à-dire être sans illusions, sans joie, sans enthousiasme. On revient de tout, n’est-ce pas ? Je crois que je ne me suis jamais senti aussi vieux ; sans doute parce que c’est la première fois que je me sens vieillir…

 


Je me sens de plus en plus dégoûté, dans les moments où je suis lucide.

 

10/05/1967

 

LITTÉRATURE – HOFFMANN

 

Le thème du double dans « La princesse Brambilla » de Hoffmann  confusion finale du Moi et de son double.

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

La vie n’est qu’une vaste pourriture. J’arrive à 21 ans et je pense ça : la vie n’est qu’une vaste pourriture.

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Ce metteur en scène était si pauvre qu’il dormait dans son décor…

 

11/05/1967

 

CINÉMA – IDHEC

 

Mon premier film sonore.  Impression dominante : Les comédiens… (Charles Anthony  Gérard Hardy  Jeannine Spillman) Impression, pour la première fois de ma vie, d’avoir vraiment dirigé des acteurs… (parce qu’ils ont de l’expérience et du talent ?) À vrai dire, ce soir : flot d’impressions diverses, parmi lesquelles je m’efforce de distinguer les plus importantes. Autre chose essentielle : le son, bien sûr. Et aussi : le décor.

 

12/05/1967

 

CINÉMA – ÉCRITURE

 

Il faut vivre avec talent…

 

13/05/1967

 

CINÉMA – IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Noté  rue. Je marchais sur un trottoir ; des gens venaient dans ma direction. Trottoir bordé d’arbres  un oiseau à quelques mètres au-dessus des gens, volait dans ma direction, aussi.  Idée : Rues empruntées par les animaux aussi…

 

16/05/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Dans un hôpital : lit avec, dépassant des draps, un crâne de squelette.

 

 

« Central » Lorient. Mardi après-midi avec Jo. Discussion « animée » au sujet de Marcel.

 

17/05/1967

 

VÉCU – CINÉMA – AMIS

 

Aujourd’hui : grève générale. Actuellement : 15h30 Restoroute (sortie Le Mans) retour de Lorient avec C. M. Hier soir : dîner chez Marcel à Langoelan. Marcel m’a proposé de tirer un film de sa nouvelle « Le SS ».

 

19/05/1967

 

CINÉMA – IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

On a souvent traité le mythe du « premier homme »… Je ne savais pas pourquoi, j’étais séduit par cette imagination du 1er homme dans un monde désert. Il y avait une atmosphère, un esprit indéfinissable dans cette image. Je crois pouvoir dire qu’il y avait mieux, il y avait une idée, une idée d’autant plus forte qu’elle n’était exprimée par personne (aujourd’hui elle est devenue un lieu commun) Cette idée, c’était que l’homme était immortel… A vrai dire, ce n’est une idée que pour nous aujourd’hui, qui imaginons que le premier homme pouvait se croire immortel. A vrai dire, simplement, il ne pouvait pas se croire mortel  faire un film, un fragment de film là-dessus : le 1er homme, ignorant la mort, se croit immortel, il est immortel…  Dialogue du 1er homme et d’un homme moderne… Dénomination progressive des choses (« j’appellerai ceci un caillou, ceci un arbre, ceci la mer, etc. ») L’homme moderne arrive (voyage dans le temps) :  Il y a un mot que tu n’as pas encore inventé…  Révèle-le moi…  La mort…  Et qu’est-ce que cela veut dire ?  Tu le sauras un jour mais quand tu l’auras connue, tu ne pourras plus la nommer. Ce seront les autres qui le feront à ta place. Et ce sera ta mort pourtant. Ceux qui la nomment ne la connaissent pas et ceux qui la connaissent ne peuvent plus la nommer…

 

BRESSON – « MOUCHETTE »

 

Bresson. « Mouchette » = à l’intérieur d’un cinéma relativement traditionnel  fantastique. Ma façon d’envisager le monde. Description du monde + transformation (serveuse de bar qui sort, accompagnée par un homme, elle fait quelques tours dans un avion tournant, redescend, retourne au bar où elle remet son tablier.  Ne pas hésiter à tenter cette description objective d’un monde où les fonctions, les structures sont changées (mais éléments identiques). C’est cela, le fantastique (vieille image (Paris 1962-63) du café-salle à manger (Bar Callot). C’est ça, le fantastique.

 


J’éprouve maintenant du dégoût pour ces architectures fantastiques (disons = pittoresques) qui m’enchantaient autrefois. Le fantastique ne doit pas être dans les choses, il doit naître. J’ai besoin pour cela d’une architecture banale. Avec une architecture moderne, originale  plus de fantastique, mais : le bonheur…

 

VÉCU – BANDE DESSINÉE

 

Expo bande dessinée (Musée Arts déco) Paul Gillon « Les naufragés du temps » C. Dargaud (personnage se cachant sous un champignon) Mac Cay (contemporain de Verbeek)

 

IDÉE – DESSIN

 

Bande dessinée : à partir du principe de la variation des dimensions des lettres dans les ballons  un texte dans un ballon est commun à 2 personnages de dimensions différentes : l’un crie, l’autre chuchote.

 

 

21/05/1967

 

CINÉMA – ÉCRITURE

 

– J’ai mis 3 ans à lire un bouquin de philo… Je lisais une page pendant 3 mois et j’ai fini par comprendre… Et, à la fin, tu sais ce que j’ai trouvé ?  …?  Que j’étais pas d’accord…

 

22/05/1967

 

INCONSCIENT – PSYCHANALYSE

 

Lu hier dans une ancienne Quinzaine Littéraire un article sur Lacan. À propos de l’Inconscient : Je suis toujours frappé par la logique des mécanismes de l’Inconscient. Lorsqu’on les transcrit en mots, ils semblent sortis d’une intelligence puissamment synthétique. En réalité, ils se situent dans des personnalités qui paraissent 9 fois sur 10 banales ou même sous-développées. Dans de telles personnalités, des mécanismes aussi complexes qui, transcrits en mots, font rêver des heures entières le plus habile des philosophes… Cela me fait penser que ces mécanismes n’ont rien à voir avec les mots… Lesquels les intellectualisent, les mettent au rang des constructions philosophiques. Mais ces mécanismes n’ont pas besoin de sujets pour les construire, ce sont les sujets… ! et nous en sommes les objets. Disons du moins que, au-dessous des mots, nous sommes spectateurs de ces mécanismes, spectateurs sans le savoir, sans s’en rendre compte. C’est pourquoi Resnais dit : « L’Inconscient, c’est peut-être le spectacle fondamental… » Voulant dire qu’il faut chercher un moyen de faire monter l’Inconscient à la conscience, de le donner en spectacle (mais reconnu comme tel) autrement que par les mots ?

 

CINÉMA – TEMPS

 

Ah ! Le temps heureux où on disait : « J’aime bien Louis Jourdan. Je vais voir « L’oiseau de paradis »…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Ce matin, en me levant, j’ai ouvert ma fenêtre. Il y avait dans l’air une odeur… Est-il possible de retrouver ces impressions matinales où on ne fait pas de poésie, pas de descriptions tarabiscotées. Simplement, on ouvre la fenêtre ; on est encore en pyjama, en chemise de nuit. On pousse les volets de chaque côté. Au-dehors, c’est le matin sur la campagne. Une petite brume peut-être encore. On se retourne et on dit à sa femme ou à un enfant : « Viens voir… » On se penche tous les deux. On hume l’air et on dit simplement : « Il fait un temps superbe… » Retrouver 1/ ces impressions 2/ ces mots Impressions et mots banals, simples. Et pourtant c’est une réelle qualité de vie qui me remplirait le cœur et le corps d’une rare intensité. Mais, à vrai dire : retrouver cela ? L’ai jamais connu ? Ai-je eu une maison dans la campagne (Saint-Germain ?), une famille heureuse (?), des mots simples à la bouche ? Et puis est-ce que le cinéma est capable de transcrire ça ? (« Casque d’or » ?) Quand il y arrive, on crie au miracle, on prend un « bain de fraîcheur ». C’est donc possible, mais il faut être fort. Si je ne n’arrive pas à les communiquer, le retrouver pour moi-même. Quand j’y serai arrivé, ça voudra dire : la sécurité financière, la paix avec moi-même, l’amour réussi, le bonheur…

 

CINÉMA – ÉCRITURE

 

La nuit des joies simples (2014 : from Internet : fait)

 

CINÉMA – CINÉMATHÈQUE

 

Cinémathèque (« Oiseaux de paradis » Delmer Davis 1952) « Mon » ambiance. Retrouvé aussi cette exaltation, cet enthousiasme émerveillé des soirs où je découvrais le cinéma (Eisenstein  Griffith  Stroheim…) Et maintenant, pauvre présomptueux, est-ce que je l’ai découvert ? Est-ce que j’ai tellement vieilli ? Est-ce que je suis déjà un vénérable metteur en scène qui pense à ses propres films avant de penser aux grands classiques ou aux obscures séries B ? Il me reste tout à découvrir. Je ne suis rien. Et je suis toujours celui qui s’asseyait sur les fauteuils de la Cinémathèque (lorsque n’existait pas encore la salle du Palais de Chaillot) frémissant d’impatience en attendant de voir « La ligne générale » ou « L’âge d’or »… Il y a maintenant dans le public une méfiance vis-à-vis du cinéma. Celui-ci ne répond plus à l’image qu’on se faisait de lui. Et cette méfiance, cette déception, est telle que, même s’il revoyait les films américains qui faisaient ses délices il y a encore 10 ans, le spectateur serait déçu. Même s’il y a telle ou telle vedette à l’affiche, on se méfie (sauf exception pour quelques comiques  je parle de la France  Bourvil  Funès). Il est passé, le temps des stars. Maintenant, c’est la Télévision. Mais, pour des raisons économiques, la télé ne peut pas (pas encore ?) « fabriquer » des stars comme au cinéma. (Télé = état. Pas de bénéfices) C’est alors qu’apparaissent les « idoles » de la chanson. Ce sont les nouvelles stars. Là, il y a des bénéfices possibles, une publicité possible, parce que, en dehors de la télé, Sheila ou Jacques Dutronc rapportent pour la vente des microsillons et leurs tournées. On peut donc miser sur eux  succès (par bourrage de crâne) des émissions de variété à la télévision. La différence entre ces stars-là et les anciennes, c’est que les anciennes avaient du métier. Ce qu’elles faisaient, ces stars, c’était drôlement bien foutu. Parce qu’en plus, il y avait autour d’eux des tas de gens qui connaissaient leur affaire et faisaient du bon boulot. Aujourd’hui, à la télé, autour de Sheila, il n’y a personne ou alors on leur barre la route…

 

23/05/1967

 

CINÉMA – THÉÂTRE – SPECTACLE

 

Dans le théâtre filmé, on pense : mise en scène « cinématographique » = mise en scène morcelée et mobile parce que sujets (comédiens) sont immobiles.  # pour sujets mobiles  mise en scène statique  mise en scène « cinématographique »

 


 « Lumière d’été » à la Cinémathèque d’Ulm. Très beau (malgré une certaine emphase et un symbolisme un peu appuyé par moment).

 


L’IDHEC. Malfille vient tout droit de ce cinéma-là. Le cinéma d’Autant-Lara, Carné, Duvivier, dans ce qu’il a de plus mauvais. Il nous impose des sujets (16 sonore) et une esthétique issue de ce cinéma-là (vieux de 25 ans). Mais, dans ce cinéma, il y avait des acteurs extraordinaires. Pour nous : sujets traditionnels  découpage traditionnel (à cause de Malfille) On ne pourrait les réussir qu’avec ces acteurs des années 40…

 


Avoir un jour le courage la patience l’intelligence l’imagination la force la mémoire (?) de mettre sur papier (au moins) et éventuellement sur pellicule ce genre de choses. Exemple : j’imagine que je suis resté le seul homme sur terre. Qu’est-ce que je fais du monde ?  D’une idée, je passe à l’autre. Association : arrivé à une certaine idée, je me dis « Comment est-ce que j’en suis arrivé là ? »  je remonte le fil de mes idées jusqu’à l’origine.  Dans le même style : (mais plus personnel, je crois) : j’ai des ennuis, une pensée me turlupine puis je pense à autre chose, quelque chose de gai. Je me sens joyeux, mais je me dis « Il y avait quelque chose qui m’embêtait, mais je ne me rappelle plus quoi… » Je fais effort pour m’en souvenir et je suis à nouveau embêté.  Je ne retourne pas mes chaussettes en me couchant pour le lendemain matin. (quelquefois, le matin : hésitation).  Je plie mon pantalon, le soir en me couchant.  Je me rase plutôt après m’être lavé, parce que : pas de couche de crasse  poils accessibles plus facilement.  Je prends mon petit déjeuner avant de me laver parce que : sale (chocolat)  je me lave après.  Le soir, dans mon lit, je repense à certains événements ou personnes de la journée et je juge mon comportement et mes paroles (notamment sur le ton de mes paroles). Très souvent, alors que j’en ai été content (du moins à peu près) sur le moment, je suis mécontent de mes paroles et gestes. Je me trouve maladroit, coupable.  Je me mets parfois à la place des gens avec qui j’ai été en contact.  Je ne m’endors pas sans avoir pensé au moins un peu (même si je suis très fatigué) (je pense toujours à toi. Ma grande terreur, c’est de m’apercevoir que je n’ai pas pensé à toi).  Je m’aperçois : dans ma vie de tous les jours = je pense surtout à moi. Je m’observe. Je reste en moi.  Peut-être cette transcription sur le papier  libération ? (catharsis)  meilleure attention aux autres et au monde ?

 

25/05/1967

 

CINÉMA – IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

 « Trio » (Mingozzi) dont j’avais déjà vu « La tarenta » (bon)  Idée : un type se suicide mais met en place un dispositif pour filmer son suicide. Il le met en scène.  Sujet riche mais = romantisme. Je parle à la 1ère personne. Contester violemment ce romantisme, cet épanchement. Le contester, me critiquer. Sinon : romantisme et rien que ça. A travailler  Éventuellement : suicide vrai à la place d’un suicide simulé (lors du tournage d’un film) (réalisateur remplace acteur qui manque…) Accepter mon romantisme ? Accepter. Accepter. Accepter. Accepter.

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE – DESSIN

« NON » écrit avec des « OUI »

 

 

Conneries de jeunesse. Jeune. Jeune.

 

VÉCU – RÊVE – VOYAGE

 

Sur la plage. Sable  Mer avec soleil et reflets. On y rêve quand on est à Paris. Une fois dessus, on rêve d’être dans le voilier qui passe au large, avec son spinnaker gonflé.  Quelque chose à faire sur : l’état du type qui est sur la plage et qui sait qu’il pourrait être sur le bateau… La richesse ? Propriété privée ou pas. Le type sur la plage et le voilier à la fois ? Images mentales ? Identification ? Possession et action par personnes interposées (?)  Plutôt.

 

27/05/1967

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Parmi les choses que je pense souvent :  Je sais que je ne devrais pas faire une chose, je me le dis et je la fais quand même.

 

28/05/1967

 

VÉCU – MUSIQUE – JAZZ

 

19h37 : rendez-vous avec le jazz sur France musique Le dimanche

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « LES PLANTES »

 

Noté (pour « Les plantes » (élargi) : Rue St Jacques, en haut, juste avant la Rue Soufflot = Fac de Droit (?) = bouches de cave (?)

 

 

29/05/1967

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Noté hier ( émission télé italienne Studio Uno = très bonne)  2 dimensions : Sur scène, devant un écran, un acteur joue une scène… Sur l’écran : projection : un gigantesque bonhomme fait des gestes, des signes, indique à l’acteur son jeu, ses déplacements. C’est l’auteur de la pièce. (*)  Mario Del Monaco, chantant « Othello » devant photo géante de Verdi.

 

Commentaire du 24 mars 2016 

 

L’ai-je vu fait dans cette émission ou bien est-ce une idée que cette émission m’a inspirée ?

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

30/05/1967

 

ÉCRITURE

 

Une trouvaille à chaque pas…

 

31/05/1967

 

SEXE – FEMMES

 

Bonne occasion pour attraper une fille : lorsqu’elle est entourée d’un tas d’autres jolies filles et que vous ne regardez qu’elle…

 

Commentaire du 24 mars 2016 

 

Comme si je savais et pouvais dire ce qui marchait avec le filles !

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

01/06/1967

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Projet Yvon  Idée (Province ?) : Un gars et une fille font l’amour  échec. Un peu plus tard, deux cinéastes amateurs qui préparent un film les rencontrent l’un et l’autre, séparément, et leur demandent, sans savoir qu’ils se connaissent, de jouer dans un film : rôles d’un gars et d’une fille qui rencontrent un échec en couchant ensemble… Possible si : comique… Même principe. Situation différente ? En tout cas : ton différent.

 

02/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « LES PLANTES »

 

 

+ photos de personnages (ou d’autres éléments à la dimension de l’arbre) plante de 30 cm = arbre de 30 m  photo d’homme de 18 cm = homme de 1,80 m (ordre d’idée) retenir le principe  voir réalisation

 

Note Complémentaire : (in carnet N°11 le 28/08/1967)

 

Pour « Les plantes » : j’ai pensé à filmer du minuscule en donnant l’illusion que c’est le normal. Mais, dans le même film (montage ?), pourquoi ne pas filmer le normal en donnant l’illusion que c’est le minuscule ? = même principe pour « Alice » (l’éléphant) (Le coup de l’éléphant peut être pris dans le sens d’un grandissement constant de l’univers (et non d’une oscillation) mais on peut montrer que le + grand rejoint le + petit. On peut (on doit ?) atteindre la relativité. Étudier le lien entre les dimensions et le mouvement. L’existence d’une contradiction (?)  d’une « bivalence » entre dimensions et entre fond et élément en mouvement.

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Quartier Latin. Rue  Plus qu’une idée : un style (?) Boulevard Saint-Germain. Métro Odéon. Soleil. Sept heures du soir. Gens dans la rue. Un étudiant écrit une lettre.  Mouvement descriptif : Une ambiance. Liberté. Untel écrit une lettre. Untel est assis dans une voiture. Les gens et les choses pas à leur place. Librement.

 

03/06/1967

 

CINÉMA – DIMENSIONS

 

Pour « Nanisme et gigantisme » (Commentaire : titre de mon mémoire de fin d’études IDHEC que je n’ai jamais présenté à cause des événements de mai 68) = voir article de Noël Burch « Nana ou les deux espaces »  Cahiers du Cinéma numéro 189  Avril 1967  Passage sur Antonioni

 

POLITIQUE – GUERRE

 

L’affaire d’Israël et des pays arabes. J’ai une opinion. Pourtant, je ne suis pas sûr de moi. Je veux éviter d’avoir une position définitive. Je ne crois pas à l’éventualité d’une guerre mondiale. Les « Grandes puissances » s’entendent trop bien pour ça. Hypocrisie fondamentale. Sur la question de savoir qui a le droit pour lui, qui est l’agresseur et l’agressé : je ne prendrai certainement pas position faveur d’Israël. Personne n’est blanc dans cette affaire. Je suis irrité par l’insistance avec laquelle beaucoup de gens parlent de « génocide », de « droit d’Israël à la vie »… Ces mêmes gens, si soucieux aujourd’hui de la survie du peuple juif, sont souvent ceux qui, au temps de la guerre d’Algérie, manifestaient le plus de racisme à l’égard des Arabes, lesquels étaient pourtant les agressés à l’époque, d’une façon indiscutable. Sans vouloir aller trop loin, je crois qu’on peut dire que les juifs font un complexe de persécution. Lequel est entretenu. On commence maintenant à dire « Je désapprouve les USA au Vietnam, mais je les approuve de soutenir Israël ». Précisément, la présence des USA au côté d’Israël me gêne. Voilà pour les questions annexes. Quant au problème immédiat : la question du droit. Est-ce que ce n’est pas à l’origine Israël qui a mené une politique expansionniste et colonialiste ? Certes, la responsabilité des pays arabes est assurée. Sans pouvoir l’affirmer, j’imagine le climat de fanatisme, de « guerre sainte » qui peut régner dans les pays arabes. Peut-on quand même parler de fascisme ? Je ne prendrai pas position dans cette affaire. Les torts sont partagés. En ce sens, j’approuve la position de De Gaulle qui me paraît un élément destiné à éviter la propagation du conflit, lequel me paraît cependant inévitable sur le plan local. Je ne prendrai pas position parce que je pense que les torts sont partagés et je suis frappé par l’hypocrisie qui règne ici, en France, les déclarations touchantes de ferveur et d’empressement à défendre le « malheureux peuple d’Israël » auquel on tient tant à donner le droit de vivre  comme si on cherchait à se faire pardonner de le lui avoir retiré, ce droit, ou de l’avoir laissé à sa lutte solitaire… Ces déclarations, ces appels émanant d’organisations qui ont par ailleurs une activité douteuse : extrême droite  droite  sociaux-démocrates, sans parler des individualités (illisible) genre Johnny Hallyday, etc.… Non, je ne céderai pas à ce vaste mouvement d’opinion, car il ne me paraît pas fondé.

 

04/06/1967

 

ÉCRITURE

 

Fauvette…

 

CINÉMA – THÉÂTRE

 

Noté ( « Nouvel Obs » numéro 133) Article : « Le Minotaure de Montréal » « (…) la « Lanterna magica » tchécoslovaque (où les acteurs jouent sur la scène et à l’écran)…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Parmi les choses que je pense souvent : 1/ Je fais ou dis une chose, je pense alors qu’au même moment, il doit y avoir quelqu’un dans le monde, sur ses 3 milliards d’habitants, qui fait exactement la même chose au même moment. Ou bien, si ce n’est pas exactement la même, c’est que je suis doué d’une individualité unique au monde. Et je suis frappé par ce fait : soit qu’il y a au même moment quelqu’un (ou plusieurs personnes) qui font la même chose que moi, soit que personne ne fait rien comme moi exactement.

 

CINÉMA – DIMENSIONS

 

Avec les deux dimensions : on aboutit à cette image inhabituelle, insolite  « Les oiseaux marchent sous les arbres »  Surréalisme  Poésie  collage. On débouche sur autre chose, rejoint d’autres formes de l’art.

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Je m’aperçois que, dans les rapports humains, j’ai le tort d’essayer de communiquer des impressions personnelles, des choses que je suis seul à ressentir. Ça reste en moi. Est-ce pareil en art ?

 

VÉCU –1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

À propos de ton désir d’avoir avec des garçons des rapports purement amicaux, d’être considérée comme une amie : cela serait souhaitable, mais ça n’est possible qu’entre personnes ayant une vie sexuelle pleine, équilibrée, sinon la femme devient facilement un objet de convoitise pour l’homme et l’homme un danger pour la femme soumise à ces refoulements. Actuellement, il y a bien peu d’hommes satisfaits sexuellement, d’où la difficulté des rapports. C’est pourquoi il faut faire attention.

 


Je me demande parfois si j’aimerais être un autre…

 


Mardi soir. 21 heures à la maison. Gérard L.

 

05/0 6/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE – DESSIN – PHOTOMONTAGE

 

Utiliser cette image : A travers des verres de lunettes, à la place des yeux : deux boutons de seins.

 

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « LES PLANTES »

 

Pour « Les plantes » élargi : eau qui se répand sur le sol = fleuve qui avance

 

IDÉE – DESSIN

 

Utiliser l’image de la télévision s’accordant au décor dans lequel se trouve le poste de télévision. Exemple (grossier) : une pièce avec tapisserie à fleurs  image dans la télé = une fleur en Gros Plan (quelque chose là…)

 

DESSIN

 

 

Jazz Jazzland Jazzmen

 

VÉCU – ÉCRITURE

 

En écrivant un truc (texte  lettre), bien souvent, je me demande s’il serait digne de figurer parmi mes « œuvres complètes ». Et en même temps, je me moque de moi, car je sais bien qu’on ne publiera jamais mes « œuvres complètes »…

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

J’ai rendez-vous avec un type que je n’ai pas vu depuis 5 ans. Il doit maintenant avoir 20 ans… Un type entre dans le café. Il lui ressemble. C’est lui, sans aucun doute. Mais il a 40 ans…

 

VÉCU – CINÉMA – DIMENSIONS – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

J’ai été stupéfait par une déclaration de Michel L. qui m’a certifié qu’avant de quitter Paris pour Lorient, déjà, je voulais « filmer de l’herbe comme si c’était une forêt… » Déjà. À cette époque-là ! Comment ai-je pu oublier ça ? Comme si, souterrain, j’avais enterré une partie de moi, de ma vie, qui a resurgi, peu à peu, d’ailleurs, et pas consciemment. Décidément, Lorient m’aura aussi fait du mal… Le plus drôle, c’est que je ne me rappelais pas du tout y avoir pensé avant Lorient. Je croyais avoir pensé aux « Plantes » un matin au lycée Dupuy de Lôme…

 


Autre chose rappelée par Michel L.  : j’aurais déclaré un jour (en rentrant en bus d’Épinay où on était allé voir tourner Franju) : que je me « taisais parce que mon père se taisait » = précieux.

 

07/06/1967

 

VÉCU – IDHEC – CINÉMA

 

Plan de rotation des décors Il s’agit de savoir quand abattre un décor et quand en commencer un autre.

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

[Toujours trop peu de contacts…]

 

Commentaire : le texte entre crochets a été entouré Quelque soit le côté vers lequel je me tourne, je trouve le silence. Et de toi à moi, est-ce qu’un jour, ça ne va pas faiblir… 

 


En relisant mes notes du 8 mai : « Je voudrais exprimer des choses qui sont en moi et que je refoule… », je ne comprenais plus que ça voulait dire. Faut-il essayer de me psychanalyser ? Bon sang. Pourquoi encore ces réactions de gamin. Comme si je ne savais pas que c’est impossible, qu’une introspection ne peut pas suffire pour se connaître. Je suis donc condamné à vivre avec un type en moi que je ne connais pas ? Vieille idée. On ne peut plus rien inventer. Tout a déjà été dit, été fait. Ce qui domine : un très fort sentiment d’humiliation. Ce qui est sûr, c’est que l’humiliation ne peut exister que si quelque chose s’est produit, à l’origine. Des mesures vexatoires. À l’origine : la relation fils-père (et substituts) est vexatoire, pour moi. Pourquoi est-ce que j’essaye d’être artiste ? Pour attirer l’attention sur moi. Parce que mon père a toujours été indifférent et que j’ai cherché à attirer son attention sur moi. Son indifférence  souffrance. Plus tard, quand je suis entré en conflit avec lui, j’ai essayé de m’identifier à lui (Œdipe)  d’où ma propre indifférence, mon silence, mon repli sur moi-même que je m’impose. Il devenait nécessaire de ne plus chercher attirer son attention à lui (quoi que je cherche à le faire parfois encore) mais à attirer l’attention d’autres personnes ( public). Cependant, dans cette situation (la mienne actuellement), mon conflit avec lui me fait mesurer son échec   je m’aperçois qu’il n’a pas su attirer l’attention sur lui. Mais en même temps, mon identification avec lui me fait douter du succès de mon entreprise (attirer l’attention sur moi) et rechercher l’échec qui me fera lui ressembler totalement (en même temps que le conflit me fait redouter cet échec et en avoir peur). La culpabilité : elle se rattache ce désir d’échec. Elle le justifie, le nourrit. Elle est créée par lui pour ses besoins : j’ai honte de faire mieux que mon père afin de pouvoir le ressembler… L’humiliation Je vois se poser là le problème central : ma sexualité. Mais comment au juste ? Sans doute, tout simplement, parce que je n’arrive pas à être le père et que le père a la puissance. Or la puissance me paraît une condition nécessaire à la conquête sexuelle  d’où mon sentiment d’impuissance (d’humiliation) et l’apparition dans mon monde « phantasmique » de mâles doués de la force virile représentant ce que je ne peux pas être : le père.  Mon père se présente à mes yeux comme un cas exceptionnel, comme un homme exceptionnel (ce qui renforce mon désir d’identification car cette qualité d’exception, dans le sens défavorable même, est désirable, par masochisme. Je dois reconnaître chez moi un certain masochisme, en effet.) mon propre conflit avec lui me paraît, par conséquent, exceptionnel. C’est pourquoi j’ai toujours cette tendance à me considérer comme différent des autres, à les croire heureux, identifiés, ayant résolu leurs problèmes (Richard C.).  C’est-à-dire à ne pas m’intégrer aux collectivités.

 


Pourquoi ? (question essentielle) Parce que : tout simplement, la loi de toute collectivité interdit qu’un membre attire l’attention sur lui (du moins en dehors d’un certain nombre de formes fixes : comique  métier  etc. Ce qui explique mon goût pour ces formes lorsque je peux les atteindre. Exemple : connaissances professionnelles).

 


Le fait que je considère tous les hommes autres que moi comme des « pères » accomplis entraîne ma méfiance et ma jalousie presque insupportable. C’est pourquoi il y a chez moi ce couple inséparable : humiliation  jalousie.  Par suite, tout conflit entre toi et moi, je le ressens comme ravivant ce conflit qui est là, en moi, avec mon père. En effet : en entrant conflit avec moi, dans mon esprit, tu me contestes en tant qu’homme (même s’il s’agit de détails, ça prend des proportions gigantesques. (Cf. les « pommes de terre »  quatre mois de séparation) Et cette contestation, pour moi, s’accompagne d’un mouvement vers un autre garçon.  Vice versa : lorsque tu te trouves en contact avec des garçons, ma jalousie s’accompagne toujours d’un sentiment d’humiliation (ce n’est pas une jalousie possessive, au contraire). Il faut voir aussi d’autres questions importantes :  La mère ?  Le geste contre Victor A. ?

 

10/06/1967

 

SOCIÉTÉ – GUERRE – RÉFLEXION

 

Ce n’est pas « pourquoi la guerre ? » qu’il faut dire. Mais « pourquoi existent ces choses qui justifient la guerre ? ». Pourquoi le désaccord, l’incompréhension, le manque de tendresse, de sympathie ? On croirait que ça fait partie de la « nature humaine ». Une guerre. Pas les mêmes causes ni les mêmes conséquences. Mais aussi triste qu’une dispute d’amoureux.

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Une allumette brûlée en Très Gros Plan  quelque chose qui évoque une tête de mort, la mort… (Allumettes plates, des pochettes Seita  Chamois)

 

11/06/1967

 

VÉCU – CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Noté : passé devant un café, fermé, la nuit (11 heures du soir). On entendait le bruit de la machine du PMU qui marchait toute seule (d’abord cru que c’était quelqu’un qui jouait au flipper, dans le noir) Utiliser cela… J’ai l’impression de ne pas avoir épuisé ma jeunesse…

 


L’artiste : celui qui ne se contente pas de regarder le monde, mais qui cherche le détail pas banal (?)

 

CINÉMA – RÉFLEXION – « DELPHINE » – « L’AVEUGLE »

 

Je m’aperçois que les films que j’ai faits (« Delphine » – « L’Aveugle ») montrent les différentes attitudes de l’homme pour avoir la femme. La violence et l’idéalisation pour « Delphine ». La roublardise misérable pour « L’aveugle »… Plusieurs faces d’un même et unique problème…

 

12/06/1967

 

VÉCU – IDÉE SCÉNARISTIQUE – CINÉMA

 

Métro station Reuilly Diderot (direction Charenton) 11 heures du soir. Après mes pas et ceux d’un homme marchant près de moi, pas résonnant, sonores, un silence total (pas de bruit de métro lointain). Dans ce silence : une sonnerie de téléphone. L’employé de la RATP décrochant et répondant : « Allo, bonsoir… » Dans ce silence, ces paroles, les gens qui écoutent… Impression étrange.

 


Rechercher MAINTENANT (DÉSORMAIS) non pas seulement des idées, mais aussi, comme celle-ci, des impressions…

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Un jeune homme lutine une jeune fille. Un corbillard passe. Elle regarde. Il en profite pour l’embrasser.

 

14/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Idée : gros plan d’une carrosserie de voiture (à un endroit plat – 50 cm carrés) avec ombres de feuilles qui bougent. (Abstraction) + son = bruit de circulation alentour (Concret)

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – AMOUR

 

Je souffre d’une maladie de la connaissance. Quand je dis n’avoir pas épuisé ma jeunesse, ça signifie que je n’ai pas connu beaucoup de choses. Mais ce n’est pas en couchant avec une femme, en la serrant dans ses bras, en caressant la surface de son corps, qu’on la connaît. Sur ce point : toutes les femmes se valent. Mais la vraie connaissance d’une femme  qui est ce que je cherche  passe par l’esprit, la communication et la compréhension. Toutes les étreintes charnelles se valent, rien ne vaut une union spirituelle…

 


Je recommence à penser que je devrais me taire.

 

15/06/1967

 

ART – ARCHITECTURE – RÉFLEXION

 

L’architecture : inverse des autres arts. À une époque donnée :  Architecture : élément de la vie.  Autres arts : spectacle.  Beaucoup plus tard :  Cette même architecture : spectacle (Parthénon)  Autres arts : documents sur la vie d’une époque.

 


Ce qui est fascinant dans l’architecture : vie et spectacle mêlés.

 

16/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « ALICE »

 

Idée (géniale) pour « Alice  » : Alice, minusculisée, est à l’intérieur d’un appareil photo. Lorsque le propriétaire de l’appareil développe les photos qu’il a prises, on aperçoit sur le cliché une silhouette…

 

Commentaire du 15 juin 2015 

 

J’ai essayé : ça ne donne rien (vague image floue) Il doit y avoir trace de cet essai dans un de ces carnets.

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

LITTÉRATURE – CITATION – PAVESE

 

« Quant à moi, je me rappelai longtemps cette petite plage cachée. Au fond, la mer si grande et si insaisissable ne me disait pas grand chose ; j’aimais les lieux limités qui avaient une forme et un sens  les baies, les petits chemins, les terrasses, les olivaies. Parfois, à plat ventre sur un rocher, j’observais un caillou grand comme le poing qui, contre le ciel, semblait une énorme montagne. Ce sont ces choses-là que j’aime. » (Cesare Pavese « Le bel été »  « Le diable sur les collines »).

 

17/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Le notion de « pays, de « frontière « … Qu’est-ce qu’être français ? La concentration dans les cités.  Une maison, en montagne. Des pâturages… Perdue dans l’herbe, une borne indique la frontière. Dans ces endroits-là, le « pays  » a-t-il encore un sens ? Quel sens ? Chercher ça…

 

18/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « ALICE »

 

Je reprends mon idée du 16 pour « Alice  » : Ce qui serait bon, ce serait de commencer par le type qui prend des photos, les tire et s’aperçoit qu’il y a une silhouette. Mais on ne sait pas ce que c’est. Il réfléchit. La 1ère photo lui fait croire que c’est quelqu’un qui est passé devant l’objectif ou à l’agrandissement : une silhouette de poupée ou quelque chose comme ça dans le faisceau de l’agrandisseur (?)  Alice s’échappe de l’appareil pendant qu’il fait une photo en pose et que l’obturateur reste ouvert. On voit sa trace.

 

VÉCU – MUSIQUE – JAZZ

 

Enregistré Place Fürstenberg, dans le cadre du deuxième ou troisième festival de Saint-Germain-des-Prés : Michel Roques et son trio improvisant sur Israël (écouté sur France Inter).

 

19/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Un type qui vit dans une propriété à la campagne. La seule chose qui lui manque de la ville, c’est le cinéma. Il se passe des films dans sa salle de projection privée. Viable ?

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Idée (sous forme symbolique) : Une prison. Les prisonniers ne savent rien du monde extérieur. Quelqu’un (?) leur en donne des nouvelles effrayantes  panique dans la prison. Réactions diverses. Cette prison, c’est le monde de tous les jours…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Je n’ai sans doute pas encore épuisé le plaisir de ne pas être seul pour pousser le raffinement jusqu’à goûter celui de jouir d’un moment, d’une atmosphère, de n’importe quoi, comme si j’étais seul alors que je ne le suis pas… Je n’ai pas encore appris la liberté.

 


Je crois que la jeunesse, c’est l’âge où l’on peut encore changer.

 

DESSIN

 

???

 

 

VÉCU –1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Premier jour du Bac. Terminé.

 

20/06/967

 

VÉCU –1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Deuxième jour du Bac.

 


Tu t’aperçois que tous ces bons bourgeois paisibles sont des assassins à la retraite.

 

CINÉMA

 

Vu hier après-midi un film qui m’a fait grosse impression : « Les cœurs verts » d’Édouard Luntz.

 

CINÉMA – TECHNIQUE

 

Si l’on savait la somme de paroles qu’il faut pour un silence, au cinéma…

 


Azimi m’en a donné l’envie : adapter Andersen…

 


Vu ce soir « Othello » de Youtkevitch et séries de films du festival de Pesaro (surtout « La main » que j’avais déjà vu et qui est admirable).  À propos de « La main », je pense à cette « Loi de prégnance » que j’entrevois sans être certain de ne pas m’aventurer dans une fausse voie. Dans ce film, le monde des marionnettes est un monde abstrait, il ne constitue pas vraiment une dimension. Admettons cependant que c’est ce monde, cette dimension qui est prégnante. C’est l’univers normal. La main, elle, est géante. L’inversion se produit (main  dimension normale et marionnettes  nanisme) parce que la matière de l’univers des marionnettes est la matière d’un univers nain (exemple : bois  terre cuite  petits pots de fleurs  planches du lit). Mais c’est malgré Trnka, en quelque sorte. Il y a prégnance de la dimension des marionnettes parce que Trnka cherche à « réaliser (*) » celles-ci. (*: Ce n’est pas certain. Attention avant de juger. Est-ce que toute sa démarche de filmer des marionnettes ne se base pas sur ce nanisme des marionnettes et les qualités qui en découlent (raideur = pudeur  hiératisme = poésie  timidité  tendresse, etc.)

 

VÉCU – LANGAGE – BRETAGNE –1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Ce soir. Deux heures du matin (décidément c’est toujours à deux heures du matin que je fais les choses inhabituelles). Je prends mon dictionnaire que je feuillette au hasard (je faisais beaucoup ça quand j’étais gosse). Irrésistiblement, je suis attiré par les mots que j’aime, dont je connais déjà le sens et que je veux scruter comme s’il allait en sortir du nouveau, de l’inconnu… je cherche : Viviane (rien). Merlin. Le Graal. Bretagne. Morbihan. Pour le Morbihan, il y a une carte. Concentré sur quelques centimètres carrés de papier, tous ces noms qui évoquent maintenant quelque chose pour moi : Questembert  Maletroit  Guer  Ploërmel  Meneac  Josselin  Plumelec  Elven  La Roche Bernard  Muzillac  Vannes  Sainte-Anne d’Armor  Sarzeau  Carnac  Pluvigner  Baud  Locminé  Pontivy  Guémené  Gourin  Guiscriff  Le Faouet  Lorient  Plouay  Inguiniel  Pont Scorff  Queven… Je voudrais écrire comme ça, sans m’arrêter, tous les noms des plus petit patelin… Je sais qu’il n’y a le long de ses routes du Morbihan, au détour de ces bois, au bord de ces plages, que des architectures banales et séculaires, des industries violemment modernes, des gens idiots, obtus, réactionnaire et des ivrognes. Je sais cela pour en avoir tâté. Mais, pour moi, c’est quelque chose qui me fait monter les larmes aux yeux… Quelque chose de difficile à définir… Peut-être l’assurance de savoir que ces noms plongent dans un passé auquel ils sont solidement enracinés par les coutumes et les souvenirs de l’Histoire… c’est pour moi le rêve timidement effleuré d’un passé que je n’ai jamais eu. En prononçant ces noms, je peux m’imaginer être moi-même un breton  privilège si rarement octroyé – j’entre dans une terre de légende, une terre MYTHIQUE et je m’y installe comme si j’étais chez moi. Peu importe, dans ces conditions, que les Bretons soient des ivrognes et des crétins pour la plupart. Peu importe qu’ils aient perdu le secret de leurs origines, qu’ils ne rêvent plus au sommet de leurs falaises ou à l’entrée de leurs forêts… Le secret, c’est à moi qu’il a été transmis… Chaque nom de village est pour moi chargé d’une vie intense, la vie de tous ceux qui ont vécu et qui ont fait la Bretagne telle qu’elle est devenue maintenant ou plutôt telle qu’elle n’est plus que lorsqu’on regarde bien. Mais ce n’est pas chez moi du régionalisme, du folkloriste ; je ne suis pas réactionnaire. Je ne rêve pas d’une Bretagne ancienne avec biniou et Breton dans les écoles. La ville la plus moderne (mettons Lorient…) m’émeut car c’est le sentiment de communauté par appartenance à une même terre qui m’émeut (parce que je ne l’ai pas connu) et c’est une chose qui maintenant, et surtout maintenant peut-être, peut émouvoir. C’est pourquoi, quand je ressens cette émotion, les images qui défilent en moi sont des images de terre, au sens propre : de la terre, des mottes, des racines d’arbres plongeant dans la terre fraîche des forêts… Et je suis peut-être d’autant plus ému par ce sentiment d’appartenance à une même terre que les Bretons eux-mêmes ne le ressentent plus, sinon à travers un régionalisme suspect qui mène au chauvinisme, le mauvais sentiment d’être breton, celui qui fait haïr les Bretons, qui me fait rentrer dans ma coquille. Non, mon sentiment à moi, il exige le silence, par exemple. Il exige la réflexion, l’imagination. Il exige qu’on caresse la pierre d’une vieille ferme, qu’on s’arrête à l’orée d’une forêt, qu’on appuie le pied sur le sol d’une route… Ce sentiment, c’est de la poésie, je crois bien. Et, aussi bien, c’est plus que la Bretagne qui est en cause, c’est toute terre, tout « terroir » et toute tendresse, toute affection de l’imagination pour ce terroir… Terre de légendes. C’est bien de cela qu’il s’agit, c’est bien de légendes, d’imaginaire, de cette zone de contact entre un pays et un homme, entre l’imaginaire et la réalité, où ils se mélangent sans qu’on puisse bien les distinguer. Et ce n’est pas sans raison profonde que j’ai d’abord cherché « Viviane » dans le dictionnaire : c’est que je suis allé au plus important tout de suite… Car Brocéliande est en Bretagne. Histoire de Merlin et Viviane est bretonne. C’est l’imaginaire qui compte. Et dans l’imaginaire breton, dans mon imaginaire, ce qui domine, la figure la plus lumineuse qui apparaît enfin au bout du chemin forestier, en bord du lac, c’est Viviane, c’est-à-dire toi, Jocelyne, toi dont le nom est à la fois si breton et si tendre…

 

27/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Lorient. Suis arrivé Vendredi matin après une nuit d’auto-stop épuisante  Josselin. Sortie de la ville direction Lorient (avant la fourchette des routes vers Lorient et Pontivy) Vu là le jour se lever. Autour de moi : silence total. J’ai pensé que le sommeil, c’était comme la mort. Les gens s’allongent sur des lits et restent immobiles pendant quelques heures comme les morts roides dans leurs cercueils le restent pour l’éternité. Il n’y a qu’une différence de durée. Remplacer les lits par des catafalques dans les maisons ? (Caméra pénétrant successivement dans plusieurs maisons et découvrant cela… Nuit = mort universelle (+ maisons avec tentures noires de deuil ?)

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Travailler ça : Dieu = sans visage (dans religions  Histoire d’un gars qui se fabrique une image de Dieu, qui se fabrique un Dieu…  Rapport entre cette image et lui…

 

ÉCRITURE – HUMOUR

 

Je n’ai connu qu’un seul type qui ait vraiment le sens de l’humour : ce type s’était fait faire un cercueil, de son vivant, parce qu’il était prévoyant. Une fois le cercueil terminé, il a voulu l’essayer et s’est allongé dedans. Mais là, il a été pris d’une crise cardiaque… Et bien, il a eu le courage de se mettre à rire…

 

DESSIN

 

 

28/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Je pense à utiliser comme fonds des éléments qui ont une position spatiale temporaire mais qu’on présenterait comme définitive (qui serait reçue ainsi par le spectateur) Exemple : A un passage à niveau, un feu rouge clignotant. Fond = parois défilant (comme un rideau continu) des wagons d’un train qui passe.

 

 

A insérer dans un montage court. Autre exemple possible : un élément sur fond de rideau de garage (tôle ondulée) qui se lève  Montage des éléments entre eux + montage du mouvement des fonds  Modification de la durée (?) Quelque chose de temporaire apparaît comme définitif. Valable en enchaînant les mouvements des fonds.

 

 

Mise en valeur des éléments du 1er plan. C’est eux qui sont montés. Ils se trouvent montés les uns par rapport aux autres comme s’il n’y avait pas de fond. Pas obligatoirement dans le même sens les mouvements des fonds. Au contraire du fond neutre, de l’absence de fond, le fond se met à bouger, dans tous les sens. Intéressant. Pictural. Plusieurs plans = 1 seul tableau en mouvement (continu pour les fonds, discontinu pour les éléments) Emploi du téléobjectif. Problème de vitesse de déplacement des fonds. Le principe du fond bougeant (dans plusieurs sens) est intéressant surtout, je crois, si : toujours le même élément (mais pas à la même place dans le cadre)

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Reprenant cette idée du type qui construit une image de Dieu :  Problème : pourquoi en arrive-t-il à ça ?  Par quoi cette image lui est-elle inspirée ? Comment est-elle ? (Statue de bois)  Où l’élève-t-il ?  Il la transporte.

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Je note une impression très souvent ressentie : Je suis dans une pièce, par exemple un grenier. Bruit d’avion qui passe dans le ciel, s’approchant. Je lève la tête pour le voir. Par la lucarne du grenier, je vois le ciel, avec des nuages, rien d’autre. Le bruit enfle, passe à son maximum et décroît. Je n’ai rien vu d’autre que le ciel ( Cadre vide + son off  espace autour du cadre ) Cadre donné par fenêtre : justification. Présence inouïe. Surtout valable pour cas d’angoisse.

 

29/06/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

(suite idée précédente du 28/06/1967)

 

 Je rajoute : pour les fonds = fonds immobile et élément mobile  subjectivement (par le montage, ce sera l’inverse

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

 Edgar Poe : pour voler dans un magasin (librairie par exemple) une bonne méthode : on pique un bouquin, on le planque sous son blouson. Mais on a pris la précaution de se munir d’un cahier (ou d’un machin qu’on ne trouve pas dans librairie) enveloppé dans une serviette de bain (si été et plage) ou un journal. Évidemment le libraire regardera dans le paquet. Il ne trouvera rien qu’un objet personnel. Gêné, il n’osera pas regarder ailleurs…

 

03/07/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

  conversation à table, en famille) : personne qui parle, s’adressant à la société qui est autour de la table et, à l’intérieur de son discours, elle insère un fragment qui s’adresse à une personne extérieure, qui se trouve dans une autre pièce, par exemple, mais elle garde la tête tournée vers les gens qui sont là, autour de la table  impression bizarre. A utiliser (voir cadrage)

 

CINÉMA – ACTEURS

 

Seule solution pour obtenir la vérité (mais pas forcément l’intérêt ou l’émotion ou la réflexion…) dans un dialogue, c’est que les acteurs jouent leur propre rôle, leurs propres gestes, leurs propres intonations, etc. Sinon  texte récité

 

RAPPORTS DE COUPLE – ÉCONOMIE – ARGENT

 

L’emprise économique. L’homme qui veut divorcer et qui ne peut (ou veut) pas parce qu’il faudrait aller vivre ailleurs, alors qu’il a amassé dans une maison des tas de biens qu’il partage avec sa femme. Il lui faudrait en abandonner une partie. Il lui faudrait trouver à se loger ailleurs (ayant pris l’initiative de la séparation, ce serait à lui de partir). Même cas ou presque pour l’homme qui veut seulement quitter sa femme. L’économique, toujours, partout. Comment lutter contre ça ? Contre la lente dégradation des rapports qui se noient dans les soucis d’argent quotidiens, les calculs au plus juste…)

 

ÉCRITURE

 

Nanas nonchalantes… (2014 : from Internet : pas fait)

 

ÉCRITURE

 

Le soir et le matin sont autour de la nuit… (La même angoisse de l’ombre) (inclus dans Manuscrit « Les deux femmes du mort ») (2014 : from Internet : pas fait)

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

La mauvaise humeur, le matin, des gens qui étaient heureux la veille. La mauvaise humeur du Lundi matin. Ces gens riaient bien. Ils étaient heureux. Ils se couchent et dorment pendant quelques heures. Quelques heures après, à leur réveil, ils ne sont plus du tout gais. Quelques heures seulement, un passage d’ombre, les séparent du moment où ils riaient tant, en ce dimanche après-midi. Pourquoi ce changement de sentiments ? Pourquoi ne continueraient-ils pas à rire et à être heureux ? Cela ne provient pas d’eux. Si ça ne tenait qu’à eux… C’est que d’autres hommes avant eux ont organisé la vie d’une certaine façon et eux doivent se plier à ce système. Il s’agit de la décomposition du travail et du loisir. Du temps est consacré au travail. Du temps au loisir. Il en a été décidé ainsi par les ancêtres et les hommes d’aujourd’hui sont tenus de se plier à cet état des choses.

 

 

Représentation spatio-temporelle. Le type qui, se déplaçant, passe du Dimanche au Lundi (cas de la famille du début) change de tête, passant de la gaieté à la morosité.

 

 Des hommes travaillent. Les hommes du Lundi, du Mardi, etc…  Des hommes se distraient. Les hommes du Dimanche = Réflexion filmée sur les loisirs. Dessin animé.

 

ÉCRITURE

 

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Des histoires importantes…

 

ÉCRITURE

 

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Pas longtemps seule…

 

04/07/1967

 

LITTÉRATURE – À LIRE

 

« La légende de la mort » (Anatole le Braz) « Contes et légendes de Bretagne » (Cadic 1922)

 

PHILOSOPHIE – LIBERTÉ – ANIMAUX –1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Les animaux connaissent-ils la liberté ?

 

Commentaire du 26 mars 2016 

 

Je pense qu’il s’agit d’un sujet de philosophie à l’épreuve du bac passé par Jocelyne

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

ÉCRITURE

 

Les racines étouffent l’arbre (inclus dans Manuscrit « Les deux femmes du mort ») (2014 : from Internet : pas fait)

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Le bac. Résultats. Plusieurs mecs dans une bagnole, joyeux (  reçus) Musique. ils arrivent chez le conducteur qui annonce les résultat à ses parents. Joie traditionnelle. (Cessation musique pendant ce temps-là)  Paroles échangées. « Il n’a pas faim  »  Redémarrage voiture : reprise musique.

 

VÉCU –1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Non, moi, pour ma « réussite » au bac, je n’ai pas eu droit à une telle fête de la part de mes parents. Je n’avais personne auprès de moi pour partager ma joie, pas même toi, Jocelyne (à l’instant ton père rentre dans la salle à manger et me demande avec son air ahuri si c’est ma lampe qui est allumée : il le voit bien. Ils ne croient pas, toi non plus, que j’ai été un moment « bourré », désemparé, dans un état qui n’était jusqu’alors inconnu, où les voix parviennent de loin, j’avais envie de rire parce que dans mon nuage, je vous trouvais tellement ridicules avec ce bac qui ne signifie rien et puis je me sentais si seul, je me souviendrai toujours de ton air méchant, haineux, aboyé à ma face, ce soir). Je n’ai pas eu toute cette chaude affection qui t’entoure. Sans doute est-ce ma faute ? Sans doute. Je m’en vais solitaire, seul avec mon désespoir. Personne ne comprendra jamais. On m’en voudra toujours ; on dira que je suis fou, ou que je me fais des idées ou que je suis saoul. Je m’en fous, après tout. Si vous ne comprenez pas, ça ne regarde que vous. Je n’y peux rien. Toujours moi le responsable…

 

05/07/1967

 

CINÉMA – LITTÉRATURE

 

J’ai pensé ce matin à adapter « Gatsby ». Et je ne pourrai pas. Pas assez de talent, d’expérience. Et puis il faudrait être américain…

 

ÉCRITURE

 

Noté. Le soir calme sur les rochers. Deux garçons, une fille. Ils sont assis, elle est debout. Ils sont tous tranquilles. Ils jouissent de l’air chaud et de la lumière calme du soir, regardant le bout de leurs pieds et les vaguelettes qui rident la mer, elle nez planté dans les étoiles, le visage levé au ciel. Ils ont parlé auparavant. À cet instant précis, ils ne disent rien, mais auparavant, par morceaux, ils lâchaient dans le soir, comme de délirants ballons de jubilation, quelques phrases, quelques exclamations, quelques mesures de musique. (Forêt de poteaux indicateurs  « On dirait des Romains avec leurs enseignes, cachés sous terre, et qui se manifestent timidement »  conversations diverses (suivies) sur tel ou tel sujet : la qualité du son à 7 heures du soir  le camping  un film d’amateur tourné à cet endroit-là  etc.) Et, sur ces rochers, la fille, nez levé au ciel, lance :  C’est complètement con, leur histoire…  hilarité des deux garçons. Elle avait tellement l’air de parler de quelque chose qui était en train de se passer, au même moment, quelque part, là-haut, dans le ciel, parmi les étoiles… Ça été le summum, le bond qui permet le passage dans le monde du surnaturel, du fantastique. Nous étions libérés de la pesanteur…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVE – 1ère   DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Rêve : « Je débarque dans un pays inconnu, avec mes bagages, descendant du car. Mais je me rends compte que je me suis sans doute trompé en m’arrêtant trop tôt. En arrivant, je t’ai aperçue, assise à l’intérieur d’un café. Je décide d’aller te demander un renseignement. Je me dis alors que tu es en train de rêver et que c’est l’image de ton rêve que je vois. Donc pour t’atteindre, il me faut d’abord rêver moi-même… » On me réveille.

 

VÉCU – CINÉMA – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

J’ai vu ce soir « Les anges sauvages » de Corman. Je comptais aller me promener avec le chien, mais j’ai préféré laisser la tendre lumière du soir pour l’obscurité scintillante du cinéma… J’y ai pensé tout d’un coup. Je comptais aller le voir. Pourquoi pas ce soir  Liberté. Invention. Plaisir d’improviser et de saisir à pleines mains les choses, mieux ressenties d’être découvertes d’un seul coup, au détour de l’instant qui s’offre et qu’on cueille au vol… Sans doute est-ce le film lui-même ou bien ce triste public… Le public lorientais spécialement dans cette salle (L’Armor) me fout toujours le cafard : trop bête, trop ignorant. Pas leur faute, je le sais bien. C’est pourquoi ils me font plutôt pitié et me rendent triste. Toujours est-il que je suis sorti du cinéma à pas lents. Je n’avais pas eu la soirée que j’espérais. En sortant, même le souffle de la nuit chaude ne parvenait pas à me captiver, pas même le rougeoiement lointain d’un avion si distant que son bruit avait disparu, gommé dans le ciel piqué d’étoiles… Autant de choses entraperçues mais dont je n’arrivais pas à jouir. C’était sans doute encore de voir marcher devant moi, dos voûté, des cohortes de types (presque pas de filles dans le cinéma), parlant encore d’une voix animée de la puissance des « Anges » de leurs bagarres, de leurs pouvoirs… Et lorsque 2 ou 3 pauvres types, qui était venus là pour se voir dans un miroir (ils l’ont eu, mais déformant), passaient sur leurs motocyclettes, ils relevait la tête comme des chiens dressés et jetaient de longs regards admiratifs, c’était les Anges sauvages et la Californie transportés à domicile à Lorient (Morbihan)… Tant de bêtises dans cette nuit (qui est toujours pour moi pleine de promesses), tant de solitude, finalement… Des gens seuls, ne pouvant se connaître, se découvrir… Ne pouvant réfléchir sur la vie, la voir comme elle est… Et moi, comme eux. Je me suis senti là, tout à coup, très fatigué. En passant à tel ou tel endroit, je me revoyais à ces mêmes endroits, il y a 4 ans. Je me suis demandé quel lien il y avait entre ce moment-là et aujourd’hui, entre celui que j’étais alors est celui que je suis aujourd’hui… Ce lien, je viens de le trouver, je crois. C’est que je n’ai pas avancé depuis lors. J’en suis toujours au même point. Je suis toujours le même enfant. Je n’ai rien de plus qu’alors, rien qui m’appartienne (puisque ma société tient tant à la propriété, je ne peux qu’y tenir aussi). C’est pourquoi je me sentais pareil aux autres personnes qui déambulaient dans la rue, ce soir. Parce que, comme eux, je suis enfoncé dans la recherche désespérée des moyens d’être libre. C’est-à-dire enfoncé en moi-même, limité à moi-même, car c’est une recherche épuisante (en ce qui me concerne du moins) et qui exige le repli sur soi. [Nous côtoyons chaque jour, dans la rue, à l’école, au travail, des milliers et des milliers de gens. Sur ces milliers, à combien adressons-nous la parole ? Et combien en connaissons-nous ? Si je traversais la rue et si j’allais trouver un gars en lui disant : « Je suis désemparé. J’ai besoin d’amitié… », il ne comprendrait pas, me prendrait pour un fou et se mettrait à rire ou m’enverrait balader… Par contre, à ce même type, mettez-vous en complet veston, un prospectus à la main, et parlez-lui les qualités de telle ou telle voiture, même s’il ne vous connaît ni d’Eve ni d’Adam, il vous écoutera avec le sourire. Pourquoi ? Parce que vous lui parlez de lui, de ses rêves de puissance, de liberté, de richesse…] En un sens, je suis pareil à ce type. C’est pourquoi je n’ai pas encore avancé. Je reste malheureux, sans moyens, sur ce plan-là. Mais d’un autre côté, je prends de la distance vis-à-vis de ce type ; je m’aperçois qu’il est berné, qu’il est pris dans l’engrenage d’une société fondée sur la propriété, qui excitera ses rêves de propriétaires parce que ça profite à certains… C’est dans la mesure où je prends conscience de ça que je ne suis pas comme les autres, que je me sens à part. Ce déchirement fait à la fois ma douleur et ma force…

 

06/07/1967

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Par un effort de volonté j’ai réussi à redresser la situation. Je garde toujours mes distances (parce que je suis moi, ayant mes propres convictions qu’il ne s’agit nullement de renier) mais je réussis à atteindre « l’harmonie »… Cette harmonie, précisément, pour revenir à la question du moi, me permet d’être moi-même. Loin d’être un obstacle à l’épanouissement du moi, loin d’être restrictive, elle est au contraire libératrice, apaisante, donnant cette paix dans laquelle on se récupère, pleinement. Je m’aperçois (cf. note du mercredi 7 juin) que je me trompais en pensant qu’un membre d’une collectivité ne peut attirer l’attention sur lui.  Cela est possible  Seulement c’est à chacun son tour et il est normal qu’un seul membre n’accapare pas l’intérêt à lui seul. Cette attention, qu’il peut attirer, c’est celle qu’une collectivité accorde aux gens sérieux, sensé, adulte en somme… aux gens qui savent s’adapter. Seuls ces gens-là peuvent constituer une collectivité, sans quoi celle-ci s’effondre, ramenée à une somme anarchique d’individualités égocentriques. La collectivité agit donc avec intelligence en n’accordant pas son respect à ceux qui ne le recherchent pas outre mesure. Quant à la subjectivité individuelle, l’inverse d’un trop grand égocentrisme est également néfaste : un trop grand effacement (mutisme  immobilisme) constitue une mise à l’écart quand s’impose à soi-même. Si on ne bouge plus, les autres n’ont aucune raison immédiate d’engager le contact. Il faut se manifester (j’ai traîné trop longtemps le spectre d’Alain Resnais). Le tout est de le faire d’une façon naturelle, c’est-à-dire se tenant dans un juste milieu. Reste à s’ajuster aux différents types de collectivités. Rechercher certaines, en fuir d’autres, en fonction de ses possibilités objectives d’adaptation. Varier son attitude. Forcer l’extériorisation ou la freiner selon les cas.

 

21/07/1967

 

VÉCU – TRAVAIL DE VACANCES

 

Physiquement, Monsieur G. ressemble à Marcel. Même corpulence, même voix, même façon de parler. Il est étrange qu’avec une telle ressemblance physique, il y ait entre eux une telle dissemblance morale. G. est réactionnaire et raciste, un patron, en somme. Inconsciemment, je les ai identifiés l’un à l’autre. Le même homme. Mais le même homme peut, suivant son éducation, sa culture, son milieu, être un libéral ou un réactionnaire, un humaniste ou un raciste. Puissance de la société, puissance de l’argent, qui est la seule préoccupation d’un homme comme G. parce qu’il en gagne et le dernier souci de Marcel parce qu’il l’a gagné…

 

24/07/1967

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVE – 1ère DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

(4h40 du matin) Je suis dans la tente. Tu es couchée, emmitouflée dans ton sac de couchage. J’écris à la lueur d’une lampe électrique à piles. À quelques mètres de la tente, j’entends des voix, basses, des bruits. Ce sont des étrangers. À l’instant, il y en a un qui est passé en courant devant la tente, sur le chemin. Un chant de coq. Le tic-tac du réveil qui va sonner pour toi dans quelques heures. Le froissement de ma main sur le papier. Les étrangers remplissent des brocs. À moins que ce ne soit le vent dans les arbres mais, en venant, tout à l’heure, je ne crois pas avoir vu bouger les feuilles. L’aube avait commencé. Le ciel était bleu pâle avec encore des étoiles et la lune d’un côté. Ils continuent à passer et à repasser devant la tente.

 

ÉCRITURE

 

(18h30) Pour décrire un lieu (une action dans un lieu) ne pas hésiter à choisir un lieu réel comme modèle. Mais alors réussir à oublier le lieu réel (par la vertu de la littérature) de façon à se mettre dans la position du spectateur qui ne connaît pas ce lieu et s’en tient à sa description littéraire,, laquelle a plus d’importance pour lui que le lieu lui-même. Le langage avant la chose.

 

25/07/1967

 

LITTÉRATURE – SHAKESPEARE – VIEILLISSEMENT – RÉFLEXION

 

(1h55) Roméo et Juliette. Ils sont morts parce qu’il était impossible que des amants aussi passionnés, aussi absolus, deviennent des vieillards tremblants, chenu, à la remorque du fantôme de leur jeunesse amoureuse…

 


La mort. Toujours l’angoisse de la mort. Que reste-t-il quand on devient « vieux » ? Des souvenirs, des rues calmes et ensoleillées, des jardins, des airs du soir, des sables blancs. [Est-ce misérable ou magnifique ?]

 

Commentaire du 26 mars 2016 

 

Le texte entre crochets a été entouré et le mot « misérable » relié par une flèche au commentaire : « Misérable ». Alors que je suis devenu vieux aujourd’hui, je ne serais pas si catégorique.

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

DESSIN

 

 

DESSIN

 

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Toile tissée par Pénélope,Quiberon

 

 

26/07/1967

 

IDÉE – DESSINS – « LA DANSEUSE ET SON DOUBLE »

 

Story-board et notes pour film fin d’études IDHEC « La danseuse et son double »

 

(1h05)

 

 

 

Pendant ce prologue jouer sur le miroir (grand miroir, en longueur, un seul pour plusieurs danseuses). Filmer au début l’image dans la glace (sans la réalité)  on prendra l’image pour la réalité, puis découverte de la réalité (?)  Ne serait-ce pas un peu trop, eu égard à la suite où le rapport réalité-image éclate manifestement… ? Peut-être justement = annonce…

 

 

MUSIQUE – JAZZ

 

« Dis-advantage of you » by The Spring Brass

 


Quand je pense que je n’aurais jamais vu John Coltrane. Ça me rend malade. Ne pas faire partie des gens qui l’ont connu…

 

VÉCU – VACANCES – QUIBERON – AUBERGE DE JEUNESSE

 

Un lapin Beurre Ail Aromates Fil de fer Papier de verre

 

Commentaire du 26 mars 2016 

 

Cette note et la précédente sont des traces du séjour en Auberge de Jeunesse à Quiberon au cours duquel j’ai appris la mort de John Coltrane et fait un lapin à la broche dans le jardin de l’Auberge.

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

 

Champ vide. On cadre, dans la glace, la paroi opposée qui se reflète. Décor de loges théâtre. Entre dans le champ la danseuse (son reflet, mais on ne sent pas compte tout de suite, on s’en rend compte lorsque la danseuse elle-même entre dans le champ, car elle s’approche du miroir. Elle regarde son image. Expressions diverses. Grimace

 

Notes écrites par Jocelyne : plan 1/ la fille se regardant la glace : mimiques 2/ panoramique latéral : elle prend le masque et retourne se regarder dans la glace. Elle caresse le visage du double  noir.

 

 

Autres notes écrites par Jocelyne « Assise à La Chaumière sur tes genoux, je travaille avec toi à notre grand projet PS : Je t’aime. »

 

28/07/1967

 

DANSE – RÉFLEXION

 

Le récit chorégraphique est le plus souple et le plus efficace qui se puisse concevoir…

 

CINÉMA – IDHEC

 

Attention. Il faut choisir. Pour mon film en extérieur, par exemple. Je ne pense pas que je ferais « Le jeu ». Plutôt les « Jeunes mariés ». Plus riche. Plus important

 

SOCIÉTÉ – AUTRES – RÉFLEXION

 

Il est incroyables de constater à quel point nous tenons à la considération des autres…

 

29/07/1967

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Rentré à Paris. J’ai été heureux : enfin un départ réussi. Le hasard mettant « La pastorale  » comme musique de fond (merveilleux, le début) avec lumière grise du matin, par mauvais temps = extraordinaire  Idée : 1/ Musique (Pastorale, début)  images : travelling latéraux le long d’une plage (campagne ?) = images mentales d’un type qui écoute la musique (musique avant les images)

 

ÉCRITURE

 

Mon oncle Louis : – J’aurai le temps de dormir… et aussi :  Va-t-en ! Va-t-en !  Pourquoi me dis-tu de m’en aller ?  C’est l’heure…

 

Il avait marqué sur un papier : « Départ de Paris le 29 Juillet dans l’après-midi… » Et c’est aujourd’hui qu’on l’a enterré…

 

Je ne le reverrai plus jamais, comme je ne verrai jamais Coltrane.

 

Je suis arrivé chez ma tante. Ma mère m’a reçu : « Tu viens tard. Tu viens trop tard. Comme tu viens tard, mon fils…! »

 

Mort le Mercredi 26 Juillet 1967.

 

30/07/1967

 

ÉCRITURE

 

Dans les moments de la mort, les gens « simples » se mettent à employer un langage à double sens (il n’est jamais seulement solennel, il reste le langage pratique de tous les jours mais on peut lui donner un sens solennel, comme par accident) Ex : « C’est l’heure », l’heure de la fin des visites et l’heure de la mort…

 

 

Commentaire du 26 mars1016 

 

Page d’essais de signature de Jocelyne en tant que Madame Cappadoro, car juillet 1967 est le mois où nous nous sommes mariés.

 

   Commentaire écrit à 69 ans

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