Carnet 37

Carnet 37 – Du 15 mai 1986 au 15 juillet 1986

 

15/05/1986

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Aujourd’hui : récupéré photocopies Linda – Sarah et Julie. Les ai expédiées à plusieurs personnes (notamment : Horbette – Salles – Mader – Marino)

 

FEMMES – MARIELLE

 

Reçu lettre de Marielle. Elle avait devancé la mienne.

Elle veut qu’on « recommence à s’écrire »…

Je me demande si Marielle sera jamais heureuse… ? J’en doute.

Et je ne peux lui apporter ce qu’elle cherche.

D’ailleurs ce qu’elle cherche existe-t-il ?

Son attente est faite de tant de rêves, d’idéaux et, bien sûr, elle s’empêche elle-même d’être heureuse.

Tout ça, je le sais bien, mais je ne pourrai jamais le lui faire comprendre… !

Elle me dit qu’elle est allée « d’amour en amour »… Et « chaque fois, je me brise un peu plus le cœur… ! » ajoute-t-elle.

J’aime en elle cette poésie de roman « Harlequin », de roman-photo.

 

Puissè-je ne pas souffrir moi aussi, à cette reprise de contact… ! Je me connais. Je me fabrique tellement d’espoirs vains… !

 

16/05/1986

 

TÉLÉVISION – AMIS – RENAUD B.

 

Eu Renaud B. au téléphone. M’a parlé de son entrevue avec Grenier. La « Sept » est compromise, mais Grenier dit qu’il faut « faire comme si ça continuait… »

 


 

(13 h)

 

J’ai la rage !

 


 (13h30)

 

Je m’inquiète de la privatisation de TF1, mais supposons que ce ne soit pas Hersant qui en hérite (ce serait l’horreur !) Supposons que B. soit gardé, peut-être qu’il y a là une chance pour la « La France interrogée » !

 

Vraiment, en ce moment, on ne voit rien de l’avenir… !

 

VÉCU – CHOSES VUES

 

(Obligado – 19h15)

 

Tout à l’heure, j’étais descendu dans le Centre commercial des Halles pour acheter une pizza.

Je la bouffais en flânant devant les affiches de cinéma : un couple s’est aussi arrêté devant les affiches. La fille a touché le bras de son compagnon, a pointé un doigt vers une un visage sur l’affiche et s’est mise à parler en langage sourd-muet !

C’était fascinant, ce langage muet, cette expression silencieuse de la curiosité, de l’intérêt, de la passion…

Je les ai trouvés beaux !

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Tout à l’heure, en marchant sur le quai de la station Argentine, passé devant les téléviseurs disposés tout au long du quai (TV « Tube » RATP).

Pensé à un mec qui dispose TV successivement dans couloir chez lui (grande pièce).

Les gens avancent, d’une porte à l’autre  on entend le bruit d’un métro !

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Maintenant j’attends les réactions à mes synopsis… !

 

Je pensais à un résumé de « L’image de Pierre » tout à l’heure : un type qui manipule une fille, par des moyens scientifiques, et qui est mêlé à une histoire politique…

(Impossible de faire plus court ! Cette politique-là ne sonne pas bien !)

Le public veut du romanesque ! (Elle avait raison, Françoise Roth !)

 

Moi, je découvre toujours très tard ce que d’autres ont déjà compris depuis longtemps…

Je suis nul !

 


Hier déjeuné avec Frédéric Bourboulon. Lui ai raconté le point de départ de « Sarah ».

Ça lui a beaucoup plu… (tout de même !)

 

VÉCU

 

J’en ai marre de me trimbaler en métro…

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Première réaction aux deux derniers synopsis des Histoires Vidéhorribles (« Linda et Sarah »), celle de F. :

 

Elle recoupe – comme je m’y attendais – les craintes que je m’étais plus ou moins confusément formulées :

Sur les deux, il trouve que la fin ne va pas. Pour « Linda » : défilé de fous devant caméra ne le convainc pas. Discours « moralisateur » final = non.

Contexte secte ne lui plaît pas.

 

Pour Sarah : David maintenu artificiellement hors-jeu. Suicide final : grand-guignol.

 

Trouve sinon que idées de départ = très bonnes, mais affaiblies en route.

 


Il a raison !

 

19/05/1986

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » –  3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ARGENT

 

Voilà. Les premières réactions sont arrivées :

 – Marion B. : a apprécié « Linda » (m’a retrouvé dedans, dit-elle, mais pas « Sarah »)

 – Mathilde, c’est l’inverse.

 

En moi, la colère a monté. Et sentiment d’impuissance parce que cette colère ne peut être vengée (on ne peut pas obliger les gens à aimer ce qu’ils n’aiment pas !)

Engueulé Mathilde au sujet de « Linda » qu’elle trouve quelconque (trop près du réel et dans le réel, il lui manque quelque chose).

 

Je suis sorti acheter des cigarettes. Quand suis revenu, elle était partie, elle avait à travailler avec Victor au magasin.

 

Elle m’a dit qu’elle sentait que je lui en voulais, que c’était lourd et que j’en voulais à tout le monde.

Je dis : « Je vais faire comme eux, défendre mes intérêts. Maintenant je le fais… »

 – « Alors si tu fais comme eux, ne leur en veux pas… ! »

 

+ une fois de plus : discussion sur argent.

Pour la première fois, elle a dit qu’elle voulait que ce soit moi qui paye le loyer, qui lui assure une maison.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FEMMES

 

Ça me détruit, ce ressentiment en moi à l’égard de tous.

 

Je ne peux pas m’empêcher d’en vouloir et ça me ronge !

 

Que faire ?

Je suis désespéré.

J’ai l’impression d’être dans un labyrinthe !

 


Je ne peux me passer des autres et leur jugement m’échappe…

 

Je ne peux pas ne croire qu’en moi puisqu’il me faut un public !

 

Je suis piégé.

 


Je suis tellement furieux que l’idée de me masturber me venant, je la repousse tellement l’idée même des femmes met en colère (et c’est sur leur image que je me masturbe…)

 

(19 h)

 

J’ai fini par me masturber sur des images en même temps qu’à la télé se mettait en place le palmarès du Festival de Cannes…! Quelle ironie !

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Mathilde m’a dit : « Tu ne réussiras pas si tu restes comme tu es… » (elle voulait dire : aussi sensible et montrant aussi facilement que je suis touché…)

 


 « C’est tous des comédiens… » a-t-elle dit.

(Cf. Colette : « Tu es un livre ouvert… »)

 

Il faudrait que je sois plus fort, en effet. Que j’encaisse mieux…

 

21/05/1986

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

(Mercredi)

 

Séance de vendredi dernier :

 

Je sais que j’avais quelque chose à noter (et d’important, en plus), je ne l’ai pas fait et maintenant j’ai oublié… !

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Je raconte mon coup de fil avec Marion B. au terme duquel on s’est fâchés.

Je dis que je veux lui écrire pour dire que, si elle a pensé de moi que je « prends mal les critiques », c’est qu’elle ne me connaît pas et qu’en vérité, comme le dit Jean M., je suis quelqu’un en qui ce que me disent les autres « fait son chemin »…

 

Il me dit : « Là, vous faites monter les enjeux… » puis : « À ce propos, vous pouvez y penser tant que vous voudrez, mais je vous demande de ne pas le faire… ! »

 

  C’est la première fois qu’il m’» m’interdit » quelque chose… !

 

TÉLÉVISION

 

Cet après-midi : manifestation contre la privatisation de TF1, de la tour Eiffel à Matignon, en principe. Pour cause de CRS, on s’est dispersé boulevard Latour-Maubourg, à l’entrée de la rue de Varenne…

J’ai revu là A., P., avec qui je compte déjeuner, et Bernard B., que j’ai invité à voir « Sibylle » avec Axel L. C., mardi prochain, en principe…

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Ce matin : appelé Jacques Salles, Hamster.

M’a demandé jusqu’à fin juin pour lire.

M’a dit qu’il avait fait lire « Mélissa » par d’autres, lui ai demandé réaction. « Je vous dirai tout ensemble » m’a-t-il répondu. Je ne sais pas trop ce qu’il faut en penser (en vérité : pas du tout… !)

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

En séance aujourd’hui parlé de la patate que je fais pousser. Ai rapproché ça de l’expression « L’avoir en patate… » (from Mathilde, terme de commerce).

Ce matin, ai dit à Mathilde : « Toi, tu peux brader tes bijoux (elle l’a fait avec Tati), moi je ne peux même pas le faire avec mes idées… »

D’où ma tendresse pour cette patate.

Cette patate, c’est moi. Je « m’ai en patate ». Je me reste sur les bras. On ne veut pas de moi. Je ne peux même pas me brader…

 

22/05/1986

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – TÉLÉVISION

 

Cette nuit : crise avec Mathilde.

(Commencé par discussion au lit, partant du passé de Mathilde avec son mari et arrivant à Agnès et Mathilde disant qu’elle n’était pas contente qu’elle se soit « mêlée de ses affaires »  colère.

Violence. Dormi dans le canapé. Re-crise ce matin avant qu’elle parte + elle m’appelle : « J’en ai marre de ces crises »  re-colère.

 

Mauvaise journée.

Culpabilité.

Abattu.

Rencontré Jean-Claude S. du « Jour du seigneur ».

Rien avant juillet ou septembre…

 

Pas pu joindre Horbette.

 

AMIS – ZYF

 

Dans la tourmente de cette nuit, lu « Une table en merisier », de Zyf.

Dois lui écrire.

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Rappelé Tim Newman (il avait oublié mon nom, mais pas « Mélissa ».) Lui ai envoyé synopsis des 3 nouvelles histoires…

Est-ce vraiment utile ?

 

LITTÉRATURE SENTIMENTALE – « CONFIDENCES » – ROMAN-PHOTO

 

Rendez-vous dans 10 jours avec Monique Pivot, des Éditions Mondiales. Elle m’a donné rendez-vous avec beaucoup de facilité !

Ils ont des ambitions audiovisuelles (la Cinq, avec la CLT).

À propos de Monique Pivot des Éditions Mondiales, vu Jean-Marc D. qui m’a proposé de m’associer (comment ?) à son projet « roman-photo »…

Ça m’a fait plaisir.

 

Mais lui ai donnée idée : promenade de case en case d’un roman-photo, qui n’a pas l’air de lui plaire.

Bizarre comme type.

Un certain mode de résistance…

Je retrouve mon déplaisir à ce qu’on n’apprécie pas mes idées (cf. René et concours de films d’architecture…)

 

VÉCU – AMIS – R.

 

En bas de la rue de la Chine : vu R. et un autre type. Me suis caché !

Je me suis senti très mal !

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Je ne sais toujours pas pourquoi ça me colle à la peau, cette méchanceté, cette jalousie, ce ressentiment, cette tristesse, cette méfiance… !

C’est tout de même la question fondamentale !

 

Tant que je n’aurai pas résolu ça, je piétinerai… !

 

23/05/986

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Hier, je me suis dit que j’avais ??? irrémédiablement l’amour que Mathilde avait pour moi, comme ça s’est passé avec Colette.

 

Je me suis dit qu’il fallait remonter à l’origine pour avoir une vue juste des choses : dans chaque cas : une femme qui veut le mariage (et un enfant) et moi qui n’en veux pas…

 

Le poids de mes 11 ans de mariage pèse sur moi.

 

Finalement cette agressivité qui est en moi, si forte, et qui détruit mes relations, ne s’explique-t-elle pas ainsi : confronté à la demande d’une femme, je m’y dérobe et je deviens agressif à cause de cette dérobade (culpabilité, mais aussi parce que je trouve qu’elles ne se rendent pas compte que je les aime, tout de même…)

 

VÉCU – CINÉMA

 

Appelé Gérard M. Il va faire un long métrage.

Je lui ai résumé le principe des histoires vidéhorribles et « Mélissa ».

 – « Bonne idée ».

 

Dans ce genre de conversation, je m’aperçois que je m’auto-diminue (alors que je le vois, lui, comme un symbole de la réussite.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(14h30)

 

Appelé Mathilde pour histoire déjeuner en famille (la mienne) dimanche.

Viendra-t-elle ou pas ? (Problème enfants à l’école juive).

Elle finit par dire qu’elle ne viendra pas (après avoir proposé de laisser les choses ouvertes : elle viendrait peut-être à 13h30 – 14 h après avoir ramené Steeve à Montreuil. C’est la solution choisie en définitive au cours d’un coup de fil avec Sonia : « Dix couverts réservés, tant pis si on est sept… »

 

Puis elle raccroche après avoir dit quelque chose dans le genre : « Allez je te laisse, à ce soir… »

 

 Même colère en moi à la voir libre, fuyante, immaîtrisable…

Même colère qu’avec Colette qui me faisait la rappeler, m’emporter, exiger…

(Même colère mêlée l’angoisse…) : « Elle m’échappe, elle est ailleurs »

 


Ce qui me ravage (de colère, de culpabilité, de honte, de désespoir), c’est que mes cris et mes coups ne servent à rien, ne débouchent sur rien et, au contraire, détruisent

 

Mais je n’arrive pas à admettre l’idée que ces cris, ces coups n’ont aucune origine à l’extérieur de moi.

La culpabilité en moi. J’ai besoin de la projeter sur quelqu’un d’autre…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Ça  est : j’ai retrouvé la chose oubliée (séance du vendredi 16 mai) :

 

J’ai analysé moi-même. Auto-castration par peur du danger,  par peur de la castration (menace faite par femme (mère) qu’elle soit accomplie par homme (père).

(G. : « Comme animaux font le mort, vous faites le mort ou le castré »)

 

« Il y a des gens qui sont en détention préventive, moi je suis en castration préventive… »

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Séance importante…

J’essaie d’extraire l’essentiel (je dis que je suis conscient, mais pas guéri. J’évoque histoire oubliée. Il me la rappelle : celle de l’énurétique : « Et j’en suis fier ! »

G. : « Vous êtes conscient que vous détruisez vos relations, mais pas que vous reprochez à l’autre de vous laisser les saboter… »

 

(On parle de la Fête des Mères)

G. : « Vous n’avez pas envie de fêter les mères… Vous êtes plein de haine en ce moment contre les mères … »

 

(Je dis que j’ai envie de lui dire que ça ne marche pas et de m’en aller…)

G. : « Comme si, après avoir dit ça, vous pensiez qu’il serait insupportable de continuer la relation… C’est de l’imagination. Ces choses à dire peuvent être dites… »

On parle de la scène classique : je m’en vais et je crois que c’est pour qu’on me retienne (il dit : « Paroles compréhensives sont sans effet sur vous… Vous relancez les choses »)

Mais c’est pour le contraire et ainsi je peux dire : « C’est un salaud (une salope), il (elle, ne m’aime pas… »

Je reviendrai là-dessus, parlant les preuves d’amour, il répond : « Preuves de haine… »

(c’était parti de mon désir de quitter son cabinet : « Et après, vous me reprocherez de ne pas vous retenir »)

 

Il ne parle des pièges que je me tends (dit que j’y consacre l’essentiel de mon temps) (le dernier en date : parler de mes difficultés d’argent aux parents de Mathilde) (*)

Pièges : je provoque conflits jusqu’à avoir le dernier mot par lettre ou paroles définitives.

 

« Vous comprenez que je vous ai empêché d’écrire cette lettre récemment » (à Marion) 

 – « Pourquoi cette fois-là ? »

 – « Les écrits restent… »

 

(*: J’ai réfléchi et je me dis qu’en effet j’aurais dû me douter que cela se retournerait contre moi. Je m’en doutais d’ailleurs et c’est bien pour ça que je l’ai dit…)

 

On parle de l’épisode Marion. Il dit que je demande une chose et son contraire (qu’on me critique, mais qu’on ne me critique pas. Comme je proteste contre ça, il dit que ce serait insupportable pour moi de le reconnaître. Et que c’est pour ça que je ne vois personne en ce moment, que je m’isole…

Je parle des cas où les critiques les autres ont fait leur chemin (je cite Jean M.. Il me dit : « Voyez comment ça s’est terminé avec M.… » Je ne comprends pas ce qu’il veut dire, je me demande s’il ne s’est pas trompé, s’il n’a pas confondu). Je parle de mon « bouturage des idées des autres sur les miennes ».

G. : « Aspect destructeur de cette tendance mais aussi aspect positif. Pour l’instant, vous êtes écartelé… »

 je dis que ce n’est pas la même chose (les deux aspects). Il dit que si, mais que je ne peux pas le dire autrement aujourd’hui.

 

J’y réfléchis et j’imagine, un jour, la sérénité. Plus besoin de rechercher les avis des autres… (non : rechercher les avis des autres, mais les recevoir avec calme).

Ça rejoint le problème du regard de l’autre (cf. Mathilde : « Tu ne réussiras pas en restant comme tu es… » (id est : embourbé dans cette problématique de la critique des autres…)

 

28/05/1986

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance de lundi :

 

Larmes. Beaucoup pleuré et très fort…

G. : « Vous êtes malheureux parce que vous avez la nostalgie d’une époque de quiétude, d’un temps où vous ne vous posiez pas de questions… » + me parle de ce que j’attends (« magiquement ») de mes films : une « transfiguration ». « Mais ce n’est pas un métier, ça ! »

 

TÉLÉVISION

 

Lundi soir : je trouve en rentrant une lettre d’Horbette m’accusant de « m’en être pris à sa secrétaire » et d’avoir essayé de « forcer son téléphone »…

Je réponds tout de suite une lettre où je rectifie, mais m’excuse si mauvaise interprétation…

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ARGENT

 

Hier soir : re-discussion avec Mathilde où elle exprime clairement sa pensée (à partir de mon retour, une fois de plus, sur les « six mois de loyer en retard » révélés à sa mère  « Mon père, il a fait n’importe quoi pour nous nourrir. Fais quelque chose, ton métier te dégrade ! »

 

Ça me dope. Je lui dis que je ne renoncerai pas.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Je parle à G. de la lettre d’Horbette. J’en parle avec colère comme d’une injustice qui m’est faite. Il me parle de ma volonté de « couper les ponts » en voulant me faire rendre justice. Je dévoile alors que j’ai répondu et dans quel sens. Il me dit que j’ai manipulé la situation en ne révélant pas tout de suite la réponse.

 

Je reviens – longuement – sur le fait que je me sens atteint dans mon être de créateur (cf. discussion avec Mathilde). Reprend son intervention du lundi sur mes films. Parle du succès, de ma bonne image.

G. : « Ça fait écho à la lettre (d’Horbette) : il a senti son image attaquée : vous restaurez son image ( cette histoire d’image de l’autre, ça me fait penser à ce qu’en dit Bettelheim à propos de l’officier SS : relire ce bouquin…)

Je gueule abondamment contre une société qui ne fonctionne que sur notoriété et fric.

 

Comme je suis en colère, il me dit : « Vous n’êtes pas en accord avec votre lettre. »

Je n’arrive pas à lui dire que ma colère vient de ce que c’est faux ! Tout simplement.

 

Je conclus en disant que je sais ce qu’il faut faire : rien ne vaut dans cette société en dehors des chemins codifiés : ne pas faire lire hors circuits pros. Se blinder contre déception. Réaliser produits rentables + expression personnelle. C’est tout.

 

À un moment il dit : « Vous voulez exprimer que le lucratif ne vous intéresse pas… »

Je dis que si.

G. : « Contradiction à ce sujet »

Moi : « Pas au premier rang de mes motivations… »

 

VÉCU – TÉLÉVISION – THÉODORE ZELDIN 

 

Aujourd’hui, ce n’est pas une si mauvaise journée : ce matin, le téléphone sonne : c’était Théodore Zeldin qui prenait de mes nouvelles… ! Il m’a félicité (parce qu’il m’avait demandé de lui parler de Godard) de maîtriser les mots autant que les images. Comme je lui parlais des Histoires Vidéhorribles, il m’a dit : « Vous êtes un homme d’humour (!), ne mettez pas trop d’horrible… ! » (Il m’a indiqué la bonne traduction pour Histoires Vidéhorribles). Ça me fait bizarre qu’on me qualifie d’homme d’humour ! Il ne me connaît pas (et je ne me connais pas, peut-être ?)

 

Jean-Pierre B. m’a appelé aussi. Il a aimé « Linda ».

 

VÉCU – « SIBYLLE » – LITTÉRATURE

 

Dîné hier avec Françoise A. qui

1/ a aimé « Sibylle » et va le distribuer

2/ m’a conseillé de partir quelques temps

3/ m’a conseillé d’écrire.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(13h40 – petit restaurant près de la maison « Chez Couvignou »)

 

C’est étrange : la discussion avec Mathilde d’avant-hier soir m’a enlevé mon ressentiment. Et je ne sais pas pourquoi exactement.

Enfin : une bonne part de mon ressentiment…

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

J’ai pensé il y a quelques temps à une possible reprise de « Sarah » : il faut que j’y travaille…

 


Ce matin : essayer de joindre Jammot téléphone pour projet « France interrogée ».

Pas eu. Il faudrait essayer cet après-midi. Mais ça me fait peur… !

 

Envie de fuir… d’une façon animale.

En même temps : besoin de parler à quelqu’un… !

 

VÉCU 

 

(13h55)

 

La pluie !

Éclairs. Coups de tonnerre. La patronne est venue allumer la lumière dans la salle…

 

 ÉCRITURE – HUMOUR

 

Une pensée élégante :

« L’homme descend du singe… et monte sur la femme »

 

Commentaire du 24 mai 2014 

 

Près de 30 ans après, je peux savoir grâce à Internet que Jean Yanne a écrit ceci. J’ai réinventé Jean Yanne.

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

 ÉCRITURE

 

Un mot me plaît :

« On ne peut pas gouverner sans laconisme… » 

(Valable aussi pour la mise en scène)

 

Commentaire du 22 mai 2018 :

 

(Saint-Just)

 

   Commentaire écrit à 71 ans

 

30/05/1986

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Plusieurs choses me paraissent souhaitables :

 

1/ qu’on ne voie jamais Serge « en direct » (l’Arlésienne) sauf à la fin.

 

2/ qu’on ne voie pas d’utilisation de flingue « en direct ».

 

3/ créer la surprise sur le meurtre de David (en faisant croire que c’est Sarah qu’il va tuer…)

 

4/ que David soit là pendant cette aventure et non pas absenté par la volonté du scénariste

 

Donc j’imagine à peu près la chronologie suivante :

 

1/ Proposition tournage

2/ Réalisation + réception des cassettes montées avec Sarah en contre champ

(questions : à ce stade, David est-il au courant ?)

3/ Il faut que David intervienne, mécontent (par le biais du copain opérateur qui fait le relais avec Serge… ?)

 Serge disparaît.

Serge, ayant ainsi découvert l’existence de David (il faut qu’il l’ignore avant) monte le coup avec Klaus.

 : si les menaces pèsent sur Sarah  pas de raison de chercher Klaus et d’aller sur son tournage comme écrit dans la version actuelle.

Mais j’aimerais garder ça.

 

4/ Menaces basculent sur Sarah (cassette reçue sur tournage Klaus ?) Trouver une raison impérative pour départ de David  on a peur pour elle.

 

5/ coup de théâtre : cassette assassinat de David (faux).

 

6/ Sarah et copain opérateur avertis de la réapparition de Serge. Ils vont chez lui. Réapparition de David qui n’est pas mort. Découverte chez Serge de son cadavre (suicide).

 

Nota : j’éprouve le besoin de justifier la folie de Serge (genre après première cassette Klaus avec menace, copain OPV révèle qu’il a eu une entrevue avec Serge celui-ci : jaloux + David = entrave à son projet fictionnel)  colère excessive (?) qui a inquiété le copain OPV.

 

PENSER À SUGGÉRER

 

(Exempt : dans version actuelle menace sur Klaus = suggérée)

(pourquoi Klaus ? On ne sait pas le « déplacement » sur personnage de fiction n’est pas analysé)

 

POSSIBLE :

 

1/ OPV propose film. Il ne sait pas que Sarah a Daniel dans sa vie.

 

2/ Sarah fait film en le cachant à David (on découvre sa relation avec lui…)

 

3/ Sarah troublée par Serge. Désir de « réalité » de Serge

 

4/ David découvre cassette (et vérité sur la « mise en scène » de Serge)  colère  discussion avec OPV pour stopper ça (suite envisagée ?)

 

5/ Première cassette Klaus. Menace sur lui. OPV révèle colère de Serge en découvrant existence de Klaus. Cassettes Klaus successives (les trois premières)

 

6/ Les trois vont aux flics. Expliquent. Enquête patine…

 

7/ Ils cherchent eux-mêmes Klaus. Le trouvent. Vont le voir sur tournage.

Sur tournage : arrivée quatrième cassette : menaces sur Sarah.

 

8/ Les trois rentrent à Paris. David obligé partir. OPV reste avec Sarah pour la protéger…

 

9/ Réception cinquième cassette = meurtre de David. Émotion. Effondrement.

 

 : deux hypothèses :

 

A =   10/ réapparition de David

 11/ Copain signal réapparition Serge

 12/ Découvert de son suicide

 

B =   10/ copain signal réapparition Serge

 11/ Découvert de son suicide

 12/ réapparition David

 

Évidemment, c’est la solution B qui a ma préférence : davantage de suspense (+ fiction = effet de réel)

 

J’aime cette structure, car elle n’est pas linéaire comme « Sibylle » mais explore toutes les possibilités :

 – déplacement sur acteurs anonymes (Klaus) = fiction remplace le réel

 – menace sur Sarah. Basculement sur réel : menace de suppression d’un pôle du couple déclenchant souffrance du jaloux.

Permet coup de théâtre.

 – Fiction meurtre David dans le réel = surprenant. Menaces sur Sarah apparaissent logiques : détourner.

 – Suicide Serge : ferme la boucle. Mort réel = : point final à la fiction + déplacement : meurtre de David déplacé (rime avec déplacement sur Klaus : réel  fiction, ici c’est fiction  réel.)

 

01/06/1986 

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Je reviens sur hésitations entre solutions A et B pour la fin de « Sarah » :

 

La A ne serait pas mal si, après être réapparu, David (fou de rage que Serge lui ai fait si peur par simulacre meurtre) prend flingue pour aller tuer Serge (qu’on a signalé de retour chez lui) et le trouve mort en arrivant…

 

VÉCU – CHOSES VUES – FAMILLE – ENFANCE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – ZELDA – AGNÈS

 

(15 h)

 

Je sors du tabac Place Gambetta. J’étais allé acheter des cigarettes et manger un morceau (seul cause Mathilde allée chercher les enfants école hébreu et pas réapparue ni donné nouvelle).

Il y avait, à la table à côté de moi, un jeune couple (moins de 25 ans) avec un petit garçon de deux ans au plus. Apparemment : une mère célibataire et le type, en face de moi, n’était pas le père.

Je voyais cette jeune mère de dos, les cheveux du bébé dépassaient à peine du dossier.

Il pleurnichait (j’écris ça avec tendresse), elle lui tenait un discours (repris par le mec) du type : « Arrête, tu nous emmerdes depuis ce matin. Tu vas recevoir une claque. Tu n’es qu’un petit garçon de deux ans, alors : tais-toi ! ou souris, fais des choses agréables… »

J’ai éprouvé un malaise, dans ce troquet, à deviner (imaginer) ?) la peine de cet enfant, sa solitude avec cette conne comme mère… Malaise renforcé par des papotages féminins derrière moi, un océan de banalité, de tristesse (avec, à ma droite, un type seul qui était comme un reflet de moi-même).

Au bout d’un moment : la gifle a claqué, sur la joue du petit. Ça m’a fait sursauter.

 

Je me suis levé et suis parti, comme si je me sauvais. Dans la rue, les larmes sont montées aux yeux. Je les ai réprimés tant bien que mal. Je ne voulais pas qu’on me voie pleurer.

 

Hier, Zelda a raccroché au nez de son père parce qu’elle lui demandait de venir les chercher et qu’il a répondu qu’il était trop fatigué… !

 

Je compare cette réaction à celle de ma petite Agnès, quand elle avait cinq ans et demi, que je venais de partir et qu’elle me disait : « Reste un tout petit peu, Papa… « 

C’est toute cette peine : celle du petit garçon du tabac, celle d’Agnès, la mienne, qui me fait pleurer…

Je me sens si triste, si désespéré et si coupable !

Et pas moyen de revenir en arrière, de rectifier. La vie passe, si vide, et si implacablement définitive !

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES

 

Hier soir : discussion avec Mathilde où elle évoque mon « aventure » (tu parles !) de Lyon…

Elle dit des mots-clés : « Je n’ai pas souffert, c’est toi qui as souffert… ! » Et « Je suis restée parce que tu me l’as demandé… »

 

Je m’étais souvent demandé comment il se faisait qu’elle ait accepté mon infidélité.

J’ai aujourd’hui, avec ces mots, un rudiment de réponse.

Elle a ajouté : « Et parce que je t’aimais… »  (Je suis allé dans le salon. De la chambre, elle m’a dit : « Je t’aime… » J’observe que je n’ai même plus la force de me mettre en colère… « Normalement » (!), après ces mots, ça aurait dû être un drame…

 

Je n’ai jamais été dans cette position : celle de celui qui, dans le couple, n’a rien à se reprocher, qui a été fidèle…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – AMIS – CHRISTIAN B. 

 

Je repense à une discussion avec Christian B., samedi dernier : il m’a dit, à un moment : « Tu ne peux pas être tout pour l’autre… Ça, c’est un handicap avec lequel il faut faire… » Ce mot m’a fait penser à son fils (autiste). Je pense que cet enfant, handicapé, ça éclaire la structure de Christian et explique sa force. Il a fallu faire avec…

Par le handicap de son fils, cette non-réponse perpétuelle, il s’est blindé aux non-réponses des autres, en général…

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

(17 h)

 

Et si le suicide de Serge était sur une cassette (qu’ils trouvent chez lui) et qu’il ait disparu (pour toujours) et qu’ainsi on ne sache jamais s’il s’est vraiment tué ou pas ?

(Cela dit : si vrai suicide, on devrait retrouver son corps…)

On peut penser qu’il a aussi joué sa mort dans la fiction (amour – meurtre et mort, dans la fiction…) et sa disparition vraie accompagne sa mort fictionnelle. Possibilité reconnaissance après cette mort.

 

 On déboucherait sur une « nouvelle vie » de Serge. Une vie débarrassée de la fiction, du sentiment d’infériorité ?

Une vie « réelle » ? ou bien : on stoppe à la cassette…

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ENFANTS

 

Hier, avec Mathilde et les enfants, on est allés se promener à la forêt de Fontainebleau. Dans la voiture, Mathilde a formulé clairement une revendication précise : elle veut de l’action, de la gaieté, de la distraction dans notre vie.

« Je me demande si on désire les mêmes choses ? » a-t-elle dit.

Elle a dit qu’elle pensait que c’était une passe. Moi je me demande si elle ne pense pas que je suis ainsi : casanier, passif, inactif, triste.

 

Et, de fait, je me le demande aussi.

En ce moment je revois ma vie. J’ai toujours été un « looser ». Manqué d’énergie, d’inventivité, de gaieté.

Toujours battu d’avance. Toujours hostile aux autres (ou alors amoureux d’eux jusqu’à la déception et la rupture, ce qui revient au même).

 

Aujourd’hui, je me demande si je gagnerai un jour cette énergie, cet espace de liberté, d’initiative et d’intégration sociale.

 

Je n’ai qu’une envie : dormir… !

 

Je suis à la terrasse du « Bon pêcheur », aux Halles. Il fait frais, il fait gris.

 

Je me sens maudit (ça me fait penser à une séance – oublié de noter ça – : je disais ça et il m’a dit : « C’est comme si on allait vous castrer et que vous soyez d’accord… »

 

« Roberto, tu n’es pas drôle ! »

 

Quand je pense que Mathilde s’est dit en me voyant que j’étais un « bon vivant »… !

 

J’aime de moins en moins la vie. Je repense à Zeldin me disant, l’autre matin : « La vie est de plus en plus intéressante… ! »

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Suicide de Serge sur cassette : comment ? Isolé ou relié à Sarah (scène appartement ? La même que pour meurtre de David).

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance de vendredi dernier :

 

Je dors beaucoup.

Me réveillant, je lui dis que je me sens menacé, ligoté par lui. Je gueule contre sa réaction à mes pets « non analysés ».

« Il n’y en a, des choses qu’on n’analyse pas ! Pourquoi là ? »

 – « C’est comme ça ! » dit-il.

Il dit que je me sens menacé, ligoté parce que si je suis là, c’est que mon père et ma mère se sont rencontrés et se sont plu et que « c’était comme ça »…  Mystère ! (Cf. Laborit : déficit informationnel  angoisse).

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FOLIE

 

Je repense quand je suis venu chercher refuge chez Dominique L. (Gérard L. ?) Parce que je croyais devenir fou et que j’avais très peur (été 1969, la fameuse « crise de folie » because peinture) et que Gérard L. m’avait rassuré en me disant : « Ça ne peut pas être une psychose puisque tu es conscient… ! »

 

Il avait bien fallu que je traverse le 20e arrondissement, venant de Télégraphe. Aujourd’hui, j’habite dans ce quartier que j’avais traversé à pied…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Quand je suis quelque part, je m’y ennuie et veux m’en aller et dès que je suis dans un nouvel endroit, c’est la même chose…

 


Peut-être que je veux accéder à une autre réponse que la colère. En effet, avec le temps, j’ai constaté qu’elle n’empêche rien (« Au contraire » a dit Mathilde), les choses se font (ou se détruisent) quand même, inexorablement. Alors ?

 

Sortir du « catastrophisme », de cette tendance à accorder à chaque mot, à chaque acte, une importance décisive.

 

VÉCU – CHOSES VUES – ÉCRITURE

 

« La Lumière », à Belleville. Salle du haut : fiançailles. Une jeune femme (25, 27 ans ?) descend, en robe rayée noir et gris. Elle a laissé sa BMW en double file. Elle remonte, au passage, jette un coup d’œil dans la glace et rectifie ses épaulettes…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

G. : « Vous vous installez en position de castré et vous ne voulez pas voir quel intérêt vous y avez… »

 

+

 

« Votre projet est de montrer que votre inconscient est d’une telle qualité qu’il résiste à la psychanalyse… »

 

Il ferme les yeux. Je lui dis : « Vous aussi, vous avez sommeil… »

 – « Vous faites tout pour m’endormir… Il y a quelque chose en vous (et accessoirement en moi) que vous cherchez endormir… »

 – « La souffrance… »

 – « À moins que ce ne soit la vigilance… »

 

ÉCRITURE

 

(20h)

 

« Je voudrais le Fausto Coppi de votre carte d’identité… »

(Traduction : mon identité est-elle celle d’un gagneur italien ? Retrouver cette part de moi…)

 

Notes projet télévision Jean-Jacques P. non transcrites

 

06/06/1986 

 

AMIS – ZYF – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

 (Train Paris-Toulouse  la Claverie)

 

Je vais passer quelques jours avec Zyf.

À ce sujet : engueulade avec Mathilde.

Son discours : « Au lieu de partir seul, tu aurais dû me proposer qu’on parte ensemble. Personne ne m’a jamais rien proposé, c’est toujours moi qui ai dit. J’en ai marre de dire. »

« Je dérange donc je suis… »

 

09/06/1986

 

VÉCU – AMIS – ZYF – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(Lundi 19h25 – la Claverie)

 

Terrasse. Soleil couchant. Air chaud. Oiseaux, tracteur. Légère odeur d’herbe brûlée).

 

Appelé Mathilde samedi après-midi. M’a raccroché au nez.

 

Elle a rappelé ce midi. Lui ai dit qu’elle me rendait malheureux.

« J’arrête mes conneries » a-t-elle dit.

J’étais angoissé parce que j’avais appelé Paris, pour la première fois depuis mon arrivée, pour interroger répondeur + nouvelles des Histoires Vidéhorribles chez Hachette (« C’est en lecture »)  inquiétude de la réponse.

Toujours cet état d’incertitude  cafard. La peur.

Toujours elle. Je ne serais pas mal s’il n’y avait pas cette inquiétude du lendemain sans travail et sans argent… !

 


Parlé avec Zyf de l’histoire du divorce. On a beau s’expliquer, avec la meilleure bonne volonté, il y a parfois blocage de l’autre…

Rien à y faire.

Accepter, si on peut.

 

Commentaire du 22 mai 2018 :

 

Ce point est capital dans la rupture avec Zyf qui allait intervenir par la suite : à l’époque de cette note, je ne réussissais pas à comprendre et à formuler ce que j’ai compris et formulé par la suite (nota : par moi-même et non en analyse) : je lui avais demandé de témoigner dans mon divorce (contre Jocelyne évidemment, qui n’acceptait pas le divorce) et il avait refusé (« C’est les flics qui ont besoin de témoins »). En réalité ce n’était pas tellement cela que je lui reprochais (encore que l’on demande souvent à ceux qui ont connu le conjoint de dégager ses responsabilités), mais, pendant que j’étais avec Jocelyne, il lui avait révélé que je lui étais infidèle et en avait profité pour coucher avec elle : j’ai compris par la suite que c’était une véritable manipulation et que c’était de cette manipulation que je lui en voulais et que je ne lui ai jamais pardonnée…

 

   Commentaire écrit à 71 ans

 


Il a lu les trois synopsis des Histoires Vidéhorribles (synopsis nouveau pour « Sarah »). Trouve bien (surtout « Sarah » : « Une idée que j’aimerais avoir eue… »

 


Lu les premières pages de son nouveau manuscrit.

Malheureusement, je n’aime pas.

Ça m’aurait fait plaisir de lui faire plaisir en lui disant le contraire : « Enfin, tu as trouvé ton truc… ! »

 


À l’instant : allé voir Sylviane : « Qu’est-ce que tu penses de moi ? »  « Type tourmenté. Pas facile à vivre. Volage. Mais intéressant. Tu parles facilement de tes problèmes… Image globale : pas négative… »

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Il faut que je finisse la nouvelle version de « Sarah ».

 

Il manque un « quelque chose » pour amener la réapparition de David. Je ne sais pas quoi : pensé à une scène où Sarah le voit dans la rue, lui court après. Était-ce lui ? « J’en suis sûre » dit Sarah à Jean-Louis qui doute un peu…

Mais Zyf, interrogé là-dessus, a eu une moue dubitative…

 

CINÉMA – « SIBYLLE » – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – FEMMES

 

Fait une interview pour la radio de Sylvie, pour Festival de Court-métrages d’Albi… Bien parlé, clairement, avec élégance. Ma voix, ça va. Mon corps ? J’ai un peu envie de pleurer (conversation avec Sylviane ?) J’aimerais tant qu’on me dise : « Tu es un type bien, lumineux, attirant… ! » Non : je suis mal (dans ma peau), sombre, qui fait reculer les femmes…

 

VÉCU – AMIS – SYLVIANE – ARGENT – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(Nuit. Couché)

 

Tout à l’heure : discussion avec Paul, du Puget, Zyf, Sylviane et moi sur société, économie, etc.

Je commets l’erreur habituelle : je parle de ma situation financière.

Sylviane : « Si tu as des impôts en retard, c’est que tu as mal géré ton argent… » Elle éclate de rire en évoquant quelque chose que je lui ai dit à Paris : « Je vais faire des économies draconiennes : je ne vais plus payer mon loyer et mon électricité »  Ce rire me vexe, m’humilie et me rend malheureux.

Tourmenté par l’envie de chercher la bagarre, comme je le fais avec Mathilde, mais là, je me retiens.

Je me sens mal :

1/ parce que c’est vrai que c’était grotesque, un tel mot : naïveté, infantilisme et que je ne sais pas gérer (cf. Nini = fait de la gestion… ?)

2/ Parce que j’ai parlé de moi. Ferme ta gueule, camarade. Qu’est-ce que ça va faire qu’ils sachent ? Tu n’as pas encore l’habitude ? (Cf. mot de Zyf sur mon carnet : « Il m’use, à le soutenir… » (en début 83, premier temps après rupture avec Colette) Même lui ! Toujours cette même réaction : mes problèmes enmerdent… (cf. Sylviane, qui n’est pas une tendre, en fait : « Tu parles facilement de tes problèmes » Pas si positif que ça pour elle, au fond). Sentiment que les autres ne me comprennent pas !

Ne pas se faire d’illusions sur les autres, jamais ! Rester toujours vigilant sur ce point…

Avoir des relations, certes, les plus agréables possible, mais méfiance, prudence, foin des confidences, des épanchements.

Circulez, y rien à voir, de ce côté-là…

 


On ne dit mauvais gestionnaire, mais ai-je donc été si dispendieux ? Pas de grands voyages, pas de gros achats (maison ou meubles, fringues, hi-fi). Où est donc passé ce fric ?

Peut-être :

1/ Pas toujours profité des Assedic. Négligé sur certaines périodes de m’inscrire.

2/ Analyse ? (1500 Fr. par mois) ? ? (depuis six ans ! ?)

3/ Restaurants = oui, sûrement trop, trop chers, trop souvent.

4/ Bagnole (essence – assurance) = oui

5/ Revues pornos – sex-shops = oui, mais pas tant que ça.

6/ Hémorragies d’argent ponctuelles (cambriolage non remboursé – achats inutiles (tout de même pas si gros : appareil photo ? autres que j’ai oubliés ?)

7/ Vie quotidienne : journaux ? cafés ?

 

J’essaye de faire un bilan, mais tout ça n’est pas chiffré.

 

ROBERTO, GARDE TOUT PAR-DEVERS TOI !

 

(Cette injonction « psychologique » peut-être rapportée à l’argent et inversement : le côté « panier percé » peut être la traduction de « celui qui ne sait pas garder sa langue » (ne pas oublier que c’est ma mère qui m’a dit ça, assez tôt, me semble-t-il).

 

À propos d’argent et de mère, il me revient qu’elle m’a appelé pour me dire qu’elle voulait m’acheter un costume (en a acheté un à René : justice…)

 


Sentiment de culpabilité en repensant au mot de Sylviane : « Tu es volage »

 

Désir d’être fidèle

Fidélité « (par satisfaction) = terre merveilleuse, jamais abordée…

 


Je relis ce carnet et la note du 19/05 me fait repenser à mon sentiment de tout à l’heure, après l’éclat de rire, ici : m’en voulais à moi-même parce que je sentais que j’avais envie « d’avoir raison » (Oui, les seules économies notables que je pouvais faire étaient de ne pas payer le loyer l’EDF ! ») Et qu’on ne change pas l’avis des gens, comme ça, juste parce qu’on le décide.

Colère en moi parce que conscience de l’infantilisme de la volonté de toute-puissance.

 

11/06/1986

 

SOCIÉTÉ – RÉFLEXION – ART

 

Lu dans l’Événement n° 66, article sur un loubard (Patrick ?) :

« J’aimerais avoir un don. J’ai même essayé d’écrire. Mais les idées, elles veulent pas se faufiler dans mes veines en gouttes d’encre. Y a plus d’espoir si on ne peut même pas faire l’artiste. »

 

Moi qui n’aime pas du tous les loubards, les casseurs, les délinquants en général, en lisant cet article, j’ai senti la dureté sans échappatoire de cette vie où on est condamné par la naissance, parce qu’on est né ici et pas là. Quant à l’art comme échappatoire, certains cas très isolés entretiennent un mythe qu’a seul forgé le snobisme… La réalité usuelle est bien différente.

 

Chaque jour, désormais, je me dis que j’ai de la chance.

Et pourtant je geins !

 

MUSIQUE – TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES »

 

Depuis que je suis ici, à la Claverie, j’écoute et réécoute la cassette d’une musique (jazz) repiquée par hasard sur radio (retrouver ce que c’est !)

Je l’adore.

J’y pense comme musique de film (« Sarah » ? Principe sibyllien…) (musique leitmotiv revenant sur séquence vidéo (Serge l’a mise dessus en fond sonore + repris sur certaines scènes : tournage ? Si elle est sur tournage, ce n’est pas Serge qui la met sur séquence vidéo, c’est moi… Sinon : la première fois qu’on l’entend, c’est sur séquence vidéo et après, elle joue comme un rappel (mélangeant encore un peu plus le réel et la fiction = bon !)

 


Je la réécoute : peut-être un peu rapide comme musique de fond pour séquence vidéo… ? Séquences = jardin public, cafés, restos, appartement, déclaration d’amour… ?

Ou alors, écrire le dialogue en pensant cette musique…)

 

VÉCU – SEXE – MASTURBATION – FANTASMES

 

(13h10)

 

Je viens d’éprouver une vive jouissance masturbatoire en fantasmant sur de couple black swingers.

« Ma » femme  avec l’autre aux chiottes, sur lui, il lui met doigt dans le cul, l’engage à chier. Ai joui quand c’est sorti (elle disant : « Here it is, my love » (car elle tombe amoureuse de l’» autre »)

 

Dans ce fantasme : clair que l’étron = pénis de la femme (cf. enfance)

À rapprocher du spectacle, l’autre jour, du sexe du canard que j’ai vu comme un étron pendouillant…

 

12/06/1986

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

(Jeudi – 18h45 – train Montauban-Paris)

 

J’ai quitté la Claverie dans l’angoisse, avec le mal au ventre…

Ce matin, rappelé Monique Pivot. Elle avait dit à sa secrétaire de me rappeler pour me dire d’adresser les « Histoires Vidéhorribles » à M. Noll, de Revcom Télé.

J’appelle ce monsieur.

Il réagit à la notion de « vidéo » par : pas de déformation d’image. Il veut des « histoires traditionnelles » (et internationales).

Je lui dis que c’en est. « Alors je ne vois pas la démarche, c’est comme si vous appeliez une série « Les horribles voitures » parce qu’il y a des voitures dedans… »

Je lui parle de la spécificité vidéo, manipulations ne pouvant exister sans elle… On en est là, il doit lire…

Suite à ça, donc : flip, angoisse, échec, etc.

 

Si au moins, je pouvais faire « Mélissa »…

 


Les histoires traditionnelles (« avec un début, un milieu et une fin » dit-il) et internationales de Monsieur Noll, je sais ce que c’est… C’est « Dallas » ou le « soap » ou les « novelas »… Ce genre de trucs…

Je disais à Zyf que l’avenir de la création ne m’apparaît pas brillant… !

 


Au lieu de conclusions catastrophistes, comme d’habitude, je devrais simplement me dire que « Revcom », ce n’est pas la bonne porte…

 

14/06/1986

 

 ÉCRITURE

 

Une paire de seins, suivis d’une femme, s’avançaient… Ce petit détachement ne manquait pas de charme / d’allure (?)

 


Parlé hier à Monique Pivot. Une nouvelle de 15 feuillets (pour « Nous deux ») = payée entre 1000 et 1500 Fr.… Pas mal.

8 nouvelles par mois = 1 brique…

Écrire pour me faire de l’argent de poche…

8 x 15 = 120 pages…

 

16/06/1986

 

VÉCU- TÉLÉVISION 

 

(Lundi)

 

Paris. Soleil, une légère brume qui fait presque penser qu’on est en vacances dans un port…

Toujours rien côté boulot. F. m’a dit qu’il avait donné mon nom à un journaliste pour un sujet à « Moi je » sur les « hommes enceints »…

J’imagine que ce type prendra un autre réalisateur.

D. aussi m’a dit qu’il avait donné mon nom, et B.…

Enfin bref… !

De la Claverie, eu Franck B., de Tigre, me disant qu’il pensait qu’ils auraient des contrats et que j’étais « prioritaire »…

 

VÉCU – LITTÉRATURE SENTIMENTALE

 

Acheté un bouquin « La scripte et le roi de cœur » d’Anne Deslauriers (on ne lui en tressera pas !) = nul !

Comment peut-on vider à ce point le cinéma de sa substance ?

Intéressant pour « Nous deux » : la faute ! (Script-stagiaire : elle oublie d’allumer une lampe à pétrole : « Les larmes n’étaient pas loin… »)

 

FEMMES – MARIELLE

 

Repensé à Marielle.

Elle ne peut m’aimer que de loin (cf. refus de me voir, quand je suis passé près d’elle) Pour elle, je suis l’Absent

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – ZELDA – AGNÈS 

 

Hier, balade à cinq, dans les forêts région Nord. Pour la première fois : passé le volant à Agnès qui a découvert la panique de l’embrayage…

 

VÉCU – IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Bistrot tout à l’heure : type et fille discutaient pilotage.

Imaginé fille mettant farouchement en tête d’apprendre pilotage hélico pour faire comme la femme du prisonnier qui a fait évader son mec en hélico

(quelle « évasion » prépare cette émule ?)  Niveau symbolique = oui !

 

19/06/1986

 

VÉCU – AMIS – JEAN M. – FEMMES

 

Hier soir : dîner avec Jean M. (terrasse de l’Écluse, aux Halles)

Très « Trastevere »…)

 

Retenu de la conversation deux « mots » de Jean :

 – « Géreurs gêneurs… »

et

« Regarder les femmes, ça ne mange pas de pine… »

 

VÉCU – TÉLÉVISION – CHÔMAGE

 

(14h10 – terrasse bistro près ANPE spectacle)

 

Suis venu ANPE pour renouveler mon carnet de bulletins de déclaration.

Ils m’ont donné trois bulletins… Ils manquent de carnets ! (quel symbole !)

 

20/06/1986

 

VÉCU – COLUCHE

 

Coluche est mort hier.

Il s’est planté dans un camion. Même pas eu le temps de freiner, paraît-il.

Pas le genre à apprécier les oraisons funèbres, ce type.

Il a eu ce qu’il méritait : quand on roule à fond la caisse sur une petite route, ce sont des choses qui arrivent… !

Meilleur hommage à lui rendre : le considérer comme responsable de sa mort.

« J’ai joué, j’ai perdu ! » dirait-il, ou quelque chose comme ça.

 

LITTÉRATURE SENTIMENTALE – « NOUS DEUX »

 

Pendant repas l’autre jour avec Jean, il m’a filé une idée pour une nouvelle « Nous deux » : utiliser le Minitel : j’en fais ça, mais c’est incomplet : une fille, après déception amoureuse, décide de « s’éclater » pour compenser. Elle utilise le Minitel pour rendez-vous avec un mec. Au rendez-vous, se dégonfle  retour aux sentiments.

Question :

1/ Minitel de qui ?

2/ Comment se passe le rendez-vous ?

3/ Retour aux sentiments avec qui ?

 

Réponse à 1/ = minitel d’une copine « émancipée » (mieux qu’un mec. C’est un « double négatif » d’elle-même)

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

(18 h – bistro rue du temple près de « Ma vie bijou »…)

 

Je ne ferai probablement pas les Histoires Vidéhorribles…

Peu importe : je ne regrette pas d’avoir pondu, en trois semaines, les trois nouvelles histoires… parce que dedans, il y a « Sarah » et que je tiens là un chef-d’œuvre…

À la lumière de « Sibylle », je sens là une « pureté cristalline », avec le mystère qui rend le cristal opaque…

 

CARNETS – ÉCRITURE – AUTRES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Il fait chaud et lourd sur Paris. Le ciel est gris clair, éblouissant.

Je porte un petit blouson de nylon blanc, je me sens comme si j’étais une maison des Pouilles qui se promène…

Écrire ici, écrire des lignes et des lignes. Qu’importe ? Au prix où est le carnet, je pourrais faire bien plus long que je ne fais usuellement. J’écris toujours ici des notes brèves, presque laconiques.

 

J’ai aimé avoir écrit sur ces carnets les notes préparatoires des nouvelles Histoires Vidéhorribles, ces avancées, ces « rebroussages de chemin », ces prises de direction nouvelles…

L’écrit permet cette part inviolable d’intimité, cette solitude sonore des mots qu’on se dit dans sa tête, en écrivant, comme un écho bruyant au silence de la page, un son qui vient se rajouter à la rumeur des voitures, aux klaxons intermittents, au clapotement des talons féminins, aux rires, aux interjections des cafés, aux bribes de dialogues des passants.

Écrire ici, pour moi, c’est arracher un moment au temps qui passe, j’écris toujours dans la perspective de la mort. Il y a toujours un N’Gom, un Colucci pour nous la rappeler. Je repense souvent à la plage d’Olivenstein, citée par D..

Il est rentré des Antilles, celui-là. Des gens m’ont dit qu’ils leur reprochaient de ne pas l’aider à trouver du travail (ou plutôt de ne pas lui en trouver). Indéniable qu’il y a en moi une satisfaction à voir confirmé, après les années, son mauvais caractère. Ça m’excuse un peu d’avoir rompu avec lui.

Mais pourquoi chercher à m’excuser ? On ne peut avoir une relation avec tous les autres. On a le droit de choisir.

Certes, il y a les raisons inconscientes de nos choix.

Mon esprit rêvasse à toutes les ruptures dont j’ai été la cause : Elizabeth – R. – Marion – Dominique L.…

Et puis je me dis que non, pas toujours, je n’ai pas toujours été la seule cause, il y avait l’autre aussi, souvent.

Et je pense aussi à tous ceux avec qui je me suis efforcé de maintenir des liens voire de les renforcer…

Et le téléphone ne sonne jamais ou presque…

Pourquoi sommes-nous si loin les uns des autres en cette époque ?

Il faudrait savoir pourquoi ? Comprendre pourquoi ? Les gens sont-ils déçus ? Méfiants ? Occupés ? (trop) – ont-ils déjà, au contraire, trop d’amis, trop de relations ? Plus le temps pour d’autres ?

Une chose est sûre : ils n’aiment pas qu’on les emmerde, qu’on les dérange… Celui qui souffre et gémit trop fort, on l’écarte…

 

ÉCRITURE – HUMOUR – SEXE

 

Sur l’air de la chanson « Masculin féminin » du groupe Indochine :

 

« Et on se branle à main

et on se branle à main

on se gicle sur les seins

on s’asperge le popotin… »

 

ÉCRITURE – HUMOUR

 

Zyf me dit : « Il y avait une black qui t’aurait plu… »

Je réponds : « Elle m’aurait mis d’équerre…? »

 

23/06/1986

 

MA MÈRE

 

(Lundi)

 

Hier soir engueulade avec maman au téléphone.

Elle : toujours les mêmes lamentations parce que je n’ai pas de travail.

Ça m’exaspère. Je lui crie : « Tu m’emmerdes. Je fais ce que je peux ! » Et je raccroche.

 

VÉCU – LES AUTRES – SOLITUDE

 

Je pense aux autres : le téléphone est vraiment muet, pendant des jours entiers…

Même ceux à qui j’ai rendu service ne se donnent pas la peine de m’appeler (ou de rappeler s’ils ne m’ont pas eu) : ni Jean-Marc D., ni Michel B., qui préfère déprimer en solitaire…

Pas de nouvelles de Jean-Pierre B., qui devait pourtant le faire à propos de « Sarah », pas encore lu après des semaines ! Plus de nouvelles de Camille (rentrée à Art Sept grâce à moi)

Mais désormais je m’en fous un peu… Ça n’a plus guère d’importance. Je connais les règles de ce jeu pourri. Quand j’aurai des cartes en main, je redeviendrai un partenaire intéressant…

 

24/06/1986

 

VÉCU – DÉPRESSION – SOLITUDE – ARGENT – CRÉATION – TÉLÉVISION – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(14h35 – bistrot « Le Madrigal » Champs-Élysées – terrasse)

 

Les jours se suivent et se ressemblent. J’étais ici même il y a combien de temps ? Dans la même vacuité, le même sentiment d’échec…

 

Pas de travail. Rien à l’horizon. Et je repense à toutes les fois où « Mélissa » s’est fait rejeter par des lecteurs qui auraient sans doute bien voulu l’aimer…

Je repense aussi à « L’image de Pierre ».

 

Tout à l’heure, je suis passé à Ma Vie Bijou pour amener voiture à Mathilde.

J’étais déprimé, envie de vomir.

Inquiet sur avenir, je lui ai dit : « J’espère que tu as pouvoir faire quelque chose… »

 – « Je ne suis pas une banque ! » a-t-elle répondu. Elle a ajouté : « Tu vois bien que je fais ce que je peux… »

 

Rien à dire, c’est vrai. Et sa tranquillité m’agace. Je suis encore là : à vouloir culpabiliser l’autre… Décidément, ma chère mère laisse des traces durables en moi…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’hier :

 

Je parle de ce « monde pourri ».

G. ramène ça à l’impression que « les gros écrasent les petits » = grands frères préférés par l’un ou l’autre des parents.

Je dis que déjà bien vu dans mon analyse, que c’est un « classique ».

Il dit : « Oui, mais qu’est-ce qui fait courir Sammy ? »

Là, commence une polémique. Je dis que je ne sais pas qui est Sammy. (Je crois d’abord qu’il a fait une erreur et appelé ainsi Bobby…) Il répète. Je m’énerve. Je dis que le seul Sammy que je connaisse, c’est Michel T., mais que je ne crois pas qu’il fasse allusion à lui.

Il dit que ça rapport avec le cinéma et que c’est comme si un peintre disait « Vinci ? Connais pas… » et que c’est une expression qui est passée dans la langue française.

Révèle que c’est un livre de Budd Schulberg. Il se dit à peu près certain que je connaissais ce livre et l’ai oublié « exprès » parce que je suis concerné.

Je dis que non, qu’il se « fout dedans »

 – « Même si je me fous dedans, ça pose une autre question que vous connaissiez pas ce titre ! »

(Je dis : « Vous ne m’aidez pas parce que je vous tiens tête ! »

 – « Vous me tenez tête parce que c’est important pour vous ».

En partant, je dis que je demanderai à Mathilde si elle connaît…

Il dit : « Il y a une autre stratégie qui consiste à lire le livre… »

 

Je passe à la librairie rue des Acacias et demande (entre-temps j’ai « oublié » – là oui ! – le nom de l’auteur) Ça « dit quelque chose » aux libraires (mais ce n’est apparemment pas si célèbre !) (Là, il me revient le titre du film d’Élie Chouraqui : « Qu’est-ce qui fait courir David ? »

Ça éclaire la libraire, elle pensait confusément à ça, elle… Le libraire, lui, cherche dans ses catalogues et trouve un bouquin édité en français il y a deux ans. Je le commande.

 

Cette séance me pose un problème :

 

Je ne crois vraiment pas avoir jamais entendu parler de ce livre.

 

(A-t-il un rapport avec le film de Chouraqui ? Celui-ci, oui, je le connais. Et encore ne l’ai-je pas vu ? Je ne sais pas de quoi il parle… (me renseigner)

 

Est-il vrai que j’aurais connu ce livre et l’aurais oublié N’est-il pas possible que G. veuille à tout prix me prêter un refoulement ?

(Il a dit : « On retrouve là quelque chose de l’oubli de vos souvenirs d’enfance… »)

 

Si je ne le connaissais pas, quel sens cela peut-il avoir ? On ne connaît pas tous les livres !

 

Ce qui est certain : c’est que le problème de mon « amnésie » se pose d’une façon aiguë. G. ne cesse de m’y ramener.

 

(Cf. séance récente : « Quand êtes-vous né ? »)

 


Ne pas oublier d’écrire aussi sur séance récente où, essayant de percer le voile de l’amnésie, je fouille dans le maigre lot de mes souvenirs d’enfance :

 

 – C’était parti d’un assez long monologue où je m’efforçais de prouver que je n’étais pas mauvais

 

G. me dit : « J’ai l’impression d’entendre un enfant qui monologue dans son lit sur les moyens de prouver à ses parents qu’il a un bon fond… »

 

À propos de lit d’enfant, j’évoque le mien à droite en entrant dans la chambre des parents à Hammam-Lif et souvenir (reconstruit) de nourriture mise sous mon lit par « les morts »  peur

« Mais je n’ai pas de souvenirs d’un émoi sexuel » dis-je.

 – « Vous venez d’en citer un ! » dit G..

 

Je découvre avec surprise que sentiment de peur = émoi sexuel !

 

G. dit que, précisément, peur = peur de la mort et que, de mon lit, j’ai pu voir mais parents faire l’amour et croire que mon père tuait ma mère

 

+ Je parle de peur devant cassettes pornos

 

G. : « Première fois que vous reliez activité professionnelle (« Mettre images en boîte ») à votre enfance »  important

 

Aujourd’hui, je pense : « mettre en boîte » = mettre dans un cercueil ?

Cinéma, pour moi, sous le signe de la mort et du sexe. Oui !

 

 PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – ÉCRITURE 

 

« Je n’en finis pas de naître… »

 

LITTÉRATURE SENTIMENTALE

 

Ce contact avec Monique Pivot, cette proposition d’écrire des « histoires sentimentales »… Ça me fait réfléchir.

Ça se vend, ça se vend très bien !

Qu’est-ce qui plaît, là-dedans ?

Qu’est-ce qui est différent dans les « vraies » œuvres ?

En quoi une situation romanesque est-elle pour « Nous deux » ou « Intimité » ?

Finalement, on le pratique, mais on ne le théorise pas tellement…

Il doit y voir des réflexions là-dessus. Me renseigner…

 

Notion de convention sûrement. Lesquelles ?

1/ identification

2/ ça finit bien

3/ beaux sentiments, belles âmes

4/ recherche de l’amour

5/ péripéties = le plus dur à définir

6/ (peut-être 5) = sentiment d’une ligne à parcourir, du « ce qui doit arriver ». Un négatif (ou un positif !) du « fatum » !

Un fatum inversé.

7/ pas de saloperie, pas de vice, pas de cochonneries. Une morale. Morale de la famille. Pas de prime aux voleurs (voleuses), aux manipulateurs.

 

Mais bien sûr : présence de la perversion de ce système.

Mise en scène de séducteurs-suborneurs, de menteurs, de traitres, du sexe (cf. « I love to be fucked by you ! »)

Mais tout ça n’est que la pâte, l’essentiel, c’est le levain. Le levain, c’est la péripétie. Le singulier de chaque histoire. Le plus dur à trouver. C’est ça qui est payé…

(cf. le programme informatique – le metteur en scène qui « vit » les situations qui peuvent se muer en fiction…)

C’est amusant comme exercice formel. Et pas si simple !

 

VÉCU – SOCIÉTÉ – RÉFLEXION

 

(19h30 – maison)

 

L’Abbé Pierre à la télé : son discours pour la mort de Coluche…

 

Long reportage sur les obsèques.

Après cérémonie à l’église, en emmène le cercueil au cimetière…

 

J’ai les larmes aux yeux.

 

Montand : « Je ne sais qui de Simone ou de toi est le plus enfoiré des deux, mais je sais une chose, c’est que vous ne perdez rien pour attendre… »

 

Je regarde la foule des anonymes… Je suis l’un d’entre eux.

À méditer, cette volonté d’être quelqu’un de connu, de célèbre.

À quel prix ? La mort nous rend à nous-mêmes, nous qui nous en étions dépossédés en voulant posséder quelque chose : l’argent, la gloire, les honneurs…

 

Seule solution : être nous-mêmes.

Si, par cela même, les autres veulent nous reconnaître, alors tant mieux.

Sinon tant pis : croire en soi, plus que jamais à l’ordre du jour (et de la nuit)

 

Une idée me vient pour « Nous deux » : les concours.

À creuser. Compétition. Espoirs. Victoire (inattendue) ou défaite compensée par l’Amour…

 

(Je remarque la succession. Ça paraît dérisoire : croire en soi et écrire pour « Nous deux ». Réflexion faite : ça se justifie.

En somme, ça pourrait faire :

« À nous deux, la gloire ! »

 

VÉCU – FAIT DIVERS – SOCIÉTÉ

 

Journal télévisé : un type a tué une vieille dame. Il est entré chez elle, disant qu’il était le fiancé de sa femme de ménage (il était, en effet, son amant), il lui a pris 1500 Fr. il a tué de 60 coups de couteau !

 

60 !

 

Tout est possible !

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Un dialogue. 

Dans le décor : agrandissement photo d’un GP de bouche de femme (lèvres et dents). 

Au fur et à mesure du dialogue ( lequel ? ) : Un filet de sang coule du coin de la bouche…

 

25/06/1986

 

 ÉCRITURE

 

Dans une pub (Vittel) :

« Je suis pas aux normes ! »

Non. Je suis énorme !

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(11h40 – bistro porte de Bagnolet. Terrasse. Plein soleil)

 

J’ai atterri là car voulu m’éloigner de la place Gambetta encombrée pour prendre taxi car en retard pour séance. Pas de taxi (station désaffectée).

 Bistrot. Demi, œuf dur, sandwiche. Et merde 

 


Le thème du renouement, chez moi, est important (cf. Colette, bien sûr, mais aussi G. ! Renoué avec lui après 10 ans d’interruption des relations…

+ autres exemples.

Volonté de retrouver les autres différents, magiquement changés ? Et de me retrouver magiquement changé moi-même, transfiguré, comme il disait…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – ANGOISSE – SUICIDE

 

Les jours passent.

Qu’est-ce que j’attends ?

1/ réponse Pivot

2/ date où appeler Hamster.

C’est tout, non ?

Ah, si j’avais le courage… le néant…

 

ÉCRITURE

 

« Ça me pend au néant… »

 

ÉCRITURE

 

« La mort nous pend au néant… »   (2017 : from Internet : pas fait) (inclus dans Manuscrit « L’homme que les plantes aimaient »)

 

ÉCRITURE –  OULIPO 

 

ALPHABBÉ

 

Il fit  Ah ! », l’abbé, furieux d’avoir cédé. 

   Euh… répondit la fille de Leffe, excusez-moi si j’ai… 

   Si vous avez quoi ? éructa l’abbé, saisissant une hache…

Voyant cela, elle s’esclaffa  » Hi, hi ! »

   Quand je vous aurai tuée, dit-il, on pourra écrire sur votre tombe  ci-gît un sacré cas… ! 

Et oui, ainsi était-elle… !

   Est-ce ma faute si j’aime ? se plaignit-elle. Cela mérite-t-il tant de haine ?

   Et si je vous foutais dans l’eau ? » rugit-il, l’œil brillant.

   Passez-moi plutôt au fil de l’épée ! Ou alors : foutez-moi dans le cul !

À ces mots, l’abbé parut manquer d’air…

   Est-ce… Est-ce… gargouillait-il, que vous oseriez répéter ?

   Je vous ai eu ! ricana-t-elle, puis retroussant ses froufrous : voici ma culotte, oseriez-vous l’enlever ?

Comme celle-ci était ouverte, elle offrait à son regard un joli W…

   Pour avoir ensuite avec votre père une rixe ? demanda-t-il…

   Tant pis, dit-elle, rabaissant son jupon, je le ferai avec le petit grec…

   Partez, cria-t-il, quittez la sacristie ! Je prierai pour que Dieu vous aide !

 

ÉCRITURE

 

Par grand soleil, un homme regarde une chaise de café qui fait sur l’asphalte du trottoir une ombre nette.

     « Cette ombre me gêne, dit-il, je veux la décoller de la chaise… »

Il traîne la chaise sur le sol. L’ombre, bien sûr, adhère à la chaise.

     « Mais il te suffit de soulever la chaise ! dit un ami.

     « Oui, mais je veux pouvoir m’asseoir dessus… ! »

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES »  -VIDÉO-CLIPS

 

Appelé Sauvagnargues de FMI : « J’ai lu votre truc, c’est pas mal… »

(en fait, il n’a lu que « Mélissa »).

Il attend, bien sûr, qu’il y ait un producteur, mais, dit-il : « Vous n’êtes pas sorti de l’auberge, parce que la production française, on en fera de moins en moins… »

 – « J’ai noté votre projet dans les projets intéressants… »

 


Appelé Virgin, en demandant Dominique Legern, on m’a passé une Chantal Algout, qui la remplace pour les clips. Elle veut me voir car « appel d’offres » pour vidéo Rita Mitsouko !

 


P. au téléphone. Le vois demain car projet de pilote pour une série pour les Luxembourgeois. Pas sûr.

 


Eu Franck B.. Tigre est en concurrence pour « JT d’entreprise ». Pas sûr. Je dois voir la patronne, Madame Curtis…

 

27/06/1986

 

TÉLÉVISION

 

Hier je me décide à appeler Salles chez Hamster. Il était en communication, puis parti à une projection. Je rappelle ce matin, il était en réunion, cet après-midi, il était parti et « Je ne le reverrai que lundi ! » m’a dit la secrétaire…

 

ÉCRITURE – HUMOUR 

 

La fille était atterrée et il était sur elle…

 

02/07/1986

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Moi : « Je suis le Capitaine Dreyfus… »

 

Lui : « Je ne suis pas Zola et vous détestez l’armée. »

 

Moi : étonnement devant nom de Zola

 

Lui : encore un scotome étonnant. Réhabilitation de Dreyfus déclenchée par l’article « J’accuse » de Zola.

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Hier en fin eu Jacques Salles au téléphone. Il m’a dit la chose la plus agréable que j’aie entendu depuis longtemps : « J’ai des choses intéressantes à vous dire… ! »

Depuis, je m’en délecte !

 


Pilote P. arrêté.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance (suite :

 

Je raconte coup de fil de F. critiquant dans nouvelle version de « Sarah » la jalousie de Serge (pas crédible parce que pas de relations réelles entre Serge et Sarah).

Je raconte le scénario. Il me dit que ce scénario = ce qui m’est arrivé (j’ai renoncé à rencontrer femme réelle et préféré images (masturbation).

Je dis que mon choix de métier, c’est ça. Je raconte l’origine de mon choix : les sœurs Kessler. Fin de séance : « Ce qui est étrange, c’est que j’aie mis six ans à vous raconter ça. »

 

Nota : parlé de Dreyfus car désir en moi de réhabilitation. Je m’opposais ainsi à une de ses interventions en séance précédente : « Vous me donnez le spectacle de votre faiblesse et vous en êtes fier. » Je m’élevais contre ce mot.

Lui : « Vous êtes plus préoccupé de ma pensée que de la vôtre » (cf. question : « Pourquoi il a dit ça ? »)

Moi : « Je n’arrive pas à croire que ma pensée ait de l’intérêt. Il me faudrait une preuve. »

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Ai parlé avec Mathilde de la critique de F. sur « Sarah ».

On a envisagé de les faire copuler réellement.

Ainsi, il y aurait une raison réelle à la jalousie de Serge.

Mais moi, je me demande si ce n’est pas mieux cette histoire qui se passe entièrement dans l’imaginaire… ?

 

Parlé en séance de ça à G. : sentiment en moi que l’imaginaire est mal vu, je m’en sens coupable (je rapproche de l’imaginaire masturbatoire)

 


 (16h10)

 

Je viens d’interroger le répondeur : message de Jean M. me disant qu’il aimait la deuxième version de « Sarah » qu’il trouvait mieux. Et qu’il avait reçu l’alphabbé érotique qu’il trouvait assez drôle… A parlé aussi d’un article dans Libé d’aujourd’hui sur travaux Chapoutier à propos lien entre stress et mémoire (utilisé dans « L’image de Pierre »)

« Ce qui augmente nos regrets… » a-t-il dit.

 

C’est bien vrai, ça !

Ce message m’a fait bien plaisir.

 

VÉCU – CHOSES VUES

 

(16h30 – terrasse Le Bon Pêcheur)

 

Un « spectacle » de rue que je trouve très au point. Un type se met derrière les passants, presque à les toucher parfois et leur emboîte le pas, imitant leur démarche. Ça marche très fort.

Mais deux type derrière moi en parlent et disent qu’il le fait mal…

Toujours la subjectivité… !

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

« Qu’est-ce que les femmes sont belles ! » dit un type… Moi, j’évite de les regarder, ou en tout cas je fais autre chose…

J’en ai parlé en séance (« Je suis mort à la séduction… »)

 

G. intervient : à propos de quoi ? à propos : encouragements que j’attendais de ma mère.

 

J’évoque le pistolet enterré. Je dis que pour moi : pistolet = déjà associé à copulation couple parental (« Les deux moitiés attachées par des pattes ») = renoncement à la séduction.

D’ailleurs : peu de temps après, à Alger, découverte de la masturbation puis du sentiment d’infériorité avec femmes puis choix du cinéma (les images substitutives) à la vision du film (le titre, scotomisé, vient de me revenir : « Les magiciennes » (très intéressant : notion de magie mise en place tout de suite puis thème du dédoublement de la femme, gémellité, etc.

À CREUSER

A noter que je n’y ai pas pensé avant !

 


Là, tout de suite, tout seul : j’enchaîne :

 

Encouragements manquants  enterrement pistolet (j’en ai parlé. Dit qu’un garçon les attendrait plutôt du père mais père absent)

Pistolet = image de mort, de meurtre (à rapprocher de la peur évoquée par G. devant copulation parentale).

Départ de Tunisie = peur de l’inconnu.

Enterrement pistolet = rassurement – évacuation de la violence de la sexualité – auto-castration qui ne s’est plus démentie.

 

Enterrement pistolet n’est pas une perte, pas quelque chose que je laisse (si, en un sens : je laisse violence) mais aussi un moyen de me donner un rassurement.

 

Décidément : séance d’aujourd’hui = très intéressante !

 

03/07/1986 

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – MASTURBATION – MALADIE

 

Plusieurs choses à noter :

 

 – Il y a deux jours, en me réveillant : mal au sein droit !

Ça se précise, se renforce. Je découvre une petite boule, un kyste… Depuis, ça a diminué. Est-ce que ça va disparaître ?

Étrange !

(Sein droit : celui que je me caresse le plus en me masturbant…)

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Jacques Salles ce matin. Il ne croit pas à la série. A démoli « Linda » et « Julie », voyant avec perspicacité les facilités de scénario et les complexités excessives de construction.

Par contre : intéressé par « Sarah ». Il y pense pour série « Sentiments » (mélodrames). M’a longuement parlé de « Lettre d’excuses » de Raphaëlle Billetdoux (« D’une beauté folle… »)

 

Je devais lui envoyer la deuxième version de « Sarah ».

Mais, depuis, me suis branché sur une troisième en tirant l’histoire dans le sens « sentiments »…

 

Voulais d’abord garder les péripéties initiales : Klaus – faux meurtre – faux (?) suicide.

 

Pensé à ce que relations « réelles » entre Sarah et Serge se nouent. Serge étant paralytique (trouvé pendant que Salles racontait « Lettre d’excuses ») = raison de l’amour pas en réalité Et si c’était David qui, jaloux, manipulait et mettait en scène Klaus, enlèvement Serge et faux meurtre + son propre suicide.

 

Commencé à l’expliquer à Mathilde. Elle réagit négativement. D’abord ça me déprime et m’énerve (Elle l’avait dit : pourquoi on ne découvrirait pas à la fin qu’il est paralytique) ?

 

Je réfléchis, décide de garder cette (bonne) idées (qui va dans le sens de Jacques Salles)

J’y ajoute :

 – Serge, en effet, ne veut pas rencontrer réellement Sarah car il est infirme, mais il va s’inventer un obstacle fictif à cette rencontre. On retrouve l’amour impossible du mélodrame.

Quel obstacle ?

 – Soit femme malade (paralytique ?) qu’il ne peut quitter. Il a donc peur de ne pas pouvoir résister à la tentation si relation avec Sarah devient réelle…

 – Soit vie fastueuse, « débauchée », et il a peur de l’abîmer (comme dit Mathilde), de retomber dans ses errements et de la larguer…

 

À la fin : il se suicide (réellement) et elle découvre alors qu’il était infirme et que tous ce à quoi il lui a fait croire était faux.

 

Donc deux options :

1/ un certain misérabilisme et de « beaux » sentiments +, comme disait Mathilde : sa femme malade = sa paralysie

2/ une transfiguration : il se donne un beau rôle, une vie rêvée (qui doit faire rêver Sarah…)

 

Dans les deux cas : il se donne le mouvement. Il se « se lève » (plans debout avec une doublure, de dos + gros plan = lui).

 

Depuis (au lit, la nuit) : trouvé mieux (?) : du début à la fin il fait jouer son propre rôle par un acteur ! ! Beau, séduisant, athlétique, éclatant de vitalité et de force (mais qui a une femme malade) = synthèses options 1 et 2…

Dans cette option, fin possible : le copain opérateur appelle Sarah : il s’est suicidé. Elle veut le voir, insiste. Il lui donne l’adresse. Elle vient.

Il lui ouvre. Elle entre. Dans l’appartement, elle voit l’acteur : crois que c’est Serge. « Serge ! » dit-elle.

 – « Je ne suis pas Serge »

Le copain OPV intervient, explique la mise en scène

 – « Mais pourquoi ? » dit-elle

 – « Voilà pourquoi » dit l’OPV. Il ouvre porte : Serge suicidé dans sa chaise roulante ou (infirme + quelconque physiquement # l’acteur…)

 

Un rôle important : le copain OPV, le « go between »… Il informe l’un et l’autre de la « vérité » de leurs sentiments respectifs…

 


Autres choses à noter :

 – Appelé Revcom. Réponse négative. Ils renvoient les textes.

 – Appelé Hachette : « Pas encore pris de décision »

 – Relancé Monique Pivot sur nouvelles

 

AGNÈS 

 

Agnès venue passer quelques jours ici.

Sommes allés ensemble voir « Le couteau dans l’eau ». Elle était fascinée par la Sorbonne.

 

TÉLÉVISION – CRÉATION

 

Mathilde me dit assez souvent que j’ai beaucoup de patience. Je vais finir par le croire…

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Je reviens sur « Sarah » :

Si Serge montre sa propre vie, son « chez lui », sa femme : est-ce que ça doit être réel ?

Si oui, à quoi la femme pourra-t-elle participer ? Chez elle : qu’est-ce qui se passe ? (Pensé à une scène où elle appelle chez lui. Il répond, femme au second plan…) ( elle va demander à Jean-Louis si c’est femme réelle. Je trouve que c’est mieux si oui. Et d’une façon générale : lieux réels (qui ne le seront pas puisque fiction montée par Serge infirme (et célibataire) mais qui le seront pour elle.

 

Autre nota : avant même de proposer deal à Sarah, Jean-Louis lui montre photo du faux Serge : « Comment tu trouves ce type ? »

 – « Il est beau ! »

 – « Ah bon ! C’est vrai ? » etc. (il peut connaître les goûts de Sarah en matière d’hommes et avoir conseillé Serge sur choix de l’acteur…)

 


ATTENTION : oublier carrément que l’acteur n’est pas Serge, en faire Serge, oublier que Serge est infirme (on ne le découvre qu’à la fin), il faut que l’histoire ait un intérêt sans ça. Ça, c’est un plus.

Donc : Serge est beau, fort, il est riche, mais il faut que Sarah et le spectateur l’aiment. Quelque chose en lui doit être douloureux.

Préciser la façon dont ça va se passer dans le corps du film, le coup des tournages champs-contre champs :

 – Ses répliques à elle doivent-elle être toujours écrites par lui ? (Il la devine, grâce aussi aux infos de Jean-Louis).

 – Doit-elle toujours ignorer ses répliques à lui ? (Problème du jeu sans connaître répliques du partenaire. Or si c’est Jean-Louis qui donne la réplique, ça brûle la découverte de la séquence montée sur l’écran du récepteur TV.

 

Idée, à l’instant pourquoi n’écrirait-t-elle pas, elle, certaines scènes ?

 

Alternance. Elle les propose par l’intermédiaire de Jean-Louis.

 

Non, car elle ne doit pas influer sur ses répliques à lui, mais elle peut demander qu’il écrive telle ou telle scène dans tel ou tel sens (questions ?)

Elle indique ses désirs (aller à tel ou tel endroit, découvrir tel ou tel aspect de la vie de Serge. Il se réserve son propre rôle, ses propres réactions, ses propres désirs.

 

Le moteur de Sarah : Serge paye sa prestation d’actrice. Aussi, peu importe si elle l’aime vraiment. Elle joue l’amour. N’est-ce pas cela qui fera se suicider Serge ?

 

Non, il faut qu’elle l’aime, qu’elle le dise à Jean-Louis.

 


Oui, Jacques Salles a raison en me disant : « Vous tenez quelque chose ! »

Oui, oui !

 

AGNÈS 

 

Extrait de « Cendrillon » à la télé. Je pense à Agnès qui est allée le voir…

Pas de Prince Charmant. On ne peut que rêver.

Je fictionne ce rêve. C’est ma seule protection.

Rêve sur rêve.

Moins par moins égale plus.

 

TÉLÉVISION – PROJET « HISTOIRES VIDÉHORRIBLES » 

 

Sarah ne peut pas aller chez Serge (cause présence femme malade) mais il peut y avoir conversation téléphonique où elle le verra chez lui sur la cassette

 

Jean-Louis pourrait dire qu’il planque la caméra pour filmer sa femme (on peut faire monter la mayonnaise en la maintenant cloîtrée dans chambre, mais on aura envie de la voir tôt ou tard…)

 

Bon, ce côté « images volées »

 

Scène : (elle a demandé à voir la femme)

 – Il lui fait tourner un coup de fil

 – Image à lui : champ vide avec téléphone. Téléphone sonne. Il crie qu’il est occupé, demande à femme de répondre : elle entre dans le champ. Elle est en fauteuil roulant. Elle décroche.

 – Il lui fait tourner image où elle raccroche sans parler.

 

NON : il faut qu’elle découvre la femme : (elle ne connaîtrait pas encore son existence)

 

Il lui ferait tourner scène où elle vient devant son immeuble

+ scène où elle repart, bouleversée.

 

Entre les deux, sur cassette, elle découvrirait image de lui sortant de l’immeuble en poussant voiture (mais au tournage ne saurait pas ce qu’elle est censée voir et qui la bouleverse tant…)

Là est un des grands intérêts de la structure mise en place (tournage sans « réplique ») = suspense.

Qu’y a-t-il dans le « trou », le creux entre ses plans… ?

C’est l’histoire même d’un film.

 


Cette histoire de paralysie (de Serge + femme paralysée), ça me fait penser à Wanda…

 

06/07/1986

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – TÉLÉVISION

 

(11h40 – Cuxac. Seul dans la maison. Tout le monde parti à la plage, suis resté pour travailler à projet Sertis pour film formation Ministère des Finances + pour être seul, tout court).

 

(Me suis installé devant fenêtre ouverte donnant sur arbres agités par un vent assez violent. Temps incertain : nuages passant rapidement dans le ciel).

 

Je travaille à ce projet Sertis : c’est un film destiné aux « cadres B » du Ministère… (!) (Contrôleurs impôts – Trésor –  Douanes – INSEE – Commerce et Répression des fraudes nouvellement recrutés)

Objectif : dire que c’est dur d’être cadre B, qu’on s’expose à conflit avec public, qu’on ne bénéficie pas pro facto d’une légitimité reconnue par corps social, qu’il faut expliquer la loi  « Bonne » communication.

 

08/07/986

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – TÉLÉVISION

 

(12h10 – Cuxac)

 

Seul à nouveau. Mathilde partie avec mère et enfants pour dernier bain avant le départ, rentrée sur Paris.

 

J’ai mal supporté ce séjour ici.

Vendredi matin, impulsion = j’ai voulu partir avec Mathilde et les enfants (Mathilde se plaignait : « Tu vas me manquer. Je n’aime pas être sans toi. »

J’aurais dû la laisser partir et rester à Paris pour travailler sur projet Sertis + « Sarah ».

Je n’ai travaillé que sur projet Sertis. Ai tapé texte proposant film-enquête à base d’interviews : classique.

 

Avais pensé à une fiction faisant preuve (de l’utilité des cadres B) par l’absurde.

Histoire d’amnésie provoquée, d’» électrification » des contrevenants… Pas très bon. L’ai raconté à Mathilde. Elle a fait la moue, ça m’a énervé (une fois de plus). Je voulais rentrer seul à Paris. En ai reparlé hier, lui ai dit : « Tu es rude »

 

Elle a répondu, plus tard, à table, par provocation = « J’aime Israël parce que ce sont des gens rudes. » (Cf. son père, à propos des plaintes de la poissonnière qu’il n’a pas envie d’entendre :

 – Sa femme : « Ça fait partie de la vie ! »

Lui : « Non, pour moi, ça ne fait pas partie de la vie. Si tu es bien, c’est pour ta gueule. Si tu es mal, c’est pour ta gueule… »)

 

Je n’ai rien à faire, rien à dire avec ces gens-là.

Je regrette d’être venu ici.

Leurs vacances me sortent par les yeux.

 

J’ai envie d’être seul !

 

Je ne reste avec Mathilde que par trouille de la solitude.

 

Elle ne m’inspire aucun désir.

 

Il y a entre nous un fossé qui se creuse un peu plus chaque jour.

 

Je ne peux plus supporter son activisme forcené, son « réalisme ». Nous sommes trop différents. Elle est trop « concrète » pour moi. Nos différences sont plus grandes que nos points communs.

 

Je ne l’aime plus. L’ai-je jamais aimée ?

 

Je suis égoïste. Je n’aime pas qu’on me bouscule, qu’on me force, qu’on me dérange.

 

Il faut voir la vérité en face : le malaise vient de moi.

 

J’ai mauvais caractère. Je n’aime pas qu’on me contredise. Je manque de tolérance, de générosité.

 

Inutile de croire qu’avec un changement professionnel, ça changera. Je resterai le même.

Je n’ai pas de quoi être fier de moi, mais c’est comme ça.

Les autres ne se refont pas. Pourquoi moi ?

 

Je n’ai qu’une chose de différente de la plupart des autres : un imaginaire, assez riche.

 

Je vis beaucoup dans l’imaginaire. Le réel ne m’intéresse pas beaucoup.

Autrefois, je croyais pouvoir y faire entrer mes rêves.

Aujourd’hui j’ai perdu cet espoir.

L’imaginaire seul me reste. 

Ce que j’ai de mieux à faire, c’est d’essayer de l’incarner dans des œuvres.

Ainsi je me satisferai et je gagnerai ma vie.

 

Tout miser là-dessus. Ce doit être la priorité de ma vie désormais.

Le reste viendra – s’il vient – de surcroît…

 

(Du point de vue de la priorité à la création, continuer réflexion entamée avec G. sur la scotomisation et l’» étrangéification » de ce qui devrait m’être le plus familier (la culture et en particulier la culture audiovisuelle).

 

Il me faut travailler, rattraper le temps perdu.

M’informer, me brancher, voir des choses, rencontrer des gens.

 

Concentrer mon obstination.

 

J’ai des atouts. Ne pas les gâcher.

 

Faire gaffe : j’ai 40 ans !

 

En ce qui concerne les autres : se rappeler qu’ils ont toujours leurs propres intérêts qui ne coïncident pas forcément (mais c’est possible) avec les miens.

 

Ne jamais relâcher ma vigilance.

 

Et toujours se rappeler que le rêve, c’est à l’intérieur de ma tête !

 

MA MÈRE

 

Plus appelé maman depuis l’engueulade. Elle non plus. Ça fait 15 jours.

Je constate avec étonnement que je me suis « fâché avec ma mère ».

Je lui dois une brique !

Moyen facile de ne pas la lui rendre (en tout cas pas tout de suite).

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FEMMES

 

Je sais que je ne retrouverai pas (tout du moins il y a fort peu de chances que je retrouve) une femme comme Mathilde au début, quand elle était amoureuse de moi et un peu naïve, comme elle l’était.

 

Problème de la manipulation.

Les femmes d’aujourd’hui ne se laissent plus faire.

Mais ce qui me frappe, à la réflexion, c’est que je pense aux femmes comme si l’amour n’existait pas.

Mathilde, en effet, était une femme amoureuse.

Est-ce la seule ?

(Cf. G. : « Vous découvrez la différence entre les sexes. »)

 

On en revient – une fois de plus – à cette impression en moi que l’amour est impossible parce qu’il me fait peur !

 

Manipulé, manipulant, au jour le jour. Peut-on y échapper ?

 

Faire avec la vie.

 

10/07/1986

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Rentrés mardi en voiture avec Mathilde. Engueulade. Parlé de se quitter. Elle me traite d’égoïste. Grand silence.

Et puis, dans une cafétéria de l’autoroute, où on s’était arrêté, crevés, je dis, simplement, que j’ai fait ce que j’ai pu.

J’éclate de rire, nerveusement.

Elle se tait.

Plus tard, en voiture, elle pose sa main sur la mienne.

Ça repart, une fois de plus. Il n’y aura pas eu de catastrophe.

 

Hier matin, je prends la voiture pour aller à rendez-vous Virgin (résultat ?) puis, voulant garder la voiture et n’ayant ni argent ni essence : peur de tomber en panne  je vais à Ma Vie Bijoux. Joëlle me dit que Mathilde et Victor sont à la pizza. J’y vais, murmure à Mathilde que j’ai besoin d’argent pour l’essence. Victor s’en va. Mathilde reste avec moi, m’engueule parce que « il ne faut pas que les autres sachent que je viens demander de l’argent, c’est notre vie… » Je m’énerve, dis que j’ai « murmuré ». Elle : « Tu ne pouvais pas prendre le métro ? »

Furieux, je la laisse, garde la voiture, la gare, vais à la banque, récupère voiture avec argent pour faire le plein.

Le soir, je lui fais la gueule. Je me tais, reste dans mon coin.

Le temps aidant, ça s’arrange, on finit même par faire l’amour… !

 

Déposé projet Ministère des Finances à la Sertis : résultat ?

 

Ce midi suis allé à projection clip Renaud B. (Gérard Blanchard). Rien à dire. Propre, mais pas enthousiasmant.

 

Je suis dans le métro. Je rentre, pour écrire synopsis « Sarah » nouvelle manière pour Jacques Salles, Hamster…

 

Je cherche un titre…

… « Sans… »

… « Du bout de… »

? ?

 

« Du bout des yeux » (?)

 

En allant à Narbonne avec Mathilde, on avait pensé à :

« Un film d’amour »

ou

« Film d’amour »

 

Construire titre sur le fait qu’il ne se montre jamais  l’Absent…

L’absence.

 

Il faut un titre « lyrique »

 

« Loin des yeux ». Non = c’est par les yeux qu’ils se touchent.

 

C’est important, le titre (cf. affiche journaux télé)

 

« Image de l’absence »

 

« L’amour de loin » (?)  Pas mal ! (*)

 

« L’Absent amoureux »

 

« Une amoureuse absence »

 

(*: Je m’arrête à ça… (fait page de garde synopsis)

 

11/07/1986

 

 ÉCRITURE

 

« Pour un oui, pour un nom… » 

 

Commentaire du 16 septembre 2015 

 

« Pour un oui, pour un nom, elle voulait/voulut se marier… »

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

11/07/986

 

VÉCU – LITTÉRATURE SENTIMENTALE – CINÉMA OU TÉLÉVISION – PROJET « L’AMOUR DE LOIN » – FEMMES – MARIELLE

 

(16h20) 

 

Bistrot en bas marches rue Villiers de L’Isle-Adam. Tables violettes, chaises jaunes. Suis venu là, dehors, pour « être au frais » afin d’écrire, à la maison depuis ce matin, atmosphère confinée, trop de confort. Besoin d’un coup de fouet. N’arrive pas à démarrer « L’amour de loin »…

 

Appelé tout à l’heure chez Monique Pivot. Les deux sujets de nouvelles acceptés. Il faut les écrire. Résultat en septembre… 2 x 1200 Fr.…

Pas le Pérou, mais un début ? À prévoir : quand processus vraiment enclenché, je travaillerai et n’aurai plus ni le temps ni l’envie d’écrire pour eux… !

Que les choses prennent du temps !

 


J’aime bien mon quartier.

Arrêt de bus à côté… Gens qui passent.

Escalier de Ménilmuche…

 


Dans thème de « L’amour de loin », même si provoqué par Jacques Salles, je vois un écho lointain (sic) de Marielle…

 


Guitant, des Éditions Mondiales, m’a dit qu’il fallait deux pseudonymes, un masculin et un féminin : choisi Lucas Marec et Suzanne Linnée (parce que Suzanne : non née…)

 


Sarah, avec un S, comme Sibylle… !

 

12/07/1986

 

VÉCU

 

(11h10 – maison)

 

Je viens d’accompagner Mathilde à l’avion pour Perpignan.

Me retrouve seul.

Difficultés page blanche…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’hier :

 

(Après trois séances manquées)

G. : « Vous avez trois ruptures en train : avec votre mère, avec Mathilde et avec moi… »

 

G. : « Si vous avez anticipé la séparation (des vacances, par séances manquées), c’est peut-être pour essayer de contrôler séparation.

Vous préférez quitter qu’être quitté… »

Je lui dis qu’il vient de jeter un violent coup de projecteur sur le pourquoi de ma tendance à rompre : essayer de contrôler (en anticipant).

 

CINÉMA

 

Vu hier soir « After hours » de Scorsese.

Quelle leçon de cinéma ! Mais est-il possible de la suivre ?

Ce genre de films me font toujours un effet double et contradictoire : ils m’enthousiasment et me confortent dans mon désir de faire du cinéma et, d’autre part, ils me découragent par le talent du metteur en scène que je sais bien ne pas avoir…

 

CINÉMA – ÉCRITURE

 

En tout cas, leçon au niveau des dialogues :

Éviter le pathos. Écrire davantage de silence que de mots !

 

CINÉMA OU TÉLÉVISION – PROJET « L’AMOUR DE LOIN »

 

(16h45 – bistrot « L’Écluse » aux Halles)

 

Depuis hier, je prenais des notes sur « L‘amour de loin, », tournant autour, n’osant y entrer.

Plusieurs idées « tarabiscotées », s’éloignant de la ligne pure du début (voir notes du 11 et 12/07/86).

Je remets tout en cause. Y compris l’idée de faire jouer rôle de Serge par un acteur.

Je vois ce que je perds : réalisation des désirs de Serge de gloire physique et sociale par procuration + contrainte : Serge jamais debout !

Mais je vois ce que je gagne : plus d’authenticité. Quand Serge parlera, il parlera de lui, de ce qu’il est vraiment : tempérament timide, introverti, complexé (bien sûr), physique non-triomphant. C’est son tourment qui attire Sarah.

Pour la même raison, je pense que les lieux de vie de Serge et les personnages qui l’entourent (sa femme – domestique – enfants (?) doivent être réels. Plus fort ainsi. Plus authentique. + Je gagne : tournage Serge + dialogue Serge-Jean-Louis.

Bien sûr, je perds la belle fin avec découverte par Sarah de l’acteur lui disant : « Je ne suis pas Serge. »

Je pense à une fin :

Jean-Louis appelle Sarah. « Serge s’est suicidé ». Surprise. Atterrement de Sarah.

Jean-Louis : « Est-ce que tu veux le voir ? Après tout, il t’a aimé et tu ne l’as jamais vu » (?)

Sarah : « Où est-il ? »

Jean-Louis : « Ici, à son appartement. Je t’appelle de chez lui… »

Sarah : « Mais… et sa femme ? »

Jean-Louis : « Ça ne fait rien : viens ! »

Elle va l’appartement. Sonne. Il lui ouvre. Moment de silence. Il lui explique

 

Ou alors :

 

Jean-Louis (au téléphone : « Elle n’existe pas ! Serge n’était pas marié… ! »

Surprise Sarah.

Elle va à l’appart. Il lui explique.

 


Il y a tout de même plusieurs idées intéressantes. En vrac :

1/ voix intérieure Sarah, racontant et donnant son point de vue, infos sur l’évolution de ses sentiments (ainsi on peut savoir qu’elle devient peu à peu amoureuse de lui).

2/ qu’on sache, dès le début, que Serge est paralysé. Bien sûr, il n’y a plus la surprise de la fin, la découverte de la paralysie par Sarah et le spectateur, mais il resterait la surprise du suicide.

(Dans cette hypothèse : pas de voix intérieure Sarah car l’histoire n’est pas vue par elle…)

 – Communication via Jean-Louis, par cassettes, mais pas forcément de dialogue d’eux deux. Possible aussi : fragments de leurs vies respectives (ce qu’on n’a pas dans un amour normal. Paradoxalement, cet amour « de loin » permet, grâce au cinéma, d’être plus proche l’autre, d’avoir de lui une image cachée d’habitude).

 

Mais peut-être mieux (plus pur) qu’il n’y ait que des dialogues (réalité substitutive). Dans la réalité, on ne peut se transformer en souris pour voir vivre l’autre lorsqu’on est absent…

Oui, mais alors : les scènes de téléphone ? (Plans sur l’un, chez lui, plans sur l’autre, idem…)

 


Je pense à une fin : faire découvrir suicide Serge non par Jean-Louis (qui n’est pas le principal partenaire), mais par Sarah.

Genre :

Serge téléphone à Sarah (réellement) : « Écoutez, Sarah : voilà : cette situation ne peut plus durer. J’ai déclenché quelque chose que je ne maîtrise plus. J’ai besoin de vous voir… Je veux dire : vous voir « vraiment » ! Est-ce que… Est-ce que vous le voudriez aussi ? »

Sarah : (après un silence) « Oui. »

Serge : « Alors venez, voici mon adresse, la vraie… »

Sarah : « Mais… Et votre femme ? »

Serge : « Ma femme… ? (un temps) Ma femme est morte ! »

 

Sarah arrive à l’appartement. La porte est entrouverte. Mot sur la porte : « Sarah, entrez. Je suis dans mon bureau au fond du couloir… »

Elle entre, y va et le trouve suicidé en chaise roulante.

Elle s’écroule en larmes à ses pieds. Pano  cassette avec « Sarah », jardins publics – Sarah – café – Sarah restaurant, etc.

(mieux encore ?) Plan large : la télé allumée, magnétoscope en marge : sur l’écran une image figée d’eux deux (magnéto en fonction pause) : l’image se met en mouvement + apparition du son : c’est une scène d’eux deux … (la plus importante) (là, je pense qu’il faut que Jean-Louis (amené lui aussi par appel de Serge) arrive à son tour. Il découvre spectacle. Sarah se jette dans ses bras, sanglotant. Elle demande : « Mais alors ? Il n’était pas marié ? »

Jean-Louis : « Non. Il vivait seul ». Là il faut que Jean-Louis parle du fait que Serge : toujours assis dans le film. Il n’a jamais voulu que personne l’aide. C’est à ce moment-là que la cassette se remet en marche  scène d’eux deux ?

 

Idée (pour début) :

Scène repas chez Jean-Louis avec copain, Serge et là, dans fauteuil roulant. Jean-Louis étant dans l’audiovisuel, il y a beaucoup d’acteurs.

Pendant conversation, Serge dit : « Je vous écoute : vous avez du bol : vous parlez de tournages, de pièces de théâtre… Moi, j’aurai toujours voulu être acteur (un léger temps. Ça pourrait presque être de la gêne) Malheureusement j’ai fait un héritage/on m’a filé une pension d’invalidité alors je suis devenu paresseux… Tout le monde éclate de rire (genre juif faisant de l’humour juif).

Serge rajoute : « Remarquez : je pourrais jouer « L’homme de fer) ! » Les rires redoublent de plus belle…

Là, Jean-Louis intervient :

« Oh, à propos de téléfilm, vous voulez que je vous passe la cassette du dernier où j’ai fait l’image… ?. »

Voix de fille : « Oh oui, Jean-Loup, montre-nous… ! »

Autre : « C’est le dernier F. ? »

Un type lance (scandé) : « Projection !- Projection! »

Les autres reprennent :

 – « Projection ! Projection ! »

Cut 

 film en cours sur écran TV. Tout le monde regarde. Zoom avant sur visage Serge. Contre champ sur écran : Sarah à l’image.

Cut 

 Serge et Jean-Louis restent seuls :

Serge : « C’est qui cette fille ? »

Jean-Louis : « Laquelle ? »

Serge : « L’actrice du téléfilm. Elle n’est pas très connue… »

Jean-Louis : « Sarah ? Oui, elle a surtout fait du théâtre jusqu’ici. Je trouve que c’est une très bonne comédienne… »

Serge : « Oui, elle est très bonne. Et très belle… »

Jean-Louis regarde Serge. 

etc.

 


 ÉCRITURE

 

(18h. Je vois une fille qui arrive avec des tennis bleues. Ça ferait un bon titre : « Les tennis bleues… »)

 

ÉCRITURE

 

(Lecture du « Monde ») :

 

« Spencer Tracy débuta à Hollywood en 1930. Il était né avec le siècle… » (j’ajoute, en un « faux texte » 🙂 Il avait donc 40 ans, ce qui est un peu tard pour entamer une carrière de plombier, mais ce qui ne l’empêcha pas de faire son métier jusqu’en 1967, date de sa mort, ce qui représente 47 longues années de succès… ! Le regard clair de ses yeux noirs qui lui assura cet image de séducteur qui lui valut ses 5 divorces… »  mauvais !

 

13/07/1986

 

CINÉMA OU TÉLÉVISION – PROJET « L’AMOUR DE LOIN »

 

Mais suis réveillé ce matin ai pensé tout de suite à « L’amour de loin ».

Je sais ce que je cherche, avant d’écrire : je cherche une sorte d’illumination, comme un « flash » de vérité. Voir cette histoire dans sa vérité. Comme dans la vie quand, furtivement fugitivement, je comprends tel ou tel être…

Là, c’est Serge, puisque c’est lui qui organise, qu’il s’agit de comprendre ou plutôt, je dirais, de percevoir

et aussi Sarah, bien sûr, puisqu’elle réagit.

Je pense que je tourne autour de la question : « Pourquoi fait-il ça ? Quel intérêt y a-t-il ? » (Surtout depuis que je suis revenu à l’idée qu’il joue son propre rôle. Auparavant, il y avait (via l’acteur) une « transfiguration ». Plus maintenant.)

Je vois Serge main hyper-timide (lié à son infirmité, mais ça va au-delà). Est-ce que ça ne doit pas être ça, la raison de l’Amour de loin ? Plutôt que femme paralysée ? (À noter qu’il s’agit d’un mensonge envers Sarah, connu du spectateur, et je me demande (?) Si la notion de mensonge n’est pas destructrice de l’adhésion du spectateur ? (Il a « besoin de croire »).

Quoi que le déplacement de l’infirmité sur un personnage fictif qui fait obstacle est assez « juste » en même temps qu’il représente une indispensable figure de mélodrame.

 

(Je viens de lire la définition de « mélodrame » dans le Robert l’outrance en est une caractéristique.

Cette matérialisation de l’impossibilité de l’amour (qui pourrait n’être qu’intérieur) par l’obstacle incontournable, massif, de la femme infirme et, en effet, un grossissement du très typiquement mélodramatique.

Mais, pour autant, je ne veux pas faire un mélo.

Je veux faire du mélo dans les situations (Serge infirme – « femme infirme » – suicide) mais pas dans la forme. Au contraire ce qui m’intéresse – d’autant plus que je montre la fiction du film en train de se faire – c’est d’arriver à un naturel des acteurs qui fasse qu’on ne sait plus où est la fiction et où est la vie…

 

Nota : l’astuce de Serge (jamais debout dans le film) ne doit jamais être dite (évident que c’est une chose que le spectateur va scruter et saisir sans qu’il soit besoin d’y insister…)

 


Ce que j’aime, dans l’option Serge jouant son propre rôle en étant un type tourmenté, c’est que le choix des décors des séquences filmées peut refléter cela (j’aime cette idée des décors-reflet (cf. Antonioni : « L’Aventura ») et ainsi je peux tourner dans ce décor que j’aime, décors étranges pour des scènes de couple : voies ferrées – escalier – canaux – ponts – tunnels – ruines (!) – Routes en construction…

 

Serge assis :

 – Chaise

 – Voitures (passage)

 – Coucher (herbe – sable ?)

 – Banc

 – Escalier

 – Pierre

 

Contenu des scènes :

 – Il la regarde : elle marche pour lui (tout simple et très fort)

 

(Nota : le voit comme tourmenté – intelligent – sensible – violent (bien qu’il ne bouge jamais, ça, elle peut le remarquer) – un peu fou

 


J’ai écrit le synopsis !

C’est en l’écrivant que j’ai trouvé – presque sans m’en rendre compte – une idée importante : après qu’elle a découvert l’existence de l’épouse paralysée, Sarah veut arrêter le film et la relation : c’est ce qui provoque le suicide de Serge.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVE – AMIS –  – MICHEL F.

 

Cette nuit rêvé que F. avait lu « L’amour de loin » et qu’il m’appelait au téléphone. Détail qui fait « vrai » : je répondais au téléphone complètement ensommeillé, pressé de raccrocher, me disant : on en reparlera plus tard…

Hallucinatoire. À mi-chemin du rêve et de la réalité…

 

 ÉCRITURE

 

Un lapsus (de qui ?) amusant dans « Roman » de Polanski : le producteur de « Rosemary’s baby » vient voir les files d’attente devant les cinémas : « Il ne put résister au plaisir d’argenter (!) le quartier… » (au lieu d’arpenter)… !

 

14/07/1986 (!)

 

CINÉMA OU TÉLÉVISION – PROJET « L’AMOUR DE LOIN »

 

(Après-midi. Heure ? (Pas de bracelet-montre. Bistrot en bas escalier rue Villiers de L’Isle-Adam.)

 

Je viens d’avoir une idée que je crois assez forte et intéressante pour me faire reprendre tout le synopsis ! ! =

À force d’y penser et repenser, j’étais gêné par l’idée que Sarah ne maîtrise pas son propre texte et qu’elle ait à dire des répliques prises dans un flux où celles de Serge sont prévues aussi.

Aussi j’ai imaginé que pour qu’il puisse y avoir un vrai dialogue, Sarah ait dans l’oreille, planqué, un écouteur (cf. : « La femme mariée » de Godard) par lequel elle entend ce que lui dit Serge ! Ainsi : dialogue possible.

À partir de là, je réfléchis encore et il y a plusieurs possibilités fort riches ! =

1/ Sarah, filmée, écoute ce que lui dit Serge, qui parle « en studio » (genre camionnette pas loin du tournage ?) Par la suite, Serge vient dans le même décor et rejoue ses répliques.

2/ Idem, mais à l’envers. C’est Serge qui est d’abord filmé, écoutant ce que lui dit Sarah, depuis le camion. Puis c’est Sarah qui rejoue ses répliques dans le décor où était Serge (mieux puisqu’elle est comédienne !)

Intéressant, ce re-jeu du réel…

3/ Système écouteurs pour les deux, mais dans deux lieux différents ! (J’avais eu déjà un flash de ça, il y a quelques jours). Solitude totale de chacun des deux malgré la communication

 

J’aime les solutions 2 et 3. Elles présentent chacune des avantages considérables.

Mais n’y a-t-il pas un piège ?

A priori, je n’en vois pas…

 


Rajout : on peut imaginer aussi un contrôle vidéo qui leur permet de se voir mutuellement… (implique plan unique de chacun sinon il faut imaginer deux tournage multi-cars, ça devient la SFP !)

 

Plan unique : non, si par exemple Jean-Louis drive tout ça, en communication avec les deux cadreurs (solution 3) et que, pendant que l’un « tient » un plan, il fait bouger l’autre pour avoir autre cadre…

(Il enregistre tout sur deux magnétos et fera un montage après…)

 


Si je continue dans cette direction, on pourra dire que « L’amour de loin » est un « mélodrame moderne » (par utilisation de gadgets vidéo)

 


La solution 3 est la seule sur laquelle je planche pour l’instant, car, en fait, elle m’attire le plus (pourquoi ? Plus de « naturel » ?)

 

Les solutions 2 est séduisante parce que Sarah rejoue. Mais, justement, n’est-ce pas tuer l’émotion ? Je crains que si.

Ce n’est pas comme si elle apprend texte et le joue directement. Elle doit rejouer des émotions…

 

Quoique…

 

On pourrait imaginer qu’après la conversation « réelle », Jean-Louis fasse un montage en ne gardant que les répliques de Serge. Et elle restituerait le sens général de ses répliques mais avec variantes

 

Bien tarabiscoté, tout ça… !

 

Non : ou bien elle rejoue strictement son texte ou alors : solution 3… !

 

(L’intérêt de la solution 3 = conversation « réelle », en direct et lieux différents = étrangeté.

Matérialisation de l’amour impossible, de la non communication des personnages

 

Contrôle-vidéo = il fixe le regard de chacun  ça, c’est un problème, par exemple, en cas de déplacement (sauf à les planter tout le temps fixes (même si possible d’imaginer une structuration spatiale, mais toujours avec regard sur récepteur TV qui figure partenaire.)

Mais qu’est-ce qui se passe dans le TV si changement d’angle ?

Serge regardera Sarah qui ne le (ou la) regardera pas.

Gênant, tout de même.

 

(Sauf à imaginer – mais je reviens à la SFP ! – que dans le TV, on ait, en permanence, l’image d’une caméra en gros plan (qui n’est pas forcément l’image gardée au montage).

Ça nous donne deux tournage à deux caméras… ! Avec deux magnétoscopes qui tournent en continu sur toute la scène…

 

Implique, en tout cas, la fixité et de personnages (alors qu’avant, on pouvait faire bouger Sarah !)

 

C’est bien contraignant !

 


Non, décidément, réflexion faite (?), je reviens à la solution 1 ! ! !

 

Mais avec utilisation des doublures.

 

En effet : intéressant parce qu’étrange = Sarah parle à un Serge muet à l’image mais très bavard, voire très émotionnel au son. Elle a un partenaire sur plateau, une réplique. Comme il est fixe, lui, ça correspond à une réalité de son regard à elle.

Point d’ancrage du regard, mais elle peut bouger (dans un certain périmètre que lui indiquera Jean-Louis pour éviter impossibilité de montage) ce qui matérialise sa liberté (# texte et scène écrits par Serge). Ce sera, au contraire, Serge qui devra se plier à ce que lui impose Sarah en rejouant sa scène, en s’adressant (ancrage regard) à la doublure qui refera ce qu’a fait Sarah (qui pourra redire le texte de Sarah  dialogue avec une « autre » Sarah…)

 


Je me relis et je redoute terriblement que tout ça soit bien compliqué pour le spectateur… ! Même si c’est passionnant pour moi… !

 


Peut-être imaginer le découpage complet d’une scène… ?

 

Un escalier. Serge est assis en haut des marches. Sarah arrive en bas

 

 

 

Nota : solution 1 = elle, comédienne, va être de plus en plus « vraie ». Lui, non comédien, jouera bien parce qu’il sera personnellement et profondément concerné.

Démarches inverses, mais permettant qu’ils se rejoignent

 

En fait = commencer par elle :

 

 

 – Plan sur doublure (muette)

 – Plan sur Serge, dans camion parlant

 

(J’essaye de continuer sur classeur (manque de place)

 


Je viens de griffonner cadre sur classeur pour solution 1 : m’apparaît de plus en plus la limitation des cadres entraînée par l’emploi des doublures.

Ça ne peut pas fonctionner n’importe comment…

 

Décidément, j’hésite énormément et la solution 3 me tente à nouveau… !

 


 (20h10)

 

Mathilde est rentrée. Parlé avec elle. Suite à quoi, je reviens à l’idée initiale de mise en scène avec dialogues écrits par Serge.

 

Simplement, Mathilde a été surprise par le fait qu’on sache dès le début que Serge est infirme.

Il est vrai qu’on peut hésiter entre les deux versions : on sait dès le départ ou on ne sait qu’à la fin…

J’ai choisi qu’on le sache car je trouve que ça donne plus de pathétique à la démarche de Serge…

 


 (0 h)

 

Encore réfléchi : envie de revenir à la version où on ne sait qu’à la fin qu’il est infirme… ! !

Penser au côté dur, médical, de la chaise roulante, les trimballages jusqu’au lieu de tournage. La femme infirme suffit déjà comme ça, mais elle, on ne fait que l’entrevoir… !

 

Mathilde a eu une idée que j’avais eue déjà : que Serge soit acteur. Mais elle est tombée sur la même objection que moi : il est alors facilement identifiable.

Envie de garder cette idée car bonne (désir d’acteur refoulé + relation des deux acteurs + (secondairement) acteur faisant mis en scène) mais on pourrait imaginer qu’il ait 30 ans et eu son accident 8 ans auparavant : interrompu sa carrière à ce moment-là (22 ans). Si Sarah a 24 ans, huit ans avant elle en avait 16, elle peut ne pas avoir connu Serge, surtout s’il n’avait fait jusqu’alors que du théâtre.

 

Ça me branche sur une autre idée pour la fin :

 

Il faudrait envisager une bifurcation encore plus en amont :

Après la « révélation » de l’épouse-infirme, Sarah suscite une scène où elle dit à Serge qu’elle respecte son obligation, mais qu’elle l’aime, qu’il a le droit d’avoir au moins un peu de bonheur grâce à elle et qu’elle accepte de n’être que sa maîtresse, même quelque temps, même si elle doit ensuite disparaître de sa vie…

La scène reste en suspens là-dessus. Genre : Serge : « Tu me troubles, j’ai besoin de réfléchir… »

Du temps passe. Jean-Louis apporte le texte d’une nouvelle scène : contenu = Serge annonce à Sarah qu’il se rend compte qu’il a apporté la souffrance dans sa vie et qu’il pense qu’il vaut mieux que tout s’arrête entre eux…

Elle souffre énormément.

 – Je ne peux pas tourner cette scène, je n’ai plus envie de jouer, c’est comme aller moi-même à l’échafaud… »

Jean-Louis : « Tu n’as pas envie de le revoir encore une fois ? »

Elle le regarde (un temps)

Sarah : « Oui. Même pour qu’il me dise ça… ») »

 


Ça fait que c’est Serge qui rompt.

Ça permet qu’elle ait éventuellement encore très envie de le voir vraiment. Ça permet donc cette fin : elle tombe (comment ?) sur une photo de Serge (dans un fichier, chez une « casting woman » ou un assistant qui fouille ses vieux fichiers pour une recherche difficile ? Jean-Louis ? Ceci est un point épineux : il ne faut pas que ça fasse « facilité de scénariste »)

 

Bref, elle découvre qu’il est acteur, elle a une première adresse, y va, on l’envoie à une deuxième. Il habite bien là, elle sonne : pas de réponse. Va voir concierge : « Oui, il est là en ce moment, il n’est pas en vacances… » Elle attend devant la porte, longtemps.

Arrive Jean-Louis. Il la voit : il demande comment elle a eu l’adresse. Elle explique. « Il n’est pas là ? » – « Non ». « J’ai la clé » dis Jean-Louis. « Entrons, on va l’attendre »

(problème : cette pipelette. Sarah va demander : « Mais sa femme n’est pas là ? »  « Sa femme, quelle femme ? »  Ça foire !)

 

Supposons que la pipelette soit absente, ce qui est, après tout, souvent le cas.

 

Sarah demande à Jean-Louis : « Mais… et sa femme, n’est pas là ? »

Mensonge de Jean-Louis : « Non, en ce moment elle est chez ses parents… » Ils entrent dans l’appartement. Jean-Louis s’assoit, il masque son embarras. Sarah regarde tous ses yeux. Elle visite l’appartement et, en visitant, découvre Serge suicidé dans le bureau.

 


Aussi imaginé, tout à l’heure, au lit (Mathilde m’avait demandé de venir au lit pour l’aider à s’endormir ! Son crétin de frère l’ayant appelée (et réveillée) à 0h15 =

 – Serge rompt

 – Du temps passe (un an ?) (se servir de la voix intérieure de Sarah) : Sarah tombe sur une photo de Serge avec un téléphone (la fille du casting ne le connaît plus)

 – Elle l’appelle. On l’envoie à un second numéro. Elle appelle : elle tombe sur lui. Elle dit qu’elle veut le voir. Il dit que non, malheureux.

 – Elle demande adresse aux renseignements.

 – Elle y va. Reste devant porte, ne sonne pas, se cache.

 – Arrive Jean-Louis. Elle se montre avant qu’il ait sonné. Il s’étonne, elle explique, dit qu’elle n’a pas osé sonner, ne voulait pas se montrer à cause de la femme. Qu’elle attendait qu’il sorte, voulait seulement le voir en restant cachée.

Il sonne. Pas de réponse. « De toute façon il n’est pas là. Qu’est-ce que tu vas faire ? »

 – « Attendre ! »

Jean-Louis emmerdé. « Bon alors, laisse-moi lui expliquer avant. Moi j’ai une clé, je vais l’attendre, je lui parlerai et, s’il veut te voir, il sortira… »

 – Il entre. Elle attend (bruit dans cage d’escalier. Suspense) Un temps. Jean-Louis ressort, visage catastrophé.

 – Elle se redresse, alertée. « Qu’est-ce qu’il y a ? » Elle comprend : « Il s’est tué ? » Il approuve de la tête. Elle le pousse, pénètre dans l’appartement en trombe, passe d’une pièce à l’autre et le découvre. Jean-Louis arrive. Elle se jette dans ses bras

 

Nota sur coup de fil Sarah-Serge :

Serge : « Allô ? »

Sarah : « Allô Serge, c’est Sarah ! »

Serge : (après silence « Comment as-tu eu mon numéro ? »

Sarah : « Je suis tombée sur ta photo chez une fille qui fait du casting… Il y avait ton nom et ton numéro au dos…

Serge : « Alors ? Qu’est-ce que tu sais sur moi ?

Sarah : « Je sais que tu es comédien, c’est tout ! »

Serge : « Je ne le suis plus ! »

Sarah : « Pourquoi est-ce que tu as arrêté ? »

Serge – : « À cause de l’accident de ma femme. Il fallait que je fasse un autre métier qui rapporte plus de fric… (Un temps) Tu comprends maintenant pourquoi j’ai voulu faire ce film avec toi ? (Un temps) J’ai arrêté il y a huit ans, c’est loin ! À cette époque-là, tu avais 16 ans, tu n’étais pas encore dans le métier… Je ne pensais pas que tu pourrais savoir qu’il était… !

(Un temps)

Sarah : « Serge ? »

Serge : « Oui ? »

Sarah : « Je voudrais te voir. Depuis un an, je n’ai pas arrêté de penser à toi, ça m’a rendue malade ! »

(Un temps)

Serge : « Sarah, ce n’est pas possible ! Je t’ai expliqué ma situation, pourquoi ce que tu me tortures ? Tu sais que moi aussi je le voudrais, tu sais combien je le voudrais ! »

Sarah : « Juste une fois ! »

Serge : « Non ! (Un temps) Écoute : tu vas me promettre de ne plus chercher à me voir et ne plus me téléphoner. Est-ce que tu me le promets ?

(Un temps)

Sarah : « Non, je ne peux pas te promettre ça ! Je ne peux pas (elle raccroche).

 


Pour la fin-fin, encore une idée (folle).

 

Idem que pages avant jusqu’à ce que Jean-Louis ouvre porte. Là, elle bondit, le tire et le pousse, enlève rapidement clé de la serrure, entre, referme et donne tour de clef. Il tambourine, elle le laisse faire. Visite l’appartement. Découvre le cadavre

 

Nota : Serge peut être devant écran avec neige (une cassette) et fin sur cassettes rangées avec « Sarah » partout…

 

Nota sur scène casting : Sarah attend pour être présentée, ainsi que d’autres filles, à un réalisateur. Fille casting dit que réalisateur très difficile. Elle lui a montré 500 photos sur un rôle, elle est obligée de fouiller dans les fonds de tiroir : elle prend sur une armoire un classeur, souffle poussière qu’il y a dessus, l’ouvre. On sonne. Dit à Sarah, assise puis bureau : « Si voulez bien m’aider : si vous trouvez un rouquin avec des taches de son… Vous me montrez ça, OK ? Ça vous occupera en attendant… » Elle se lève pour aller ouvrir. Sarah passe photos en revue et tombe sur celle de Serge.

 

15/07/1986

 

TÉLÉVISION

 

(16 h – bistrot « Le Paris » – Champs Élysées)

 

Ce matin, téléphone sonne. Marie-Noëlle (assistante pour maquette P. qui ne s’est pas faite) m’appelle pour me dire que projet de maquette (payée cette fois-ci) à Télé-Union et qu’elle a parlé de moi !

J’attends pour rendez-vous avec Claude L.…

Ce serait avec des enfants.

Ce serait bien !

 

VÉCU – FEMMES – SÉDUCTION

 

Appelé Claverie ce matin. Eu Éric (« Knock on heaven’s door »). Je lui rappelle ses mots : « Mais ça marche ! » (à propos de mon « string », été 83.) Il me dit : « Alors, ça a marché parce que cet été-là, ça ne marchait pas fort ! »

Genre douche froide. Je croyais avoir (au moins un peu) de succès. Mais c’est vrai qu’objectivement, cette année-là : non, pas vraiment… !

Comme on se refait l’histoire ! Les autres sont là pour vous faire redescendre

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