Carnet 34

Carnet 34 – Du 27 juin 1985 au 20 décembre 1985

 

27/06/1985

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(14h40 Rouen (attendant rendez-vous à FR3)

 

Je me revois ainsi, seul, ici ou là, bistrot, rue parcourue à pas lents en traînant du regard, route en attente d’une voiture…

Seul.

Et je retrouve – non : je trouve, en fait, comme si je ne l’avais pas compris sur le moment – que ma solitude a un goût exaltant de liberté.

Mais, c’est vrai, un goût amer.

Je suis toujours partagé entre le plaisir d’être libre et l’attente d’une femme…

 

Pensé, en ce moment :

 

 – Je suis trop gros, trop moche pour séduire.

Hésitation entre : essayer de maigrir et m’accepter comme gros (référence à Orson Welles ! Ou Brando !)

 

 – Peur de ma colère si je trouve une femme qui me désire et qu’elle me désire moins que moi.

 

 – Je pense aux prédictions de Mariana et je me dis que si Mathilde et moi nous quittons maintenant, ces prédictions n’auront pas tardé à être contredites par la réalité.

 


 

Idée nouvelle : je me dis que j’ai voulu ce rassurement, cette rumination perpétuelle qui nourrissait mon flip, ma dépression.

 

Histoire des mots dans ma tête. Ce qui en sauve tant, c’est qu’il n’y a pas de mots dans leur tête.

Jouissent de l’instant.

(Cf. G. : « mentalisations »…)

 

D’où vient ce goût de l’obsessionnalité 

 


J’ai terriblement peur de ne jamais retomber sur une femme comme Mathilde.

C’est-à-dire ? Qui m’aime autant ?

 

VÉCU – FEMMES

 

Vu Édith C. hier. Elle m’a parlé d’une jeune vietnamienne, employé chez Scapa, qui m’y a vu et a déclaré : « Qui est ce monsieur ? Qu’est-ce qu’il est bien ! Qu’est-ce qu’il me plaît ! »

Je suis étonné de cela (je me dis : « Ce devait être avant que je sois gros. Lui plairais-je autant maintenant ? »)

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(20h50 train retour de Rouen)

 

Non, Colette n’était pas coupable envers moi. Elle était… elle-même, c’est tout. Mais sans doute avais-je besoin de le croire, car cela m’évitait de me poser la question, qui m’effrayait : « Le problème de la satisfaction est-il pas de mon ressort ? »

 

C’est ainsi que je ressens les interventions récentes de G. sur la non-nécessité d’être d’accord dans l’amour (accepter de diverger, l’autre et soi).

 

Pourtant, quelque chose en moi se cabre violemment sur la question des fantasmes.

 

Mathilde a bien « marché » dans mes fantasmes.

Pourquoi pas Colette ?

 

Est-ce que Mathilde m’aimait et pas Colette ?

 

Non, elles m’aimaient chacune à leur façon.

 

On en revient au début : c’est sur la façon d’aimer qu’il faut être d’accord.

 

Ce dont je considérais Colette coupable, c’était de me dire « Je t’aime » et de ne pas m’aimer, de mentir, en quelque sorte.

 

En fait, elle avait ses contradictions. Je la jugeais coupable d’avoir un inconscient !

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(23 h salon)

 

Mathilde est couchée dans la chambre.

Il y a eu discussion dont la conclusion est que « je n’ai jamais aimé personne » (moi) et (elle) : « que ce sera toujours comme ça »…

 

Cette idée me fait peur et me fait mal.

Mal aussi mon sentiment de culpabilité à l’avoir trompée. J’ai reconnu que ça avait été ainsi avec toutes « mes » femmes. Je crois que c’est là qu’elle a dit : « Ce sera toujours comme ça. »

 

« Pourquoi es-tu resté deux ans avec moi ? »

Je lui ai répondu qu’on pouvait être attaché à quelqu’un autrement que par le sexe.

 

Maintenant, seul, je me dis que c’est le besoin de ne pas être seul.

 

Mon vieux, maintenant, assume cette solitude qui va te tomber sur le coin de la gueule…

 


Finalement, une pensée me vient, inédite : ce qui m’a manqué, c’est l’amour mutuel.

Toujours l’un des deux manquait (cf. G.).

Jamais l’amour ne fut d’emblée partagé.

Jocelyne = l’ai voulue (cf. B. L.)

Colette (surprise de penser ça, mais c’est ainsi) : c’est elle qui est venue me prendre par la main.

Mathilde : c’est moi qui l’ai voulue (cf. coup de fil)

 

Je crois que ce qui est sous-jacent, là – et qui m’a toujours manqué – c’est le coup de foudre mutuel.

 

28/06/1985

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – TÉLÉVISION

 

(Strasbourg)

 

Hier soir : raccrochage (une fois de plus) entre Mathilde et moi. (Avons baisé) (après violence de Mathilde qui m’a frappé et a cassé des choses).

Suis installé, devant un café, dans le bureau de Heinz, directeur des programmes de FR3 Alsace.

 

Je me sens bien (quoique je sois fatigué par le voyage en voiture et que j’aie mal à la tête).

Je suis content d’être ainsi reçu, d’exister en tant que professionnel et que mes prises de contact se fassent.

 

Je suis de retour à Strasbourg, 10 ans après !

 

VÉCU

 

(23h15 hôtel au col du Donon)

 

Trop fatigué pour rentrer directement de Strasbourg, j’ai voulu faire un bout de route et m’arrêter en chemin.

J’ai trouvé cet hôtel.

Je cherchais quelque chose en montagne.

Demain, j’ai l’intention de rentrer tranquillement, en me promenant, par la route des Crêtes. Il paraît que c’est beau.

 

Je suis fatigué, mais, comme souvent, j’ai du mal à m’endormir.

Je crois que je vais le faire et je me réveille plus ou moins brutalement. Souvent ce scénario se répète.

 

Quel silence ici ! Sur la petite route devant l’hôtel, il ne passe pas une voiture.

 

Vu, tout à l’heure, en venant, sur la route, deux renardeaux traverser. Ils se sont arrêtés sur le bas-côté. J’ai stoppé la voiture : ils ne se sont pas enfuis !

J’avais pris deux jeunes auto-stoppeurs qui m’ont dit qu’ils savaient qu’ils n’avaient rien à craindre dans ce coin-ci…

 

ÉCRITURE – OULIPO 

 

Papa, par pitié, parle pas pour piétiner Pépé, présent par principe…

Maman, mâche-moi mon mironton mi-mastiqué, mouche ma morve, mélange ma mixture, masse mes maxillaires, ménage mes manies…

Frère, faisons fort : Félicien, faisant feu, fracassera Firmin. Francis, finaud, frappera furtivement Flavien. Furieux, Félix fera fuir Fred. Forte famille. Féroce féodalité !

Sœur, surveille secrètement Sidonie, sinon sa sensualité sera sévèrement sanctionnée. Sous sa suave soumission, ses supérieurs soupçonnent ses stratagèmes, sa séduction, sa sorcellerie…

Par pure possessivité, Pierre persécutait Paulette. « Par pitié, plaidait Paulette : permets ! » « Pas possible », pestait Pierre… « Parler, papoter… Pourquoi pas pignocher ? Promenades ? Par prudence : point ! »

 

Ô le dur écho, morne, évoque, tristes, lugubres, sanglants, déchirures, blessures, conflits, combats idiots, menés pour… aux ou o… (de 1 à 10 lettres et inversement)

 

29/06/1985

 

VÉCU – NATURE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – FEMMES

 

(Suite de mon voyage – samedi)

 

Il est 15 h. Je suis assis devant l’Aube !

 

Je pense que c’est pour moi le plus beau mot de la langue française (cf. les « Poux »)

 

Je me suis arrêté dans un endroit merveilleux. Tout simple. La petite buvette (l’Oasis) du Camping du Pont Boudelin.

Rumeur de l’eau vive, écumante, vert profond ou clair, transparente selon les endroits. Un pont à gauche, un pont à droite. Tables dehors. Le pêcheur qui pêchait juste en face vient à peine de s’en aller.

 

J’avais quitté la route de Bar-sur-Aube pour obliquer vers Essoyes et mes souvenirs d’il y a presque 20 ans !

 

Qu’avons-nous fait de nos vies, J., L., V. et les autres ?

 

Jocelyne, je pense à toi.

 

C’est drôle comme chez moi le bonheur et le malheur peuvent être proche, à se toucher !

 

Cet endroit, c’est la paix. Le bruit de l’Aube me calme.

 

Je voulais m’arrêter dans un endroit comme ça.

Juste comme ça.

 

Je pense à ma vie.

À Mathilde et à toi, que je ne connais pas encore, toi que j’aimerai, qui seras ma femme.

Un jour, je te lirai ces lignes.

 

Le sentiment de la vie et de la mort ne font qu’un.

 

J’ai peur de l’amour, car j’ai peur de suffoquer de bonheur, qu’il soit si fort qu’il en devienne intolérable.

 

Je n’ai cessé, durant ce petit voyage, en voyant la campagne, les villages, les arbres, les fleurs, le ciel, de me dire : « Que c’est beau ! Que je suis heureux de vivre ! »

Mais tu me manques, je t’attends.

 

VÉCU – CHOSES VUES

 

(18h30)

 

Joli ! J’arrive à Paris, porte de Bagnolet. Cortège de mariage. Voitures enrubannées, klaxonnant, avec une pancarte : « Convoi d’anges heureux » !

 

01/07/1985

 

MON NEVEU JEAN-MARC – HOMOSEXUALITÉ – SEXUALITÉ – SOCIÉTÉ

 

(04 h)

 

Allé avec Jean-Marc chez Maman, puis cinéma avec Jean-Marc et pris un pot après.

Et là : révélation !

 

Commentaire du 11 août 2019

 

Mon neveu venait de m’annoncer son homosexualité

 

   Commentaire écrit à 72 ans

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – MÉMOIRE

 

Je cherche une pensée importante que j’ai eue sur la route en revenant de la fête chez Pierre D..

 

04/07/1985 (?)

 

ÉCRITURE – OULIPO

 

Pas de R (pas d’air ?)

 

(Pas de A)

Le merle siffle sous les feuilles, heureux de cette belle journée. Il s’en donne, du bon temps ! Ce ne sont que trilles, que roulements sonores… Que nous dit-il donc ? Il décrit le soleil immense, les feuilles lisses, les fleurs multicolores. Il conte l’éveil des bourgeons, le ruissellement des sèves, le murmure du vent ! Le printemps est venu ! Le merle nous le dit, comment en douter ? Outre le merle, pour nous en prévenir, on rencontre les insectes… Ils bourdonnent de leur mieux et leur vrombissement évoque précisément les bienheureuses torpeurs post-méridiennes… Cette rumeur prise comme toute preuve peut créer confusion entre printemps et été. Nous considérerons donc les fleurs : leur splendide profusion constitue, c’est hors de doute, le meilleur moyen de vérifier que l’époque présente est bien celle qui suit le triste et rigoureux hiver…

 

05/07/1985

 

VÉCU – FEMMES – SEXE

 

Une histoire brève : abordé la réceptionniste noire du cabinet d’avocats rue Brunel. Avons déjeuné ensemble. Elle a parlé de son projet : se marier et dit qu’elle ne voulait pas de « vicieux ». Nous sommes quittés sur l’idée de se revoir et sortir ensemble. Entre-temps, j’ai réfléchi et lui ai remis un mot expliquant que moi, c’était le sexe qui m’intéressait, que j’étais « un vicieux », qu’il ne me semblait pas que ça collerait entre nous et que, dans ces conditions, il valait mieux s’en tenir là et garder un bon souvenir l’un de l’autre.

Lui ai remis ça en allant à une séance.

L’ai vue en ressortant : pas un mot, bien entendu.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES – ARGENT – SOCIAL

 

Mathilde au téléphone : « Ou on se marie ou on se quitte. » = on en reparlera.

 

J’ai peur.

 

L’idée de la perdre me fait peur, car il y en elle des choses précieuses pour moi et que j’ai peur de ne jamais retrouver : un amour véritable, allié à une impossibilité à garder les choses pour elle (générosité – spontanéité – verbalisation – expression du désir – démarches de négociation en cas de conflit).

 

Et pourtant, je ne peux pas accepter de l’épouser. Je ne le peux pas.

 

Je m’aperçois que ce qui me fait peur, dans les rapports avec une autre femme, c’est le risque de mon manque de confiance en moi.

 

Mais cela dépend :

1/ de l’amour – être aimé vraiment (l’autre)

2/ de mon analyse (moi)

3/ ma situation sociale.

 

06/07/1985

 

(09 h)

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – RÉFLEXION

 

L’électricien s’active dans la cuisine pour réparer la machine à laver la vaisselle.

 

Je songe au passé, à l’avenir.

À la colère.

(Peut-être parce que j’ai fait une fois de plus le même rêve où je battais Colette – mais où elle me disait, parlant de son (?) beau-frère : « On a tout le temps envie… »)

 

Ma force, donc mon calme, dans mes rapports avec une femme, viendra de ma réussite dans le métier.

 

Sentiment d’être (enfin) quelqu’un… [attention : ceci n’est que mon (illusoire) façon de répondre à ma question : « Suis-je aimable ? »

(Id est = « Si je suis quelqu’un (d’important), je le suis… »

(Sous-entendu = aimable par quelqu’un que j’aime aussi, désiré par quelqu’un que je désire aussi. Là est la question (Mathilde)

 

Avant, c’était perpétuellement le retour du sentiment de n’être rien du tout.

 

J’attribue plus cela à mon effort pour créer et produire qu’à la psychanalyse.

 

Mais la psychanalyse m’apporte une conscience des problèmes, même si cette solution vient d’ailleurs.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

(12 h)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Je raconte mon rêve de cette nuit. Je parle de l’inceste, puis d’autre chose. Il revient là-dessus : « Alors, l’inceste ? »

Je parle de ma mère : « Elle n’était pas belle… »

 – « Vous n’avez pas pu la désirer… »

 

Je suis mal, parle de mon malaise à ne pas savoir ce que je pense, ce que je veux…

« Et vous voudriez que ça vienne autrement qu’en racontant votre vie… »

 

(Il parle à un moment de ma manière de revenir sur un mot en m’interrogeant pour savoir si c’est le bon… : « Discussion talmudique… » (pour ne pas parler de ma mère, en l’occurrence).

Je dis : « J’aurais voulu être amoureux de ma mère… » Il hausse les épaules et lève les yeux au ciel : « Qu’est-ce que ça veut dire ? Un enfant ne peut pas vouloir être amoureux de sa mère… Que vous veuillez être amoureux de Mathilde, je comprends… »

Je m’énerve, dis qu’un enfant ne puisse pas désirer sa mère, c’est aussi absurde. Un enfant la désire ou pas. Il ne veut pas la désirer non plus

« Vous avez un avocat retors ! » répond-il (pour me défendre contre les accusations contre moi).

 

VÉCU – AMIS – IDHEC – MÉMOIRE

 

(20 h)

 

Tout à l’heure, aux Halles, je rencontre Claudio C. Ses mensonges. Ses « angoisses paranoïaques ». Sa puanteur.

Nous avons plaisir à nous revoir. Il me quitte pour partir avec un type qui lui apporte de la cocaïne.

 

Commentaire du 19 avril 2018 :

 

Quelques notes plus haut je m’interrogeais sur ce que mes condisciples de l’IDHEC (dont Claudio C. faisait partie) et moi avions fait de nos vies… Et voilà une réponse qui a surgi !

 

   Commentaire écrit à 71 ans

 

Je rentre et trouve un message de Michel T. Tout heureux car demain il va lancer au Trocadéro son macareux… Je le rappelle. On parle. Il a eu des « messages ». « On » lui a prédit que ce serait l’oiseau de la Paix.

Je lui suggère, s’il réussit, d’en faire un vrai planeur, avec un pilote dedans.

 

08/07/1985

 

ÉCRITURE

 

Il est hirsute d’une excellente famille… (2014 : from Internet : pas fait) (inclus dans Manuscrit « L’homme que les plantes aimaient »)

 

VÉCU – AMIS

 

Suite du « rêve tessonnien »… Je vais hier dimanche à 11h30, Place du Trocadéro. Il fait très beau, c’est vrai, comme l’ont prédit les « messages »… Mais la « presse » n’est pas au rendez-vous.

Un moment, je crois au destin quand, par hasard (?) une équipe vidéo passe par là et que Bruno Polygone (interrompu)

 

11/07/1985

 

VÉCU – AGNÈS – CINÉMA – ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – ROMAN

 

Ce matin, Agnès me monte le courrier : une lettre du CNC…

« L’image de Pierre » blackboulé au prix Victor Hugo… !

Ça me mine un peu…

 

À part ça, vu Odie R. Trouve le projet très bien mais ne fera rien personnellement. Il a produit six longs-métrages… six bides !

 

Le dénommé Meyer B. veut (?) me voir (après que son acolyte Alex G. a lu le scénario…)

 

Je sens que, tout de suite, il veut me mettre le grappin dessus (a parlé de joindre une lettre de la société de production (ANV) au dossier de demande d’avance…)

 

D’autre part, un directeur littéraire de Flammarion (Proslier) a lu le synopsis de « L’image de Pierre » (à lui passé par Charles Henri Flammarion en vue d’une éventuel roman). Il est prudent sur le talent nécessaire pour écrire cette histoire, mais trouve ça « délirant mais assez excitant… » (parle de manipulations à la mode).

 

Jean évoque un éventuel début d’écriture pour Flammarion (un ou deux chapitres, pour septembre)

 

L’écrire, suis-je prêt ?

 

12/07/1985

 

1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Plusieurs choses à noter :

 

 – Souvenir de C. me prenant à part devant la Rotonde, à Lorient (1964 ?) et me disant, à propos de Jocelyne (qui m’a raconté après qu’il était amoureux (?) d’elle…) : « Ne joue pas avec elle… » (en substance)

C’était déjà – mais je n’en savais rien – ce goût de la manipulation chez moi.

 

 – Avec Mathilde, en ce moment : bonnes baises (elle me dit : « Je te sens plus léger, plus actif… »)

Je m’aperçois – à y réfléchir – que c’est la conséquence de la peur que j’ai eue de la perdre.

Ainsi – bien que je le refuse – je suis bien obligé de constater que le moteur du désir est la frustration, la dérobade.

Et que, comme moi pour Colette, Mathilde me « gave ».

 

Cette nuit, nous baisions, nous avons été interrompus par Zelda qui pleurait (Mathilde dit qu’elle a toujours senti quand elle faisait l’amour).

Ça nous a « coupé nos effets »…

Et bien, c’est moi qui ai caressé Mathilde et « remis les choses en route »…

Ma « demande de la demande », vis-à-vis de Colette, masquait bien une répugnance à demander que je lève peu à peu.

(Cf. mon sentiment de satisfaction et de « normalité » quand j’ai « laissé parler mon désir » (Sylvie F. + la journaliste de Lyon dont j’ai oublié le nom !)

Seul problème (concrétisé à forte puissance par Colette = le choix des femmes avec qui je laissais parler mon désir.

 

Maintenant que je me suis investi dans « L’image de Pierre », il y a en moi une lassitude, un refus de ces tâtonnements de la période où le désir de la femme est mal assuré, mal « ciblé » et où il faut attendre…

 

15/07/1985

 

SOCIÉTÉ – RÉFLEXION 

 

Samedi dernier (avant-hier) : concert géant pour l’Éthiopie retransmis en direct de Wembley et Philadelphie simultanément. Cette marée humaine, cette succession ininterrompue de stars gratuites provoque en moi des sentiments divers…

Mais, en lisant le compte rendu de Libé, à l’instant, je mesure – une fois de plus – que l’expression (naïve) de l’émotion n’est pas de mise dans notre société.

(D’ailleurs, dans le Libé, page à côté, : compte-rendu des discussions lors d’un « symposium » noir…) (ou de femmes ?)

Idem pour coup de fil ce matin à Marc C., aux Cahiers du Cinéma, il m’a fait dire par la standardiste qu’il « me rappellerait cette semaine… » Le fera-t-il ? Et pour me dire quelles critiques ? (que, masochistiquement, j’attends…)

 

Idem pour Monsieur B. (quel nom !) qui me renvoie le scenar avec sa carte : « Avec mes compliments… » Indifférence polie, alors qu’il avait promis de donner son avis.

 

Après tout, tout ça, il suffit de le savoir.

Le monde est de ce tabac-là, idem pour les femmes.

C’est pourquoi j’ai murmuré à Mathilde cette nuit, alors qu’elle dormait, que j’aimais sa tendresse et son enthousiasme.

Qui jamais me dira comme elle qu’elle m’aime et qu’elle a envie de moi… ?

 

Triste monde où la méfiance est devenue la valeur dominante.

 

Comment rester généreux, en même temps ?

C’est ce qui me fascine chez un type comme R. (qui m’a prêté 3000 Fr.).

 

Mais si je cessais de croire que je ne suis pas comme ça… ?

 

18/07/1985 

 

ÉCRITURE – CITATION – DURAS

 

Je lis interview de Marguerite Duras dans les Cahiers, elle dit : « Entre la mort et la vie éternelle, l’agrandissement du champ de la vie doit être insoutenable… »

 

 Moi : « Si on ne mourait pas, on en mourrait… ! »

 (Var. (le 01/02/1994 ! !) = « Si on n’était pas morts, on en mourrait ! »

 

LANGAGE – ÉCRITURE

 

Une faute de langage amusante de Renaud B., mon assistant :

« Je ne sais pas ce qu’il a réfléchi… »

 

MUSIQUE – LECTURE

 

« Mozart » de Brigitte (?) Massin (via Frédéric Bourboulon)

 

23/07/985

 

FEMMES – DÉPRESSION

 

(17 h)

 

Je viens de parler avec Catherine. Un « certain abattement » s’est emparé de moi.

Tristesse.

J’en ai marre.

J’ai de la peine…

 

(18h10)

 

(À cette blessure, j’ai répondu comme d’habitude…)

 

Discussion avec Édith C.

 

24/07/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » 

 

Je suis assis à la terrasse d’un bistrot, au coin de la rue Galilée et de la rue Hamelin, à deux pas du CNC où je vais aller reprendre les huit scénarios qu’on avait déposés pour le prix Victor Hugo.

Il fait magnifiquement beau, le ciel est presque blanc de lumière.

Nouvelles de ces derniers jours :

 

 – Édith me parle de son accession au poste de « producteur délégué » au sein d’une boîte qu’une femme (qui ?) va monter, et de ce que cela peut avoir de bénéfique pour mon projet.

On va voir.

 

 – Jean R. a lu la deuxième version et la trouve maintenant très bien (sauf la « grande scène » Lucie-Pierre où il trouve que l’essentiel, ce qui me tient à cœur, est un peu noyé dans les détails. D’autre part, la surimpression œil-objectif du projecteur lui paraît superflue.

Ne suis pas d’accord : lui ai parlé des différents niveaux auquel cette métaphore pouvait se lire : dernière pensée de Pierre + rappel du conditionnement de Lucie + le cinéma lui-même (que le metteur en scène continue d’exercer, prenant « la relève » de son personnage).

 

26/07/1985

 

ÉCRITURE

 

Il faut aimer l’amour avant d’aimer quelqu’un… (2014 : from Internet : pas fait) (inclus dans Manuscrit « Les deux femmes du mort » et « L’homme que les plantes aimaient »

 

27/07/1985

 

SOCIÉTÉ – ARGENT – IMMIGRATION -3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – ZELDA

 

(Jardin des Tuileries 16 h)

 

On vient de visiter avec Mathilde une « boutique » (plutôt un placard) rue de l’Échiquier, faubourg Saint-Denis.

 

Colère en moi contre ces étrangers sur lesquels on pleure démagogiquement, mais qui sont, en fait, plus riches que bien des Français et qui ne travaillent pas pour le pays, mais pour exporter les devises dans leur pays d’origine (où ils seraient misérables).

 

Colère aussi contre les enfants, qui m’horripilent. Envie de me retrouver seul, pour écrire.

 

J’en ai marre de moi, de ma condition. Un sursaut de révolte… !

 

30/07/1985

 

CINÉMA – CITATION – RÉFLEXION 

 

Audiard est mort. Frédéric Dard a écrit un « éloge funèbre ». Il dit que c’était un « homme en vie » : « Un homme en vie, c’est quelqu’un qui sait tout et qui devine ce qu’il ne sait pas… »

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – ROMAN

 

J’ai déjà écrit les cinq premiers « chapitres » du roman. Le sixième est en cours (la rencontre).

J’ai commencé à travailler sur le début de structure qu’on a mise au point, Jean et moi (en reprenant beaucoup de la construction du scénario).

 

Ce que j’aime, dans le roman (tout en étant conscient que c’est à manipuler avec précaution), c’est la possibilité d’expliciter ce qui est implicite dans le scénario.

 

CINÉMA – CITATION – RÉFLEXION 

 

Dard parle de ces hommes qui « se cachent pour se gratter la peau de l’âme, comme si c’était celle des couilles… »

 

Le voilà, cet idéal masculin de liberté (Il insiste là-dessus) et de pudeur.

 

Moi, je les vois, ces types, comme des hommes pour qui le plus important était de se démarquer de leur mère… (la « liberté » du garçon # la fille : la pudeur du garçon # la fille.

Pas étonnant qu’ils aient écrit pour des lecteurs qui ne sont, au fond, que des petits garçons : les amateurs de polars (que ce soit des romans ou des dialogues de films).

 

TÉLÉVISION – ÉCRITURE – PROJET « DESSINS SUR RÉEL » 

 

Je suis assis dans un tabac à côté d’un tourniquet de cartes postales. Je repense à mon idée des « dessins sur réel ». Je me demande ce que ça donnerait…

 

CINÉMA – PHILOSOPHIE – GODARD – BRICE PARRAIN – CITATION

 

Noté le prologue de « Vivre sa vie » : « Dans une poule, il y a l’extérieur et l’intérieur. Quand on enlève l’extérieur, il reste l’intérieur et quand on enlève l’intérieur, il reste l’âme. »

 

Et aussi (from « Détective » ?)

 

« Les films pornos sont classés X parce que X, c’est l’inconnu… »

 

VÉCU – CHOSES ENTENDUES – ÉCRITURE

 

Conversation de bistrot sur le vieillissement :

 

« Monsieur Robert, vous faites toutes les casses : il n’y a plus de pièces détachées… Vous êtes comme moi, vous n’êtes plus côté à l’Argus… »

 

Voilà un dialogue d’Audiard…

 

Ça ne m’intéresse pas (je repense aux tentatives (?) en ce sens de « Bianchetti père et fils ».)

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Plus de nouvelles de Meyer B. !

Avec un nom pareil, ça ne pouvait être qu’un rigolo (et probablement requin, avec ça…)

 

VÉCU – FEMMES – SEXE

 

Vu chez Copy Top, avenue de l’Opéra, un mannequin noir (plutôt une africaine, je crois) avec un mec (petite queue de cheval nouée par un plastique – un photographe ? – Grands pieds, cette fille, mais beaux.

Petites fesses rondes et hautes. J’ai fantasmé un enculage délicieux et le sperme déversé à bouillon chaud sur ses fesses noires.

En levrette : beauté du cul… Quelle pouliche !

Ces négresses sont ma malédiction : je les désire trop, ça me rend fatalement agressif vu qu’il est hautement improbable (quel euphémisme !) qu’elles fantasment sur moi comme moi sur elles…

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – ROMAN

 

Ne pas oublier, dans le roman :

 

 – Le problème de la culpabilité qui fait qu’on cherche quelqu’un pour partager les fantasmes. La culpabilité ne doit plus être la base des conduites humaines. Quel moteur pour partager les fantasmes ? L’invention, la création, le goût du spectacle, de la mise en scène, du JEU (retour à l’enfance) (« enfants qui ont le droit de faire l’amour ensemble ») Culpabilité = source de conflit

 

 – Reprendre le contenu de la note d’intention à l’Avance… (le problème de la Fusion toujours impossible)

 

 – La parole dans le sexe.

 

 – Le désespoir qui est à la base de la manipulation (manque de confiance en soi – mauvaise image narcissique – obligation faite aux hommes d’être ceux qui font « le premier pas »…)

 

 – Le désir toujours réprimé par l’État. Ici récupéré. Pierre piégé : la manip = mauvais moyen de parvenir à une bonne fin. Récupéré = mauvaise fin (seule la démocratie (via l’opinion publique) = importance de contrôle de la démarche scientifique).

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – MÉMOIRE – RÉFLEXION

 

Je remarque un double mouvement en moi :

 

1/ Souvenir (récurrent) de Marc P. parlant d’intellectuels (?) qui disent que la beauté n’est pas importante et qui ne sont qu’avec de jolies femmes…

2/ Souvenir de moi disant à je ne sais plus qui qu’il serait inexact de croire que les hommes ne fantasment pas que sur les jolies femmes

 

01/08/1985

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Voilà : hier soir, au lit, Mathilde m’a une fois de plus reposé le problème du mariage.

Elle a dit, en gros : « Quand on aime, on épouse » (possession : « ma » femme…), alors j’ai dit : « Peut-être que je ne t’aime pas ? » Puis « Je ne t’aime pas. »

C’était la première fois. Elle m’a dit qu’elle allait me quitter.

Peu importe que ça se fasse ou non maintenant, ce qui compte c’est que j’ai dit ça pour la première fois, que j’ai pris le courage de le dire.

 

Et pourtant, je me retrouve face à l’idée de la solitude, car c’est un fait : je ne suis pas un mec à aventures (ça ne les intéresse pas, ça doit être mon physique) et une femme qui tombe amoureuse de moi, je n’en ai connu qu’une : elle…

 

Voilà.

 

MUSIQUE – JAZZ

 

Mc Coy Tyner

« Spirit of the moment » (très musique de film)

 – Solo piano : « You don’t know what my heart says… »

 

07/08/1985

 

FEMMES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Je ferai toujours entendre ma plainte, obstinément répétée : pourquoi les femmes reçoivent est la preuve du désir des hommes et pas nous ?

Pas moi, en tout cas.

Je sais qu’il y a des hommes – qu’ont-ils, au juste ? – que les femmes recherchent.

Moi, aucune femme ne m’a jamais recherché.

Il a toujours fallu que je fasse les premiers pas. Ce n’est pas juste.

 

VÉCU – PROSTITUTION – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Hier soir passé, en rentrant de chez Renaud B., par la rue Saint-Denis.

Surprise : « elle » tapine à cette heure-là.

Je m’arrête.

– Elle : « C’est 200 Fr. » 

– Moi : « Je n’ai pas ça sur moi ce soir… » 

– Elle : « C’est 200 Fr. ».

Je sors de la voiture 

– « Tu ne me reconnais pas ? »

 – Elle « Si, mais c’est 200 Fr. ».

 – « Tu es de mauvaise humeur ? »

 – « Oui : je me suis engueulée avec une fille et comme je ne me laisse pas faire… »

 – « C’est pas normal que ça me retombe dessus. Tu sais que je t’aime beaucoup… »

 – « J’ai besoin de travailler. Si t’a pas l’argent, tu te casses… »

 

Et avec ça, « le » regard, celui de Colette, froid, déterminé, intraitable, celui qui m’ignore, me nie, me tue…

 

À côté de ça, je sais que si je retourne la voir, elle sera gaie, gentille, souriante et fera des plaisanteries.

 

Comme Colette.

Ne sert à rien de chercher le visage d’une femme, sa vérité absolue. Il n’y en a pas. Elle est contradictoire.

 

J’hésite toujours entre cette idée (qui a pour corollaire qu’effectivement Collette a pu m’aimer réellement à certains moments) et l’idée que le vrai visage de ces deux femmes (comme de Sally), c’est l’indifférence à mon égard, le non-amour. Les moments de bienveillance n’étant pas ce qu’il y avait de plus profond en elle.

 

Problème de la jolie femme, qui est « stuffata » du désir des hommes.

 

SOCIÉTÉ – SOLITUDE – VIEILLESSE

 

Renaud raconté hier soir l’histoire (vraie) de cette vieille dame, si seule qu’elle faisait exprès de se tromper, au magasin, pour que la vendeuse lui parle… ! !

 

13/08/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – AMIS – JEAN-PIERRE B. – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Reçu critique détaillée du scénario par Jean-Pierre B..

Assez négatif.

M’a fait mal.

Lui répondu longue lettre : défense et illustration du fantasme.

Hésite à l’envoyer.

Me demande s’il n’a pas raison et si je ne fais pas fausse route.

 


En y réfléchissant, je m’aperçois qu’il y a deux tendances en moi :

1/ en dire plus, pour préciser ma vision du fantasme et le rendre positif

2/ m’en tenir là, me rendant compte que le scénario joue sur l’ambiguïté du dépassement du fantasme pour accéder à l’amour (Pierre y est-il parvenu ou non ? La question n’est pas vraiment tranchée et c’est mieux ainsi, peut-être).

 

ÉCRITURE – OULIPO

 

 (tout en S)(tautogramme)

 

Serpent ! Saute sur Sylvain… ! Serre sa superbe stature, sifflant, sournois… Suce sa sueur ! Secoue sa superbe !

 

14/08/1985

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(1h20)

 

Je retrouve ma paranoïa, ma rage, mon désespoir.

J’ai de nouveau envie de frapper, de détruire, de tuer.

Parce que quoi ? Parce que je ne sais pas faire ce qu’il faudrait faire (= renoncer à être aimé, mais rester ami).

Je n’ai pu que fuir, plein de rage.

 

J’essaye péniblement de me calmer.

Je n’y parviens guère.

 

Il m’est venu (quand ? Aujourd’hui, je crois) que la fonction de la dérobade (de l’autre) est de justifier mon agressivité, ma pulsion de meurtre.

 


Cette nuit, je suis réellement, profondément, de nouveau, désespéré.

 

À hurler, à sangloter, à casser.

 

Je voudrais tant écrire autre chose. Je ne trouve que ces misérables mots !

 


Et qui, alors, me revient ?

Je le sais bien, qui…

 

Elle ne me revient donc que dans la rage ?

 

J’ai honte de moi.

 

15/08/1985

 

FEMMES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION 

 

Ce n’est pas de l’amour déçu, c’est du dépit !

(En fait, je ne le séparais pas et mon tourment a toujours été dans cette incertitude).

Qui donc sait qu’il aime et comment ?

 


Et je me sens coupable de ne pas parvenir à supporter sereinement de voir l’Autre préférer une amitié à un amour, coupable de préférer la fuite à une présence détendue.

 

19/08/1985

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES

 

 Rêves de cette nuit :

 

1/ Partouze avec Mathilde (baisant avec un autre) et Sally (baisant avec moi)

 

2/ Message de Colette (nouvelle de ce message donnée en présence d’une femme (?) qui file aussitôt. Je la retrouve plus tard, enlacée avec Colette. Elles venaient de faire l’amour. Je dis : « Je découvre ! » La femme dit : « On n’y arrivait pas »

 

3/ Colette, nue, me retrouve. Son corps est flétri. Je ne la reconnais pas.

Je suis excité par l’idée que nous allons bientôt faire l’amour. À ce moment, je me réveille.

 

4/ Je m’improvise animateur de télé et m’apprête à faire cette carrière. J’imagine un personnage de composition un peu rigolo exploitant ma balourdise.

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Voir fille brune qui prend petite fille sur ses genoux dans spot Amnesty (pour Lucie).

 

TÉLÉVISION

 

L’autre soir, au restaurant, rencontré Jean-Pierre B., copain de Gabriel L. D. Il a promis de m’envoyer un synopsis de téléfilm.

J’ai l’impression que je l’attendrais longtemps.

 

21/08/1985

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MON COUSIN C. – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(14h35 col de l’Aubisque)

 

En balade avec Mathilde dans les Pyrénées.

Hier : passés chez C..

Discussion dans la soirée.

Pénible.

Pleuré très fort, une fois couché.

 

Le mot d’ordre renoncer.

 

À l’inaccessible satisfaction que j’attends de l’Autre.

Passer dans un « au-delà de la castration ».

Vivre avec le manque.

 

Je me sens mal.

 


Me préparer à mourir.

À ne pas faire le film.

(L’» Après-Colette » ne fait que commencer).

 

30/08/1985 

 

ÉCRITURE – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

 (14 h. Au soleil, derrière la maison des parents de Mathilde à Cuxac d’Aude)

 

Vu, dans la maison, ça et là, des statuettes de couples de mariés, que l’on met sur les pièces montées…

M’a donné l’idée d’une mère de famille nombreuse avec enfants mariés, qui garde ces statuettes de mariage, en mettant des étiquettes devant chaque sujet avec les noms : « Sabrina et Bernard », « Corinne et Franck », « Brigitte et Gilles », etc.

(Dans une vitrine de meubles ?)  Faire un « faux reportage » : inventer une réalité curieuse, bizarre, intéressante (à plus d’un titre) et reconstituer un reportage sur ces morceaux de réel réinventé

(Au début, présenter ça comme réel et, à la fin, mettre un carton expliquant la fiction).

 

31/08/1985

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(12 h)

 

Hier soir, à Narbonne plage, devant clair de lune : discussion avec Mathilde sur fantasmes et  sur psychanalyse  conflit  silence (qui se prolonge aujourd’hui).

 

Nous avons acheté, il y a une semaine, un appareil photo, en Andorre.

 

À noter : je fais beaucoup de contre-jours, en silhouettant des masses sur fond de ciel, au soleil couchant. J’en ai fait d’elle, escomptant que sa silhouette apparaisse bien bouchée, bien noire… Id est : je retrouve la « femme noire » (cf. Colette) qui me vient – vu en séance – des séances de « Père Noël en ombre chinoise » de mon enfance.

 

La discussion d’hier me touche profondément car Mathilde y associait le fantasme au manque.

Or, à travers « L’image de Pierre », contre Jean-Pierre B., contre C., contre plein de gens (et peut-être, surtout, contre moi-même) je me bats désespérément pour prétendre que fantasmes, désir et réel sont conciliables en la même personne.

Je suis un moment de ma vie où je suis peut-être en passe d’abandonner cette idée est de reconnaître l’absolue irréductibilité du Manque.

« Vivre avec le Manque », disait C., dans un au-delà de la castration.

C’est à cette incontournable évidence que je dois me rendre.

Elle est source, mais je ne peux encore le percevoir, de satisfactions différentes.

Il y a du dépit en moi à constater que je « me suis trompé » et qu’il faut rectifier l’erreur.

D’où mes colères.

 

(15 h)

 

Deuxième épisode.

Parlé avec Mathilde.

Longue discussion. Sur moi.

À la suite de quoi, Mathilde évoque Jean R. et dit que j’impose aux autres de m’entendre. Eux : pas envie. Limites. J’attends d’eux qu’ils disent ce que j’ai envie d’entendre, avec mes mots. Mais eux : leurs mots (*) 

Moi : Ils n’ont pas envie d’entendre la vérité.

Elle : Tu ne détiens pas la vérité. Tu es un despote

 colère terrible chez moi.

 

(*: Et s’ils te le disent pas : tu doutes de leur amour, tu crois qu’ils ne t’aiment pas (alors que je disais que l’humanité est faite de pervers qui se manipulent, elle me dit que non, que les gens vivent des sentiments forts et qu’il y a de l’humanité dans l’humanité. (Je retrouve en Mathilde Colette qui me disait « Tu est un despote » + G. aussi)

 

Problème de la toute-puissance et du « moi-tout » infantiles. Cette vérité de moi-même, si brutale, me claque la gueule.

 

R. : le mec bien élevé, qui a du tact, le sens de la mesure, qui ne s’impose pas lourdement.

Élégant, même pas habile : bien par son être.

Pour moi : le frère trop parfait. Qui provoque la rage par la comparaison.

 


Il m’apparaît aussi que si je veux à toute force convaincre, c’est que je suis (trop) facilement convaincu.

Marque d’un esprit influençable et faible. D’une tendance à l’adoration enfantine, aussi.

 


Il n’y a pas que moi qui aime (et suis aimé), je ne détiens pas la « bonne façon d’aimer ».

Je disais tout à l’heure à Mathilde que, moi, je parlais de mon inconscient… »

Ce qu’il faut constater, c’est que d’autres aiment et sont aimés sans cela.

C’est inutile.

Il faudrait se demander à quoi ça sert (outre, c’est évident, la satisfaction narcissique de ce despotisme noté plus haut). Peut-être ne faut-il pas y chercher une autre explication. C’est déjà bien suffisant.

Ainsi le doute (si ce n’est le mépris déclaré) dans lequel j’ai tenu l’amour des autres, c’est une manière de me valoriser.

 

06/09/985

 

VÉCU – SANTÉ – ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Interruption sur ce carnet. Entre-temps retour de vacances.

 

Deux choses dominent :

 

1/ Mal au bras. Suis allé chez toubib. Dois faire analyse. Mais a priori : rien.

 

2/ Je me prépare à la non-réalisation de « Image de Pierre ». Essayer de bien vivre ça.

 


Ce matin, Édith C. au téléphone. Elle me dit qu’elle a lu une quinzaine de scénarios.

Je lui demande comment elle situe le mien par rapport aux autres : « Le plus difficile à monter sur un plan distribution… »

 

Pas très encourageant !

Les distributeurs !

Qui sont ces gens qui ont le pouvoir ?

Je n’en ai jamais rencontré un seul !

C’est tout dire.

 


Nicole R. au téléphone : « Venez reprendre votre cassette et passez me voir, vous me parlerez de vos projets… »

Moi : « J’aimerais bien que vous me parliez des vôtres… ! »

 – « Oooh ! » (Soupir effondré… !) Pauvre femme !

 

07/09/1985

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION 

 

En somme, la difficulté majeure reste (au-delà de l’indifférence des autres, que l’on peut dépasser par l’espoir de rencontrer quelqu’un qu’on intéresse) l’agressivité de l’autre, inévitable car inscrite dans l’inconscient.

Ainsi, une pointe de sadisme chez Catherine C. : son « À tes amours »…

et je ne parle pas, bien sûr, du sadisme de C..

Je me fais de mieux en mieux à ces tentatives, plus ou moins bien structurées, de sadisation.

Du moment qu’on sait que ça existe et que ça se représentera tôt ou tard.

 

L’essentiel : ne pas espérer rencontrer quelqu’un chez qui ça n’existe pas.

 

(Ainsi, aujourd’hui, Mathilde : « Puisque tu ne peux pas m’entretenir, je vais aller avec mes enfants vivre dans un kibboutz… »)

 

(18h20)

 

Ce qui m’apparaît de plus en plus clairement, c’est la dimension de perversion chez les autres.

Ainsi C. aurait raison, ce qui me fait du bien, c’est que mon côté paranoïaque équilibre mon côté hystérique… !

 

Je constate que les mieux armés, les mieux adaptés, ceux qui ont le moins besoin du désir de l’autre (donc sont à l’abri de la déception), les moins accessibles à la culpabilité, ce sont les pervers (J’ai découvert ça, en fait, avec Colette, d’abord, puis avec M… !)

 

10/09/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Alain L. : « Il faudra que je te dise ce que M. a lu… » (au lieu de « dit » : lapsus = et oui ! On ne lit pas tous la même chose…)

Moi : « C’est bon ou mauvais ? »

 – « Il dit la même chose que moi ! »

Ouf, je respire ! Comme ça, ça va… (pour lui !)

 


J’ai écrit à Jean M.. Petite lettre simple ou je parle de faire lire à Flammarion, de rencontre avec son beau-frère (« depuis le temps qu’il entend parler de moi… »)

Je l’ai envoyée vendredi, on est mardi.

Pas un coup de fil… !

J’ai téléphoné à Pasteur, il est là. Il n’est pas malade ni accidenté…

 

Je grince que je ne compte pas pour lui…

Mais soyons lucides, sans « L’image de Pierre » compterait-il pour moi ?

Réponse : non.

 

Le problème n’est pas là : il a sa rentrée, ses préoccupations, voire ses angoisses. Il n’est pas amoureux de moi, Jean !

Elle a raison, Mathilde, je voudrais avoir avec chacun des relations d’amour…

 

TÉLÉVISION

 

Ça bastonne, cette rentrée :

 

Coup de fil assistant M. Lagneau FR3 Île-de-France. Réponse pour génériques (projet « dessins sur réel ») : non.

 

Coup de fil Heinz : réponse : « On vous a inscrit sur notre liste ».

 

Je me demande si le projet avec Romero de FR3 Rouen ne va pas s’écrouler aussi (bien que ça ne soit que pour début novembre).

 

11/09/1985

 

VÉCU – AMIS – LAURENT H. – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – MON NEVEU JEAN-MARC 

 

Rencontré Laurent H. (fils de Jacques H.) à une projection court-métrage Bernard Borderie.

Il me parle de son père :

« On a eu beaucoup de guerres… On les a toutes gagnées ensemble… »

Il me parle de son père – son grand amour – je l’amène à parler de sa mère

« Une salope »…

Elle s’est suicidée.

On parle de « Ce qu’elle lui a fait subir… »

Sa conclusion : « Elle ne s’est pas suicidée pour nous… » Il est chrétien. Je lui parle du « bénéfice du doute » pour espérer qu’elle se soit sauvée.

J’ai deviné que sa mère – qu’il hait tellement – lui manque.

 

René m’a téléphoné. Jean-Marc veut lui parler. Je fais celui qui ne sait pas.

Conseillé à René de ne pas écouter Jean-Marc d’une oreille « paternelle ».

J’appelle Jean-Marc. Il veut en effet parler à René. À la différence de son ami, il a besoin de dire son secret qui l’étouffe.

J’espère qu’on ne lui fera pas de mal.

Je lui demande de ne pas voir les choses « avec fatalisme ».

Il dit « C’est déjà trop tard ». (Ça fait la différence avec son ami et c’est ce qui est source de problèmes entre eux.)

Je dis : « Tu finiras peut-être par t’allonger… » Il parle de « psychiatre » « Je vais finir à l’asile ».

 

J’ai peur pour ce garçon.

 

14/09/1985

 

(Samedi 12 h)

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ZELDA

 

J’attends Agnès. Mathilde devait aller chercher les clés du magasin de Sabrina. J’ai posé la question de savoir si Zelda venait avec moi (sachant, au fond, quelle était la réponse). La gosse est passée et repassée devant moi, insolemment, trimbalant ses poupées sans répondre

C’est surtout ça, plus encore que le fait qu’elle s’accroche une fois de plus à sa mère, qui m’a mis dans une colère noire…

 

Toujours cette même rage devant ce silence négateur, destructeur.

 

CINÉMA – TÉLÉVISION – CRÉATION – PERSONNAGES

 

Je réfléchis à la création.

Je crois qu’il y a un bon principe à suivre, c’est de haïr ses personnages

Ça leur donne de la vie, de la réalité.

 

ÉCRITURE – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Eu aujourd’hui une (deux ?) idée :

 

Faire un court-métrage de mon idée des deux jeunes gens qui explorent la grande maison vide et ne se rencontrent pas.

 

Ou bien :

 

1/ L’écrire et le déposer au Centre pour une subvention

ou bien 

2/ Le faire avec mes propres moyens.

(Équipe copains – acteurs gratuits – matériel prêté (caméflex B.)

Resteraient des frais incontournables (à chiffrer) :

 – Pellicule

 – Labo

 – Table montage (?)

 – Repiquage

 – Mixage

(rien que ça, c’est certainement déjà trop pour moi)

 

Un avantage : tournable en muet + pas de son synchrone (problème du bruitage = musique ?)

 

Si solution 1/:

 

Trouver une maison. Y aller avec appareil. Faire photos. D’après photo, faire storyboard. Livrer un projet découpé (cf. « Sibylle »).

 

VÉCU – MON NEVEU JEAN-MARC – HOMOSEXUALITÉ

 

Jean-Marc m’a appelé. Il a tout raconté à René. Celui-ci l’a très bien pris.

 

16/09/1985

 

MUSIQUE

 

Morceau piano à 8h45 sur Radio Gilda

 

19/09/1985

 

MUSIQUE – VÉCU – TÉLÉVISION

 

Ai appelé Radio Gilda pour ça. Tombé sur Patrick Fillioud qui me dit d’envoyer la cassette de l’enregistrement (un petit bout de la fin) pour identification. De plus, je lui dis que je suis réalisateur de TV et que ça serait bien qu’on se rencontre. Je dois le rappeler.

 

À propos idée de court-métrage (cf. page précédente) : en ai parlé à Renaud B.. Il me parle d’en faire un clip, dit qu’il va appeler directrice artistique de Virgin. Let’s see.

 

Ce matin : coup de fil d’Olivia (actrice), rencontrée en juillet à la fête de Pierre D.. Elle va passer me voir au montage de « Confidences ».

 

Tourné lundi dernier studio avec Catherine.

Elle est mal à Lyon. Pensé à lui écrire là-bas. 

 

Pensé à proposer à Nicole Ricard (et ailleurs) le synopsis de « L’immeuble »…

 

Il faut que j’appelle :

Bertrand Gautier (TF1)

Josiane Romero (FR3 Rouen)

Michel Bonnat.

 

Suis assis à une terrasse du Champs-Élysées (ne m’est pas arrivé depuis bien longtemps). Il fait très beau, les derniers feux de l’été.

 

19/09/1985 

 

ÉCRITURE

 

Mots Croisés pour mathématiciens…

À la place des lettres, des chiffres. Les définitions… ?

Réflexion complémentaire à ma note du 14 sur les personnages : les haïr et les aimer. Comme ça, on a la vie tout entière…

 

VÉCU – CHOSES VUES – SEXE – ÉCRITURE

 

À l’instant, devant moi, un mec passe (quarantaine, costard, un certain embonpoint, genre jeune cadre) : il défait la cellophane qui entoure une cassette vidéo. Je regarde le titre : « Love in Paradise »…

Tout le monde rêve…

L’amour au paradis, quel programme !

 

ÉCRITURE – OULIPO 

 

(18h30 Terrasse « Le bon pêcheur »)

 

Destin ! Décide de diviser deux détresses… Domine durement des décisions douteuses, des données disparates, des dissensions définitives… Durer dans des douleurs déchirantes ? Débile ! Définis donc des dispositions différentes… Dispose des deux duellistes… Donne des directives divergentes… De deux désespoir dégage deux désirs, deux douceurs… Dans deux divinités déchues désigne des démons danseurs, de doux dilettantes, de délicats dialoguistes, disponibles… Donne des délais… Des deux désunis débouchera du désamour doucement digéré…

 

Commentaire du 18 avril 2018 :

 

Il m’apparaît clairement aujourd’hui que ce texte évoque ma rupture – très possible alors – avec Mathilde. Comme souvent, la contrainte parle pour nous. Voilà un texte à utiliser dans une fiction, dans un contexte semblable où un personnage (d’écrivain, sans doute) exprimerait sa recherche d’une rupture « en douceur » telle qu’évoquée par ce texte (j’emploie à dessein une structure où c’est le texte qui est le sujet). Il se fierait à la contrainte et serait tout étonné qu’elle parle pour lui.

 

   Commentaire écrit à 71 ans

 

20/09/1985

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Je suis « Chez Lalou » (restaurant juif transféré de la rue Ramponneau au boulevard de Belleville)

(Venu bouffer ici parce que rien à la maison. Sans me prévenir, Mathilde restée bouffer chez ses parents. M’a dit qu’elle avait décongelé côtes d’agneau. Je regarde, elles sont toujours au congélateur ! Acte manqué. Agressivité en elle. Pourquoi ? Je me replie sur moi-même en ce moment).

 

Je repense à ce mot, anciennement rapportés, d’Hedi H. : « Je suis un kabyle mental » qui avais excité au plus haut point le psychanalyste Tony Lainé. Comme je le comprends !

 

22/09/1985

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(Dimanche)

 

Je pensais hier à quitter Mathilde (une fois de plus). Motif : j’avais voulu aller chez le coiffeur (besoin de « respirer » en ce moment, les enfants, disons Zelda, m’insupportent.) Engueulade (Mathilde : « Je me sens seule, tu n’es pas avec moi »).

Suis rentré le premier à la maison. À son arrivée, le conflit s’est réglé de lui-même, en silence (retrouverai-je jamais une aussi grande facilité à régler les conflits ?)

 

Sommes allés aujourd’hui aux Tuileries. Fait une grille de mots croisés (sur ce carnet – voir en fin). M’a donné une idée (de nouvelle ?)

 

ÉCRITURE – PROJET « MOTS CROISÉS »

 

Idée de nouvelle (?) : Un jeune type cruciverbiste se lie de sympathie avec un vieil homme rencontré chez le libraire en achetant des revues de mots croisés.

Le vieil homme fait lui-même des grilles et va, régulièrement, lui en proposer. Le jeune type les remplira. Ainsi va naître une relation, une amitié entre eux.

Dans cette histoire, les mots placés dans les grilles, leurs définitions, pourront tenir une grande place, symbolique, liée aux personnalités du concepteur des grilles et de leur déchiffreur.

Ce sera entre eux un lien, une communication, passant par ces mots, éventuellement prolongée par des conversations nourries du même amour du langage, de la même interrogation devant la vie, de l’angoisse qu’en a l’un, de l’expérience qu’en a l’autre.

La nouvelle devrait être écrite à la première personne par le jeune cruciverbiste (35 ans) et se terminera par la mort du vieil homme, laissant une grille inachevée que, peut-être, le jeune type finira ?

Ou alors le jeune type séchera sur trois ou quatre dernières définitions. D’habitude le vieux lui fournissait les réponses, remplissant les cases vacantes. Il se retrouvera donc chez lui, après sa mort, cherchera la grille-solution. La trouvera (la reconnaissant, dans un cahier, à la fin d’une série de centaines d’autres…) (*)

On peut aussi imaginer qu’ils se passaient l’un l’autre des problèmes, concevaient et remplissaient chacun des grilles de l’autre. Ainsi y aurait-il des discussions entre eux sur les définitions (chacun proposant à l’autre d’autres définitions que les originelles, le choix de sens et de mots révélant chacun des deux…) L’important n’étant pas de finir les grilles, mais l’élégance et l’astuce des définitions, appréciables seulement par des gens complices dans le même goût pour le langage.

(Note : la rencontre : le vieux brandit le journal : le jeune a acheté le même : « Je vais savoir : il y en a une coriace, que je n’ai pas réussi à percer. Suit le nombre de lettres et la définition. Le jeune : « Ah ! C’est dans le 1312, en deux horizontal, c’est… (Suit le mot) Le vieux est impressionné, intéressé, arrêté. C’est le début de leur relation).

 

(*: On peut aussi imaginer qu’au moment d’ouvrir la dernière page du cahier où il sait trouver la grille-solution, il s’arrête et le referme, décidant de prolonger le mystère (par lequel le vieil homme restera vivant pour lui). Les mots manquants devront, bien sûr avoir une importance symbolique.

 

23/09/1985

 

TÉLÉVISION – TECHNIQUE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Cet après-midi : première journée de montage. Problème surgit : pas possible de truquer un plan à la fois en tête et en queue (exemple : fondu enchaîné en tête et en fin) On ne pourrait le faire qu’en montant les plans impairs sur une bande A et les pairs sur B et en mixant le tout après. Seulement : en 3/4 : trop de pertes à cause des générations successives.

Discussion pour que je comprenne ça avec mec de la Sertis.

 

Depuis : retour de sentiment de malaise, de mécontentement de moi, que je connais bien.

 

Mais il est moins, beaucoup moins fort qu’avant.

 

Ce malaise, je sais ce que c’est : c’est la culpabilité de m’être mis en colère.

 

Maintenant que je me suis calmé (vieillissement ? analyse ? coups dans la gueule ?), Je me mets moins en colère, suis plus « urbain » donc : moins de culpabilité, moins de malaise, meilleure image de moi.

 

Il faut tout de même ajouter qu’il y a aussi, comme source de mon malaise, le sentiment du manque de « savoir-faire » (« C’est le B.A BA, a dit Luc – ça m’a blessé (pas le savoir-faire à haut niveau de complexité, mais à la base, au niveau de ce que je devrais savoir…)

 

Autre remarque : écouté au walkman, dans la rue, chanson de Stevie Wonder « All is fair in love ».

Autrefois, je comprenais « Tout est beau dans l’amour » (cf. « My Fair Lady ») et un doute m’a pris : ne serait-ce pas une notion de jeu ? (Cf. « fair-play »)

La commentatrice de la radio le confirme : « En amour, tous les coups sont permis… »

 

M’a (lugubrement) renvoyé au rapport de forces amoureux

 

Pensé à Mathilde.

 

Éviter à tout prix une relation où le rapport de forces ne serait pas à mon avantage (cf. Colette)

 

(Nota : j’écoute au walkman au café, place Gambetta. Passe une chanson qui me fait penser à elle : « Vacances j’oublie tout… »

 

Je l’écoutais au walkman aussi, dans l’aire de jeux du jardin du Luxembourg.

À me voir m’exciter sur cette chansonnette, elle avait eu son classique petit sourire où le mépris perçait comme une jonquille la mousse des bois…

Chère, chère âme !

 

ÉCRITURE – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Ce type aimait tellement imaginer des choses qu’il louait des cassettes-vidéo de films, les mettait sur son magnétoscope et préférait les écouter seulement, depuis ses WC, sa salle de bains ou sa cuisine.

Il se « faisait » ses films et après les voyait pour comparer sa mise en scène à celle de « l’autre »…

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Imprévisible destin. Pensais-je, en commençant à vivre avec Mathilde, à quel point elle allait prendre de l’importance pour moi… ?

Aujourd’hui, alors que je me masturbe, je me dis qu’il me faudrait rallier la réalité. Mais avec la pensée de coucher, me vient la pensée de l’amour. Et je me dis qu’avec Mathilde l’amour est là, avec une force insoupçonnée, incontrôlée

 

24/09/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « MOTS CROISÉS »

 

Autre idée pour « Les mots croisés » (« Vies croisées » ?) :

L’un fait une grille de mots et ils cherchent ensemble les définitions.

Il faudrait peut-être montrer que les grilles n’ont pas d’importance  à la fin des mots et des définitions seulement-hors grilles ?

 

29/09/1985

 

Ces jours-ci :

 

AMIS – JEAN M. – TÉLÉVISION – CONFLITS

 

1/ M. m’a appelé. Il avait lu ma lettre « au futur » ! Il pensait que je n’étais pas à Paris en septembre…

On doit se voir cette semaine.

 

2/ Violent conflit avec le technicien de la Sertis. Du Laborit… !

 

30/09/1985

 

TÉLÉVISION – ÉCRITURE – PROJET « MÉLISSA – LE DRAGON ROUGE »

 

Ce matin : rendez-vous à la boîte de production de Michel Bonnat. Rencontré son associé. Ils sont intéressés par « Melissa » (pour coprod. avec Canada)

Intéressant.

 

(14h15)

 

VÉCU 

 

Je viens de m’acheter un stylo à encre.

Je suis tout content de pouvoir écrire avec. Je ne sais pas ce qu’est devenu celui que Mathilde m’a offert…

 

02/10/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – PROJET « MÉLISSA – LE DRAGON ROUGE »

 

Déjeuner aujourd’hui avec Jean M.. On a parlé des 40 pages que j’ai écrites. Il n’a pas l’air de trouver ça fameux et redoute une réaction négative chez Flammarion si l’on montre les choses en l’état…

 

Tant pis. Lui ai dit que ce n’était pas la peine qui les relise et que ce serait ça ou rien.

Il doit donc, une fois que ce sera tapé (il faut que je m’en occupe) passer ça à son beau-frère…

 

Là aussi, se préparer une réponse négative.

 

Ce qui me frappe, c’est mes rebondissements perpétuels. Lundi dernier : rencontré Bunio, associé de Bonnat. On a parlé d’une série dont Mélissa ferait partie (projet avec les Canadiens). Ça suffit à me faire espérer de nouveau…

 

(Le thème serait : des histoires à suspense ou fantastiques dans le monde de la vidéo.

Un titre : « Vidéhorror » ? ou « Histoires vidéohorribles » ? (Traduction anglaise : « Vidéohorrible stories » ?)

« Mélissa » pourrait être le pilote – sur le plan scénaristique – de la série et on demanderait à d’autres auteurs d’écrire sur ce thème…

Ce serait pas mal, non ?

 

03/10/1985

 

TÉLÉVISION – SCÉNARIOS- COMÉDIENS 

 

Une note amusante : Gérard S. me raconte le feuilleton qu’il tourne actuellement : dialogues indicibles, genre : « Oh, Simone, comme je suis bien chez toi, dans ton intérieur familier… ! »

Il faut, bien sûr, que, les acteurs, réécrivent tout… Alors, au moment de tourner, ils montrent à l’équipe la scène telle qu’elle avait été écrite, puis telle qu’ils l’ont refaite…

Ça me plaît ce gag : versions une et deux… !

 

18/10/1985

 

TÉLÉVISION – CINÉMA – CHÔMAGE – ARGENT

 

Pas écrit depuis le 3… Longue interruption !

Pêle-mêle :

 – Écroulement des deux émissions (« Partez gagnant » et FR3 Rouen) : un mois de travail qui s’évanouit en fumée…

 – Les Assedic me réclament un trop-perçu de 17 000 Fr. ! Comme je ne peux pas payer, ils prendront ça sur mes prochains droits et comme, privé de droit, il faudra que je travaille, je n’épuiserai pas ma carence et je serais privé d’Assedic pendant x (?) mois… ! Cercle vicieux.

Je suis donc « condamné » à travailler. Or le travail est plus dur que jamais à trouver… ! Ça a rarement été si mal…

 

 – Côté « L’image de Pierre » : eu Édith C.. Les gens de sa production n’ont « pas cru » à mon projet. De plus, elle en est partie… !

 

Reste, comme choses en cours :

 – L’avance sur recettes : je ne l’aurai pas.

 – Le prix Apple : je ne l’aurai pas (Éric B. dans les cinq premiers au prix Victor Hugo : ça m’a fait quelque chose, dans le genre « coup de vieux »…)

 – Le contact avec Flammarion en vue d’un roman. C’est encore à ça que je crois le plus, mais pas beaucoup…

 

À part ça :

 

 – Je remets « Mélissa » en selle (contact avec VSP. Ils parlent d’en parler à une grosse boîte de vidéo genre VTF ou Channel. Ça, j’y crois. Oscar B.-F. pourrait aider à obtenir une copro avec l’Argentine pour les extérieurs.

Avec ça, je pourrais aller voir une chaîne (retourner voir Capin ?)

 

 – Scénario clip Souchon. J’attends (depuis bientôt deux semaines). D’après Dom, de Virgin, il y en aurait d’autres, en compétition : régression au stade d’avant l’école ! (Concours).

 

 – Aristide, un comédien, m’écrit : « On ne sait jamais jusqu’où s’étend l’âme d’un homme… » (Maeterlinck). Je lui réponds un mot spontané (sur une feuille arrachée à ce carnet) : qu’il est vrai que, blessé de m’être jeté en vain dans les bras des gens, j’attends désormais qu’ils viennent à moi, mais que je « ménage un orifice par où l’âme de l’autre, tel un gaz, peut passer… » J’imagine que cette lettre va provoquer une réaction, mais point…. !

 

 – Dominique L. appelle à la maison, voulant joindre Jean-Pierre B.. Il me dit de lui envoyer la deuxième version de « L’image de Pierre ». Je dis oui, puis je réfléchis et lui envoie une lettre où je dis que « des gens indifférents, j’en trouve à tous les coins de rue… »

Réactions ?

 

 – Analyse :

Ça tourne en ce moment autour du thème de la non-séduction qui me renvoie à l’obligation dans laquelle je me suis vu de séduire ma mère, le fait que j’ai pensé n’y pas parvenir (épisode du chien perdu  manque de confiance  pas confiance en G. (et en les autres, réalité masquée par une apparence ouverte et extravertie… »

 

30/10/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « MELISSA – LE DRAGON ROUGE »

 

 – Hier soir travaillé avec Michel F. à la réécriture de « Melissa ».

Résultat très intéressant, excitant (supprimé personnage de l’enfant. Parvenus à quelque chose de beaucoup plus riche en rebondissements).

 

 – Marc Marino à Paris. Il a passé la soirée d’hier et la nuit ici. Le voici maintenant « Producer » d’un show francophone à Los Angeles…

 

04/11/1985

 

TÉLÉVISION – ADO KYROU – CHÔMAGE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION 

 

(1h15 café « Le Sélect » à Montparnasse)

 

Tout à l’heure, engueulade avec Mathilde cause une phrase d’un présentateur de Canal + pendant la fête de leur premier anniversaire d’existence (ça me ramène au tournage du « Képi noir » – scène de la cave – où les mecs de l’équipe parlaient (avec animosité) de cette télé nouvellement créée, la première privée…

Le présentateur dit : « Ce soir, nous n’avons invité que des gens heureux… » (parce que Interruption

 

  Une fille passe, vendant « Libé ». Je l’achète et découvre la mort d’Ado Kyrou. Ça me fout un sale coup !

 

Le meilleur hommage que je puisse lui faire est de ceux qu’on fait pour soi seul : comment, après ça, continuer à écrire ici, égocentriquement, mes petits problèmes… ?

Cela dit, c’était aussi les siens, sans doute : la difficulté de trouver des commerçants qui croient en vous, qui vous permettent de créer…

C’est bien ce dont je souffre aujourd’hui, du chômage et de la blessure d’identité qu’il provoque…

Je disais à Mathilde, et c’est ce qui a motivé sa réaction (: « Arrête. Ça fait mal… » – en gros…) : « Il ne faut pas que je devienne amer… »

 

La mort de Kyrou m’aide : tant que tout n’est pas joué – et ça ne l’est que dans la mort – il ne faut pas considérer que c’est fini. Ce n’est jamais encore le moment de l’amertume…

 

Quant à ma déception vis-à-vis des autres, c’est moi-même qu’il faut mettre en question. Moi et mes projections, mes idéalisations, mes refoulements…

 

Oui, plus que jamais, l’analyse au poste de commandement, comme ne disait pas Mao…

 

07/11/1985

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance de mercredi dernier :

 

Mise en lumière d’un aspect de mon attitude (inconsciente) actuelle : la provocation à l’égard de G.. Me débrouiller pour qu’il me fasse des reproches, me défendre contre ces reproches.

À rapprocher de la découverte que j’ai faite, au cimetière, à la Toussaint (quand Maman a lu sa poésie : envisageant sa mort afin qu’il soient enfin à deux « pour le réchauffer dans la petite tombe » (Nini)… et qu’elle a dit clairement qu’on aime plus un enfant qu’un mari ou une femme…) Découvert à quel point la mort de Nini et ma jalousie à l’égard des rapports privilégiés entre Maman et lui m’ont marqué.

Sur le pas de la porte, en partant, ai dit à G. (j’avais parlé de Colette et de ma volonté qu’elle me désire) : « Je comprends mes rapports avec les femmes et que, quand je dis : « Une femme qui me désire », il s’agit de ma mère… »

 

Provocation = susciter des reproches.

Pourquoi ?

Ambivalent Attirer l’attention et ainsi exister pour elle + expression d’agressivité due à la jalousie, au manque.

 

Recevoir des reproches – faire des reproches idem

 

(Provocation vue par G. aussi dans ma lettre à Dominique L.).

 

08/11/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « MÉLISSA – LE DRAGON ROUGE »

 

(Bureau de Gonzague Saint-Bris)

 

La fin actuelle de « Mélissa » (Simpson, amoureux de la compagne, la sauve et oblige Zoltan à jouer lui-même) ne me satisfait pas (intervention de Simpson trop attendue…)

Il faut trouver autre chose, mais quoi ?

J’ai pensé à quelque chose (?) qui joue sur vérité # mensonge dans l’histoire du danger vrai ou faux. Faux présenté comme vrai ou vrai présenté comme faux ?

 

Là, tout de suite, je pense à une fin « qui aurait le même début » : compagne découvre vrai mort autre fille  elle fonce au studio  Zoltan : « Tu vas toi aussi courir le même danger ! Peut-être ainsi seras-tu enfin bonne ! »  Partie Simpson film GP. Seul présent : Zoltan, Simpson, Melissa et compagne)  chute des deux filles et là : (nouveau) coup de théâtre : elles ne sont pas mortes. C’était « pour de faux » et là, enfin, effectivement, elle a été bonne. Elle sait maintenant comment il faut faire !

 

 Libération de Mélissa. Zoltan et la compagne restent seuls, heureux, unis, chacun ayant obtenu ce qu’il cherchait à atteindre

(Coda sur studio ?)

(Implication de cette nouvelle fin : la mort de la fille que visionne la compagne doit être fausse, mise en scène…)

(Discours de Zoltan : « Je ne serai quand même pas aller jusqu’à tuer réellement ces pauvres filles ! »)

 

Je trouve ça bon (envie d’appeler F. pour lui en parler).

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

(Une heure)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Je dors. Il me montre que je veux « le forcer à me forcer à faire une analyse » (Je me suis endormi pour éviter d’associer sur le « fait que mes parents ne m’ont pas manifesté leur approbation ».

Peur que G. ne m’approuve pas. Installé dans la certitude que mes parents ne m’approuvaient pas. Interprétations de ma part de ce que me dit G. dans le sens d’une critique.

 

10/11/1985

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – RÉFLEXION 

 

Aujourd’hui : acte manqué = je ne me rappelle plus le numéro de ma mère.

 

Rêves de ces dernières nuits :

 

 – Je regarde grandir le sexe de Michael. Il grandit vite. Érection. Effrayé, je dis « Du calme ! » Il grandit sous forme de plante : épi de blé ? Puis se dégage d’une sorte de mue un sexe d’adulte, massif.

 

 – Je suis dans une ville balnéaire. On s’y ennuie. Il y a pourtant une attraction très prisée pratiquée par les enfants : une sorte de catapulte qui envoie à une grande hauteur en l’air, puis on retombe dans la mer.

J’ai beau savoir que ça se passe sans dommage, j’ai peur. Peur non de la chute, mais que mon cœur s’emballe.

Je m’efforce de calmer ma respiration.

Des enfants pratiquent l’attraction, sans crainte.

C’est une sorte de circuit dans lequel on est envoyé, dans des tuyaux, avant d’être expédié en l’air.

 

Il est question de filmer ça (opérateur dans le circuit). Je m’écrie : « Avec une caméra ? »

Des dizaines de personnes qui font la queue me font « chut… », comme si le problème n’était pas dans le risque à envoyer une caméra en l’air, mais dans le fait de ne pas se planquer car c’est apparemment interdit.

 

Je me réveille avant de faire l’attraction.

 

10/11/1985

 

AGNÈS

 

 

Curieusement, Agnès, sa mère et Marc, compagnon de sa mère qui allait plus tard l’épouser, ont fait des dessins sur une page de mon carnet.

 

11/11/1985

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – RÉFLEXION – TROISIÈME DES QUATRE FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Rêve (concerne le rêve raconté dans note précédente) à rapprocher de celui d’enfance, répété, où je faisais un vol plané et où j’atterrissais dans l’eau et où ma mère était présente (comment ? en me lançant ?)

 

Discussion avec Mathilde. Cet après-midi elle a refusé de me montrer les conclusions de l’ordinateur sur sa signature.

J’en parle (restaurant rue Richer « chez Azen ») En y réfléchissant, je pense : « D’abord pas envie de faire l’amour (hier soir) puis pas envie de parler (après son refus) : c’est comme un cancer qui s’étend… »

 

17/11/1985

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

 (Café Costes 21h30)

 

Je suis venu ici, fortement attiré, je ne sais pourquoi, après être allé raccompagner Agnès et être allé au sex-shop 147… »

 

Hier soir, je lis à Mathilde le début du synopsis de « Melissa » que j’ai commencé à réécrire. Elle écoute, puis, étonnamment, s’exclame : « Tu n’es pas un peu sadique ? Pourquoi toujours la manipulation ? Il y en a marre. Tu montres que ça échoue, mais dans la vie, ça réussit. Il n’y a pas d’amour dans ce que tu écris… »

 

Je suis d’abord surpris, puis furieux. Je la frappe un peu, puis vais me coucher. Elle dort dans le salon (réintègre le lit dans le courant de la nuit).

 

Aujourd’hui dimanche, on se parle pas. Je m’explique à Agnès qui était là et est sortie de la chambre en entendant mes éclats de voix.

 

Ma violence s’explique par le fait que je me suis senti plus que non soutenu : attaqué ! Une attaque qui venait de quelqu’un dont je considérais le soutien comme acquis ! Et c’est vrai qu’elle m’avait dit qu’elle considérait « Mélissa » comme mon meilleur sujet !

 

J’y ai travaillé aujourd’hui (Agnès regardant la télé, Mathilde était partie avec les gosses). J’ai écrit la presque totalité de la « scène-démonstration » ou Zoltan explique à Mélissa ce qu’il attend d’elle…

 

N’en déplaise à Mathilde, je trouve ce scénario très bon. Ça rebondit tout le temps, l’idée maîtresse est forte et c’est plein de sens superposés, de ramifications, d’allusions, de références. C’est une histoire. Je suis un conteur.

Quelle bêtise de m’accuser de sadisme ! Comme si l’art n’était pas l’extériorisation de nos pulsions secrètes, y compris les agressives. Tout dépend comment c’est fait.

Il y a ou il n’y a pas poésie. Mais il n’y a pas de matériau privilégié pour la poésie. C’est comme en sculpture : on n’a employé d’abord que le marbre et le bronze, puis on a découvert les voitures à la casse et toutes sortes d’autres choses… !

 

L’important est que, par rapport au problème de l’approbation par l’être aimé, il s’agit pour moi, si je découvre que je ne suis pas approuvé, non de réagir par la colère, le dépit et le sentiment de toute-puissance frustrée, mais d’avoir prévenu cela et donc de rester serein.

(Je repense à G. : « On peut aimer sans être approuvé. Exemple : la relation mère-nourrisson) (et : « Puisque tu n’es pas moi, crève ! »)

 

C’est ça le problème central pour moi. Sans doute ai-je choisi la création artistique afin de me retrouver en situation de conflit avec les autres lorsque mes créations ne sont pas approuvées (et produites : je ne suis pas tellement battu pour y parvenir…)

 

19/11/1985

 

TÉLÉVISION 

 

Ce matin : appelé C..

Il me dit avoir « fait le nécessaire » pour qu’on me mette sur la liste des réalisateurs de la série « Films fantastiques » pour FR3 (à la place de quelqu’un d’autre).

Je lui dis que je suis touché, mais aussi embêté qu’on élimine quelqu’un… Il me dit que « ce n’est pas embêtant parce qu’il s’agit de quelqu’un qui travaille… »

C’est drôle : ce qui était perçu, à l’avance, comme une grande nouvelle se produit effectivement, mais dans une sorte de neutralité, avec une « sourdine »… Il est vrai que je n’ose pas encore y croire. J’ai vu tant de projets s’écrouler au dernier moment ! Jusqu’au dernier moment, je resterai prudent…

 


À propos de « Melissa » : pensé que, pendant la partie que livre Cora en imitation de celle de Melissa, il faut que ce soit Zoltan qui a le contrôle-image de l’enregistrement magnéto de la partie de Mélissa et qui donne des indications à Cora. Il faut qu’il soit sur le plateau et ait un récepteur à portée de main, avec les gros plans de Mélissa faits par Simpson. Il faut qu’on sente que pour Cora, il s’agit d’une corvée, mais qu’elle n’a pas vraiment peur (Zoltan a fait enlever la grille électrifiée) et il insiste là-dessus : « Là, elle a peur, son visage est défiguré par la peur ! Tu n’as pas peur, il faut qu’on sente que tu as peur ! Prends une expression d’horreur ! » ( Problème du vouvoiement ?)

 

21/11/1985

 

ÉCRITURE – TÉLÉVISION

 

J’ai la berlu… Sconi ! ( Quel sale coup des socialistes ! Tous les réalisateurs gueulent… Je repense à ce que disait Rosi (j’avais lu ça, il y a un ou deux ans) à propos de la pub qui défigurait ses films…

Et voilà que ça nous arrive !

 

TÉLÉVISION – ÉCRITURE – PROJET « MÉLISSA – LE DRAGON ROUGE »

 

Je pense pourtant qu’après cinq ans de sommeil, l’époque est désormais favorable à « Melissa »…

Y en a marre des dramatiques poussiéreuses, des « drames sociaux », des Inspecteurs Maigret ou autre, des histoires paysannes bien de chez nous… Place à l’imaginaire, aux délires, aux fantasmes.

Mon heure arrive, je le sens !

 


À moi de jouer, je suis content de la réécriture de « Mélissa », non seulement parce que l’histoire est meilleure ainsi, mais parce que j’ai réduit le nombre de trucages donc le budget…

 

22/11/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « MÉLISSA – LE DRAGON ROUGE »

 

Je viens de déjeuner avec Angelo C., dans l’espoir (?) de trouver du travail.

Mais l’heure est désormais aux « reporters-cameramen », les réalisateurs disparaissent des petites émissions moyennes. Que leur restera-t-il à l’avenir ? Les plateaux et la fiction. À moi de négocier ce virage vers la fiction – car c’est cela qui m’intéresse, bien entendu – Je vois l’obstacle pour moi : cette habitude de séparer le scénario et la mise en scène. Ce sera ça mon problème. Et puis aussi, si je réussis imposer mes propres histoires, d’accepter la critique. Ne pas la prendre comme une attaque, mais quelque chose de constructif.

 


Au cours du déjeuner avec Angelo, il me dit que Mélissa « ne va nulle part »…

En effet… Et bien m’en a pris de réécrire le scénario et d’accepter l’idée de F. que Zoltan fait tout ça pour Cora, pour en faire une star…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – SEXE – FEMME NOIRE

 

(18 h)

 

Je suis dans un bistrot de l’avenue de la Grande armée, attendant ma séance de 19h30.

Tout à l’heure il y avait dans le fond de la salle une fille noir parlant avec un jeune mec noir aussi. Elle ressemblait beaucoup à Colette. J’ai eu envie de me masturber sous la table en la regardant. Je suis allé aux toilettes et je l’ai fait là. Quand je suis remonté, elle était partie. Elle levait les yeux au ciel, faisait des mines. Je la haïssais autant que je la désirais…

 

25/11/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Ce matin, accompagné Mathilde à Roissy…

En rentrant, j’appelle l’Avance pour demander quand passe « L’image de Pierre ». La fille me demande : « Quel titre ? » Je le lui dis. Elle me fait un peu attendre, puis me répond : « Il a reçu un avis négatif… ! »

 

39 ans

 

01/12/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « MÉLISSA – LE DRAGON ROUGE »- TÉLÉVISION – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION 

 

(01 h)

 

J’ai eu 39 ans !

« Mélissa » nouvelle manière avance… Ça vient bien, j’en suis content.

Je redoute seulement le côté « Série B ». Moi, je trouve ça bien, mais pour mon « image », je ne sais pas, je connais tellement la connerie de tous ces gens qui fonctionnent au prestige…

 

Et puis est-ce un si bon scénario ? Je ne sais déjà plus. Je suis dedans : 40 pages écrites déjà et je n’en suis pas encore à la première fuite…

 

Je repense aux critiques sur la première version : personnages inexistants…

On dirait qu’entre les drames où personnages « crédibles » et le merveilleux intégral, genre « Star War », il n’y a place pour rien d’autre.

 

Je pense à Charles Denner pour Zoltan. Lui, il donnerait de la crédibilité à ce personnage… !

 


Entendu à la télé un scientifique dire : « On peut progresser grâce à ses propres erreurs et aux critiques des autres »

 

Il a ajouté : « C’est une forme de connaissance. »

L’intervieweur (Marcel Jullian !) a dit : « Vous pensez qu’on peut ainsi connaître, pas comprendre ? »

 – « Connaître, oui. Comprendre, c’est autre chose ! » (Cf. G. : « Comprendre, en prime… »)

 

J’ai beaucoup de mal accepter cette idée : me connaître, ce n’est pas forcément me comprendre…

 

J’y arrive peu à peu, j’y viens, mais lentement…

Il est évident que ça implique d’accepter qu’il y ait en moi des choses irrationnelles… (un inconscient !

 

AMIS – MICHEL B.

 

Appelé Michel B. On s’est longuement parlé. C’était bien. J’ai été stupéfait d’apprendre qu’il a fait une dépression nerveuse à cause d’une histoire d’amour !

 

02/12/1985

 

AGNÈS

 

(Lundi)

 

Hier soir, en raccompagnant Agnès : discussion avec elle. Agnès : « Maintenant, tout est plus simple. Avant, les histoires des parents, je les prenais à cœur, maintenant il y a les miennes… »

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – RÉFLEXION

 

Encore rêvé de Colette cette nuit. Je déjeunais avec elle et Rodolphe et quelqu’un (?).

Je me levais voulais partir (trouvant Rodolphe « dur »), il désapprouvait…

Après, je cherchais à voir Colette seule. Je l’entr’apercevais, puis je la perdais et me retrouvais la cherchant dans un pensionnat…

 


La conscience se précise, de plus en plus aiguë, une lucidité, comme si un voile avait commencé à se déchirer sur la nature de l’attachement qui me liait à Colette, sur la nature de ce lien, cette adoration mêlée de crainte, cette dépendance.

J’en vois désormais la nature infantile avec une criante évidence.

Cf. G. : « L’amour, pour vous, ce sont deux despotes tout-puissants qui s’affrontent… »

 

L’ennui, c’est que les mots traduisent mal la subtile évolution de ma conscience.

 

08/12/1985

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Dimanche. Seul, j’écris « Mélissa ». Cette nuit, j’ai encore rêvé de Colette, je retrouvais la même terrible rage impuissante à ne pas pouvoir lui faire faire ce que j’attendais d’elle…

Quelle violence dans l’impression même de ces rêves, qui reviennent toujours…

Je n’arrive pas à m’en débarrasser…

J’ai repensé aujourd’hui à Marc Leurquin lui disant cette même phrase que j’avais dite d’elle à Jean-Claude V. : « Tu ne fais jamais d’erreur ! »

 

TÉLÉVISION

 

« L’image de Pierre » est déjà loin derrière moi, oublié. J’ai vraiment renoncé. Ça a été plus facile que je ne l’aurais cru. C’est parce qu’il y a « Mélissa II »…

 

VÉCU – FEMMES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Du Mans, écrit à la petite Caroline, rencontrée chez Quintin. Je suis toujours étonné qu’il n’y ait pas de réponse quand j’ai parlé sincèrement. Comme si la sincérité suffisait à déclencher ce qui se déclenche, en fait, tout seul…

 

17/12/1985

 

TÉLÉVISION – ÉCRITURE – PROJET « MÉLISSA » – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – FEMMES – RÉFLEXION 

 

Il ne me reste plus beaucoup de place. Assez pour faire un point (!) :

 – Fini Mélissa : suis très content.

 – Toujours problème de boulot, id est de fric.

 – Vérifié, une fois de plus, avec Caroline, que l’expression de notre Manque ne déclenche rien chez l’autre (cf. Colette)

 

18/12/1985

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Je suis à la banque. Sapin de Noël avec cadeaux au pied, vides, bien sûr. Idée : un type fait un casse dans la banque pour voler… les cadeaux !

 

19/12/1985

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » 

 

Proslier, de Flammarion, trouve le scénario « intéressant », mais doit faire une lettre pour expliquer ses réserves (?) sur les 50 pages…

 

20/12/1985

 

VÉCU – CHOSES ENTENDUES

 

Bistrot :

 Serveur : « À quoi le sandwich ? Pâtés, rillettes, saucisson ?

Client : « Tu me fais un cornichon-moutarde… ! »

 

Mers carnets personnels depuis 1963