Carnet 32

Carnet 32 – Du 4 mai 1984 au 9 septembre 1984

 

04/05/1984

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

(18h05 terrasse tabac Obligado)

 

Mathilde part d’ici.

(Elle est passée par hasard, sortant de son boulot et m’a trouvé ici, en train de lire. J’étais venu de bonne heure avant ma séance pour travailler au scénario.

Depuis quelque temps j’écris ainsi, seul, reprenant et continuant le travail effectué avec Jean.

Il y a deux jours, je suis allé pour la première fois travailler à la clinique où il prend des gardes, à Viry-Châtillon…

 


Je viens d’agresser Mathilde, lui reprochant

 – de profiter du fait que les hommes la désirent et la courtisent

 – qu’il ait fallu que je la courtise, que ce n’ait pas été un coup de foudre entre nous

 – qu’elle ait déguisé sa jalousie

 – que ce sois moi qui est « ai tout fait » (conversation au « Cristal » 

– soirée avec Zyf (je lui ai reproché de ne pas être venue dans la chambre et qu’il ait fallu que je la prenne par la « peau du dos »…)

 – Qu’elle ait trouvé une « thérapeutique » contre ses moments de souffrance (le pétrolier) 

 


Elle me dit : « Je trouve ça merveilleux de pouvoir courtiser quelqu’un »

Cette phrase me plonge dans un abîme d’interrogation…

 


Elle dit (alors que j’exprime le regret du coup de foudre) : « On n’est jamais content de ce qu’on a dans la vie. Moi, je commence à être contente de ce que j’ai… » 

 


Lorsqu’elle part, je reconnais avoir eu un « coup de folie »…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – RÉFLEXION – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Rêves de ces derniers jours :

Rêvé de Colette, 2 fois

1/ Elle me disait : « Tu devrais rencontrer Maryse. » Je ne voulais pas.

 2/ Je lui disais : « Tu as de la chance que je ne t’aie pas tuée… » 

 


Pensé tout à l’heure à la « mécanique » de ma relation avec Colette : je me mettais en colère et elle restait calme  c’est ça le « Manque »… !

 

Quelle sensation de puissance que de rester calme devant quelqu’un qui écume de rage !

 

C’est cette sensation à quoi elle tenait et qui a fait qu’elle est restée si longtemps avec moi malgré mes coups…

 

Mes coups ne faisaient « qu’aggraver » cette situation.

 

Je m’interroge sur ma capacité au calme… (à la non-colère) 

 


Pour rester calme, il me semble (aujourd’hui) qu’il ne faut pas être prisonnier de son désir…

 


Rapports du désir et de la colère. 

 


Je pense « Dans le fond, je voudrais que Mathilde se sente coupable… » puis je me dis : « Que la femme se sente coupable… »

La femme. Laquelle ?

 

05/05/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Séance d’hier :

 

Je me dis « faux »

 

Je parle de ma colère juste avant la séance, avec Mathilde.

Il dit que cette colère me prend quand j’ai peur d’une rupture.

Renvoie à une rupture d’enfance où j’ai redouté que cette rupture me détruise, m’expose à une mort intérieure (dont j’ai, en fait, fait l’expérience (*) et à laquelle j’ai répondu en me réfugiant dans un fantasme de toute-puissance.

 

(*: D’où le rêve : « Tu as eu de la chance que je ne t’aie pas tuée » = j’ai eu de la chance de ne pas mourir… »

Moi : « Si rêve = réalisation d’un désir (Freud) : ici : réalisation du « désir minimal » = vivre… !)

 

Ainsi le paradoxe dans lequel j’enferme Mathilde (« Je te reproche de te sentir sans reproche… ! ») est-il, également, un recours à la toute-puissance.

(G. : « Le paradoxe, dans une relation, est toujours fantasme de toute-puissance… »)

 

Me sentir « faux » = peur de ne pas m’être mis au clair avec l’idée que je me faisais de ce que l’Autre attendait de moi (  angoisse en moi à cette idée).

 

Cf. relation analytique= je parle du bouquin de Laing. Ton de la conversation = « amicalité technique ». Il me dit que je me sens avec lui collaborateur au double sens du terme :

1/ partageant dans la démarche analytique des intérêts communs avec lui : amical – esthétique – humoristique – linguistique – etc.)

2/ collaborateur avec le nazi que je vois en lui

(id est : j’ai peur d’être persécuté par Mathilde. D’où ma surprise immense parce qu’elle n’avait pas envie de me tuer après mes infidélités, comme j’en aurais eu envie, moi, à sa place : id est = le nazi est en moi et je le projette sur l’autre (G. – Mathilde)

 

(Je songe, là, à l’importance pour moi du fait que Mathilde soit juive =

« Le nazi et la juive réconciliés… » (d’où l’idée de paix # guerre que le juif n’a pas livrée (idée de la faiblesse de Mathilde, d’une inégalité entre nous en cas de conflit) (Mais je ne veux pas voir que c’est l’amour qui fait cette faiblesse…) Non : que ce n’est pas de la faiblesse, que c’est de l’amour… ! 

 


Mathilde, ainsi, sans m’en douter, j’ai rencontré l’Amour… !

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

16h30 : j’écris à la terrasse d’un bistrot des Halles, ciel gris, chaleur de l’avant orage.

 

En relisant les notes que j’ai prises hier pour la relation Lucie-Pierre, j’ai trouvé que ça allait devenir une triste, une sale histoire… !

 

Pensé à garder à cette relation son aspect initial de merveilleux, de satisfaisant (pour tous les deux).

Ainsi l’aveu de Pierre sera, plus purement, la désignation du danger à vouloir contrôler le désir de l’autre.  Je dirais : plus que du danger qu’il y a à cela, de l’interdit dont cette tentation est frappée, si belle, si « merveilleuse » soit-elle et, mieux encore, par là-même…

(Au spectateur de prolonger cela, en amont comme en aval)

 

C’est bien, d’ailleurs, d’avoir perçu la violence mortelle de la jouissance de Lucie, que Pierre, effrayé, avouera…

 

Elle se perd dans ce désir comblé. C’est un gouffre qui l’engloutit, sa sépulture… !

 

Après tout, n’ai-je pas (moi seul, car Jean, comme il le dit, n’a pas de théorie sur le Désir) créé ces complications de la relation Lucie-Pierre pour

1/ justifier scénariquement l’aveu de Pierre

2/ fantasmer une « somme » de mes connaissances sur la relation névrotique (id est régler mes comptes avec Colette)

 


En renonçant à cela, je crois qu’ainsi, réellement, s’achèverait la courbe amorcée il y a deux ans, en formant ce projet de film… ! 

 


 (Je relis ces notes je m’aperçois que la « triste, la sale histoire », c’est la répétition de l’erreur cinématographique que constitue « Le premier livre »… (film « verbeux »…)

 

Cette courbe (ci-dessus) aura été faite, précisément, de renoncement successifs (où Jean a fait figure, pour moi, de « moi auxiliaire » en ce qu’il a généré nombre de ces renoncements). 

 


En réfléchissant à ce projet de film, j’en viens à me dire : « Et si, maintenant, je faisais du cinéma… ? »

 

06/05/1984

 

VÉCU – SANTÉ – ÉCRITURE

 

Hier soir : travail avec Jean (j’écris mal car depuis hier soir : faiblesse au poignet et douleur lorsque je fais des efforts !)

Je dois arrêter d’écrire ! 

 


 (Restau Belleville. Fin de repas. Je reprends la plume, essaye de réécrire.

 

Je repense que c’est ici que s’est produite la « scène » finale avec Colette.

Parce que j’avais « les yeux brillants »…

 

07/05/1984

 

VÉCU – MA MÈRE – PSY – SANTÉ

 

J’écris mieux, mais je ne force pas : toujours le poignet…

Parlé au téléphone avec Maman : évoqué enfance (cherché trace d’une absence d’elle. Cette rupture qu’envisage G.. Elle ne voit pas. Évoqué par contre problème pulmonaire  piqûres de calcium.

N’est-ce pas ce problème de calcium qui reparaît ? (déjà vu dans l’adolescence).

 

08/05/1984

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

(2h45)

 

Je rentre d’une séance de travail avec Jean à la clinique.

Excellent travail, ce soir (commencé, en fait, à 15 h  1h30 !)

 

Avons comblé le « no man’s land » entre le début et l’aveu de Pierre, c’est-à-dire la période de leur relation…

Ces derniers temps, avons eu à régler :

 – problème aveu partiel ou non-aveu (seulement intention d’avouer affirmée à Marceau). Avons choisi le non-aveu parce que plus logique pour que les services secrets laissent vivre Lucie, pensant que les photos sont insuffisantes pour les démasquer (mais grain de sable : photos des singes + blouson avec badge  Marceau).

 

 – Problème du fait que le Père n’emmène pas Marceau ailleurs, redoutant que tueurs arrivent.

Solution : il y pense mais choisit de s’installer pour un « Fort Chabrol » en avertissant la presse après avoir eu la confession de Marceau, faisant ainsi un scandale au labo.

 

VÉCU – MA MÈRE – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES – MAGALI

 

Autres choses à noter :

 

 – Conversation avec Maman au téléphone après laquelle j’ai compris que, une fois de plus (mais c’en est là l’origine), on retrouve l’usage de la toute-puissance dans un paradoxe (double bind) dans lequel je tente d’enfermer Maman : « Approuve-moi… » (dit à Maman après lui avoir montré que je n’étais pas et ne pouvais pas être l’image du bon fils qu’avait incarné pour elle Nini…) (je repense à l’instant même que ce sont des mots employés avec Colette, « texto »…)

 

 – Absence de Mathilde. Constaté qu’elle me manquait.

 

 – Hier soir : Magali.

 

14/05/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION –  ÉCRITURE – PROJET « LA CHIENNE NOIRE »

 

(5h30)

 

Je dormais. Un souffle me réveille : c’était Michael qui n’osait pas réveiller sa mère pour aller pisser.

 

Il se recouche, je lui arrange son lit défait.

Saisi – je le sens, dans l’instant même où cela se produit – par le démon de la Toute-puissance, je le questionne :

 – « Tu es fâché après ton papa ? (Pas de réponse) Tu ne veux plus le voir ? »

J’insiste, silencieux, accroupi près du lit, le regardant. Il me regarde, silencieux…

 – « Michael, tu peux me parler… » (…) Michael… !

 – « Quoi ? »

 – « Tu ne veux plus voir ton papa ?

 – « Si… »

J’hésite encore puis m’en vais  pense à me masturber (re-toute-puissance, mais solitaire).

Je sens, dans le temps même où je le fais, l’inutilité de mes efforts, de mes espoirs.

 

Je sens la monstruosité qu’il y a à vouloir « faire parler, » un enfant en le prenant ainsi, en pleine nuit, de plein front, sur un sujet si complexe, si vital pour lui, qui doit faire l’objet de tant de refoulements, moi, un étranger… !

 

C’est bien de cela qu’il s’agit : j’aimerais être autre chose, plus qu’un étranger. J’aimerais échapper à ce « rien » dont a parlé G. en séance, ce « rien qui est en moi et me fait si mal… » (Moi : « Qu’est-ce que je suis pour vous ? Rien… »

Lui : « Vous êtes quelqu’un qui a en lui un rien qui lui fait très mal… »)

 

Mais cela ne se fait pas ainsi, sur commande, « ex abrupto », « ex nihilo »… !

 

Cet enfant parle parfois, bien que renfermé (sans doute semblable en cela – génétique ? – à son père (et c’est bien cela que j’aimerais « réduire » (comme on dit réduire un ennemi).

 

Noire, suffocante Toute-Puissance.

Suffocante d’être elle-même sa propre négation… !

 

J’ai pensé : autant essayer d’apprendre à parler un chien !

 

D’où il m’est venu l’idée de filmer l’histoire tragique et douloureuse de quelqu’un qui essaie d’apprendre à parler à un chien et qui, finalement, le tue… 

 

Noire histoire : peut-être jamais comme avec celle-ci, je n’ai ressenti un tel sentiment de désespoir.

 

Peut-être trop affreuse pour être filmée… !

 

Cette histoire, je me prends à penser que je l’ai vécue, avec Colette.

Noire colère dans un affrontement où l’Autre ne savait pas me dire qu’elle n’était pas une chienne – même si c’était cela que je lui demandais, dans l’amour physique – et qu’elle savait parler pour dire : « Je t’aime… » Elle n’a pas su comprendre combien j’avais envie de l’entendre et de le réentendre, n’étant jamais bien certain d’avoir entendu « le chien parler… »

 

Histoire ou je passais du rôle (douloureux) de chien battu à celui de chien battant

(car l’homme bat son chien, bien sûr, pour lui apprendre à parler.

Il ne faudra pas montrer les coups.

Les évoquer et faire entendre des cris de chien pris en sonothèque, merci Bougrain-Dubourg…)

 

C’est bien cela que j’ai senti obscurément tout à l’heure (d’où mon sentiment de « monstruosité » : c’est moi qui faisais de cet enfant un chien, un « enfant-chien » (un enfant-loup, un enfant sauvage), en l’enfermant (une fois de plus) dans un paradoxe : « Parle ! » alors que ce qui est en lui n’est pas « parlable »…

 

Cet état d’enfant-chien, je l’avais vécu, moi, avant Colette, bien avant, et je m’en libérais en le projetant sur elle…

 

15/05/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Suite :

 

Ce matin, après cet épisode, je n’avais pas pu me rendormir.

Mathilde se réveille, réveille Michael.

Je l’entends qui dit : « Il est parti au travail, Roberto ? » – « Non. Il est là… » – « Il dort ? » – « Oui, pourquoi ? » – « (…) »…

 

Voilà ma condamnation : un enfant a peur de moi !

J’ai fait peur à un enfant !

 

Je me méprise et m’en veux, mais je suis plein de haine à leur égard, de ne pas être leur mère !

 

Les femmes ne savent pas vraiment ce qu’elles peuvent être, ce qu’elles sont, potentiellement : des mères !

 

Je regarde une jeune fille qui passe dans la rue je me dis : elle peut être mère !

 

N’ai-je pas joué (ou tenté de jouer) à la Mère des femmes qui m’aimaient… ?

 

Ne suis-je pas un « artiste » pour jouer à la mère ? qui mieux est : une mère sans père

 


Pontalis :

 

« La psychanalyse consiste moins à exhumer, à la manière d’un archéologue, des souvenirs enfouis qu’à permettre à la mémoire de faire sienne ce qui n’a pas été… »

 

 Moi : du point de vue de la Connaissance, en matière analytique, c’est le présent qui éclaire le passé… (id est : le transfert qui lève le refoulement…)

 


Je viens de me masturber deux fois devant « Hot chocolate »…

 

J’ai une grosse envie de pleurer en lisant, dans le Nouvel Observateur, ce qu’on y dit de l’amour (Mariella Righini) « L’amour aussi exige du travail… », et en pensant, en même temps, à ce désir dictatorial qui me prend au corps et me soulève, comme un fétu de paille.

 

Impraticable désir… Quelle femme pourrait y résister ? Laquelle ne retirerait pas l’irrémédiable impression que je suis fou, fou à lier ! 

 


Je me sens encore plus honteux car je réalise maintenant qu’inconsciemment j’ai exploité le conflit interne de Michael entre le plaisir qu’il trouve à la séparation de ses parents (qui lui permet de jouir de sa mère) et l’amour qu’il a pour son père, conflit qui crée en lui une culpabilité.

(D’où son récent pipi au lit : régression car il a du mal à grandir – grandir signifiant assumer (?) ses désirs de meurtre à l’égard de son père…)

J’ai attisé sa culpabilité en le confrontant à la verbalisation brutale de son désir de ne pas aller chez son père…

 

Vraiment, j’ai honte. À sa place, un adulte serait en mesure et en droit de me dire : « De quoi te mêles-tu ? »…

 

19/05/1984

 

(17 h)

 

J’ai fait une sieste cet après-midi :

 

Un rêve :

 

On était dans une soirée (dans des jardins), Mathilde et moi.

Elle s’en allait. J’étais malheureux. Elle me manquait.

 

05/06/1984

 

Notes « L’image de Pierre » non transcrites

 

06/06/1984

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Clips vidéo livrés en kit : à une époque où il sera possible de faire chez soi du montage vidéo. les fabricants de clips livreront des séries d’images, indépendamment du son. A chacun d’assembler ces images, à sa convenance, sur ce son. Les fabricants offriront un prix à celui qui montera les images dans le même ordre qu’eux, à celui qui aura effectué le même montage qu’eux  une structure esthétique n’est qu’une question de subjectivité ( ou alors de logique si c’est une structure narrative )  autre idée du même goût : le meilleur montage sera récompensé et diffusé : ce sont les consommateurs qui feront les clips…

 

09/06/1984

 

ÉCRITURE – HUMOUR

 

Marx a réussi à l’écrit, mais il a échoué à l’Oural… (2014 : from Internet : pas fait)

 

ÉCRITURE – HUMOUR

 

Les Juifs sont des gens qui s’entraident… Ils profitent de toutes les circoncistances favorables… (2014 : from Internet : pas fait)

 

13/06/1984

 

SANTÉ – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Tous ces derniers jours : malaises – douleurs au cœur et à la poitrine.

 

Je fume trop. Devrais m’arrêter. Difficile.

 

Découvert aussi, aujourd’hui, en séance, que cela exprime un désir d’identification à mon père perçu comme « agonisant » pendant le coït.

 

Séance d’aujourd’hui : émergence de l’incontournable problème de mon homosexualité.

 

« Ce qui vous terrifie, c’est d’être désiré et de désirer un homme… »

 

ÉCRITURE – PROJET « IMAGE DE PIERRE »

 

Esquisse pour maquette amphithéâtre

 


 (17h10)

 

Tout à l’heure, la fille qui doit dessiner le « rêve » de Lucie (Lucile B.) lit le scénario : séquence 10, elle rit et s’exclame qu’elle a toujours trouvé « drôle » qu’on puisse dire « Chéri » au bout de peu de temps…

 

ÉCRITURE

 

Facteur temps…

C’est toi qui nous apportes les lettres qui formeront le mot « amour »…

 

20/06/1984

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Idée de film comique : le « scénario angoissant » : parti de l’idée que la plupart des films aujourd’hui visent à produire chez nous une prise de conscience qui, si elle était effective et profonde, s’accompagnerait ( dans tous les cas ? ) d’une grande angoisse ( mort   guerre   solitude   etc.)  idée d’un scénario sur ce(s) thèmes ressenti par l’auteur qui a donc un mal fou à l’écrire because angoisse qu’il ressent lui même. Puis angoisse des lecteurs, le scénario leur tombe des mains. Angoisse de l’opérateur qui ne peut pas faire l’image, des acteurs qui ne peuvent pas jouer, etc. L’angoisse comme moteur comique, dans ses manifestations physiques.

 

22/06/1984

 

SANTÉ

 

(11 h)

 

Je vais voir le cardiologue cet après-midi.

 

Une fille est en face de moi, dans le métro. Elle a un sac en plastique, avec le nom d’une boutique de fringues : « Coroner »…

 

26/06/1984

 

CARNETS – SANTÉ

 

Largué ce carnet depuis quelques temps…

 

Que s’est-il passé ?

Rien et beaucoup.

 

Fortes angoisses de mort, à la suite de douleurs dans la poitrine et de malaises…

 

 Cardiologue = « Ce n’est pas tout à fait normal »   cigarette. Taux de nicotine trop élevé dans le sang.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Dernière séance :

 

Je dis : « Il n’y a rien d’autre à faire qu’à vivre, tant qu’on n’est pas mort… »

 

 G. : « Vous y avez mis le temps ! Jusqu’ici vous avez voulu être Dieu… ! »

 

(J’avais évoqué le projet du film, moyen pour moi d’avoir « l’amour des femmes » (cf. Freud)

 

Il dit : « Vous avez changé de scénario, mais c’est la même chose… ! »

 

Cette intervention (« Vous avez voulu être Dieu ! ») me choque profondément.

 

(Et cette permanence chez moi de ce désir de contrôle).

 

05/07/1984

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Père : Piccoli

Mère : Geneviève Fontanel/Anouk Aimée

Pierre : ? Arditi ?

Marceau : Dussollier

Lucie : Mireille Perrier ?

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Je repense alors à cette séance où il m’est apparu combien il serait impossible (et triste) que la femme soit ma « créature », à mon image.

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Idée d’un film (comique ?) basé sur l’idée qu’il vaut mieux laisser faire (et en jouir) le hasard…

Un type (atteint de maladie mentale ?) croirait détenir le contrôle du monde. Les gens dans la rue seraient ses figurants… Ils viendraient le voir pour lui demander ce qu’ils doivent faire, ils auraient les gestes mécaniques de mauvais comédiens, l’absence d’expression de marionnettes sans affectivité. (Ils répéteraient ce qu’il leur aurait dit de faire sans inventer…) 

Le contrôle absolu serait pour cet homme une véritable calamité !

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Pensé aussi à cette angoisse de la mort de ces derniers jours, pensé à ma culpabilité à l’idée que je ne suis pas en train de mourir et que je n’ai pas besoin de Mathilde ou d’une autre femme pour m’aider à mourir… ! 

 


Je suis en train de dissocier mort et amour et ça ne se passe pas comme ça.

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Rajouter dans le dialogue de Marceau l’idée que la création d’un fantasme, ça ne se fait pas comme ça (complexité psychique – cf. C.) et que le hasard les a aidés avec la personnalité de Lucie (et de Leïla).

 

(Après qu’il ait parlé de « l’emballage » fictionnel.)

 

09/07/1984

 

SANTÉ – FEMMES – MARIELLE

 

(Hôpital Tenon – service ORL pour opération sinusite)

 

Je savais que quelque chose arriverait. Je savais que tous ces mois de patience, d’attente, de mise « entre parenthèses », déboucheraient sur quelque chose et que ce ne serait pas moi qui le provoquerais…

 

C’est venu, mais d’un endroit d’où je ne l’attendais pas : Marielle m’a téléphoné.

Elle m’a dit que cela faisait longtemps qu’elle avait envie de le faire, qu’elle avait pensé à moi. Elle m’a raconté comment s’étaient passées ces trois années.

Elle a vécu avec un type plus âgé (27 ans) qui l’a finalement larguée en lui avouant qu’il s’était servi d’elle.

 

Elle est désormais beaucoup plus dure.

Je la sentais amère, blessée par ce qu’elle avait vécu (en plus, elle a perdu son père il y a peu de temps).

 

Je lui ai dit combien j’étais ému et heureux de son appel.

 

Malgré son amertume, je crois qu’elle aussi était heureuse de me retrouver.

 

Elle m’a dit que les choses n’avaient pas changé depuis trois ans, qu’elle m’aimait toujours.

 

J’étais excité j’avais envie d’elle, au téléphone. Je l’ai quitté en lui disant : « Ça devient dur » (! !), Elle m’a dit « Oui ».

 

Depuis je pense beaucoup à elle et je suis ému, remué. J’ai envie de la retrouver, de faire l’amour avec elle.

 

La pensée me vient de vivre avec elle.

 

Est-ce si fou ?

 

Après tout, cet amour qui résiste à trois années de séparation (après que je lui ai dit que je me remettais avec Colette, en plus !), qu’importe ce qu’on pourrait dire de cette relation, du décalage d’âge ou de culture (Elle est loin d’être bête). Cet amour me trouble, me tente. Il est ce que j’ai toujours voulu. Coup de foudre d’une femme qui tombe amoureuse de moi, au premier regard !

 

C’est du rêve, mais j’ai besoin de rêve.

 

Et si rêve il y a, si illusion il y a (et il y en a), il se passe ce fait très spécial que c’est spontané, que ce n’est pas moi qui l’ai créé, provoqué, construit, que ça « m’arrive » et que je ne vois pas pourquoi je me priverais d’en jouir, moi qui ai toujours été privé de ça ! 

 


À tout le moins j’ai envie de la revoir, de la connaître mieux (je la connais si peu), la connaître au quotidien, dans sa réalité.

 

Ainsi je verrai…

 

Mais c’est incroyable à quel point cela m’émeut de me dire : « Une jeune fille m’aime et elle m’a aimé tout de suite, sans que j’aie rien à faire pour ça… »

 

Ce n’est pas pareil qu’avec Mathilde avec laquelle il a fallu du temps.

 

10/07/1984

 

VÉCU – SANTÉ –  MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

(22h20)

 

Ce matin, j’ai été opéré.

Pour la première fois : anesthésie générale.

 

L’anesthésiste place une perfusion/canule ? Il m’injecte le produit.

Je dis « J’ai mal aux bras » – « J’ai mal aux pieds… » – « C’est le produit » me dit une infirmière.

Puis : « J’ai la tête qui tourne… »

 – « C’est normal. C’est très bien… ! »

 

Puis plus rien.

 

Je me suis réveillé dans mon lit. 

 


Maintenant je suis seul dans la chambre où nous sommes trois normalement. Les deux autres types sont dans le couloir, assis avec chacun leur perfusion (image marrante) près d’eux. Ils regardent la télé.

 

Tout à l’heure, seul, sur ce lit, je réfléchissais à la séance d’hier soir (où je suis allé en quittant l’hôpital pour ça)

 

Il y a eu, entre G. et moi, une sorte de « discussion », moi gueulant, en gros, que mes illusions (alors qu’il me dit que, si l’on résume : « Vous prenez vos illusions pour la réalité… ») étaient la réalité (que Colette prenait son pied avec moi), mais que j’avais été victime d’une « triche ».

 

Il m’a montré et, en descendant tout à l’heure prendre l’air dehors, je l’ai compris, que ce qui me préoccupe, c’est ce qui préoccupe tous les hommes (et les femmes, quand on change qu’il y a à changer) : la différence des sexes.

 

En fait, cette différence m’inquiète et nombre de mes conduites s’expliquent par le désir de me projeter dans la femme, qu’elle ait un pénis et qu’elle jouisse (et désire) comme moi.

 

Cette différence – comme c’est le cas bien des fois – est source de conflits pour moi.

 

14/07/1984

 

VÉCU – SANTÉ – VIEILLESSE – RÉFLEXION

 

(Samedi)

 

Suis sorti de l’hôpital hier.

 

Discuté un soir avec deux infirmières service de nuit.

On parlait de la vieillesse.

D’une des deux, la plus âgée :

« Je ne veux pas aller en maison de retraite. Je veux rester libre, indépendante…

Si je deviens folle oui… »

 

Le fait qu’elle envisage ainsi, calmement, l’éventualité de devenir folle m’a impressionné…

 

Comment les autres envisagent la fin…

 

ÉCRITURE – PROJET « UN AUTRE MONDE »

 

Pour le projet « Autre monde » : il n’y a pas de prénoms standard comme Michel, Marie, Jean, Georges, etc. Les parents inventent des prénoms : Ferlac, Maluc, Elpo, Rodé, Ricmal, Alver, Mizac, Likop, Pélou, etc. Lorsque Likop rencontre un autre Likop, c’est bien autre chose que si Jean Paul rencontre un autre Jean Paul… ( la re-création du monde ne doit pas porter que sur les images )

 

26/07/1984

 

ÉCRITURE – FEMMES – SYLVIE – MAGALI – MARIELLE

 

1/ Dit à Sylvie F. : 

Il y a les films où on reconnaît, ceux où on découvre et ceux où on reconnaît ce qu’on découvre… 

 

Commentaire du 14 septembre 2015 : 

 

Variante possible : « (…) et ceux où on découvre ce qu’on reconnaît… »

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

FEMMES – MAGALI

 

2/ Magali : « Ça n’a pas marché, ce n’est pas grave. Ça arrive… »

 

FEMMES – MARIELLE 

 

3/ Marielle : lettre sans réponse  lettre de moi, gueulant contre sa « lâcheté »  tournage Avignon. L’ai appelée. Eu sa mère. J’ai dit que si elle voulait me voir, qu’elle m’appelle  pas d’appel.

 

31/07/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) -PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Très important pour moi : accepter de ne pas comprendre.

 

Différence entre savoir et comprendre (cf. G. : « Comprendre, en plus, en prime »)

 

« Quand vous ne comprenez pas, vous vous sentez abandonné… » 

 


L’irrationnel (l’inconscient), l’incompréhensible me fait peur, m’inquiète.

 

Discussion avec Mathilde là-dessus : « Ça ne sert à rien… »

 

09/08/1984

 

VÉCU – VACANCES – GRÈCE 

 

(Tolo – Grèce)

 

J’écris assis à une table d’un bistrot du port.

Devant moi : la mer…

En moi : la mort…

 

Une fêlure s’est formée en moi.

Ça date de vendredi dernier, juste avant de partir, quand Marc Marino m’a fait des critiques sur le scénario (scènes trop longue – scènes trop explicatives (à la limite de la naïveté) – trop de trajets à Maintenon – histoire arabe : « Je ne marche pas » (Leïla = diplômée. Pourtant elle « marche » dans l’histoire de la fatwa).

 Je suis entré dans une violente colère, que j’ai immédiatement déplacée sur Mathilde, concentrant sur ce seul point toute ma zone problématique, la chargeant, une fois de plus, de tout ou à peu près…

 

Quel est le fond du problème ?

 

Je voudrais que l’Autre soit moi. Tout simplement, une fois de plus.

 

Toujours cette volonté de toute-puissance, passant par le fantasme d’une créature à mon image…

 

(En l’occurrence, je reprochais à Mathilde de n’être pas aussi détruite que moi par cet échec de mon entreprise : « Tu ne peux pas comprendre… »)

 

Depuis ce moment, s’est introduite en moi une mauvaise humeur latente, souterraine…

Qui s’est réveillée à plusieurs reprises.

 

Mauvaise humeur dirigée contre moi-même, en fait, et qui se déplace sur l’autre, par projection…

 

Notion de compétition (ma jalousie n’est que l’expression de mon désir de conquérir d’autres femmes et mon sentiment d’être « mal armé » pour ça…

(Mal armé   Mallarmé. Peut-être l’enracinement de cette image de « poète maudit », enfermé dans sa « tour d’ivoire »…)

 

Haine-besoin des autres par qui je voudrais me faire reconnaître (notion d’» insanité » si je pense qu’il est possible qu’on reconnaisse sans avoir vu le générique un « film de Cappa »…) # tentation de l’isolement, du repli sur moi-même, de l’autosuffisance. « Ne pas se livrer » – « Garder son self control »

 

Incapacité d’aimer (verbalisée ce matin, à la terrasse d’un bistrot sur la plage avec Mathilde) : « Est-ce que tu m’aimes ? » – « Non. Je n’aime que moi-même. Je n’ai jamais accepté l’autre comme il était. J’ai toujours voulu changer les gens. Soit parce que la différence m’inquiétait ou qu’elle mettait en colère… »)

 

On en est là, à cette déclaration d’impuissance à aimer l’autre comme il est, pour ce qu’il est.

 

Mathilde est partie s’enfermer dans la chambre d’hôtel. J’y suis passé. Elle pleurait. Je me suis tu. Je suis ressorti.

 

Je crois que chacun pense à la rupture.

 

Le problème est que, si je quitte Mathilde, est-ce que ce sera pour une raison particulière, individuelle… (ainsi se pose la question de nos relations sexuelles, qui ne sont pas satisfaisantes pour moi. Excitation, mais cette fameuse excitation sexuelle, je m’en méfie aussi, car je sais ce qu’elle entraîne comme conséquence chez moi : dépendance – colère parce que je cherche toujours dans le sexe cette déchirure du désir de Fusion blessée par la dérobade, ou ce que je vis comme tel.

Puis-je vivre le sexe sans amour ?

Ou plutôt, soyons honnêtes : puis-je vivre le sexe sans désirer, manipuler la femme, sans chercher à faire d’elle une image semblable à celle des films qui alimentent ma masturbation ?

 

Mathilde ou pas, ce problème et restera entier…

 

La vraie raison n’est-elle pas plutôt que je la quitterais, comme je les ai toutes quittées, pour la même raison : la peur de l’amour que la Femme a pour moi, car il me renvoie à la nécessité de les aimer en retour et à tout ce que ça réveille en moi de « mauvaise opinion » que j’ai de moi-même, à ce mépris de moi-même, cette impression de « non-fiabilité » (: « On ne peut pas me faire confiance… »)

 

Pourquoi est-ce que je me mets ainsi au banc de l’humanité ? Pourquoi est-ce que je ne m’accorde pas ce droit minimal de tout homme : être aimable et aimant ?

 

À quelle peur est-ce que ça renvoie ?

 

Je n’ai pas à chercher : c’est à cet amour œdipien pour ma mère que ça renvoie et au sentiment de l’interdit qui l’accompagnait. Interdit inscrit dans la nature des choses, dans le « comment sont les choses »… (inatteignabilité de l’absolu)

 

Finalement, je n’ai jamais connu l’amour partagé

 

Ou bien j’aimais sans qu’on m’aime (Colette – Framboise – Sally – à des degrés divers, bien entendu…) ou bien j’étais aimé sans aimer (Jocelyne – Mathilde – Marielle) à des degrés et sous des formes diverses aussi…)

 

La seule conclusion à laquelle je puisse parvenir est qu’il me faut abandonner – si douloureux cela soit – ma quête de l’absolu, accepter le relatif, l’individuel, l’incompréhensible, l’irrationnel et cesser de voir le monde soit aux couleurs d’un beau rêve soit celles d’un cauchemar…

 

Ce n’est ni l’un ni l’autre.

J’ai dit à Mathilde : « Je n’ai peut-être pas besoin d’amour… »

 

C’est encore une construction mentale chez moi de voir ainsi mon avenir sans amour… C’est une fuite en avant négativiste, une fausse solution à mon conflit interne, une manière « radicale » de régler le problème du désir de fusion en moi.

 

Toujours le même problème : devant un conflit, le fuir ou l’aggraver, mais ne pas savoir le négocier (je parle ici de mes conflits internes).

 

La réalité, là, au lieu de m’aider comme c’est possible, je la tords, la déforme pour l’adapter à un seul des deux termes du conflit (ou plutôt aux deux à la fois…) (fuir et aggraver)

Mais cette timide évocation, en moi, de la possibilité de me passer de l’amour ne signifie-t-elle pas aussi que je suis bel et bien parvenu à un point où je ne peux plus nier l’impossibilité de la fusion et même sa nocivité

 

(Le point de départ de notre crise aujourd’hui était que Mathilde « n’aimait pas les Grecs… » !

Désir de fusion en moi, c’est bien ça : qu’elle n’ait pas ses goûts personnels, ses intérêts, voire sa mystique propre (j’oublie qu’elle est juive)…

 

22/08/1984

 

VÉCU – VACANCES – GRÈCE 

 

Depuis la dernière fois que j’ai ouvert ce carnet pour écrire

 – Balade dans les sites grecs (Mycènes – Corinthe – Athènes – Épidaure – Delphes)

 

Vu « Les Perses » d’Eschyle, à Épidaure

Photographié théâtre de Delphes pour dossier pour scénario Image de Pierre

Nous sommes liés de sympathie avec un couple en vacances comme nous (Sylvie et Manuel)  dans ce groupe : ambiance agréable. Je fais beaucoup le clown.

 

Sommes rentrées hier de Delphes (avant-hier : accident de voiture – type qui dépassait dans virage  j’ai serré à droite. Pas de bas-côté  basculé dans champ en contrebas : tonneau  sur le dos)

 

Ne suis déjà plus tout à fait là. Envie de rentrer.

Angoisse du boulot à la rentrée. Souci du scénario à terminer.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Pensée souterraine : quitter Mathilde  me retrouver sans amour.

 

En gros, je vais bien quand je me retrouve seul  retour de certains « réflexes »…

 

Ce qui me travaille : désir sexuel

Envie de charnel, d’intense. Me suis lassé de Mathilde.

Masturbation : soupape à rêves.

 

Et peur du retour de la colère en moi, du mécontentement parce qu’une femme n’a pas envie alors que j’ai envie…

(Recherche d’une femme dont j’aurais très envie, mais crainte de ne pas être assez fort pour, dès lors, me passer d’elle) 

 


Je repense à ces mots de G. : « Vous ruminez… »

Je m’aperçois bien, à le vivre, que ce qu’il y a de positif en moi, dans le cadre de ma relation avec Mathilde, c’est que je ne suis pas obsessionnel

 

C’est ce retour de l’obsessionnalité que je redoute. 

 


Une vie agréable parce que décontractée.

 

C’est moi qui me contracte.

 

Je n’accuse les autres que par projection.

 

Le monde, en fait, est fabuleusement divers.

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Problème (parmi les derniers, espérons-le)

 

Comment Marceau rend-il compte des travaux de Pierre (puis de la genèse du projet manipulatoire)

 

Nous avons discuté avec, avec Jean, du statut de Pierre : recherche ce qui se passe dans le plaisir sexuel ou manipulateur dès le départ (conditionneur)

 

Je me demande aujourd’hui s’il ne faut pas en faire quelqu’un qui s’intéresse au désir, essaye de savoir comment il se met en place et a l’idée qu’une des motivations du désir est la recherche d’un plaisir qu’on escompte plus intense avec telle partenaire qu’avec telle autre

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(16h20)

 

Je m’aperçois que je n’ai même pas pensé à noter ici que, depuis plusieurs jours déjà, j’ai réécrit ma lettre à Colette (plus courte – plus nette) et la lui ai envoyée, d’ici.

 

Je lui dis que je ne tiendrai pas ma promesse à Krystelle de lui acheter un livre et que je ne veux plus la revoir, elle, Colette.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Je viens de voir passer Mathilde, sur la plage, en compagnie de Sylvie.

Moi, je suis assis à une terrasse de café, devant la mer.

 

Je me suis surpris à regarder Mathilde d’un œil critique et à me dire : « Non, décidément, ce n’est pas mon idéal… » (physiquement, s’entend)

 

Cette phrase est tout un programme…

 


Réfléchi de nouveau à cette confession Marceau (qui nous aura posé tant de problèmes !)

 

[Incidente : je repense à ma « différence » : c’est tout simple, cette obsessionnalité, chez moi, c’est cela qui conduit à la création. Les autres sont moins fantasmeurs, mais aussi (donc) moins créateurs…

Mon problème : me sentir seul…]

 

05/09/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

À l’instant : le même sentiment d’abandon-mort m’est revenu car brisure avec Mathilde.

Hier soir, lui ai dit : « Tu n’es pas assez vicieuse… »

Elle a mis le déshabillé noir transparent que je le lui avais offert et a dit : « Tant qu’à faire, je vais mettre aussi des porte-jarretelles… » À cet instant, tout le peu d’excitation que je ressentais s’est évanoui et je lui ai dit d’arrêter…

Ensuite : discussion où j’ai répété ce que j’avais dit à la fin des vacances (que je n’ai pas noté) : que je ne la désire pas  décision de rupture (déjà prise à ce moment-là, pendant les vacances (cf. une nuit où je lui ai jeté le contenu d’un cendrier au visage parce qu’elle affichait « triomphalement » sa capacité de se passer de moi.

Renouvelée aujourd’hui (elle m’a refusé de me prêter sa voiture, ne sachant pas « ce qu’elle ferait vendredi » et a refusé de venir samedi chez René qui nous avait invités).

 

12/09/1984

 

ÉCRITURE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance de lundi dernier : un intéressant moment d’auto-analyse où éclate le transfert.

J’évoque la fable (dont j’ai oublié le contenu) « Le financier et le savetier »…

Je me demande, de nous deux (G. et moi) qui est le financier et qui le savetier…

Je dis :

« À première vue, c’est vous le financier, parce que vous êtes riche et moi le savetier, parce que je suis pauvre… Mais je suis le financier, puisque je vous finance en vous payant et vous êtes le savetier puisque vous êtes celui qui savez… » !

Ça fait rire G..

Je lui dis : « Pourquoi riez-vous ? Vous devez pourtant en entendre. Il me répond : « Celle-là, on ne me l’avait jamais faite !… »

 

Plus avant, je réfléchis aux mots employés : au lieu de dire, ce qui eût été la syntaxe correcte : « C’est vous qui savez… » ou bien : « Vous êtes celui qui sait », j’ai amalgamé les deux pour en faire une formule où le « savez » peut aussi s’entendre « savait » et donne une couleur plus profonde au jeu de mots : celui qui savait, dis-je, c’était mon père, il savait comment on fait les enfants et comment ils m’avaient fait, ma mère et lui… Ce qui revient à dire que, pour moi, G. est mon père.

 

13/09/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Pendant plusieurs jours, j’ai « oublié » le nom de Nicole, la « copine » de la famille S. Je l’ai retrouvé hier soir : « Ris – Aime… » L’oubli d’un tel nom n’est assurément pas insignifiant !

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – CINÉMA

 

Le scénario fini (lundi dernier, le 10 septembre), je pense désormais à la suite.

 

Je me demande quel pourrait être le sujet du prochain ?

 

16/09/1984

 

TÉLÉVISION 

 

Jeudi dernier : coup de fil d’Édith C. Elle me propose de réaliser un feuilleton pour FR3 Lyon. Une série qu’elle a mise sur pied.

« L’homme au képi noir ».

 

Satisfaction.

 

Pas encore lu le scénario.

 

Je m’apprête à m’investir là-dedans pour quelques mois.

 

21/09/1984

 

TÉLÉVISION  – RÉFLEXION – SANTÉ – ANGOISSE

 

Lu le scénario. Vu la cassette du premier numéro (réalisation : Serge K.) = catastrophique. Tout ça est indigent, caricatural, conventionnel, étriqué, faux, fabriqué, bourré de clichés.

Bref : pas de la tarte !

 

Mais : passé la semaine à Lyon.

Commencé à travailler avec assistants (Claire S. – Daniel B.)

Quand même agréable de repérer des extérieurs, de chercher des comédiens.

Autre chose que mes sempiternels reportages.

 

À Lyon, hier :

douleur au cœur.

Grande angoisse, marchant dans la ville.

Seul dans ma chambre d’hôtel.

Pris somnifère pour dormir

 


Je me dis toujours que je ne « peux » pas mourir maintenant, que j’ai des choses à faire avant (films – analyse)

Si je mourais aujourd’hui, ce serait strictement la même chose.

 

Il n’y a pas d’ailleurs d’où regarder ma vie, je ne peux la voir que d’ici et maintenant.

 

On ne fait pas les choses pour quelque chose, mais pour les faire.

 

Ainsi seul compte le plaisir qu’on y trouve.

 

Pas ailleurs, pas de demain, pas d’après la mort.

 

24/09/1984

 

VÉCU – TÉLÉVISION

 

(20h40)

 

Retour à Lyon. Restaurant près de l’hôtel Phénix où je suis descendu.

 

25/09/984

 

SANTÉ – ANGOISSE

 

Je me suis mis à vivre dans la peur obsessionnelle de l’infarctus fondée sur des douleurs à la poitrine que je relie à 20 ans de tabagisme et réalimentée récemment par des conversations (toubib à Tenon – Claire, etc.)

 

FEMME – SYLVIE  F.- 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Hier soir au téléphone longue conversation avec Sylvie F. d’où il ressort que je formule une demande d’amour « insensée », compte tenu du fait que je préserve soigneusement ma relation avec Mathilde.

 

27/09/1984

 

ÉCRITURE

 

(Lyon entre la gare et FR3)

 

Le mot d’un mourant (moi ?) :

« J’étais heureux de vivre et je ne le savais pas… ! »

 

28/09/1984

 

SANTÉ – ANGOISSE

 

Suis allé voir le cardiologue, ici, à Lyon. Je me porte très bien…

 

TÉLÉVISION – ÉCRITURE – PROJET « COFFRET À BIJOUX

 

Jean-Claude H. m’a demandé un scénario de 13 minutes « fantastique »…

Je me suis mis à travailler sur « Le coffret à bijoux ».

 

Mais, en le racontant à mes assistants, Claire et Daniel, me suis aperçu que la fin était très attendue…

 

J’essaie d’en trouver une autre.

Actuellement, je pense à ça :

 

ÉCRITURE – PROJET « COFFRET A BIJOUX »

 

Le type perd tous ses amis (en vendant les bijoux. Jusque-là rien de changé.

Peu importe : l’argent amène des amis nouveaux. Quand on est riche, on n’est pas seul.

Mais la peur obsessionnelle qui le ronge et qu’il formule, c’est qu’il perde aussi la femme qu’il aime.

Il lui a caché l’histoire du coffret (il a prétendu avoir gagné au jeu).

N’y tenant plus, il finit par lui raconter la vérité. Pour le démontrer, il ferme le coffret (vide) et le rouvre.

(Là, on s’attend à ce que ça ne marche pas) Or, ça marche ! Il y a un bijou !

 

1/ Réaction de la fille : elle éclate en larmes et s’enfuit.

Il fait son siège, mais elle ne veut plus le voir : elle a peur de lui.

 

Ou bien :

 

2 / Réaction de la fille : elle se met en colère parce qu’elle croit qu’il veut lui faire avaler un bobard.

Elle s’en va, furieuse.

Il fait son siège. Ne veut plus le voir. Elle croit qu’il l’a prise pour une idiote

 

Ou bien :

 

3/ Réaction de la fille : elle rit, croit d’abord à un truc de prestidigitateur…

Il insiste, ouvre et ferme le coffret plusieurs fois de suite, en sortant chaque fois un bijou.

Elle est troublée (Il insiste).

Pour être sûr, elle demande à aller avec lui chez un bijoutier qu’elle aura choisi pour vérifier l’authenticité des bijoux.

Ils y vont : les bijoux sont une fois de plus authentique.

Elle est très troublée, nerveuse. Ils se séparent.

Lorsqu’il veut la revoir, on lui apprend qu’elle a quitté son domicile. Elle a disparu il ne la reverra jamais.

 

Séquence de fin : attroupement sous les fenêtres du type. De sa fenêtre, il bombarde les gens, dans la rue, de bijoux qu’il puise dans le coffret qu’il ne cesse d’ouvrir et refermer, y trouvant un nouveau chaque fois.

Les gens dans la rue se précipitent et se battent pour ramasser les bijoux.

 

01/10/1984

 

VÉCU – MUSIQUE – JAZZ – FEMMES

 

Lyon. Bar à jazz (« Bec de jazz »)

 

Deux mecs, seulement, un noir et un blanc, assis à une table, le blanc devant une bière, le noir devant une partition, écoutent Bud Powell, enregistré en 1964 à Paris.

Un micro pend au-dessus du piano dont le couvercle a été enlevé

(Le noir a changé de disque. C’est Thelonious Monk en 1971. Il y a sur le disque « Crepuscule with Nellie », qui me fait penser à Marine et Christian).

J’ai l’âme amicale. Il y a pourtant des femmes manipulatrices et perverses qu’il me faut fuir…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Appelé G.. Il me propose d’annuler les séances jusqu’à ce que je puisse le reprendre régulièrement.

J’en suis tout surpris. Il me dit qu’en échange, il disposera du temps de mes séances et qu’à mon « retour », il ne sera pas certain que je retrouve les mêmes heures.

 

Arrangement correct

 

TÉLÉVISION – ÉCRITURE – PROJET « COFFRET À BIJOUX

 

Commencé à écrire synopsis du « Coffret à bijoux » dans le TGV en venant ce matin

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – VÉCU – TÉLÉVISION

 

Ce week-end, à Paris :

 – Réceptionné dernière livraison frappe de « L’image de Pierre ». Ceci dernière correction puis, en principe : impression définitive.

Décidé de ne pas utiliser le dessin de Lucile (trop naïf, trop scolaire, manquant de technique et de puissance. Ça m’apprendra à mal choisir.)

 

 – Rencontré S ; (déjeuner à 60 sacs !) À l’» Alsace aux Halles », avec sa femme. La présence de cette femme semble l’influencer profondément. Le soir, au téléphone, il était redevenu le même, ce qu’il est au fond : froid – peut-être schizophrène (« L’homme qui dort »). 

 


Discuté dans le TGV avec Michel F.. Il fait partie du genre de types qui m’auraient beaucoup impressionné il y a quelques années, qui m’impressionnent encore un peu, par leur charme, leur intelligence, leur précision.

 

Je constate de plus en plus qu’un fort pourcentage de – disons l’habileté – consiste à penser posément ce qu’on fait.

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »- 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Discuté avec Mathilde au lit, hier soir, de « L’image de Pierre ».

Elle me dit qu’on s’en fout de la politique, de Badaoui, de l’exploitation du désir par le pouvoir.

Qu’on sait tout ça, que l’assassinat de Sadate, même, a laissé tout le monde froid. Que cette histoire « d’amour », ça intéressera bien plus les gens…

 

Y ai réfléchi. Elle a sans doute raison. Le fer 52, l’aplasie, la manipulation de Leïla, c’est un étalage de virtuosité fabricatoire, de Jean et moi…

 

Dans la nouvelle version (même dans l’ancienne, d’ailleurs), une fois que Le Père a fait parler Marceau et que celui-ci se débarrasse de lui, il est possible que toute la famille soit liquidée.

 

Dans le fond, on avait besoin de l’enjeu Badaoui quand il y avait décision de tuer le père après sa découverte des badges, mais là, ça se passe d’une façon plus bonhomme. C’est lui qui les oblige à le liquider en braquant Marceau et le coup du rat sautant sur la souris permet de se passer des tueurs.

 

Quand même : un argument en faveur de la version actuelle, c’est que cette « exploitation » par les services secrets du protocole mis au point par Pierre est montrée, précisément, à travers un exemple concret, chose que le cinéma esquive couramment.

 

08/10/1984

 

VÉCU – ÉCRITURE – PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – JEAN (AMIS) – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Hier soir : Jean à la maison.

Discussion avec Mathilde à propos de « L’image de Pierre ».

 

À nouveau : une de ces « colères » chez moi, qui ne sont autres que des démonstrations violentes et destructrices de la permanence (cachée, mais non moins vivace) du désir de Fusion, du fantasme que l’autre (la femme) soit moi.

 

Et, une fois de plus, ce matin, sentiment d’abandon, de rejet, de solitude, de déréliction, devant l’amère constatation « qu’il n’y a rien à faire », que l’Absolu me sera à jamais inaccessible.

 

Mathilde m’a dit hier, alors que je m’accusais d’être « inférieur » à cause de mes colères et de ma jalousie : « Tu fais toi-même ton propre procès et tu nous prêtes une parole que nous n’avons pas prise… »

 

Non : ni le déchet humain sans intérêt, ni le Dieu parfait démiurge en accord avec sa créature.

 

C’est moi qui brise et détruis, qui lasse les autres, les détache de moi, c’est moi qui m’isole, à force de rêve d’absolu et me fais souffrir moi-même…

 

Elle m’échappe toujours, cette sérénité, cette force, cette confiance en moi qui me ferait écouter les autres sans souffrir, en relativisant, et en maintenant calmement mais fermement le cap (pa)(doro) (?) que je me suis fixé. 

 


En travaillant au « Coffret à bijoux », me suis aperçu de la probable charge significative du mot « Chine ». J’habite en effet, rue de la Chine…

 

Cette « Chine », n’est-ce pas ce qui précipite le héros dans la tentation de la richesse ? Et lui fait perdre l’amour… ?

 

Je prends conscience du plaisir, chez moi, pris à détruire, à souiller (la trahison si redoutée et, finalement, si recherchée de la femme…)

Œdipien, n’est-ce pas ? 

 


Je repense aujourd’hui à ce projet de film que j’avais conçu à Lorient, vers l’âge de 17 ans : « Le père truqué » d’après une nouvelle de Philippe K. Dick…

Ce « père truqué », c’était évidemment le mien, insatisfaisant, non « reconnaissable », ça ne pouvait pas être mon « vrai » père. On me l’avait changé, déguisé, « truqué ».

Celui-ci était un faux, un imposteur, un usurpateur.

Il y avait là quelque chose de cette révolte qui ne m’a jamais quitté, quelque chose de ce manque, de cette nostalgie d’un « vrai » perdu (?) : vrai père, vrai amour, vrai moi…

La haine, en moi, cette haine envers mon père et envers bien d’autres, je n’ai jamais osé me l’avouer. J’ai toujours déguisé la colère qui naissait de mes désirs de contrôle frustrés en faiblesse, en souffrance, en désir, en amour.

Je me suis vécu demandeur alors que j’étais despote. Je me suis cru sincère alors que j’étais faux. Je me suis cru généreux alors que j’étais égoïste, démocrate alors que j’étais fasciste, anxieux de l’autre alors qu’il m’indifférait.

 

La violence de mes sentiments occulte les sentiments des autres qui, pourtant, aiment, croient, se passionnent tout autant que moi et même, insupportable découverte : plus !

 

L’écran de fumée de mes colères, de mes déprimes, de mes sentiments d’abandon, masque la réalité d’une stratégie inconsciente moins glorieuse.

 

Je m’en sors toujours en projetant sur l’autre mes propres responsabilités.

Ce monde d’idéal, d’absolu, que je me construis m’y aide.

 

Nous sommes tous coupables : nous avons tout un inconscient !

À cet égard, le film de Rohmer, « Les nuits de la pleine lune » en dit plus qu’une investigation analytique : tous les personnages, même les plus apparemment sincères, les plus piégés dans leur passion, manœuvrent, calculent, magouillent. La vérité transpire, par moments.

 

Certes, renoncer à l’idéal, mettrait en pièce ma savante construction, jetterait à terre l’ingénieux édifice où tout se tient…

Réintégrer le réel, accepter l’autre, séparé, différent de moi, mon cœur se serre à cette pensée…

Renoncer à la complétude, à la fusion…

C’est pour moi renoncer à l’Amour. Je ne parviens pas (ou me refuse) à concevoir l’Amour autrement que sous ce jour magique et fusionnel…

J’en veux même à Mathilde d’y parvenir.

Respect de l’autre, dans sa différence, dans la protection éventuellement acharnée de son autonomie de pensée, voilà qui me hérisse, me déséquilibre, m’épouvante.

Perdre le contrôle. Y renoncer… !

 

Cette tentation permanente de contrôler l’Autre, n’est-elle pas, en fait, destinée à occulter le désir en moi d’être contrôlé, pris en charge par une Mère aliénante.

Ne trouve-t-on pas trace de la difficulté où je suis à me contrôler moi-même, sereinement, dans le perpétuel doute sur moi, sur mes choix (cf. métier) auquel j’échappe par la création artificielle de conflits avec l’Autre, qui « n’est pas moi », ne me comprend pas, ne me soutient pas, ne m’approuve pas…

 

J’ai lâché hier, à Mathilde, l’aveu de la nostalgie, en moi, de la « groupie » idéale, qui m’approuvera globalement, sans restriction aucune, jusqu’au fanatisme et cela sincèrement, sans que j’aie à manœuvrer pour cela, à faire pression sur elle.

Les bénéfices imaginaires de la toute-puissance sans en connaître les aléas…

 

(23h15)

 

ÉCRITURE – PROJET « L’IMMEUBLE »

 

Pensé il y a quelques jours à mon projet de « L’immeuble » : il faudrait commencer le film dans l’immeuble parmi les « familles » jouées par les comédiens. Ce qui rendra intrigant et étrange ces gens qui s’immiscent dans la vie des autres et leur posent des questions auxquelles ils répondent… On n’expliquerait qu’après le coup du spectacle monté par le metteur en scène.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Je repense au problème du contrôle sur les autres… J’écrivais, deux pages plus haut, que cela masquait quelque chose.

 

Je pense qu’en fait, ça masque la peur de perdre le contrôle de moi-même (et le désir, en même temps).

 

 – Difficultés structurelles du mois.

 

09/10/1984

 

VÉCU – MON PÈRE – HUMOUR

 

(Boulogne 18 h)

 

Magasin d’encadrement : « Regards »

Je pense à cette pub que Papa m’avait montrée : des lèvres et des yeux = bouches et regards (d’égout). Ça l’avait amusé, il trouvait ça astucieux, riche de sens, d’un assez long détour pour parvenir au sens, un détour qui méritait d’être fait et où la surprise était plaisante, au débouché…

ainsi éclate, au détour d’une rue, son influence profonde sur moi. Cette « originalité » (lorsqu’on dit de quelqu’un : « C’est un original… »)  on a dit de « L’image de Pierre » : « L’histoire est « originale… »

 

10/10/1984

 

ZELDA

 

 

12/10/1984

 

VÉCU – TÉLÉVISION

 

Hier, à la maison : Jacques Spiesser, Yves Neff et Jean Dasté (mes comédiens sur le téléfilm)

J’étais intimidé à la fois par la figure mythique de l’histoire du théâtre (comédie de Saint-Étienne) et du cinéma (« L’Atalante », pour les cinémathèques, « Muriel », pour moi). Il m’a appris une nouvelle qui m’a profondément choqué : Truffaut a un cancer du cerveau, il va mourir.

Et, hier soir, j’ai (re)vu « La nuit américaine ».

J’ai (un peu) repensé à cette grande maison de Saumane où je l’avais vu avec Colette et où elle disait, parlant du personnage du mari de Julie Baker : « Un homme comme ça, c’est toujours déjà pris… ! »

 

CINÉMA – TÉLÉVISION 

 

Deux idées qui tournent autour (!) du miroir, du thème du miroir : 

 

ÉCRITURE – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Quelqu’un regarde la télé : réaction de haine à l’égard du présentateur. Il y a un miroir dans la pièce. En voyant le reflet de la télé dans le miroir, les sentiments de ce spectateur s’inversent aussi : il passe de la haine à l’engouement.

 

ÉCRITURE – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Scène de la rue : un plan large où on fait avancer des éléments symétriques ( comme si miroir entre eux )

 

 

Tout le monde s’arrête avant le miroir. Un seul type s’arrête puis repart et passe le miroir = bruit de verre cassé. On le retrouve ( après être passés sur quoi ? À voir ) couvert de sang.

 

18/10/1984

 

TÉLÉVISION

 

Hier : premier jour de tournage.

Bonne équipe.

Motivée. Pas grognon.

Joli plan : travelling combiné avec pano dans la cour du Musée Gadagne. Puis appartement du gendarme. Plan large + champs-contrechamps : scène simple mais qui a quand même pris 4 h ! (Toujours la même obsession du temps…)

 

30/10/984

 

TÉLÉVISION – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION -FEMMES – MARIE

 

(1h10)

 

J’en suis à peu près à la moitié du tournage.

 

Pas de sentimentalité : un travail n’est qu’un travail.

Pourquoi les gens seraient-ils heureux de s’aliéner pour moi, pour mon imaginaire ?

S’ils échappent aux malaise, ce qu’il font une tâche, la leur.

Leur imaginaire reste le leur. Séparation des cerveaux.

 

Si leur tâche ne peut plus s’effectuer suivant un code prévu et qu’ils ont ratifié (syndicats), ils ne feront pas plaisir à mon imaginaire (refus de faire une heure supplémentaire vendredi dernier = leur week-end sans une heure en moins).

 

Idem pour la « lucidité » de Jean R. qui ne tolère pas qu’on perturbe son fonctionnement d’opérateur (se défend), mais perçoit très bien la tentation d’autodestruction à travers mes doutes sur moi-même et la sert en servant son propre désir de dominance et de destruction (bien caché).

 

Idem : Marie = « C’est aussi bien comme ça » Décrochage (dans l’évitement, au téléphone) après soirée ouverte sur lingerie (moi = mon fantasme, elle = pas le mien  moi = ça ne peut pas marcher si pas mêmes fantasmes), fermée sur « sensualité » (baiser refusé)  elle m’a reproché d’avoir « manqué de tact » + décalage entre mes paroles et ce que je suis…

 

Ce qui m’a frappé tout à l’heure et m’a fait rallumer pour écrire sur ce carnet, c’est que ce que je viens d’écrire plus haut n’est que la répétition et l’application des vérités que je connais très bien (protection généralisée, le monde, les autres se dérobent et résistent à la manipulation)

mais

la tristesse profonde, ce désespoir de me mettre pourtant en colère, à cause de ça.

 

Oui vraiment, ça ne colle, entre Mathilde et moi, que parce qu’on ne s’affronte pas, qu’elle me cède, qu’il n’y a vraiment aucune violence en elle contre laquelle la mienne viendrait se buter.

 

J’ai mal de cette violence en moi, de cette colère, de cette volonté de dominer, de cette difficulté à accepter l’Autre, même insatisfaisant.

 

Et puis je me dis que, merde, tout le monde fait comme ça : si l’autre n’est pas satisfaisant, s’il n’est pas assez accordé à nos désirs, on s’en écarte. On ne garde de contact avec lui que le strict minimum.

 

17/11/1984

 

TÉLÉVISION – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Tournage terminé.

Soulagement mêlé d’angoisse, d’un sentiment de vacance…

Mais ça n’a pas duré : rentré à Paris : gamberge pourrait écrire « L’image de Pierre ».

J’ai l’impression que, sans m’en rendre très bien compte, je traverse une crise.

Toujours la même insatisfaction, la même angoisse devant le monde, la vie, que je combats par les compensations de mon imaginaire et les obstacles que celui-ci rencontre me renvoient au monde et à l’insatisfaction qu’il crée en moi…

 

Retrait par rapport aux autres, méfiance…

(Je ne suis pas si « chaleureux » que ça… Mais, ça, je m’en étais déjà rendu compte).

 

En fait, il y a toujours en moi la même colère rencontrait des entraves à ma toute-puissance (Jean R. : j’ai parlé de ma recherche d’un chef opérateur enthousiaste  lui : « C’est peut-être une manière de refuser la critique… »

Je lui répondu :

« Il y a peut-être en toi la même volonté de destruction que chez les autres… »

Probablement juste dans les deux cas…)

 

38 ans

 

09/12/1984

 

Idées de ces derniers temps :

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Femme qui invente la reprise d’une histoire avec une anciennes liaison, le fait croire à son partenaire actuel  elle vit cette relation imaginaire.

 

09/12/1984

 

DESSIN – PHOTOMONTAGE

 

Panneaux. Table  pieds = très nombreux (arbres, forêt)  ombres des arbres.

 

10/12/1984

 

DESSIN 

 

(daté de ce jour mais indatable en réalité car en fin de carnet sur pages de fin écrites à l’envers)

 

 

 Dessin fait à 38 ans

Mers carnets personnels depuis 1963