Carnet 31

Carnet 31 – Du 23 janvier 1984 au 26 avril 1984

 

23/01/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES – éLIZABETH

 

Lundi tabac en attendant heure séance)

 

Mes dernières notes datent de jeudi dernier (le 19).

Depuis :

Jeudi soir : agressivité contre Mathilde elle réagit à son tour par la colère, disant qu’elle refuse d’entrer dans mes jeux névrotiques.

Jean vient travailler à la maison. Elle fait la gueule. Va se coucher. Pendant la nuit, je la caresse, elle me dit : « Je veux dormir » Je m’endors tard.

Le lendemain : journée de tournage (ordinateur astrologie à Neuilly-sur-Marne).

Je rentre le soir : elle se montre très affectueuse. Ça me soulage.

 

Vendredi : après séance (dictionnaire de mots se rapportant à la voile, puis « Bernique ». Lui : « Ce qui s’accroche au flanc du bateau, c’est le Bert parce qu’il nique… ») dîner chez Bertrand. Cuite. Colère. Suite à refus de Bertrand de parler de cinéma et Mathilde alors que je parle de dégagement d’un sens : « Je préfère la forme, ça me permet de mettre le sens que je veux » maison. On se couche. Je ne sais plus pourquoi : colère. Elle se détourne pour dormir. Je la tire violemment, lui arrache son string (la griffant involontairement, ce faisant). Je me précipite à la cuisine pour rééditer le coup du couteau… Elle s’enferme dans la salle de bains, criant : « Moi je ne me raterai pas… » Je lui fais ouvrir la porte tristesse. Ressentiment mutuel.

 

Revécu de scènes déjà jouées…

 

Le lendemain, Mathilde sort, en colère (elle me dira que, pendant son absence, elle s’est dit : « Sale mec. Je n’ai même pas pu lui rendre ses coups… (j’ai été très vite) Je ne l’aime plus… »

Mais sa colère retombe et elle me téléphone, me demandant si je peux annuler séance travail avec Jean prévue pour le soir afin que nous soyons ensemble.

En fait, je ne pourrai pas le faire…)

 

Elle vient. Entre-temps : coup de fil d’Élizabeth pour machine à écrire.

Mécontentement de Mathilde parce qu’elle vient. Élizabeth vient.

Mathilde : « J’étais très en colère contre toi… »

Élizabeth : « Je te ferai remarquer que c’est chez Robert Cappa que j’ai appelé… »

colère terrible de Mathilde qui fait ses affaires pour partir.

Je lui dis de ne pas le faire elle reste.

Élizabeth appelle (deux fois).

Je lui dis mon grand mécontentement.

Évidemment, Élizabeth se sert du fait que j’ai ri, seule réaction, ce que Mathilde m’a reproché disant que j’aurais dû tout de suite réagir en disant que Mathilde était chez elle…

 


Depuis : me suis calmé.

 

Je perçois la part (très large sinon totale) d’illusions dans mes rêves de femmes pendant toute cette année passée depuis la rupture avec Colette.

 

Mathilde est là, elle est présente, son amour réel.

 

Je ne veux plus me perdre dans des rêves stériles.

 

Ce qui doit (interrompu par arrivée G. (j’avais continué dans son salon d’attente).

 

24/01/1984

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Dimanche soir : dernière touche à la fin de « L’image de Pierre » :

 

On séchait encore sur certaines informations à faire passer (on ne savait pas – on avait pensé à les placer dans dialogue entre invités à la soirée du début) = tension interne – répression (qui expliquerait acceptation de Leïla à la demande de Rachid).

 

J’ai fait remarquer à Jean que le problème du meurtre du chef d’État (donc éventuellement de sa justification par son despotisme) ne se pose pas encore au moment où Leïla accepte, puis qu’on croit toujours à une vengeance personnelle (elle le croit, en tout cas).

 

Pensé donc à repousser le tableau de l’état politique du pays après injection (où la victime est bien désignée comme chef d’État).

 

Ainsi le suspense est encore prolongé

(on savait le projet de meurtre mais pas sur qui – une fois qu’on sait sur qui on ne sait pas encore pourquoi).

 

On l’apprendra dans scène à l’animalerie centre expérimentation militaire, où le soigneur donne à bouffer au singe en écoutant transistor : à la radio : nouvelles.

On peut même mettre plein de choses à ce moment-là :

1/ répression (explique acte Leïla)

2/ terrorisme en France téléguidé par ce pays ( raison de la manipulation des services secrets).

3/ confirmation de la mort du président + visite version officielle médicale : encéphalite virale

 

Ce qui amène à la séquence suivante, dernière découverte : le veto dicte rapport : on apprend à travers bilan-létalité chez les singes, que encéphalite virus de la rage.

 

Et on finit sur Leïla-Lucie. Résumé symbolique du film.

 

25/01/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Séances de lundi et d’aujourd’hui :

 

Lundi : moi : interrogations sur mes colères. Lui : vos bagages (# Le voyageur sans bagages ») Moi : le presse de m’expliquer (je ne « vois » pas ce qu’est le VSB…) Lui : « Vous voudriez bien savoir… Est-ce que vous vous êtes demandé à quoi ça vous servait ? »

 

Aujourd’hui : savoir = je veux comprendre dans une théorie. Je cherche plus à comprendre ce qu’il me dit qu’avoir l’enchaînement de mes paroles (moi : « Vous ai demandé d’enregistrer séance pour ça ! » Lui = prothèse).

VSB : = film où le type a oublié son passé ! Lui : « Vous avez refoulé, ce n’est pas de l’inculture » (j’avais dit : je suis inculte).

 

Je parle des choses que je sens au fond de moi, prêtes à ressurgir (disant qu’analyse ne touche qu’une couche superficielle).

Deux angoisses qu’il rapproche. Angoisse en sortant de la séance (sic) cinéma porno + masturbation et angoisse pendant séance analyse : dans les deux cas, choses qui surgissent du dedans.

(Moi : « De la séance analytique considérée comme une séance de cinéma porno… » Lui : « Avec masturbation… »)

 


Qu’est-ce qui fait que devant Jean-Claude V., je ressens un mélange de crainte – de colère – et de sentiments d’infériorité et de désespoir ? Je le sens tellement plus cultivé que moi, s’étant posé tellement plus de questions, en ayant résolu tellement plus… !

 

Malgré mes ( lapsus ! rajouté : « mes » ! ? !) moi, malgré mes efforts, il me semble qu’il se dégage moi une image défavorable. Même pas mauvaise, non : étriquée, petite.

 

Je ne m’impose pas, de moi-même, « comme ça ».

Je bute sur un débat d’idées où je doute du bien-fondé de ma propre pensée… Et en même temps, je m’y accroche, me refusant à être pour moi-même, une girouette

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(2 h)

 

Je suis toujours surpris de découvrir en l’Autre ce qui est en moi !

 

Mathilde me dit, parlant du jour où je repasserai par Paris pendant mon tournage A2 : « Je ne serai peut-être pas libre. J’aurai les enfants et puis j’aurai du travail. Regarde : aujourd’hui j’ai travaillé jusqu’à minuit… »

 

Ça m’irrite car je me dis que ces paroles ne concernent pas une obligation réelle (je lui dis d’ailleurs que ça paraît curieux car elle peut venir travailler ici… Elle me dit qu’elle y a pensé. Je trouve curieux qu’elle ne l’ait pas dit).

Elle dira, après : « Je n’ai pas envie de retourner à Montreuil après ce qu’on a vécu ici. Il faut tout recommencer… »

Ainsi en y réfléchissant, je vois dans cet « ancrage » à Montreuil un désir d’annuler par la fixation un sentiment d’insatisfaction créée par le « va-et-vient » quitte à se fixer là où je ne suis pas.

J’avais d’abord vu la pulsion de me rejeter, où je pointais ce dont je parlais en tête, soit : l’ambivalence, que je suis stupéfait effrayer de découvrir chez la Femme, alors qu’elle est en moi…

 

L’un n’exclut pas l’autre. Je vois seulement que l’ambivalence peut être réactionnelle, prise dans une séquence relationnelle où je suis bien forcé de me voir impliquer.

 

J’accuse bien l’Autre de justifier objectivement (si peu que ce soit) mon ambivalence… Comment ne pas constater que je justifie aussi la sienne ?

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Suite notes sur séance d’aujourd’hui :

 

À propos colère = bagages (ancrage dans le passé).

Je lui dis que je me doute bien que ça se rattache à l’Œdipe, mais que ça reste abstrait pour moi. Il dit : « En effet ! »

 

30/01/1984

 

FEMMES – SALLY

 

(Train Paris-Montluçon. Tournage A2)

 

Nous sommes lundis. Depuis mercredi dernier : rien noté.

 

Que s’est-il passé ?

Mercredi, précisément, j’ai rappelé Sally (l’avais appelée mardi soir. Lui avais demandé si elle avait encore envie de moi. Réponse : « Je ne sais pas. Ou plutôt : si, je sais… » (j’ai complété : « J’en ai envie… »)

(Je lui avais dit, au téléphone, pendant le week-end, pour ce qui concernait la reprise de mes rapports avec Mathilde).

Donc, mercredi, l’ai rappelée et l’ai invitée à déjeuner le jeudi. Sommes allées dans un resto cher et tranquille puis bistrot où nous nous sommes embrassés et caressés. Pendant ces caresses, je me suis mis à bander.

[Voilà ce qui m’arrive plus avec Mathilde : bander parce que je la caresse et qu’elle me caresse.

Sentir en moi se produire ce bouleversement, ce changement d’état, cette « sexualisation »…

 

Ainsi je vis les choses sans même m’en rendre clairement compte.

 

Je ne me rends même pas vraiment compte combien ça me manque : bander en regardant les formes d’une femme, bander en sentant ses rondeurs contre moi…

 

Je ne m’autorise cela que dans la masturbation, où seul le sens de la vue me relie à une image, où mon toucher est annulé, comme si ma peau était insensibilisée… !]

 

Dans ce café avec Sally, je me suis mis à bander et elle a vibré au point de presque jouir…

 

(Je voulais aller à l’hôtel après le repas. Lui avais passé un mot sur la table : « I want to go to the hotel and make love to you… » Elle n’avait pas voulu. Sortie du café, elle m’a dit, en marchant dans la rue : « J’ai envie de toi… »

L’ai emmenée au montage. Sommes allés prendre un pot après chez illustrateur sonore et ensuite, en passant devant salle de montage (Brossolette) ai eu l’idée d’y aller pour faire l’amour…

 

L’avons fait. Elle était très passionnée.

Mais déjà, pendant l’acte même, elle voulait aller attendre à la maison que je revienne d’une séance de scénario avec Jean. Lui disais que non.

 

Après l’amour, en partant, dans la rue, elle a insisté pour savoir pourquoi je refusais.

J’ai hésité longtemps, puis fini par lui dire que c’était parce que Mathilde était à la maison.

Elle a pris le taxi, hors d’elle…

 

L’ai rappelée samedi (tombé sur son père qui m’a pratiquement jeté).

 

Ai rappelé ce matin. Lui ai demandé : « Tu ne peux pas prendre ce qu’il y a à prendre avec moi ? Profiter de l’instant ?

Elle – « Ça dépend comment… (long silence)

Moi – « Ça dépend de toi »

Elle – « Je ne sais pas faire ça. Des réactions comme celle que j’ai eue, je peux en avoir encore… »

Moi – « Tu es jeune. Qu’est-ce que tu as à perdre ? »

Elle – « Moi-même… »

(…)

Moi – « Mets-toi à ma place »

Elle – « Je ne peux pas. Je ne peux pas comprendre… »

(…)

Elle – « Et toi, tu l’aimes, ta copine qui t’aime si fort ? »

Réponse : pas le temps d’expliquer (je dois partir prendre le train), mais je ne me dérobe pas. J’expliquerai… (…) Je ne veux pas te perdre. Ce qui me rendrait heureux, c’est que tu me dises les mêmes mots.

Au moment de raccrocher : silence, puis :

Moi – « Tu ne sais pas ce que j’attends ? »

Elle – « Si, je le sais. »

Moi – « Mais tu ne veux pas le dire ? Peut-être que tu as raison. Peut-être que j’ai tort. Je ne sais pas, je n’ai jamais su… »

Clic.

 

VÉCU – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) –femmes- magali

 

(Hôtel à Montluçon. 6h30)

 

Été réveillé par bruits de tuyauterie. Impossible de me rendormir.

 


La séance de vendredi a été consacrée presque entièrement à « discuter » du problème des séances où je ne peux pas venir pour raisons professionnelles…

 – « C’est la règle. »

 – Moi : « C’est une règle d’or. Il vaut mieux ça pour vous plutôt qu’elle soit en plomb… »

 

(…)

 

Vendredi. Mixage avec Magali

 

02/02/1984

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – SOCIÉTÉ – CINÉMA – ACTEURS

 

(17 h bistrot de Montluçon)

 

Solitude. Inactivité de cet après-midi passé à attendre le train de ce soir (tournage dans le train).

 

Acheté et lu « Les nouvelles littéraires ». Articles : informatique – « nouveaux chastes » – le « hip-hop »…

 

Trois trucs apparemment sans lien ?

Voire !

Mais comment ça se connecte, pour moi ?

 

Dénominateur commun, sans doute :

 

La dynamique irrésistible des phénomènes de masse et de mode.

 

Et le constat d’inadaptation que cela entraîne pour moi…

 

Entre la confrontation à une « nouvelle intelligence » (des ordinateurs) qui crée une angoisse intellectuelle (machines auxquelles, à la limite, on ne comprendra plus rien, dont il faudra étudier les comportements d’un point de vue « ethnographique »), la confrontation à une « désuétude » du sexe qui crée une angoisse de frustration, d’inquiétude devant un défilement des partenaires possibles et une culpabilisation devant ses propres pulsions, la confrontation un phénomène et de groupe (les immigrés) et de classes d’âge (les adolescents), qui crée une angoisse physique (corps vieilli, rouillé, raide).

J’analyse ainsi les réactions d’inquiétude, de tristesse et de nostalgie, prenant naissance en moi dans un moment de solitude et de vacuité.

(Cela rejoint les interrogations qui se font jour en moi en ce qui concerne mon « métier », mon manque de maîtrise, la découverte il y a eu jusqu’ici pour moi beaucoup de temps perdu.

 

Cela concerne les êtres. Et ma relation à eux. Sentiment que je ne comprends pas « de l’intérieur » ce que je demande à un acteur.

 

Que dire à  un acteur ? Voilà la question. Et d’abord : comment le choisir ?

En fonction de quoi ?

Comment savoir ce qu’il « peut faire » ?

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Mathilde : mon problème…

 

Mathilde rassurante, réchauffante, réconfortante, tranquillisante.

 

Mathilde, enthousiaste, charmante, amoureuse, qui me couvre de mots d’amour, à qui je manque, qui souffre sans moi, dort moins bien sans moi…

 

Mathilde, qui voudrait vivre avec moi, qui n’en a pas peur, qui se sent libre grâce à l’amour…

Mais aussi : Mathilde que je n’ai pas envie de prendre dans mes bras, à qui je n’ai pas envie de me frotter, au corps de laquelle je ne rêve pas… !

 

VÉCU – TÉLÉVISION – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(2h30 du matin – bistrot devant la gare de Bordeaux)

 

Tout à l’heure : tournage en gare de Bordeaux. « Salle de repos »…

Ai découvert un univers : salle avec fauteuils séparés par des cloisons de bois, qu’on loue pour 9 francs… Univers de la gare, de la fatigue, du temps, de la pénibilité…

Passé un temps fou pour faire un plan : le brave homme des services d’accueil de la gare de Bordeaux ne savait pas faire l’acteur… Voilà qui me ramène aux notes de cet après-midi…

 

Il se passe souvent un phénomène précis : je ne donne pas – ou donne mal – les indications nécessaires pour le tournage d’un plan parce que j’ai l’impression qu’il me manque quelque chose : la confiance et la bonne disposition d’une équipe (surtout l’opérateur), le professionnalisme de comédiens (je « dirige » des gens qui n’en sont pas mais en font office…)

 

Ainsi, partant de cet a priori, c’est moi qui fonctionne mal et, par voie de conséquence, le tournage fonctionne mal également…

 

C’est aussi de cela que je tiens compte (inconsciemment) en désirant le cinéma…

Une autre structure autour de moi, d’autres éléments pour un ensemble plus cohérent, plus efficace, plus harmonieux…

 

L’opérateur répondrait : « On n’a pas les moyens de faire ce que tu demandes… » Seule solution (toujours la même) : restreindre la demande. Ne pas essayer de « faire du cinéma »… Ou alors accepter de naviguer dans la contradiction (cinéma #reportage).

 


Je m’aperçois que mes inquiétudes de cet après-midi (après lecture et sur acteurs) concerne le problème de mes limites.

 

Comment être à la fois derrière et devant la caméra, comment être à la fois Soi et l’Autre ? Impossible quadrature du cercle.

 

Empathie limitée.

 


Nota : en gare de Montluçon, me suis énervé parce que les gens regardaient la caméra.

Agnès V. (parlant de Mireille, notre héroïne) : « Calme toi, tu vas la terroriser… »

 

Il y a une panique, un « règlement » de ma mécanique qui me sont interdits…

 

Objectif optimal : faire mon film dans une aisance nécessaire aux autres et bénéfique pour moi…

 

05/02/1984

 

(Hôtel à Pau prenons un café en attendant et qui pour aller tourner)

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

 

Pensé à Élizabeth. Reconnais en elle quelque chose de moi : une révolte contre notre « non-beauté »… Injustice de la nature.

Pensé à partir de là à une idée de scenar. :

La guerre des laids contre les beaux.

Un matin, les laids se réveillent avec sentiment intolérable de colère contre les beaux guerre… (problème : qu’est-ce que la Beauté ?)

 

06/02/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(Paris métro)

 

Suis rentré hier soir.

Mathilde m’a parlé de cette semaine : moment de doute pour elle.

Doutes de moi.

 

FEMMES – SALLY

 

Appelé Sally, ce matin (cabine – vent terrible dehors. Mon chapeau tout neuf (acheté à Montluçon) s’envolait… !

 

Je lui ai parlé de sa protection (après histoire avant moi. Ses mots : « J’ai été rejoindre quelqu’un en train, très loin, quelqu’un que j’adorais… »

 

Lui ai montré qu’elle avait dû être blessée (Elle : « Tu ne vois ça que maintenant ? »)

 

Lui ai dit que j’avais besoin du désir dit sans restriction, que c’était ce que m’apportait Mathilde (« J’en suis contente pour toi… ») Mais que, lorsque je l’avais obtenu d’elle (« J’ai envie de toi… » dans la rue), j’avais été heureux…

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Ce que je pointe en moi-même, c’est cette fatalité que, lorsque le désir apparaît en moi, apparaît en même temps le conflit avec la Femme.

 

S’il n’y a pas conflit avec Mathilde, c’est que le désir n’est pas aussi fort qu’avec Sally, par exemple (ou Colette, avant…)

 

(15h15 – je reprends la suite)

 

C’est aussi que son désir est là, visible, palpable, perpétuellement réexprimé par elle…

 

Dans le fond, je me demande si ce n’est pas la première fois que je fais l’expérience d’une femme amoureuse de moi… !

 

En effet : Jocelyne ne l’était pas (cf. Bernard L. et le fait que nous avions rompu, que ce soit moi qui ai voulu reprendre la relation, puis, plus tard, l’épouser… Le reste fut de l’habitude…)

 

Colette n’était pas non plus.

 

J’ai le sentiment aujourd’hui de m’être trompé sur toute la ligne, pendant toutes ces longues années, que je considère aujourd’hui comme perdues

 

Ainsi Mathilde me satisfait-elle par son désir.

Mais dès que son ambivalence, si faible soit-elle, pointe le nez, j’en suis et stupéfait et malheureux !

 


Parlé avec elle, hier soir, du fait que parfois, je lui en voulais d’avoir pu, si vite, entamer une histoire avec un autre homme…

 

(Parce qu’elle disait : « J’ai pensé que tu avais pu avoir facilement des aventures ailleurs…)

 

Je lui ai parlé de cette alternative :

 

1/ si avoir des histoires ailleurs prouve qu’on n’aime plus, alors son histoire avec le pétrolier prouve qu’elle ne m’aimait plus, puisqu’elle pouvait faire la même chose que moi…

 

2/ si avoir des histoires ailleurs, comme elle avec le pétrolier, n’empêche pas de continuer à aimer, alors cela n’exclut pas que je continuais à l’aimer tout en allant ailleurs… (ce qui est tout à fait vrai).

 

VÉCU – MON COUSIN C. – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Aller voir C. à Aire sur l’Adour, pendant tournage à Pau.

Longuement parlé.

 

De tout ce que nous nous sommes dit, je retiens : la notion du passage à l’âge adulte possible lorsqu’on accepte de « différer la réalisation du désir grâce à la tolérance à la frustration »

 

FEMMES – DOMINIQUE B.

 

Coup de fil à Do depuis Pau :

Elle : « C’est important, ce besoin qu’on a de l’autre… »

Moi : « Il ne faut pas qu’il soit pathogène…

Elle « Mais s’il n’est plus pathogène, est-ce qu’il y a encore couple… ? »

(Cf. l’impression que j’ai que ce que Mathilde aime en moi, c’est cette expression névrotique chez moi du désir du désir de l’Autre (hystérie).

 

Commentaire du 15 avril 2018 :

 

La dernière phrase de cette note est extrêmement importante car elle me fait comprendre aujourd’hui, à la relire, ce qui attachait à moi « mes » femmes, malgré mes comportements aberrants (violence – susceptibilité – sautes d’humeur), car ce « désir du désir de la femme » est rare chez l’homme qui a plutôt l’habitude de « se servir » auprès de la femme, sans tenir compte de son désir (je schématise et je généralise, mais il y a de ça). Ce qu’elles aimaient en moi, c’était la part féminine, celle qui générait par ailleurs une homosexualité latente. Voir ce que disait Mathilde dans la note suivante, qui confirme pleinement cela.

 

Commentaire écrit à 71 ans

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Mathilde : (à propos du fait qu’elle ne m’a pas dit : « Je ne peux aller avec personne d’autre que toi. J’ai besoin de toi. ») « Je ne voulais pas t’envahir. Tu sais, j’ai eu un mari qui, lorsque j’avais des élans vers lui, se fermait et souhaitait préserver son espace Toi, tu veux cela, c’est cela que tu me demandes, mais il faut comprendre que je n’y ai pas été habituée et que j’ai été repoussée… Mais ce que j’aime en toi, c’est ça… »

 

Ainsi je (re)découvre que toutes les femmes ne donnent pas la même réponse à mon « désir de leur désir ».

Mathilde est de celles qu’il rend heureuses. Elle ne demande qu’à désirer…

 

MA PREMIÈRE PSYCHANALYSÉ (1980 – 1987) – MON FRÈRE NINI – MA MÈRE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Séance de ce soir :

 

(A partir de « Brainstorm » qui a occasionné angoisse de mort en moi…)

Mort de Nini = mort de l’Amour (bilan sur Colette)

« Vous en avez parlé dans les mêmes termes… »

Concurrence avec Nini mort = intolérable (il avait un avantage que je n’aurais pu rattraper qu’en mourant) (cité Maman parlant de Colette : « Elle t’a marqué pour la vie. » G. : « Votre mère a été marquée pour la vie par la mort de votre frère »).

Parlé des débuts avec Jocelyne : cité l’exemple du bouton arraché (lui : début des actes d’auto agression. « Comme si, par moments, la séduction basculait vers la mort ».

 – Moi : « Difficile d’avoir un frère mort. De souhaiter qu’un frère soit mort. »

 – « Le souhaiter : tout le monde. Qu’il soit mort, non. »

 

Parlé du déchirement en moi à propos Mathilde :

Lui : « Déchiré entre la vie et la mort. »

Moi : « Je pensais entre rester avec elle et la quitter. Mais j’ai bien ressenti la mort quand je la quittais… »

 

07/02/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – TRAVAIL

 

Une impression s’est fait jour en moi aujourd’hui (mais elle est le résultat d’un travail ancien déjà, de ce tournage pour A2 notamment) :

 

La séduction (au sens large du terme, y compris sur le terrain professionnel) implique une réelle sérénité intérieure.

 

L’exaspération du désir nuit à sa satisfaction.

 

L’inquiétude sur soi-même, sur sa propre image, sa propre capacité à séduire pousse à fictionner sur la désaffection de l’Autre et à entrer dans l’engrenage des reproches où l’Autre se retrouve pris à partie, malmené et en proie à l’agression, ce qui le rendra soit agressif soit culpabilisé.

 

Il me faut absolument et définitivement sortir de l’idée de toute-puissance magique (l’autre accordant magiquement ses désirs aux miens).

 

Sept « désynchronisations » intermittentes des désirs n’invalide pas l’existence du désir chez l’autre.

 

Elle ne me détruit pas pour lui. (*)

 

Ainsi ce tournage m’a montré l’efficacité de la réserve bienveillante (accepter l’éventualité d’une erreur objective chez soi-même et d’une vision subjective de tel ou tel aspect du monde chez l’autre pas d’attitude démonstrative et intolérante).

 

(*: Je reviens sur note d’hier (voir *)

 

C’est des désirs de l’Autre qu’il s’agit.

Je suppose, au départ, un accord sur une action commune, dans un cadre donné, action supportée, sous-tendue par un désir chez l’Autre.

 

L’Autre a son désir, sa vision du monde, son idée sur la manière dont son désir s’inscrit dans la réalité du moment, vécue en commun.

La règle est de respecter sa vision subjective, faute de quoi on menace son intégrité globale.

Le moyen de fonctionner est la négociation, qui préserve la possibilité de réalisation du désir de Soi et de l’Autre.

 

Problème lorsque :

1/ désaccord initial sur le projet de réalisation du désir

2/ insatisfaction de l’un ou l’autre dans la modalité de réalisation (c’est pour éviter cet écueil que l’on a créé les rites professionnels (la division du travail – la spécialisation)

 

08/02/1984

 

ÉCRITURE

 

(Taxi séance)

 

« Pensées perdues… »

 

(Temps perdu à penser à une femme (Sally, à Montluçon, à qui j’ai écrit : « Que tu es loin de moi… »), une femme qui ne pense pas à moi…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Je raconte le « viol » raté d’hier.

(Mathilde m’avait dit : « Je veux qu’un jour tu me violes… » J’ai essayé, elle a résisté. Je n’ai pas réussi).

 

Je parle du conflit en moi après (entre dire : « J’ai été ridicule. J’ai voulu te dominer. Réconcilions-nous » et faire la gueule, éclater à la première occasion. »

Lui : « Conflit devant cette situation paradoxale : obéir à quelqu’un qui vous dit : « Viole-moi ».

Impossible d’obéir à cette injonction, quoi qu’on fasse on est pris dans ce jeu et maîtrisé.

Moi : « Colette n’était pas maîtrisée : je lui disais de me violer (je voulais qu’elle me fasse miroir dans un désir transformé en exigence = viol), mais elle ignorait ce que je lui disais…

Lui : « Seule façon de répondre à cette injonction : l’ignorer… Mais même là, c’est alors que vous ressentiez une vive acrimonie sur le mode : « Elle me lèse » (lèse-majesté).

 

Renvoie à une situation bien antérieure où j’étais dans une semblable situation paradoxale, et où je ne pouvais pas le dire, même pas le penser (il évoque la seule rage que j’aie mentionnée (rage après Nini – moi, je pense à rage après René, pour le coup du vélo. J’en parle en disant : « mon frère », comme si je n’en, avais qu’un : monde réduit à deux. La majesté et le lèse-majesté).

 

Il me montre un jeu semblable (autre injonction sans réponse possible : « Sois spontanée… »)

 

09/02/1984

 

VÉCU – SEXE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Aujourd’hui : tournage court (fini à 15h30) vidéo porno.

 

Étrange sensation de légèreté, de bien-être.

 

Hier soir : autre problème avec Mathilde.

Au restaurant (Hippopotamus) elle me dit : « C’est pas rien Robert Cappa… ! » Je prends ça mal, la parano se met en route (pensée genre : quand on dit ça, ça signifie qu’on pense au fond que je suis un chieur et puis c’est faux : je ne suis rien (elle précise : « Je veux dire que tu es une personnalité ». Je réponds : « Tu veux mon avis ? Je suis une fausse personnalité » – « C’est ton avis… »

Puis silence. Elle laisse courir.

M’embrasse, me câline.

Nuit : je me réveille et lui fais l’amour.

Ce matin : je m’excuse d’avoir mal pris ce qu’elle a dit (alors qu’elle : « Ce n’est pas méchant… ») et je reconnais que ce genre d’interprétation a été fréquent chez moi.

 

Mathilde note une évolution en moi. Elle me trouve plus calme.

 

10/02/1984

 

Lecture de « La conquête du savoir » d’Isaac Asimov

 

Apparition de la vie sur terres émergées il y a 425 millions d’années.

 

Homo erectus : il y a 1  million 1/2 d’années.

 

Homo sapiens : 250 000 ans.

 

Découverte aimantation Nord = en Chine (cité pour la première fois au XIe siècle).

 

1522 : après Magellan. Les Portugais font le tour du monde (Terre = océans avec continents – îles)

 

Égyptiens : crue du Nil annuelle tous les 365 jours année de 12 moins de 30 jours + 5 jours de célébration = calendrier solaire.

 

12/02/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(Gare de Cahors)

 

Puis-je éprouver pour une femme autre chose que de la méfiance ou de la pitié ?

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

(Train Cahors Paris)

 

Dernière hésitation (à propos de « L’image de Pierre »), mais de taille (qui reflète ma propre hésitation dans mon évolution personnelle devant l’abandon pénible de certaines attitudes…) = la relation Lucie-Pierre. L’» échange des fantasmes ». Cf. conversation avec C. où il a émis point de vue que cet « échange de fantasmes » porte le film sur le terrain de la rencontre de deux pervers et réduit considérablement le sens de la « rencontre d’amour » (corroboré par Jean : « Ça ne m’intéresse pas, l’histoire de deux branleurs… »)

 

Je pense ce soir que Lucie doit dire à Pierre : « Je n’ai pas envie de te désirer, j’ai envie de t’aimer… »

 

(Je persiste à penser – mais c’est si évident – que l’amour pose le problème du désir.

Mais je songe à un désir vrai (non manipulé par l’autre).

 

Ainsi, dans le train de l’aller, tout le reste de l’équipe a joué aux cartes pendant presque tout le voyage.

Ce soir, ils dorment tous, allongé dans des compartiments voisins déserts.

Variabilité du désir (ils avaient pourtant parlé de jouer de nouveau).

 

Je songe à moi qui voulais toujours provoquer le désir de Colette.

 

Il reste en moi la nostalgie de quelqu’un dont le désir « épouserait » le mien au plus près (plus près que celui de Colette).

 

ÉCRITURE

 

Relation amoureuse = navigation « au plus près » du désir de l’autre.

« Toi : et mon vent et ma voile… » (2014 : from Internet : pas fait) (pour une femme aimée)

 

13/02/1984

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Lucie doit ressentir ce désir injecté, ces images obsessionnelles, comme un greffon qui ne prend pas (ou plutôt qui prend trop bien et lui pompe sa sève), un corps extérieur, un « Alien »…

 

Réfléchi que le « film dans le film », le « cinéma dans le cinéma » (ici l’image dans l’image) a servi jusqu’ici à mettre en question le regard du cinéaste.

J’ai réalisé que « L’image de Pierre » est une parabole symbolique sur le statut du spectateur.

La manip où Lucie est « choquée », investie par des images qui tirent leur force de ce qu’elle les reçoit en état de plaisir sexuel, c’est une métaphore du cinéma, voire de tout l’art de la représentation où l’image prend appui sur (et nourrit, en retour, dialectiquement) notre sexualité.

 

Si j’écris que Lucie ressent les images injectées comme un greffon, un alien intolérable, c’est que c’est une créatrice et que, dans sa relation à Pierre, il s’agit pour elle de se réemparer du poste de créateur.

 

Nécessité des images fantasmatiques, du fictionnement à deux, oui…

Mais des images endogènes, jaillies du stock personnel de sa mémoire et organisé par elle, par son regard mobile, inventif et non fasciné, hypnotisé…

 

J’en reviens à la « mise en scène d’amour »…

 

Mais je m’éloigne de l’» échange des fantasmes » (ou elle reprendrait et « améliorerait » ceux de Pierre).

 

Deux amoureux fantasment ensemble (un repas au restaurant – un week-end au lit – des vacances en Polynésie – un pavillon de banlieue).

 

Lucie ne sera qu’une amoureuse de plus, mais plus inventive, plus créatrice, ne fantasmant pas selon des codes établis, des schémas standards (véhiculés par la Société marchande).

 

PROJET « MELISSA » – « LE DRAGON ROUGE »

 

Réfléchi à « Mélissa » : à ma connaissance : premier cas d’intégration de la vidéo (phénomène essentiellement moderne) au code du film « fantastique »

 

+ Jeu sur le trucage – masque (de la violence – de la mort – de l’horreur) démasqué dans le temps même de son fonctionnement comme tel (avec cette élégance de l’équivalence danger réel – danger truqué).

 

VÉCU

 

Je viens à l’instant (café Sarah Bernhardt – place du Châtelet) de me livrer un exercice que je n’avais jamais pratiqué :

 

Considéré les clients du bistrot comme des figurants, imaginé qu’ils étaient à ma disposition pour une séquence se déroulant dans un café…

 

Imaginé que, laissés libres par moi, ils me proposaient des gestes, des attitudes, faisant chacun leur « composition ».

 

Remarque : j’éprouve à être assis, là, moi-même client, comme un calme que ne me laisse pas la mise en scène qui me soumet à un « empêchement de voir » (paradoxe)…

 

Contester – comment ? – cet ordre ? (pour l’adapter aux nécessités de ma mise en scène).

Comment, même, faire de cette contestation cet ordre lui-même ?

Ré-inventer les vies qu’ils ont dans la tête…

Leur donner une histoire (qu’importe si elle est souterraine, invisible, apparemment inopérante. Elle opère, en fait, dans leurs gestes.

 

Il faut regarder. Je ne regarde pas assez

 

14/02/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’hier soir :

 

Émergence de la peur dans la relation avec la femme (crainte de « trop » m’attacher à Mathilde)

Moi : « Maison avec Mathilde = à son nom (me réserve la possibilité de me sauver)

Lui : « Vous aviez cette préoccupation quand vous avez songé à épouser des femmes que vous connaissiez depuis quelques jours… »

(?)

+ Lui : « Crainte de se retrouver tête nue… » puis (pour autres choses oubliées) : fantasmes de criminel (sens du chapeau).

 

L’histoire du « viol » : nous avons éprouvé tous les deux les limites des erreurs propres au sexe de chacun :

Moi : à vouloir forcer (ici, au sens sexuel du terme, métaphore d’un mode de rapports plus vastes) l’Autre, il faut, à la limite, le détruire, pour y parvenir…

Elle : à provoquer le désir par la dérobade, il faut, à la limite, se refuser complètement, au risque de voir l’homme s’enfuir…

 

15/02/1984

 

TÉLÉVISION

 

(Salon attente G.)

 

Hier : appelé Françoise Dumas à l’Ina. Ai rendez-vous lundi prochain…

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Dernière séance de travail avec Jean : il a exprimé son inquiétude que le film soit pris comme « anti-arabe » et qu’on s’écrie « Bien joué ! » à propos de la manip montée par les services secrets français…

 

17/02/1984

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE » – SCIENCE – RÉFLEXION

 

Je reviens sur « L’image de Pierre ».

Sur le moment, après avoir réfléchi à ce qu’il venait de me dire, je lui ai répondu que le problème de la culpabilité était incontournable que, même si on l’annule « a priori », préventivement, on est bien obligé d’en supposer, d’en poser l’existence pour annuler la manipulation. Or un État ne saurait être « un état dame »… Un État ne peut pas, par définition, connaître la culpabilité.

Un État et, pour se référer aux catégories psychiatriques, un pervers qui ne saurait être hystérique.

 

La fin ne justifie pas les moyens.

 

Philosophiquement parlant, il n’y a pas de marche arrière possible (pas de culpabilité) pour un État qui intégrerait la manipulation du Désir du Sujet dans son projet politique.

 

Ainsi j’ai répondu à Jean que, quel que soit le but poursuivi par l’État (même faire pièce au terrorisme), ce recours à la manipulation du Désir n’est que la version dangereuse, parce qu’» insensée », de ce qu’il peut être pour un individu qui exprime là (jusqu’à l’erreur) une demande hystérique où la culpabilité, même si elle « n’arrange » rien, fait partie du paysage humain.

 

Cependant, depuis, j’ai commencé à lire « L’esprit et la science » (minute du Colloque de Fès, interdisciplinaire) : Laborit évoque le « courage d’agir par la pharmacologie ».

J’avais déjà, fugitivement, ressenti cette gêne à réitérer – même sur un mode nouveau (?) – cette vieille critique, réactionnaire, contre l’action de l’Homme sur son propre cerveau.

 

La seule réflexion rassurante que je puisse me faire, à cet égard, c’est que, de même que nous envisagerons désormais de parler de l’Amour « en creux » (ce n’est pas « ça », ce n’est pas la manipulation), de même je me dis que nous ne parlerons de la Science qu’en creux (ce n’est pas ça, ces méthodes désignant les erreurs à éviter…)

 

Mais ça fait beaucoup de « creux », beaucoup de négatif !

 

PROJET « MELISSA » – « LE DRAGON ROUGE »

 

Je me prends de plus en plus à croire à la réalité d’une possibilité de faire « Mélissa ».

 

J’attends lundi.

 

FEMMES – SALLY

 

Hier soir, Sally me proposait de la voir, mais au milieu de tous ses musicos…

J’ai dit non, que je voulais être seul avec elle.

Elle m’a dit, en gros, que c’était « à prendre ou à laisser »… J’ai laissé.

 

20/02/1984

 

PROJET « MELISSA » – « LE DRAGON ROUGE »

 

(20 h chez Jean)

 

Vu à midi à Bry-sur-Marne Françoise Dumas.

Réponse « définitive » (?) pour « Mélissa » dans un mois…

Je me prends tellement à y croire que tout à l’heure, avec Mathilde (avions fait des courses aux Halles, lui ai acheté ensemble blanc de printemps) : ai piqué une belle crise de larmes.

 

La dépression du succès !

 

21/02/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Chapeau = couvre-chef !

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Samedi soir : repas chez Marine et Christian.

En sortant, Mathilde disant que je devrais faire de l’exercice, pour « ne pas me rouiller si je veux draguer des minettes de 20 ans… »

Suite à ça : conflit entre nous. Malgré ses appels, je lui fais la gueule !

Discussion au lit. J’interprète : elle veut inconsciemment écorner mon pouvoir de séduction. Reflet de son ambivalence. La séduction que j’exerce sur elle la rend dépendante et elle veut fantasmatiquement (sur le mode de l’humour) briser cette dépendance (momentanément).

Elle met en cause cette tendance « interprétante » en moi.

Dit qu’en fait, c’est d’elle qu’elle parlait, de sa propre inquiétude…

Et de fait, à un moment, lorsque j’évoque le fait que je pourrais « draguer des minettes », elle me dit : « Je le sais bien : quand on n’était pas ensemble, tu étais avec une fille de 20 ans… »

 

22/02/1984

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Café place Gambetta – je mange un hot dog)

 

Passé tout à l’heure, rue de la Chine, devant le coiffeur. Reconnu Colette. Elle a détourné la tête.

Me suis arrêté plus loin, sous un auvent (il pleuvait).

Retrouvé en un éclair la souffrance bien connue et l’hésitation (aller la voir, « provoquer » quelque chose, essayer de provoquer.

Retrouvé l’indignation qu’elle puisse ainsi, pour des raisons « techniques » (la coiffeuse réussit bien sa permanente) revenir dans cette rue, si près de l’appartement…

 

Ce malheur qui me tend le cœur me laisse palpitant, cœur battant plus vite, troublé, confus (le monde autour devient absurde, « inaudible », incompréhensible).

 

Suis parti.

Téléphoné à Images de France pour vérifier si elle n’était pas là, si je m’étais pas trompé.

Effectivement, elle est en vacances. C’était bien elle.

 

24/02/1984

 

PROJET « MELISSA » – « LE DRAGON ROUGE »

 

Commencé à penser à Mélissa (: condensation)

 

Continuité scènes nécessaires à l’intrigue psy (hors scènes plateau) […]

 

 – Intro

 – Rencontre Melissa-Julian (incluant « leçon de maths » ?

[Démonstration par bande – témoin fil à linge + « vous avez trop peur… »]

 – Scène faux meurtre

 – Scène Melissa-Julian : soutien de Julian par silence

[Partie 1] (scorpion ?)

 – « Relecture » de la bande en régie

 – Repas : fausse révélation de Zoltan sur mère de Julian (placer là la « danse érotique » ?)

 – Rectification par S. : mère chassée par Zoltan

 – Scène Melissa-Julian (flûte)

 – Évasion Melissa et S.

(charnière ?)

 – Fausse exécution de S.

 – Charnière Zoltan en régie – envoie Mélissa chez Julian

 – Scène Melissa Julian. Mélissa persuade Julian de partir avec elle : il révèle vérité sur sa mère.

[Partie 2] (électrophone)

 – Julian vient délivrer Mélissa

 – Scène tunnel. Réémergence de S. Refus de Julian fuite. Meurtre S.

 – Scène le temps Zoltan-Mélissa-Julian ou Zoltan les libère (régie ?)

(Ellipse ?)

 – Suicide de Zoltan

 

Tout ça me paraît bien long pour une demi-heure !

 

Essai de minutage (non transcrit)

 

25/02/1984

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

 

Idée d’un type ( écrivain – scénariste ? ) qui met en scène l’acte d’écrire, qui le valorise, le « spectacularise » ( genre projecteurs sur la table, musique ( il écrit « en musique », chorégraphie le geste d’écrire ? ) Filme ça ?( vidéo ) et il choisit de garder dans le texte telle ou telle phrase parce que le spectacle de l’écrire lui parait beau ? ( ou bien on ne saura jamais ce qu’il a écrit ? Ce qui compte, c’est « l’écrivage » ? ( il existera, à côté, ailleurs, inmontré mais montrable, mais lisible ) le « livre du spectacle »…?)

 

27/02/1984

 

IDÉE – TECHNIQUE

 

Idée : une caméra géante, enregistrant une image géante sur un film géant.

Système optique inverse du réel : il agrandit l’image au lieu de la rétrécir

 

 

29/02/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Dernière séance (celle du lundi 27) :

(Je dors beaucoup, me réveille, idée pour me rendormir :

G. : « Vous replongez dans la magie de l’inquiétude… ! »

 

02/03/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – RÉFLEXION

 

Récemment : rêve où figuraient « les », « mes », trois femmes : Colette, Mathilde, ?…

 

C’est tout ce dont je me souviens.

 

PROJET « MELISSA » – « LE DRAGON ROUGE »

 

Hier, jeudi : appelé Pierrette Burg pour avoir des nouvelles. Elles furent mauvaises.

Je ne ferai donc pas « Melissa ».

 

Sur le coup : dur. La Mort. L’inéluctable.

Et le sentiment, confus, naissant, impalpable, que le calme est possible, l’acceptation, l’abandon de la colère. La force, le sourire, la Conscience…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Vu Colette à midi. Cette histoire est si simple, en fait…

 

07/03/1984

 

Quelques idées de ces derniers jours :

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

 

(En passant devant un magasin de pompes funèbres place Gambetta ) vu stèle avec inscription style « Toutes inscriptions à la minute » ou quelque chose comme ça  : « Gravure dans les plus brefs délais » un type pauvre ( copain avec le marbrier ) met ça sur la tombe d’un parent.

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

 

A partir réflexion Mathilde sur son enterrement : « Je ne veux pas qu’on vienne… » un mec, assez ambigu : « Vous faites ce que vous voulez. Si vous ne venez pas, je ne vous en voudrai pas… » Il meurt. Un parent ne vient pas. Mais ce parent se fabrique une suite : le mort, en fait, lui en veut, etc.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Je reviens sur les 2 dernières séances

 

(Celle d’aujourd’hui et celle de lundi soir) :

 

Lundi : J’exprime ma colère contre les femmes qui n’ont qu’à être « froufroutantes, poils au vent… » pour être désirées…

Lui : Fascination et fureur en moi contre cette toute-puissance féminine ( explication du couteau grâce auquel je m’ouvre une sorte de vagin ( il venait de me dire que ma colère était contre le fait qu’elles soient ouvertes ( peur qui s’empare de moi lorsque j’envisage de m’ouvrir au couteau).

 

Parlé aussi des enfants de Mathilde envers qui je me retrouve érotisé et haineux ( NE relié à Nini. Lui relie ça à nœud (cf. castration ?)

 

Parle aussi de ma peur permanente, de la sensation permanente d’un danger de mort.

Lui : « Vous doutez que je puisse comprendre votre peur et vous aider à la rendre accessible, supportable et utile… »

 

Commentaire du 15 avril 2018 :

 

Phrase magnifique et hyper-importante ! Ce doute explique, entre autres, que cette psychanalyse n’ait finalement (et malheureusement) pas abouti

 

Commentaire écrit à 71 ans

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Suis arrivé (en retard) en colère ( peut être équivalent ? en retard – en colère ? Sens de mes retards ?) contre Mathilde parce qu’hier soir elle s’est arrêtée brusquement de me sucer et m’a frustré de ma jouissance… (« Je continuerais bien, mais je suis fatiguée… ») colère en moi contre elle parce que, lors de notre rupture, elle est allée tout de suite avec un autre

 

En début de séance, je formule ça et je dis « C’est pareil pour toutes ».

Lui : « Vous en voulez aux femmes d’être des femmes : elles sont comme si, comme ça, elles sont toutes pareilles (= elles ont tout un vagin).

 

Je cherche à justifier mon attitude par une généralisation pseudo-rationnelle, je théorise, rationalise.

 

Mais j’ai craché : « C’est toutes des putes, toutes des salopes. »

 

Lui : « Toutes des putes, toutes des salopes : ça doit s’analyser. Pas se comprendre. « Comprendre, c’est par surcroît, en prime »

Autre intervention, dans le même sens) : « Votre envie de savoir vous gêne beaucoup »

 

  « On n’efface pas quelqu’un comme ça… » En fait, moi oui…)

 

CINÉMA – RÉFLEXION

 

Extrait de « Bhowani Junction » de Cukor : « Les seuls êtres qui peuvent affronter la réalité sont les imbéciles qui n’auront pas l’idée de se planquer dès qu’ils la verront… » (dit par un officier anglais à une métisse qu’il veut épouser et qui veut rester en Inde (parce qu’elle veut « affronter la réalité ») Elle dit : « Seuls les enfants arrivent à fuir la réalité. »)

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

À partir d’une « non-réponse » de Mathilde (pour cause de fatigue physique), je transforme cela en refus et ça se pose alors en termes, en effet (cf. séances précédentes), en termes de toute-puissance (« amour = deux despote tout-puissants qui s’affrontent »).

 

Problème = tolérer un refus.

Ne pas l’interpréter abusivement.

Est-il réellement l’expression d’un manque de désir ? Ou d’une hostilité ?

 

Le vrai problème, c’est que je veux la toute-puissance, je veux la position dominante.

 

Pourquoi est-ce que j’y tiens tant ?

Est-ce (seulement) parce que c’est agréable ?

 

J’entrevois (aidé par G.) que ça se relie au problème du pénis, du vagin, de la castration… À une peur.

(Cf. coups de couteau = « ouverture d’un vagin » = féminisation = seul moyen pour faire se lever Colette (se lever = érection = fantasme de Colette = homme (cf. G. (un jour où j’avais emporté couteau et l’avais rejointe devant école Krystelle. Je lui avais donné le couteau : G. : « Ça n’en fait pas un homme »).

 


En somme, il semble que je pense, aujourd’hui : « C’est mieux d’être une femme qu’un homme… ».

 


Symptomatique aujourd’hui, je n’entrevois de fin à ma relation avec Mathilde que si une femme me dit son désir et son amour.

 

Ça a un double sens :

 

1/ J’ai pris conscience de l’enracinement névrotique du besoin de la dérobade, de cette obstination à me retrouver dans une situation où, d’une façon générale, mon désir me rend malheureux.

Ça, c’est en train de se terminer (c’est le côté positif). Ça ouvre sur une manière de bien vivre mon désir (et ma relation d’amour).

 

2/ Côté négatif : c’est aussi, contradictoirement, une manière de fuir. D’éviter le dire de mon désir. Éviter la réalité où les choses sont rarement si nettes (une femme qui « tombe » amoureuse) (frappant, le mot : « tomber » – se relie à la toute-puissance. La « chute » de l’homme dans la Bible. Je dis bien de l’homme. Faire tomber = être une femme).

Éviter une réalité où il faut dire son désir. Se réfugier dans l’imaginaire, dans la magie.

 

C’est aussi – n’est-ce pas évident – le masque du désir d’être une femme, d’avoir le pouvoir d’une femme ! !

 


Reprise notes sur séance d’aujourd’hui :

 

 – Je parle de ma vie d’aujourd’hui avec Mathilde, disant qu’elle me satisfait, mais, en gros, que la relation névrotique me manque (à propos obstination sur le fantasme triangulaire). Je dis qu’il me faut du piment, que j’en ai mis (avec Colette) à coups de couteau, d’autobus, de poteaux indicateurs… etc.

Lui : « à coups de projections » (je relie ça au « Tu as souffert avec Colette, tu voudrais qu’on souffre comme toi. Je n’ai pas la même histoire que toi »

 

19h40. Mathilde n’est pas rentrée. N’a pas téléphoné de la journée.

Je me prends à « penser la rupture »… Colette aussi, c’était ça : « penser (à) la rupture… »

La vivre en pensée, en imagination.

C’est de moi qu’il s’agit, de mes rêves, de mes imaginations de rupture, de liberté, de désirs et je projette ça sur la femme…

Je lui prête (*) mes sentiments

(*: Et quand je m’aperçois que ce sont bel et bien les miens, je les lui reprends… – cf. Colette) (et ma « distance » par rapport à elle).

(Elle : « On n’efface pas quelqu’un comme ça… » En fait, moi oui…)

 

08/03/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Hier soir, 20 h… J’appelle Mathilde à Montreuil, car elle n’avait pas encore donné signe de vie (silence = signe de mort – parole = signe de vie).

Je parle froidement.

Elle s’en rend compte, me questionne. Je dis mon ressentiment pour la frustration de la veille. Elle me dit qu’il y a eu des cas où je me suis arrêté et qu’elle n’en a pas fait une maladie… Je dis que je n’étais pas alors en train de lui faire une caresse précise, qu’elle m’avait demandée… Elle convient qu’il y a en effet une différence.

Elle rentre discussion entre nous.

Directement ressentiment.

Le fond de mes griefs : qu’elle ne « s’abaisse » pas à demander (petite fille gâtée qui a eu les choses sans demander), qu’elle ne s’abaisse pas à la colère, à la jalousie (partie d’un coup de fil d’Élizabeth, nous invitant à dîner Mathilde : on « Elle me fait chier… » et moi : « Enfin ! Tu as mis du temps à formuler ta jalousie… »

Elle : « Peut-être que je veux donner d’autres preuves d’amour… »

Moi : « Sous les alibis de la tolérance, du respect de l’autre, il y a le refus de « s’abaisser » à des sentiments « indignes » de toi… »

 

En fin de compte, je fais un plaidoyer pour une attitude passionnelle…

 

Elle finit par reconnaître que « j’ai raison »…

Mais sur quoi ?

À part pour exhaler ma colère, pourquoi est-ce que j’ai parlé ?

 

En fait, j’ai voulu lui dire que j’étais passionné.

 

Là où je suis de mauvaise foi, c’est de ne pas reconnaître qu’elle l’a été, qu’elle l’est aussi.

 

Tout ce que je revendique a été présent en elle : la demande – la souffrance – la colère – la jalousie.

 

Finalement, je lui en veux de ne pas avoir été moi, c’est-à-dire de ne pas avoir magouillé inconsciemment pour me foutre dans les bras d’une femme et l’avoir regretté par la suite, en se livrant à des actes de colère et de jalousie exprimant un attachement pour moi.

 

(À un moment de la conversation : « Je ne pouvais pas être jalouse envers des femmes que je ne connaissais pas… »)

 

10/03/1984

 

CINÉMA – IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Idées pour « le » film :

 

Affiche avec visage de femme. Cette légende : « Cette femme est une salope. Elle m’a trompé, etc. »

 

(Symétrique)

 

(cf. « image de Pierre » = geste de Lucie) (peut être adaptable à « L’image de Pierre », d’ailleurs)

 

Affiche avec photo de Lucie et une bulle : « Pierre, je t’aime… » (affiches nombreuses dans un quartier où ils vont aller (cinéma, par exemple).

 

12/03/1984

 

VÉCU – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

J’éprouve beaucoup de difficultés à écrire sur la séance de vendredi.

Moments difficiles pour moi, ces derniers temps…

 

Séance de vendredi :

 

G. : « Qu’est-ce qui vous rend triste ? »

 

Réponse : ma mauvaise foi (mauvais croyant)

« Mauvais » procès intenté à la femme

 – De qui ? De votre père…

 

Phrase à terminer :

« Je lui en veux de ne pas être comme moi et… »

« et de ne pas être, moi, une femme… »

 

La femme qui saurait me calmer…

(cf. « Votre mère a dû être très démunie devant vos crises d’angoisse… »

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Résumé : j’en veux aux autres de ne pas être moi… (cf. histoire avec Jean M.)

Je parle du désir en moi d’identité (G. : « Vous n’êtes pas sûr de votre identité ? »)

Je parle de la tendance à rechercher des gens qui ont le même code que vous.

Lui : « Est-ce que vous comprenez que c’est ce qui fait que vous vous masturbez ? » « Strictement, il n’y a qu’une seule personne qui ait le même code que vous, c’est vous… » (cf. Woody Allen : « Se masturber, c’est faire l’amour avec quelqu’un qu’on aime… »)

(Je termine la séance sur la peur de rencontrer réellement mon double. Je comprends ici, tout seul, car je ne l’ai pas exprimé, que c’est une peur identique (!) à celle de la mort.

Jeu de miroirs = jeu de mort.

(Cf. « En ce moment, je me bute… » Oui : en ce moment, je m’accroche à la mort (cf. « Qu’est-ce qui vous fait peur en vous : votre vie, votre sexualité ? »)

 

Suis arrivé en retard par ce que : masturbation dans chiottes café de la rue Brunel. Je lui dis. Lui : « Vous êtes arrivé en retard pour vous sentir coupable vis-à-vis de moi… » Moi : « On ne peut pas vivre sans la culpabilité. Lui : « Vous êtes en train d’en faire l’apprentissage… »

 

Je me plains de ne pas être un bel homme que les femmes désirent, de ne pas faire les films que je veux, de ne pas attirer les amis Je lui dis : « À ça, vous ne pouvez rien ! » Lui : « Vous croyez ? »

 

13/03/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Compris seul, hier soir (en parlant avec Mathilde) pourquoi l’histoire avec Jean M. m’a tant touché et a pris une résonance universelle : parce que j’ai pensé que si un Jean se comportait ainsi avec moi, tous les Jean (gens) allaient en faire autant… !

 Il est comme tous les Jean… »)

 


Je sors du montage : mal au bras à force d’avoir dessiné en salle de montage (une forêt) (me fait penser au mal au bras en revenant des sports d’hiver avec Évelyne B. Paralysie. Castration).

Une grande fatigue me terrasse.

Je pense à cette fatigue que je ressens chez G..

Elle m’empêche de penser, de penser clairement, d’être conscient (conduit au sommeil).

Je ressens comme jamais les résistances à la prise de conscience analytique.

Fatigue et retour de la colère.

Ce matin : dans le métro. Une fille noire. Chapeau. L’air très hautain, pas un regard. Colère en moi contre les femmes inaccessibles.

 

Une terrible vague de colère.

Comme tout à l’heure. Colère en moi contre Colette qui m’apprend qu’elle a trompé L. ! Répétition d’une interrogation en moi : si elle ne l’a pas fait avec moi, n’est-ce pas parce qu’en fait je la fascine quelque part et qu’elle a voulu m’éviter ?

 

Je suis désormais conscient de bien des choses, mais je ne peux empêcher le ressentiment, la colère de me gouverner, par moment…

 

14/03/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ZELDA

 

Tout à l’heure : un lapsus qui me culpabilise : (dit à Mathilde à propos de Zelda : « Je voulais t’aider en l’abimant » (à la place de : « en l’habillant… »)

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Autre moment de la séance de lundi (après : « Vous en voulez aux autres de n’être pas vous… ») :

Moi : « On est seuls… ! »

Lui : « Non, on est uniques… »

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – sexualité

 

Le Désir chez la Femme :

 

On regardait au magnétoscope un film porno, Mathilde et moi.

Quelque chose l’excitait : la musique… C’était l’adagio d’Albinoni !

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’aujourd’hui mercredi :

 

Je me mets en colère parce que je crois le voir s’endormir (cf. les sommeils de Colette).

Lui : « Je me demande si vous n’aviez pas une mère qui ne respectait pas votre rythme, qui vous empêchait de dormir quand vous en aviez envie ou qui vous y obligeait quand vous vouliez être éveillé… »

d’où : tentative en moi de le faire dormir

pour :

 – faire écho

 – écarter la peur.

 

Je n’ai pas compris cela.

Lui : « C’est trop simple ! »

Puis : « C’est comme si vous doutiez parfois du sens des mots, de la logique des phrases… »

 

Je reste sur cette incompréhension.

 

Pourtant, il a précisé en me rappelant qu’au début de la séance, j’avais dit qu’il me faisait peur.

« Quelle est cette peur ? »

« De ce que vous faites passer en moi… »

 

FEMMES – DOMINIQUE

 

Aujourd’hui : déjeuné avec Dominique B.

À la fin, en la raccompagnant, j’évoque (in extremis) le fait que je désire Mathilde mais… (après avoir dit qu’elle = par opposition aux femmes « à la dérobade » – me désirait et me le disait), Dominique me dit alors : « Peut-être parce qu’elle te désire… ! Réfléchis à cela… » Je lui dis que j’ai analysé cette tendance en moi me mettre en situation d’être détruit et destructeur à cause d’un « trop grand désir » (cf. ce qu’elle avait ajouté : « Un trop grand désir tue le désir de l’autre… (Exemple d’un tableau trop vanté par un admirateur fanatique et qu’on a envie de découvrir soi-même).

Désir qui me pousse à tenir le discours : « Tu ne me désires pas autant que moi : je t’en veux… »

 

15/03/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FEMMES -DOMINIQUE

 

Parlé hier avec Mathilde du « choc du réel » activant la jalousie : la scène, à laquelle on est présent physiquement, d’un autre homme qui « drague » la femme avec qui l’on est, tout du moins dont on sent le désir qu’il a d’elle.

Je m’aperçois, à y réfléchir, que si la simple imagination d’une pareille scène provoque ma colère, c’est que j’y vois la réactivation, à mon corps défendant, du fantasme triangulaire qui m’est si familier.

Ma colère est le mode de participation à la scène qui révèle et utilise le fantasme.

Fantasme qui, comme je le sais désormais, est mis en place pour provoquer la colère et possibiliser (?) l’action calmante de la femme.

Ce qui est spécifique, là, c’est que le fantasme est activé par quelqu’un d’autre que moi.

C’est, avant même toute « mise en drame » que je puisse faire, la perte de contrôle à laquelle j’ai si souvent abouti. L’angoisse, le « désemparement » : quelqu’un d’autre s’est emparé de mon fantasme et le fait travailler malgré moi, contre moi.

Le fantasme vire à la réalité, économie faite de tout un trajet à travers l’incertitude d’une situation provoquée en conservant l’espoir de la contrôler.

À noter : la culpabilité, présente dans le système « classique » se réintroduit ici, dans ce qui possibilise l’angoisse : « Et s’il lui plaisait parce que je suis moins bien que lui… ? »

 


Réfléchi tout à l’heure au fait que si je suis actuellement avec Mathilde, cela est peut-être lié à ma haine des femmes :

J’ai (classique) mis une barrière entre Mathilde et moi afin de démontrer qu’elle ne m’aime pas assez pour la franchir. Je l’ai poussé à la « triangulation » afin de réaliser « le » fantasme.

Elle a fait ce que je la poussais à faire.

Ainsi elle a vérifié mon axiome : « Tous des salopes ».

La possibilité de survivre sans se détruire et celle de provoquer le désir (des autres) confirme que c’est la Femme qui a le pouvoir (surmoi).

(Ça a été mon tour de passe-passe pour placer Mathilde dans « la » position (pour moi) de la Femme : dominante.

Je peux ainsi la haïr (et me satisfaire d’avoir obtenu une issue satisfaisante, pour moi, au fantasme triangulaire, au prix d’une apparition en moi de la jalousie).

 

Symptomatique : c’est depuis ma « mise en ménage » avec elle qu’est apparue cette détermination en moi de « ne plus me faire avoir » par les femmes, de ne plus m’humilier par ledit de mon désir et d’attendre (?) que l’une d’elle exprime le sien (et de me satisfaire que Mathilde le fasse).

« Ça n’existe pas ! » a dit Dominique B.

 

C’est bien là que le bât blesse… (!)

 

Est-ce autre chose, cette « attente » que l’attente de l’Idéal, dont parlait G. ?

N’est-ce pas la croyance magique en un retournement pur et simple de la relation de dominance, sans rien changer à la problématique initiale, en la perpétuant, avec obstination… ?

 

Pourquoi mon désir m’apparaît-il comme si humiliant ? Comme si toujours l’échec… !

 

Pourquoi leur prété-je tant de pouvoir, à « elles » qui n’en ont pas » (de bitte ou de pouvoir ?)… ?

 

Je commence à toucher (!) du doigt (!) la peur que j’ai pu avoir de la castration et entrevoir combien a dû me paraître extraordinaire qu’elles puissent vivre « sans en avoir » ou plutôt, en « n’en ayant plus »… !

 

G. parle de ma peur d’elle parce qu’elle tienne mon pénis dans leurs mains.

Ai-je donc peur qu’elles veuillent me faire subir le même sort qu’elles… ?

 

TÉLÉVISION – ARGENT

 

Indemnisation ASSEDIC :

 

507 h ou 60 cachets sur les 12 derniers mois trois mois d’indemnisation mais cette allocation ne pourrait plus être servie avant deux ans.

1014 h ou 120 cachets sur les 12 derniers mois six mois d’indemnisation

 

26/03/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – MON FRÈRE RENÉ

 

Rentrés d’une semaine au ski, à Val Louron.

Pendant ce séjour : beaucoup rêvé.

Ne me souviens plus de mes rêves sauf d’un :

 

Je disais à mon frère René que je voulais lui parler de ma souffrance. Je passais dans une pièce à côté pour l’attendre. Il ne venait pas. Je m’impatientais et allais le chercher : je le retrouvais se faisant tailler une pipe par une fille (vue plus tôt dans le rêve, disant qu’elle baisait sans s’arrêter en ce moment). Il me faisait un signe, avec une mimique signifiant : « Je suis désolé mais : impossible de faire autrement… »

Je disais alors : « Bon, puisque c’est comme ça, je me casse… »

 

LECTURE

 

À lire : J. Cohen Solal : « Les deux premières années de la vie ».

 

29/03/1984

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Si j’étais si furieux contre Mathilde (de ce qui s’est passé après notre « rupture »), c’est que je lui reprochais de n’avoir pas été moi, et de ne pas l’avoir été en cela : chercher à se faire pardonner.

 

G. : moyen de séduction = revenir repentant, malheureux, humble, soumis.

 

Tellement clair aujourd’hui que c’est l’enfant qui revient pour se faire pardonner par la mère.

 

30/03/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Un souvenir de ma haine et de ma séparation du monde : les bals de Lorient (oublié, hein ?) : Et cette fille, dans ce bal, qui chantait à un garçon : « Fais-moi mal, Johnny ! » Il faut parler de ce sentiment d’inéluctable impossibilité de contacter le monde.

 


Le clivage (« Je me casse »), je le sens désormais en moi. Je le vois. J’éprouvais des sentiments et je ne le savais pas. Je le sais maintenant.

 

03/04/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Ne pas confondre la souffrance qui a besoin d’être dite pour être soulagée (cf. séance d’aujourd’hui où j’ai pleuré : je me sens mieux. Quelqu’un à qui parler) avec la souffrance que l’on projette en l’autre pour s’en débarrasser, en la refilant à quelqu’un, et se rassurer en le faisant semblable à soi – et gare à lui s’il ne marche pas, c’est le début de la méchanceté (de l’enfant méchant).

 

05/04/1984

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Notes sur scénario après lecture à Mathilde :

 

 – Laps de temps court

 – Comparaison avec XXX (?)

 – Opinion allait changer politique France mort inattendue = changement des choses

 

06/04/1984

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

(Suite de la note du jour précédent 05/04/1984) :

 

 – Si on avait assassiné Badaoui le monde entier aurait su que c’était la France idée de le faire mourir de maladie

(mais comment le faire passer dans le film)

 

08/04/1984

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Hier samedi, Colette est venue chercher ses dernières affaires.

Frappé, une fois de plus, par l’étonnante dominante de la contradiction chez cette femme.

 

Ressenti en moi – une fois de plus – la pulsion de comprendre. Incapacité d’accepter l’incompréhensible, l’inconnu, le non-théorisé, l’individualité.

 

La colère ne m’est revenue qu’une fois : lorsqu’elle m’a dit, alors que j’étais méprisant envers son inculture, le fait qu’elle veuille récupérer ses livres alors qu’elle n’a jamais lu : « Je sais ce que je suis mieux que toi tu ne sais ce que tu es. Ça ne sert à rien d’affirmer, tu as affirmé pendant cinq ans… »

 Ma colère est née de ce que je trouvais injuste qu’elle m’accuse d’avoir affirmé, moi qui me suis tant nié pour elle.

 

A part ça, à propos du choix entre acheter ou louer un magnétoscope, elle m’a demandé mon avis en m’appelant « Chéri… » Je l’ai alors regardée et lui ai demandé : « Quel jeu tu joues ? » -» Je ne joue pas, ça m’a échappé… »

 

Le reste du temps, j’étais plutôt agacé de sa désinvolture (elle a même appelé L. chez sa mère, à propos venue Maryse là-bas) elle a l’air d’être toujours dans la même merde familialo- conflictuelle. J’étais pressé qu’elle s’en aille.

 

16/04/1984

 

FEMMES – DOMINIQUE – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(Lundi)

 

Hier Mathilde est partie. Elle a pris l’avion. Je l’ai accompagnée. Elle allait chez ses parents à Narbonne pour la Pâque Juive.

 

Je me retrouve seul. J’ai téléphoné à Dominique B. qui m’a invité à passer chez elle hier soir. Avons longuement discuté à partir de son hésitation à accepter son désir.

 

Acheté, en flânant avant d’aller chez elle, un bouquin de Laing : « Soi et les autres ».

 

Il y est beaucoup question du « faux soi » (faux self).

 

La question des manœuvres multiples que l’on emploie pour « inauthentiser » l’autre m’obsède en ce qui concerne mes rapports avec Colette.

La question est : n’ai-je pas fait pression, de multiples façons, sur elle, pour qu’elle soit inauthentique et n’a-t-elle pas eu raison de me résister ?

 

Ainsi je me dis parfois qu’elle aurait dû me quitter, beaucoup plus tôt, si elle tenait tant à l’authenticité de sa personne et la sentait si menacée…

 

Mais puis-je lui reprocher de n’être, en fait, pas si forte que les apparences tendraient à le faire croire ?

 

Puis-je lui reprocher d’avoir été prise dans un réseau d’espoir en l’idéal, de manipulation subie et exercée, de faiblesses, de pitié, de culpabilité ?

 

Cette révolte, en elle, contre la « falsification » de son identité, s’est exprimée encore récemment, lorsqu’elle est venue ici chercher ses affaires : « Je sais ce que je suis mieux que tu ne sais ce que tu es… » En partie vrai, seulement.

 

Je n’oublie pas ce jour où elle m’a dit je ne sais plus les termes exacts, qu’on « ne connaîtra pas la Vérité »

 

Chacun est à la recherche de la Vérité de son Désir, elle comme les autres.

 

Elle, comme les autres, incapable de voir la part de manipulation inconsciente que comporte son attitude lorsque, se refusant à moi, après notre rupture, elle m’a quand même dit qu’elle avait « trompé » L. avec un moniteur de ski (qui, de surcroît, lui « faisait penser à moi » !)

Tout ça n’est pas innocent.

Oui, il y avait en elle une possibilité, une jalousie, une agressivité d’origine infantile (histoire de famille, sa mère, son père, ses frères et sœurs, L., ex-possession de Maryse annexée dans un geste de compétition, de défi, de culpabilisation…

Oui, en elle aussi, les désirs œdipiens, les comptes à régler, les utilisations.

 

Entre elle et moi : conflit à mort, qui se nous unissait vraiment.

 

Un conflit où, perpétuellement, j’exigeais, je reprochais, je punissais.

 

Me fondant sur une conception du désir comme force incontrôlable, qu’on subit, lui reprochant de ne pas la subir alors que moi oui.

 

Là est ma question d’aujourd’hui :

 

En est-il ainsi du Désir ? Ne peut-il en être qu’ainsi ?

 

Ce que j’ai toujours vainement attendu, c’est sa supplication. Réponse espérée, mais toujours déçue, à mon jeu de la fausse monnaie.

 

En étant arrivé là, ce que je remets péniblement en question, c’est ma tendance à m’en sortir en me disant que tout ça n’a été possible que parce qu’elle ne me désirait pas (*)

(d’où l’opposition providentielle avec Mathilde qui, elle, me dit tout le temps qu’elle me désire).

 

(*: Je parviens à la même conclusion avec Sally (que j’ai rappelée aujourd’hui pour, en fait, lui dire que si, elle, elle me demandait à me voir seul pour faire l’amour avec moi, j’accepterais et m’arrangerais pour qu’il en soit ainsi.

 

La Vérité est que cette conclusion est vraie, mais en partie seulement.

 

Il est vrai qu’une Sally, une Colette jouent sur le fait que les choses sont ainsi pour elles : elles sont objets du désir et non sujets.

 

Mais il est vrai aussi que Mathilde a su dire clairement que l’amour n’était pas acceptation de la souffrance (la supplication, installation dans le système : l’autre = cause et remède à la souffrance), mais découverte du plaisir (l’autre = générateur de plaisir).

 

Ainsi se fait en moi la démarcation entre l’extérieur (partenaires qui, objectivement, me désirent faiblement) et l’intérieur (mise en place par moi d’une situation fausse à laquelle l’Autre se dérobe pour ne pas se perdre).

 

Je pense, à ce point, au fait que mon désir pour Mathilde, moins intense que pour une Colette ou une Sally, est ce qui possibilise le contrôle par moi de ces mécanismes de création de « situations fausses », comme dit Laing.

 

Mais je m’avise alors que cette intensification du Désir, cette « mythisation » sur une femme, lieu de focalisation, de condensation pulsionnelle, est un moyen que j’emploie pour perpétuer ce jeu auquel je tiens trop (reproches – colère – culpabilité – souffrance – isolement).

 

Ainsi le Désir, et c’est la réponse à ma question d’aujourd’hui, est-il vécu comme une force mauvaise, un piège, un maléfice auquel on succombe.

 

La possibilité existe qu’il n’en soit pas ainsi.

 

Ça existe, le choix du partenaire.

Il est vrai que les individus sont tous différents.

Qu’on n’est pas le même avec une femme différente.

Et qu’une relation est donnée, très vite. Et qu’elle est immuable.

Cela dit, il ne faut pas non plus négliger le fait qu’on met du temps à connaître quelqu’un.

 

(16 h)

 

DONA – (AMIS) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Je raccroche d’avec Dona.

Pris le parti de lui expliquer le pourquoi de la distance que je veux prendre avec elle.

Elle me dit que ce n’est pas pour une raison « technique », que je suis fermé et agressif en ce moment. Elle finit par pleurer. Je m’excuse. Elle me dit : « On se rappellera une autre fois. »

 

Je pense aux larmes. Aux larmes d’une femme.

Combien j’ai voulu tirer les larmes à Colette.

 

(Et combien elle m’en a voulu de cette agression).

 

Qu’est-ce que je gagne à faire pleurer les femmes ?

 

C’est tellement mieux quand elles ne pleurent pas.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

(21 h)

 

Séance d’aujourd’hui : je dis combien il me paraît inconcevable qu’une femme à laquelle je n’ai pas envie d’être fidèle en ait envie, elle, au même moment.

G. : « Vous êtes en train de découvrir la différence des sexes… »

 


Cette séance : fait violemment reproche à G. d’avoir été un menteur, de m’avoir dit que Colette me désirait. Je dis que j’ai enfin compris que non.

Il répond qu’il pense qu’elle me désirait probablement « pas comme moi », d’une façon différente.

 

Il rapproche ça du fait que j’ai peut-être cru à un désir de la part de la « dame à la calèche » et que j’ai été furieux de découvrir qu’elle ne ressentait pour moi que de l’affection.

Il pense que j’ai accusé quelqu’un (?) (rétrospectivement) de m’avoir fait croire à ce désir, d’avoir été un menteur.

 

En ce qui concerne ce reproche, il me rappelle la vive peur que je ressentais à l’idée qu’il me conseille de la quitter (Colette), alors que je lui reprochais aujourd’hui de m’avoir laissé perdre du temps, laissé gâcher des années de ma si courte vie.

 

J’ai cependant exprimé la compréhension qu’il m’a laissé « vivre ma vie ».

 

Parlé aussi, à partir de l’incident téléphonique d’aujourd’hui avec Dona, de cette méfiance, cette fermeture au monde de ces derniers temps.

 

Posé la question de savoir si ce n’est pas un piège ultime de mon inconscient. Il semble que j’abandonne – à regret – mes mécanismes d’illusions pour mieux apprécier la réalité, non favorable à mes désirs infantiles, mais, en retournant, comme un gant, cet « illusionnisme » en « cynisme », est-ce que je ne fais pas que le proroger, par cette inversion équivoque ?

 

Quand j’ai parlé de mon « cynisme » (« Je suis méprisant »), il me dit : « Ça vous vient quand vous ne voulez plus être triste… » Je dis : « Oui, c’est une défense… » Il ajoute : « Mais vous êtes capable de ne pas rester dans cette position. » Je réponds oui.

 

À un autre moment (tout ça est décousu), je dis que ma question est celle du bien-fondé de mon procès au monde.

Il me dit : « Est-ce que votre intérieur est mauvais ? Est-ce que vos désirs sont mauvais ? »

 

Je dis que ce n’est pas ça, le procès. Que c’est le procès de la réponse du monde à mes désirs.

 

Pêle-mêle : je parle du « désir mythifiant », source d’un émerveillement que je regrette (lorsque mes désirs d’idéal me semblaient atteints), de choix de la partenaire (je lui fais là encore le reproche de ne pas m’avoir entendu lorsque je parlais des « gens faits (ou pas) l’un pour l’autre ».

Sa réponse : « Je ne sais pas ce que ça veut dire. »

Réponse que je critique, rappelant que certaines partenaires sont plus satisfaisantes que d’autres réellement.

 

Je parle de l’idée que ma culpabilité est au cœur du problème de ma vie et que, si j’arrivais à me sentir moins facilement coupable, mes relations avec les autres seraient meilleures.

 

17/04/1984

 

SOCIÉTÉ – RACISME – IMAGE

 

Jean M. me raconte que des membres du Ku Klux Klan ont été filmés arrivant en voiture, sortant des armes de leur coffre et tirant posément sur des manifestants antiracistes.

Procès. On projette le film à l’audience. Ils sont acquittés pour « légitime défense ».

 

Je pense à « Fury » de Fritz Lang. Je pense à l’espoir, la confiance de Lang dans l’image. Cette confiance est ruinée aujourd’hui. Peut-être jamais un « fait divers » ne m’a autant fait sentir notre époque.

 

Il y a de quoi réfléchir. On ne peut plus être optimiste. On ne peut plus croire.

 

Nous avons raison de faire ce film lucide.

 

La lucidité a remplacé la vérité.

 

24/04/1984

 

ÉCRITURE

 

Café de la Poste faisant foi…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Appelé Colette pour sacs.

 

À l’entendre, je me trouve ramené au centre des choses :

 

elle ne me demande (ra) jamais rien

(exigera parfois, restera muette, le plus souvent, mais ne me demandera rien ).

 

Je m’aperçois que la situation de base, extrêmement masquée, c’est moi cherchant à faire peur (G. en a parlé. Il a bien vu ça. )

 

Moi cherchant à faire peur à C. = elle ne marche pas ( Cf. les coups de ceinture, le couteau sous la gorge. Cf. ma jubilation les rares fois où elle s’est sauvée en courant devant moi.

 

Sinon « la » situation, c’est : moi la menaçant, écumant de rage, elle impassible, faisant front, ne me demandant pas d’arrêter de lui faire peur car dominant sa peur. Mathilde : pas besoin d’essayer de lui faire peur : elle a peur toute seule ! Au contraire, il faut la rassurer.

 

Ainsi je me suis retrouvé confronté à cette image de moi-même : un homme menaçant une femme assez forte pour lui résister jusqu’à la mort ! Quelle honte !

 


Ce qui m’a détruit, c’est cette attente… !

 

Et quel paradoxe que d’attendre quelqu’un qui est là !

 

C’est le mien. Attendre de lui autre chose, mieux encore : attendre de lui quelqu’un d’autre.

Il ne peut qu’être lui-même et il s’entend dire : « Ce n’est pas ça, tu n’es pas lui, tu n’es pas elle, tu n’es pas cette image attendue, espérée. Ton être réel ne me satisfait pas… »

 

Voilà bien encore une de ces « situations fausses », laingiennes… Comme : « Désire-moi… », « Sois spontanée… » ou « Viole-moi… »

 


Je retire des notes précédentes la conviction que le problème central de ma vie est la peur. D’où le désir fou de trouver un écho en faisant peur, pour contrôler, me rassurer.

 

Quand je remonte aux origines ( l’automne-hiver 78 ), et que je pense que le gauchissement de ma relation avec Colette a été son introversion, qu’il me faut quelqu’un qui me ressemble, quelqu’un d’extraverti, je me demande ensuite si j’étais si extraverti que ça

Je repense au jeu de la fausse-monnaie, que je jouais déjà, à cette peur des femmes qui l’originait.

Et je songe à quel point il est encore facile, aujourd’hui, que cette peur se réveille et perturbe tout mon comportement. J’en veux pour preuve la peur que j’ai à l’idée de rencontrer C. ( peur de me re-mettre en colère ).

 

Cette peur en moi, c’est bien la peur de ma colère, de ma pulsion destructrice, de mon désir de meurtre.

D’où le jeu consistant à mettre l’autre en colère, du moins à essayer. La demande que je cherchais à provoquer en C. c’est une demande traduite en colère. Si l’autre se met en colère, il n’est pas meilleur que moi et j’existe pour lui.

 

D’où mon étonnement à découvrir que Mathilde fonctionnait sur le registre du plaisir comme terrain de rencontre et non sur celui de l’affrontement, inéluctablement inhibiteur du désir et du plaisir. Car les détermination sont convergentes : il y a aussi le projet inconscient de saper son propre désir, de le miner de l’intérieur, de l’empêcher de fonctionner car il est culpabilisant, dangereux. Le désir, c’est de la dynamite psychique. Il faut lui couper la mèche…

 

25/04/1984

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

ON PEUT DÉSIRER SANS DÉPENDRE…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance d’aujourd’hui : En début de séance, j’exprime certaines idées contenues dans les pages précédentes. Il me parle de colère à son égard. Je pète. Il dit : « Pets = « colère ». Je le contre, lui disant qu’il veut me maintenir au niveau du « pipi-caca ». Il est blessé, en colère « Je suis là pour supporter tout ce que vous pouvez dire mais pas tout ce que vous pouvez faire… Et si vous persistez à faire la lecture de vos carnets ( je l’avais fait, lisant les notes du 24 ), et à péter au lieu d’associer, j’interromprai la cure »

Cela me fait un gros effet : peur – colère – tristesse – déception – sentiment de l’inéluctable, de la loi, de la mort…

Je lui dis : « Il ne vous est pas venu à l’idée que je pouvais péter parce que j’étais angoissé. » Il me montre que c’est de cela que je refuse de parler. En fin de séance, je dirai qu’il m’y a obligé Lui : « Vous êtes là pour ça » Moi : « Je le sais et c’est pourquoi les patients résistent… » Dit par lui au cours de la séance ( je lui ai dit que ma question, c’est : « Est-ce que vous avez peur ? Vous n’avez pas pu ne pas régler la question de la peur… » )

– « Vous voulez savoir ce qui m’émeut… ? »

– « M’a-t-on désiré ? »

– « Peur d’être abandonné comme un chien… »

(Après la menace de cessation de la cure) :

– « Vous avez peur de cette interruption et en même temps, vous vous demandez ce que je ferais si vous me provoquiez… »

 


IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

 

(18h15 écrivant scénario à la maison)

 

Idée : Un personnage s’ennuie. On est à l’intérieur. Par la fenêtre, envoie une scène dehors, ou un paysage (?).

2 personnages prend une télécommande et « change la fenêtre de chaîne »…

 

26/04/1984

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Hier est décidément un jour important : il faut noter aussi un problème avec Mathilde ce matin : « Restera-t-on ensemble ? » qui revient le soir. Je la rassure.

 

Mers carnets personnels depuis 1963