Carnet 27

Carnet 27 – Du 7 juillet 1982 au 8 février 1983

 

07/07/1982

 

VÉCU

 

(mercredi) 

 

Rien écrit. 

 

09/07/1982 

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Vendredi 0h30) 

 

Si différents le début de ce carnet et la fin du précédent 

Pourquoi 

Parce que j’ai revu Colette (passé trois nuits avec elle, après lui avoir ramené les affaires qu’elle me demandait…) 

Et parce que, alors que j’avais l’espoir que la relation se continue même sous une forme sexuelle, discontinue, elle a fini par m’avouer son « secret » (parce que je l’y avais obligée – une fois de plus – par des ébauches de ? : On »  lui a dit qu’elle se marierait et qu’elle n’avait pas le droit de refuser, que se serait sa dernière chance, que c’était le moyen qu’elle avait de réparer le mal qu’elle avait fait… 

Ceci après m’avoir dit qu’elle avait envie d’un autre enfant (et que si elle en faisait un, son plus grand regret serait qu’il ne soit pas de moi…) Ceci, c’était dans la nuit du dimanche 4 au lundi 5 juillet. 

Depuis, en moi : alternance de remise en cause personnelle (mon angoisse ? mon refus de voir l’évidence de son amour et le désir de la changer pour la faire ressembler à mon désir) et un sentiment nouveau : celui d’avoir été, d’une certaine façon, dupé, floué… 

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – FEMMES – LUCILE – sexualité

 

Depuis aussi : Fait l’amour avec Lucile pour la première fois (mercredi 7) 

Trois fois. 

Au fur et à mesure : montée de son activité. Orgasme qui m’a rappelé Emma (mais j’étais moins paralysé quoi que j’ai eu la nette impression qu’elle ne faisait pas vraiment l’amour avec moi...) 

Ai employé l’image pour décrire l’évolution à partir de la première fois ( où elle n’était pas encore prête) d’une vallée encaissée qui débouche, après un col, sur un paysage plus vaste, plus riche, où il se passe plein de choses ( vallonnements – ruissellements – rebondissements d’eau – végétation, etc.) et qu’elle me guidait dans ce paysage et que je la suivais… 

 

Aujourd’hui : Canot au Bois de Boulogne (pique-nique sur le canot.) 

 

J’étais angoissé et silencieux assez souvent (souriant aussi parfois et même rieur) mais souvent absent. (Elle l’a d’ailleurs senti : « Qu’est-ce que tu es pensif ! ») 

 

Je m’interroge là et je pense que c’est le trajet de ces deux ans d’analyse de m’amener à m’interroger ainsi 

 

Je suis silencieux et je sens un manque d’appétit en moi pour ? . 

Je me rends compte que c’est parce que je ne la désire pas vraiment. 

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Je repense alors à Colette, bien sûr et à mon « trop d’appétit »… 

Manque d’appétit… 

Trop d’appétit… 

Question là… 

Puis-je faire place à une relation amoureuse entre les deux 

 

 

« Un grand abbé plein d’appétit a traversé Paris sans souper… »

(devinette (?) charade (?) posée par ma mère)

 

VÉCU – FEMMES – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Ce soir dîner chez Paule. Il y avait là Mireille et une copine de Paule : Catherine… Angoisse en moi de ne pas plaire, pas tout de suite et pas d’une manière évidente… 

 


Angoisse, Toujours angoisse. Tous les moyens sont bons pour l’entretenir… 

 

SOCIÉTÉ – RÉFLEXION

 

Je note dans Libé un « fait divers qui me bouleverse : Gilles et Denise se suicident avec leurs deux enfants (Nathalie – 7 ans et David – 3 ans) en s’asseyant sur les rails du TGV… Denise a noté sur son carnet intime : « Comprendre n’est pas juger car lorsqu’on a compris, on ne peut plus juger… »

 

Commentaire du 21 juin 2019 :

 

Par la suite, Marguerite Duras a évoqué cela dans son  livre « La vie matérielle »

 

   Commentaire écrit à 72 ans

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Des « évidences », comme ça, me sautent à la gueule :

(des évidences qui sont des questions)

 

Je la frappais parce que j’étais déçu.

 

Déçu de quoi au juste ?

Qu’elle ne me « désire » pas ? – Comme je l’ai tant dit et proclamé – il me semble clair aujourd’hui qu’elle me désirait – à sa manière et à son rythme.

Là, il m’en fallait plus, plus fort, plus évident.

 

Qu’elle ne « manque » pas de moi ? Elle a manqué de moi mais n’a pas réagi au manque comme moi.

 

Qu’elle ne souffre pas ? Elle a souffert et beaucoup. Mais en silence.

 

Qu’elle ne me « demande » pas ? Elle m’a fait la plus grande demande qu’on puisse faire. Mais c’était profond et silencieux.

 

Je la frappais parce qu’elle n’était pas moi…

 

Conclusion de l’analyse. Irréfutable.

Qu’est-ce qui aurait fait que je ne la batte pas ?

 

Finalement G. a raison (bien sûr) quand il répond – lorsque je dis que d’elle j’attendais toujours quelque chose – « Ce que vous attendez, c’est l’idéal »

 

J’attendais d’elle qu’elle « corrige » le réel.

 

Je voulais que « ça vienne d’elle… » (le « baise-moi », les larmes, la souffrance, les supplications, la parole, les questions, les demandes de pardon, etc.

 

Désir d’un rapport de forces à mon avantage.

(Inversion évidente de la situation d’enfant, de la position qu’on occupe quand on est enfant…)

 

Je ne l’aurais pas battue ou bien si elle avait perdu totalement dans le rapport de forces ou bien si j’avais eu les moyens de dépasser cette problématique-là (id est si analyse terminée, mais autant dire que je ne l’aurais pas pu) Et si l’on me dit « Mais tu n’avais pas le droit de la battre… Tu n’avais qu’à partir si elle  te satisfaisait si peu…)

 

Je répondrai que je ne pouvais pas partir car je la désirais trop !

 

La machine que j’avais créée (avec son aide, au moins au début) c’est-à-dire la machine du rapport de forces jouait contre moi puisque j’étais perdant au jeu que je perpétuais et que cette perte, cette défaite, matérialisé par ses dérobades, ces « stations en retrait » décuplait mon désir donc accélérait l’engrenage et exaspérait ma violence… (cf. G. : « Vous la désirez parce qu’elle se dérobe… »)

 

VÉCU – FEMMES – LUCILE

 

(16h45)

 

Angoisse et culpabilité vis-à-vis de Lucile.

Elle m’a demandé ce matin par téléphone si je la désirais, j’ai répondu que non.

Je me sentais coupable de cette réponse, car je sentais que lui faisait mal…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Lentement, imperceptiblement, je recommence à vivre.

 

Vivre signifie me sentir suffisamment bien pour rayonner sur les autres, dégagé une bonne image (senti cela ce midi en déjeunant avec Hervé et Constance… Senti que Constance renvoyait de moi une bonne image).

 

Je sens pourtant toujours, bien sûr, tapi au fond de moi, le spectre de l’auto-dévalorisation qui m’a interdit de goûter l’amour de Colette et m’a crispé dans un rapport de forces perdu d’avance…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Je n’ose pas vraiment affronter l’idée de sa relation avec un autre, de sa stabilité avec un autre, de son harmonie et de leur mariage et de leur enfant…

 


Quand j’en ai parlé ce midi avec Hervé, il a parlé du côté classique du fait qu’après une rupture, l’un des deux se marie, disant que celui-là, à cet instant, est « candidat au malheur »…

 

10/07/1982

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – FEMMES – LUCILE

 

(Samedi 0h et quelque…)

 

Séance d’aujourd’hui :

 

Parlé du rapport sexuel avec Lucile.

G. montré clivage entre relation sexuelle satisfaisante et part de moi mécontente de l’image de mon corps, style « concours d’animaux performants » (comme il l’a dit) parce qu’elle ne me faisait pas tellement bander… »

 

(Je note que Lucile avait vu cela, du moins je le crois, quand elle m’a dit : « On dirait que tu veux réaliser une performance… »)

 

Autre moment : [Je parle aussi de la place à trouver entre non-désir et trop de désir.

Je dis que je ne me sens pas dépendant quand je ne désire pas et me sens dépendant si je désire une femme. Il ajoute alors : « Et vous lui en voulez… »

 

J’essaie d’échapper à ce regard sur moi en parlant de l’image que m’a renvoyée Lucile. G. montre que ça se passe « entre moi et moi… »

 

À un autre moment, je dis que je n’ai jamais douté de la jouissance de Colette, il s’agissait d’autre chose… (je reste en suspens là-dessus…)

 

Je parle de mon auto-dévalorisation.

 

Après cette séance, je réfléchis à ce problème de l’image de mon corps, c’est le sexe qui est la partie du corps concernée.

 

Mon problème, c’est l’affirmation de ma virilité (et mon « réflexe acquis », c’est de la mettre en doute…).

 

Il est temps que je comprenne que ces problèmes n’intéressent pas, ne concernent pas la femme qui en a, par définition, de tous autres…

 

Aussi, si je veux avoir une sexualité satisfaisante, il faut que je cesse d’essayer de me servir de la femme pour résoudre des problèmes qui ne sont pas les siens…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – FEMMES – LUCILE

 

Ce que je ne comprends pas bien, c’est que le non-désir et le trop de désir mènent à la même insatisfaction…

 

Que je constate l’ardeur de Lucile et ma non-ardeur ou que j’imagine Colette non ardente face à moi ardent, c’est le même résultat : je suis insatisfait.

 

Sans doute, la femme me sert-elle, dans les 2 cas, de prétexte : en 1/je ne la juge pas assez désirable, en 2/pas assez désirante…

Mais c’est bien à moi-même que je suis renvoyé dans les 2 cas…

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

En cours de séance, G. parle des différentes défenses, des différents moyens que j’ai pour éviter qu’on s’approche d’un domaine douloureux pour moi (si j’ai bien compris, c’est celui de la castration…) : théorisation, écriture ou lecture de ces carnets, irritation…

 

VÉCU – SEXE – FEMMES – LUCILE

 

J’oubliais de noter que cette séance a eu un prolongement, une sorte de confirmation pratique : je suis allé voir une prostituée (noire) rue St Denis. 

Pas pu bander. Ai dû renoncer. 

C’est loin d’être la première fois que je fais ainsi l’épreuve avec des prostituées, de ma non-érection… 

Après le rapport avec Lucile où je bandais mal avec une femme qui me désirait, autre épisode où je ne bande pas du tout avec une femme qui ne me désire pas… J’aurais pu prévoir avant d’y aller… Mon inconscient a voulu une défaite de plus… 

 

Je me suis senti, après ça, un peu comme aux pires moments avec (ou plutôt sans) Colette : Sentiment d’abandon et surtout auto-mépris pour moi-même, un type « qui a des problèmes sexuels… » 

 

Mais je surnage quand même… 

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – AGNÈS

 

Je suis rentré et j’ai « grignoté » (comme elle dit) devant la télé. Ai fait un de ses gestes à elle : me suis servi du vin dans un verre… 

Me suis senti bien là… 

(Ai compris qu’elle se sente bien, seule… qu’elle ne connaisse pas mon angoisse.) 

On était bien ensemble, souvent… 

Je me créais l’angoisse pour ne pas goûter ces moments-là… 

 


Chaque fois que j’ai ce type de pensée, je me dis : « Oui mais Agnès ? » 

 

Ce qui m’apparaît c’est l’énormité de ma culpabilité vis-à-vis d’Agnès, devant le fait que je l’ai abandonnée… 

 

J’ai voulu faire partager cette culpabilité à Colette. 

 

Cependant, il est vrai qu’elle ne l’aimait pas. (« Je ne détestais pas ta fille » m’a-t-elle dit la dernière fois encore qu’on s’est vus. 

 

Ni aimée, ni détestée. 

 

Cette neutralité n’aurait-elle pas pu me suffire ? Il y avait Krystelle et le problème du « père fictif »… 

 

11/07/1982

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

(23h30)

 

Je viens de réécouter une cassette de 90 minutes : enregistrement de conversation téléphonique entre Colette et moi (à peu près en février de cette année – l’une après un épisode ou je m’étais levé pour partir de la cantine d’Eutelsat : l’autre après la crise chez sa mère où celle-ci m’avait cassé quelque chose sur le dos – une autre un soir où elle avait voulu rester dormir avec Krystelle) :

 

Je comprends après cette écoute pourquoi G. a hoché négativement la tête quand je lui ai dit, lors de la dernière séance, que j’étais en proie à un sentiment d’échec.

En effet, je n’ai pas échoué avec Colette, j’avais ce que j’appelais sa « demande »…

Je demandais quelque chose que j’avais déjà

 

Commentaire du 21 juin 2019 :

 

Cf. Lacan : « En amour, on demande ce que l’on a et on donne ce que l’on n’a pas »

 

   Commentaire écrit à 72 ans

 

Mais il est vrai que ce que j’aurais voulu – au-delà de ma demande consciente -c’était qu’elle soit moi (qu’elle supplie, qu’elle implore comme moi).

 

Mais G. : « Ce n’est pas « mal » d’être soi. On est soi, c’est tout… »

 

J’aurais voulu qu’elle soit moi dans ma « demande d’assistance »-manipulation.

 

Mais les êtres libres, comme elle, indépendants, ne manipulent pas (cf. Hervé samedi après-midi) car ils ne veulent pas être manipulés.

C’est pourquoi ils ne demandent pas non plus assistance (« Pas besoin des autres ») ou en tout cas pas de la même façon que moi (demande qui se transforme en exigence d’assistance…)

 

Accepter de ne plus manipuler – me suffire à moi-même : voilà les 2 conditions qui me permettront une relation satisfaisante à l’autre…

Accepter aussi de demander (ce qui ne signifie pas exiger…)

 


Tout se décante, peu à peu, s’éclaircit.

 

La question aujourd’hui est : « Vais-je me détacher de Colette – ou : comment m’en détacher…. ? » Car cette liberté ou plus exactement cette « non-demande » qui me rendait fou à la fin, en fait, au tout début (j’ai relu les carnets du début), je l’aimais.

 

Mais justement j’aimais Colette, au début, parce qu’elle n’avait pas encore formulé sa demande (demande du mariage, d’un enfant, qu’elle n’a jamais d’ailleurs posée, par exemple, comme un ultimatum) car ce que je dois reconnaître aujourd’hui, c’est que je n’aurais pas voulu répondre à sa demande… Ma vie est ailleurs, faite autrement. Je ne suis pas l’homme du foyer et de la stabilité.

Du moins pas encore (trop de problèmes à régler) et, de plus, une fois réglés mes problèmes de dépendance, de jalousie et d’infériorité, je m’apercevrai peut-être que ma nature n’est pas celle-ci.

Je n’ai pas à me détacher d’elle. J’ai juste à voir clair. Je n’ai pas à me détacher de Colette… Je n’y suis pas attaché. Ce n’est pas elle que j’aimais, c’est une ombre, un mirage, une illusion…

 

Cette part stable d’elle-même, qui apparaît dans son thème astral (reçu récemment d’Anne-Marie Q.), étant contredite par un désir de liberté et d’aventures, cette contradiction provoquait en elle comme en moi une dérobade qui engendrait le rapport de forces et le déchirement qui convenait bien à mon masochisme (et aussi au sien).

Jouissance dans la souffrance. (Cf. G. : « Vous êtes d’accord pour jouir l’un de l’autre… »)

Mais nous n’aimions pas, ni l’un ni l’autre, le fond de notre personnalité. C’est à dire que nous ne nous aimions pas pour ce que nous étions. C’est à dire que nous ne nous aimions pas… 

 


C’est dur d’admettre cette idée, qu’elle ne m’aimait pas (alors que j’ai été flatté par ses mots : « Je n’aimais pas, avant toi. Je croyais aimer… » 

 

Eh bien avec moi aussi elle a cru aimer… 

 


Peut-être que non. Peut-être que je projette. Car c’est moi surtout qui ai cru l’aimer… (alors que je ne l’aimais pas pour ce qu’elle était et voulait la changer…) 

 

Alors qu’elle savait, au fond d’elle-même, qu’elle ne pouvait pas vraiment avoir confiance en moi et qu’elle m’a aimé quand même, comme ça, sans se faire d’illusions. 

 

Là, en fait, je ne sais pas. Elle aussi s’est fait des illusions. Si elle avait su que ma vraie nature est l’inconstance, elle ne l’aurait pas accepté. Ses illusions, je les lui entretenais. 

 

Je préférais qu’elle croie m’aimer plutôt qu’elle ne m’aime pas… 

 

Elle se doutait de ma vérité, mais sans vouloir vraiment y croire… 

 

Disons qu’après avoir essayé de me changer, elle y a renoncé, se sentant écrasée par moi, s’enfermant dans une résistance désemparée à mes tentatives de domination/manipulations – et n’essayant donc plus – ce qui est logique – de me manipuler de son côté… 

 

Mais ayant découvert les aspects négatifs, névrotiques de ma personnalité, elle est quand même restée avec moi assez longtemps. 

Cela dit, elle est partie assez souvent et j’ai été assez souvent à l’origine de ses retours… (disons fifty-fifty…)

 

13/07/1982

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – agnès

 

(0h40)

 

Séance d’aujourd’hui 

 

Je parle de la jalousie, disant : « Je ne peux m’accorder à moi-même ce que je refuse à l’autre… » ( id est l’infidélité ) 

Il dit : « C’est ça, la masturbation… » 

Je suis étonné, essaye de comprendre : « Faute de tromper, je me masturbe, je fais un compromis ? »

Elle ( lapsus d’écriture !) Il dit non. « Vous le dites : se masturber, c’est s’accorder quelque chose qu’on refuse à l’autre… » 

Je reste songeur, disant que je ne mesure pas encore les implications de ce qu’il me dit… 

Ce soir, je me dis : oui. C’est pour ça que la masturbation, je la vis dans la culpabilité : je m’accorde la jouissance que, ce faisant, je refuse à l’autre…

 


 (8h20)

 

Je viens de me lever, mais je suis réveillé depuis assez longtemps.

Agnès dort, de l’autre côté du mur (je suis assis près du téléphone sur cette banquette de bois que j’ai construite moi-même. En appuyant ma tête contre le mur, je me laisse aller vers Agnès…

C’est drôle, ce salon vide. Habituellement je le regarde et, y étant seul, je m’y sens seul…

Aujourd’hui, je sais qu’il y a quelqu’un dans la maison, Agnès, et je suis à la frontière entre me sentir seul ou pas…

 

Ce matin encore, forte envie de l’appeler.

Lu hier soir et ce matin : « Tous des phallocrates » de Claudine Béja. Livre plus intéressant que son titre, que je trouve déplacé par rapport au contenu. Elle parle un moment d’un amant marié qui lui annonce que sa femme est enceinte. Pourtant lui avait promis de finir leur vie ensemble… « J’ai été flouée par un embryon… » écrit-elle.

Mes entrailles se sont serrées en lisant cela.

Eu envie de photocopier la page et de la lui envoyer…

 


Je viens de fermer ce carnet, de le poser puis de le reprendre. 

 

Moments de désarroi, de solitude, de manque, puis moments de force, d’autonomie. 

 

Ça se succède en moi. 

 

Chaque matin. Un nouveau matin. 

« Everybody wants to live together… » (A la radio.) 

Together? 

« Why can’t we live together? » 

Quel sens : « Together ? » 

Together à deux 

Together, nous tous, tous les êtres humains 

 

Tous ceux qui voudront bien être « together ? » 

 

Cette chanson m’a toujours rendu triste. 

 

Je pense aux boites où je danse. 

 

Toujours dans une angoisse, même légère. 

Jamais le véritable oubli, le véritable « éclatement », comme on dit. 

Elle oui. 

Moi non. 

Accepter l’inexorable de ça.

Différence. 

Pour certaines choses, elle oui ou non, moi oui ou non…  

 


NOTES CAPITALES 

 

Je reviens du garage où j’ai amené la voiture… 

Revenu à pied. 

Résisté : au prix d’une lutte incroyable, à la tentation de l’appeler… 

Me suis arrêté devant chaque cabine, sur le chemin… 

Ai encore le souffle court, l’estomac qui brûle… Grande fatigue. Je marchais à grand peine. 

 

En fait, elle me désirait… au départ. Il n’y avait pas  de lutte en elle, au départ… 

 

J’aurais voulu qu’il y ait lutte en elle contre son désir et la répression du désir et qu’elle succombe au désir, qu’elle ne puisse pas faire autrement que m’appeler au téléphone, me courir après, me supplier etc.

 

Or cette lutte, c’est en moi qu’elle est… (J’insiste sur le présent car c’est encore vrai – Problème de la « promesse » aux femmes.) 

 

C’est donc bien vrai que j’aurais voulu qu’elle soit moi 

Deux points font question cependant 

 

1 – N’y a t-il pas eu en elle aussi répression du désir… ? (La méfiance à mon égard, au début, basée sur la perception de mon inconstance, fonctionnent comme prétexte, support. 

D’où la perception par moi de son silence comme cachant des arrière-pensées (relu carnets du début : ses dérobades, je ne les inventais pas… Quand je la pressais, elle sortait du silence pour me dire ses frustrations sinon ses refus…) 

 

2 – La désirais-je assez pour répondre à sa demande (de mariage) ?

Question en moi. 

 

En fait on peut peut-être répondre globalement aux questions 1 et 2 : c’est parce qu’elle a senti que je ne la désirais pas assez pour l’épouser (réponse à question 2) qu’elle a réprimé son désir par des hésitations et des refus (réponse à question 1) Avec un autre homme, résolument décidé à l’épouser, elle n’aurait pas réprimé son désir et ne serait pas entrée dans le jeu des hésitations et des refus, c’est à dire dans le rapport de forces… 

 

Voilà la vraie réponse à notre histoire, au mystère de notre histoire. 

Cette reprise n’est pas, bien sûr, du domaine de l’absolu, elle est relative, relative à 2 êtres humains, elle et moi.

 

Cependant… Cependant… Il y a son thème astral, qui confirme cette gigantesque (rarissime, a dit Aline Gagnaire…) contradiction entre son désir de stabilité et son désir de liberté.

 

Ce refus de la stabilité, cette répression du désir l’enchaînant à un homme (relu dans les carnets : « C’est dur d’appartenir à un homme… ») elle n’est pas nouvelle (« Ça a commencé quand j’avais 17 ans » m’a-t-elle dit récemment au téléphone « J’aurais pu (conditionnel) être quelqu’un de simple et fidèle… » (mais elle ne l’a pas été… Elle a bien trompé O. avec C., C. avec Georges et François, couché avec François en juin et avec d’autres en juillet 78, elle a bien eu envie de me tromper avec François et l’a bien fait avec Christian… Bref… !)

Donc cette contradiction désir de stabilité-désir de liberté, va-t-elle la trancher miraculeusement, d’un seul coup, aujourd’hui (ou demain) aux alentours de la trentaine ?

C’est peut-être précisément parce qu’elle a la trentaine qu’elle le fera…

 

Cela dit, je pense que le « Roberto, tu es le premier et le dernier… » reste vrai.

Qu’elle savait ce qu’elle disait, qu’elle ne renoncerait pas deux fois ainsi à son désir de liberté… (je parle de la liberté intérieure de l’investissement affectif en tant que mise en dépendance).

 

Aussi, ce ne sera pas, ce ne peut pas être un mariage d’amour

 

Ainsi conciliera-t-elle stabilité et liberté (intérieure)…

L’homme qu’elle épousera sera le Père de ses enfants (et le sien)…

 

Autre possibilité : que son désir de liberté l’emporte sur le désir de stabilité et qu’elle ne se marie pas… 

 

Faire un enfant avec un autre homme 

Je la vois quand même, mal faire ça. Car elle sait qu’un homme a des droits sur son enfant. 

C’est vraiment, à travers l’enfant, s’enchaîner à lui… Surtout, tout ça après Krystelle… 

 

Je suis vraiment dubitatif… 

 

Je suis bien en peine pour prévoir l’avenir… 

 

En relativisant, une fois de plus… Avec un homme – lequel Qui sera t-il ? – peut-être pourra-t-elle avoir cette existence simple qui est un des ses possibles… 

 


J’ajoute ici une idée que je n’avais pas notée. : il y a un désir en elle de refaire son passé, de remonter à la source, au moment où elle aurait pu, « normalement » se marier et avoir des enfants… 

Mais moi j’avais déjà, comme elle, un passé. Ce passé (matérialisé par Agnès) interdisait l’opération magique d’annulation du réel inscrit dans le temps et la « réécriture de l’histoire… » 

 

Il me semble maintenant qu’il ne me manque plus beaucoup d’éléments pour comprendre ce qui nous est arrivé… que je l’ai compris… 

 

D’ailleurs ce matin, assis à la table ronde du salon. Agnès assise en face de moi, lisant ses bouquins de jeux, je me sens apaisé… 

 

Il y a toujours en moi l’idée de la contacter mais autrement, à coup sûr, que je ne voulais le faire tout à l’heure, d’une cantine, dans la peur… 

 

Je voudrais (peut-être) lui faire partager cette compréhension. 

 

Mais, en fait, à quoi cela peut-il lui être utile ? Voilà une question… 

 


Pour l’avenir, problème en moi… 

La Peur… 

La peur devant la femme… 

Peur de quoi 

Peur de mon désir 

Peur de la perdre, si je m’attache à elle, par mon Désir et si elle, elle cesse de me désirer 

Affronter cette idée que l’on peut cesser de nous désirer… 

Ne plus vivre par le désir de l’autre… 

 

La réponse à la Peur me paraît ne pouvoir être que relative… 

 

Repenser à la Peur, au retour de la Peur en moi, me dés-apaise… 

 

Je sens, par exemple que j’ai toujours peur de Colette. 

 

Mon identité dépendant de l’autre (cf. : image de mon corps qui me fait problème, problème que je projette en l’Autre), j’ai peur de l’Autre parce que peur de perdre mon identité. 

Dans ce schéma, détruire l’Autre est un moyen (fantasmatique) de récupérer mon identité ( ?) ( Je ne suis pas du tout sûr de ça.) 

 


 (Ou de me détruire à travers lui, puisque mon identité s’est liée à lui. Ce qui serait la Pulsion de Mort à l’œuvre…) 

 


Lequel des deux le premier a commencé à réprimer son désir ? C’est a peu près simultané. 

 

Je me demandais à l’instant comment, après mes infidélités successives (fin 78 – juillet 81 – Automne 81), elle a continué à revenir. 

En fait : fin juillet 81 elle m’appelle… me demande si je l’ai trompée. Série de péripéties. Nous avons voulu reprendre tous les deux

Automne 81 : idem puisqu’il y a eu son « J’ai envie de toi » pour le baptême de la petite puis le dimanche mon insistance alors qu’elle ne voulait pas me revoir. 

 


Étrange journée. Désir si fort de l’appeler, ce matin… 

Et tout à l’heure, elle m’appelle, disant qu’on l’a appelée deux fois au téléphone, sans parler… M’appelle pour ça. (ne croyait pas vraiment que c’était moi.) 

Dit au passage, que c’est aussi par désir… dit qu’elle aurait pu ne pas le faire. 

Parlons de choses concrètes. 

Je termine en disant que je l’aime et que j’ai réfléchi, m’aperçois qu’elle s’était vraiment donnée à moi au début et que j’ai gâché ça, que je porte la plus grande part de responsabilités, même si je ne pouvais pas faire autrement parce que je n’avais pas les mêmes armes que maintenant… 

Elle dit « Je pense, tu t’en aperçois à retardement… 

Me souhaite bonnes vacances, on raccroche. 

 


Je réfléchis et la rappelle pour dire que je me suis chargé, mais que les responsabilités sont partagées. Elle dit que je veux me déculpabiliser… Je dis que je ne veux ni la charger, ni me décharger. Elle dit qu’elle sait ce qu’elle doit penser. Je lui dis qu’elle est agressive. Elle dit que : c’est vrai que j’ai bousillé beaucoup de choses et que c’est facile, que maintenant je suis à l’aise… 

Je dis que non. 

On raccroche. 

 


 (19h40)

 

NOTES CAPITALES 

 

Je suis rentré tout à l’heure. Message d’elle me demandant de la rappeler. 

 

Je le fais. C’était pour s’excuser d’avoir été dure. 

 

Mais très vite, elle le redevient. 

Moi, je parle pour me défendre. 

 

Elle réfute mes défenses. 

 

Me reproche, avant et après elle, d’être prédisposé à souffrir. 

D’avoir manqué de force. 

D’avoir profité d’elle. 

De l’avoir flouée. 

 


C’est sa conclusion. Et aussi, pour la suite : Quand je me serai vraiment détachée de toi, ce sera fini… Sans retour. » 

 


J’ai le sentiment, après ce coup de fil, que, d’abord, bien sûr, c’est effectivement sans retour possible de son côté. 

Mais aussi le sentiment qui se fait jour c’est que c’est maintenant à moi de renoncer vraiment à elle

Définitivement. 

Pour la vie, avec ce que ces mots contiennent de l’idée de la Mort… 

 

Moi je sais que je ne suis pas coupable

 

J’en ai assez de porter cette culpabilité sur le dos. 

 

Il faut me dire qu’entre nous deux, il ne pouvait en être autrement que cela a été. 

 

Elle, aujourd’hui, reste dans le rapport d’agressivité – culpabilisation. 

 

Ras le bol de ça. 

 

Passer à autre chose, avec les autres. Avec elle : plus possible. 

 

C’est à moi maintenant de dire « ça suffit. » 

 

Pas parce qu’elle m’y force, par le fait qu’elle est partie. 

 

Faire le choix. 

 

Et d’abord : arrêter d’écrire ici. Du moins d’écrire comme ça. Cette écriture-là.

 

Je me parle ici, à moi-même, m’accusant, me défendant devant un tribunal imaginaire. 

 

J’en prends conscience. 

 

Je perpétue ici des procédés de défense. 

 

Pourquoi ne pas écrire ici mes fantasmes 

 

Pourquoi ne pas me faire plaisir 

 

Je m’interdis le plaisir… 

 

Il y a toujours quelqu’un (qui ?) à qui je me sens contraint de rendre des comptes. 

 

Et maintenant, elle trouve son compte dans la colère, dans le ressentiment, dans la condamnation posthume… 

 

Comme Jocelyne. 

 

Ce qu’elles veulent, c’est posséder un homme. 

 

C’est bien ce rapport-là qui est en question. 

 

Je sens la tentation, en moi, aussi, de la colère. 

 

Quelque chose en moi, né dans l’analyse me dit que sans que ce soit pour des raisons morales, ce n’est qu’une solution première, immédiate (à laquelle des millions de gens demeurent) mais qu’il faut m’orienter vers une autre solution… 

 

Chemin de la Sagesse. 

 


Intervention de G. qui me revient en ce moment, très fort : « Vous avez besoin de promettre quelque chose quand vous rencontrez une femme… » 

 

Effectivement. Toujours ce besoin de promettre. 

 

Ne plus promettre. 

 

Pour l’instant. 

 

Et l’idée qui me vient, pour en revenir à notre relation, Colette et moi, c’est que, s’il est vrai que je n’ai pas eu les moyens de tenir mes promesses, elle non plus, après tout. 

 

En tout ça, pas avec moi. 

 

Avec un autre peut-être… 

 

Et encore 

 

Mais ça c’est son problème. 

 


Je tiens encore à noter qu’elle m’a reproché de n’avoir pas tenu ma promesse à Agnès de ne pas la revoir… 

Ce qui est sublime 

Ainsi cela signifierait qu’elle aurait préféré ne pas me revoir et qu’ainsi ma promesse soit tenue. 

 

Je lui ai répondu que je tenais ma promesse puisqu’Agnès n’était pas là (et là, j’ai bien compris qu’en effet ce qu’Agnès me demandait, c’était de ne plus voir notre violence.) 

 

J’ai ajouté qu’Agnès était une enfant et qu’elle l’avait trop oublié… 

 

Et c’est vrai. 

 


Nom d’un chien ! C’est vrai que je ne cesse de me défendre 

 

Merde. 

 

24/07/1982

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

(Quiberon. Bistro : « Le Rallye ») 

 

Depuis dernières notes 

Elle m’a rappelé (le 14 juillet) me disant que la veille au soir, elle m’avait appelé (mais je n’étais pas là. Allé au bal des Pompiers avec Paule et copains…) pour aller voir les feux d’artifice. 

Elle exige son thème astral tout de suite. Je refuse, lui disant que je l’enverrais de vacances… Elle menace de venir « avec deux personnes » Je lui dis « ça suffit… » 

Je mets quand même Agnès à l’abri, chez Paule et reviens faire les bagages car nous partons le lendemain à Quiberon. 

Mais rien ne se passe… 

À Quiberon, j’interroge le répondeur (le lendemain de mon arrivée  message d’elle : « Je voulais te dire que je suis stupide. Je veux bien lire tout ce que tu auras écrit… » (Car elle avait refusé.) 

 

Je lui envois son thème avec un mot : « Tu peux m’écrire, si tu veux… » Elle ne m’écrit pas mais sur le répondeur me lit une lettre écrite et non envoyée, que je transcris, mot pour mot 

 

« Roberto, 

 

Quoi te dire ? Tu as raison : les mots et moi… Pourtant je prends ma plume, me laissant aller à te dire ce que mon cœur me crie de t’écrire… 

Je pense à toi. Tu me manques beaucoup et tout comme toi, je regrette… C’est tant de souvenirs qui défilent. Comme pour me faire mal et me dire : « Tu vois, tu l’as voulu et bien supporte touts les (…)

 

Commentaire du 09 septembre 2015 

 

Ici s’insère sur une page à part une liste des sujets à aborder dans mes discussions avec Colette, dont je ne comprends plus que quelques-uns aujourd’hui

 

   Commentaire écrit à 69 ans

 

L’expression du désir

La force, la fragilité

La vitrine. La robe bleue (moments pour soi seul)

Celui qui a commencé

J’ai su que je serais enceinte

Marilyn Monroe

Le clitoris

15 jours sans masturbation

L’insécurité pour moi

Plus la même 4 ans après…

Lire le même livre

Mère : ce n’est pas ton père (à toi de le lui dire)

Est-ce que tu te parles ?

Les autres femmes (?)

« Ne me fais pas te supplier. Je ne le ferai pas… »

Les roses de Marie Cardinal

J’aurais voulu que tu me dises comment tu remplissais nos séparations

 

Suite de la lettre 

(…) conséquences… « Oui, je les supporte, plus encore j’ai mal et je vis… 

Mais, avec toute la force que tu me connais, je lutte et serre les dents en me disant que demain tout ira mieux pour moi… 

Je pense à toutes les lettres que tu m’as écrites comme cela… Comme je t’ai fait souffrir ! J’espère que tu me pardonneras un jour… 

Bien plus encore, j’aurais tant de choses à te dire mais il est trop tard… 

Je t’embrasse. » 

 


Après cette lettre-message j’hésite. 

Je commence à lui écrire une lettre-fleuve (12 pages) encore inachevée… 

Je pense aussi ( et c’est ce que je fais) à me taire, lui laissant, l’obligeant à l’initiative, de la suite ces choses : Ou bien ce manque de moi est trop fort et elle « craque »… ou bien c’est la rupture définitive, si elle tient bon et je m’en tiens à son « c’est trop tard »… 

 

Je suis comme un bateau dans la tempête, qui craque de partout. 

 

Je traverse des moments de tristesse profonde, de dépression sans connaître vraiment la contre partie : des moments de joie réelle et profonde. Je m’accroche au rêve et ne veux pas admettre d’y renoncer… 

 

Je perçois, plus nettement que jamais, sans quelle alternative je suis : rêve ou réalité. Mais mon problème est de dépasser la déception. D’admettre que la réalité est à la fois cruelle et agréable. Que j’ai un problème d’adaptation

 

Nécessité aussi de m’admettre, moi… Quitte à m’opposer aux Autres. De maintenir dans mon intégrité. 

 

Problème à la clef : la solitude (torture et refuge.) 

L’impuissance (problème de l’autocastration…) 

 


G. m’a dit, alors que je lui disais : « J’attends toujours quelque chose de Colette… » « C’est l’idéal que vous attendez… ? »  Faire avec cette certitude que l’Idéal n’existe pas… 

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES

 

Rêve d’il y a quelques temps :

« J’étais dans la maison de ma famille (pourtant je ne la reconnaissais pas). J’avançais dans une sorte de couloir, en présence de Maman, en chantant (de l’opéra, je crois, ou quelque chose d’aussi lyrique) et en écartant les meubles au fur et à mesure de mon passage.

J’arrivais au bout de ce couloir, à une dalle ouverte, donnant sur la crypte où étaient inhumés les ancêtres de la famille. Maman me disait : « Tu n’es pas obligé de chanter devant, si tu as peur… »

Je lui disais : « Si, mais alors il faut que j’aille allumer la lumière pour voir… » (notion d’affrontement de la Peur). J’allais allumer la lumière… »

 

Je me suis réveillé là, dans un sentiment de peur.

 


Un autre rêve :

 

« D. était assis sur un canapé. J’allais à lui et lui tendait la main, dans un esprit de réconciliation. Il la refusait… »

 


 (Noté, en relisant carnet de fin 78, combien mon histoire avec Colette s’entremêlait à mes démêlés avec d’autres personnes (dont D. – Stéphane – Bertrand…)

 

26/07/1982

 

PROJET « L’IMAGE DE PIERRE »

 

Ce qui m’est revenu, ce sont les mots d’Aline alors que je disais que j’étais metteur en scène, même dans ma vie : elle m’alors justement fait remarquer que je faisais des films dans ma vie parce que je ne pouvais pas faire de film sur pellicule

Et, de fait, depuis deux ou trois jours, je me suis remis à l’écriture de « L’image de Pierre » et je ressens un grand bien-être…

Je suis d’un tempérament obsessionnel (pour l’instant du moins) et j’ai besoin d’avoir une obsession à entretenir…

Ces jours derniers, j’ai changé d’obsession

 


Long temps d’interruption…

 

Commentaire du 21 juin 2019 :

 

5 mois d’interruption ! Un temps qui, à ce jour où j’écris ce commentaire, ne s’est plus reproduit qu’en 1988, lors de la maladie puis de la mort de ma mère, ce qui est très significatif car, transcrivant et relisant les notes concernant mon histoire avec Colette, je me suis dit qu’il fallait que j’indique au lecteur (hypothétique et éventuel) comment je vois aujourd’hui, avec le recul, toute cette folie entre Colette et moi : je la vois comme un revécu de mes difficultés dans mes rapports avec  ma mère, rapports faits de l’attachement d’un enfant ultra-sensible et son rejet violent destiné à échapper à la dépendance générée par cet attachement. Cela créait un « double bind », une injonction contradictoire, facteur bien connu de troubles psychologiques graves. Ce passage de l’intellectuel au ressenti est le noyau même d’une psychanalyse et en fait la difficulté et, parfois même (comme ce fut mon  cas), qui en explique l’échec. Voilà qui parait banal, ultra vu et revu, dit et redit, rabâché, même, mais c’est une chose d’avoir une connaissance intellectuelle, théorique d’une pathologie psychologique, c’en est une autre de la dépister dans sa propre vie et, plus encore, de s’en corriger. Mais, si nos passions, nos violences (je dis « nos » car je n’étais pas seul dans ce rapport : Colette en portait une part de responsabilité) peuvent être utiles à quelqu’un, j’estime que – si fou et obsessionnel que cela fut – cela valait la peine d’écrire toutes ces notes et de les transmettre à qui le voudra 

 

   Commentaire écrit à 72 ans

 

36 ans 

 

28/12/1982 

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

Tous ces derniers jours, fumé, seul…

Ce soir encore : 3 joints…

Mauvaise qualité peut-être ? Je ne retrouve pas en moi, du moins pas aussi fortes, les mêmes sensations… 

Qu’est-ce qui se passe exactement en moi lorsque j’ai fumé ?

Quand c’est réussi, il y a d’abord une plus grande acuité de tous les sens

Une perception différente du temps (je m’installe dans des moments puis j’en sors et perçois le temps qui a passé. C’est parfois aussi l’impatience. Liée au Désir en moi.)

Activité intellectuelle aussi plus importante, liée à une libération, une relativisation de l’action du Surmoi  plus grande tolérance envers moi-même et envers les autres.

Une idée qui revient toujours (ou une émotion ?) = « C’est possible ! ») Par exemple, je vois des images pornos et cela me renvoie à la sexualité qui existe en chacun de nous et me fait me dire que cette femme que je vois pourrait me désirer…

Idée aussi (inversement) que le Désir ne se réalise pas toujours, que le Désir de l’Autre ne fait pas toujours écho au nôtre.

Idée de l’Identité de chacun : tout le monde n’a pas le même rythme de Désirs, de nervosité, d’activité.

Idée aussi de l’Absurde et de l’Existence entremêlés.

Perception de la contradiction entre ce qui est demandé et ce qui est donné

(Évidence de ce qui est donné, y compris donné à voir en temps qu’Univers.

Donné à vivre.

Les états (émotifs ou physiques, parlant de la Physique de la Nature) ne sont plus cloisonnés – comme hors de l’effet du haschisch – je perçois les communications, les passages de l’un à l’autre et le champ (étroit) donné à l’humain.

Idée aussi que le désir crée une dépendance.

D’où compréhension de l’agressivité comme une défense contre la dépendance (en tant qu’elle est une agression que l’on subit  ambiguïté = agression réclamée.

L’Autre vu comme un tout dont nous sommes partie. Partie voulant se protéger comme partie mais faisant partie du tout qui à la fois la menace (de perte d’identité) et lui permet d’être (si plus de tout : plus de partie !)

Idée de la Liberté (en contradiction avec le Désir. Déception lorsque pas de Fusion.

Fusion sexuelle.

Sexualité comme condition nécessaire (sinon suffisante) de l’Amour…

 

La Pensée comme image de l’univers.

Thème du Miroir.

Pensée identique à l’Univers et différente du Réel.

Miroir qu’on traverse sans l’abolir.

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Le 23 juin 1982 je rencontre Mathilde.

À un dîner chez Aline Gagnaire. Le désir d’elle me vient en regardant son pied nu dans une chaussure d’été…

On prend un verre ensemble, après, au Dreher…

Je lui propose qu’on se revoie. Elle me dit qu’elle est très prise.

Échange de téléphones quand même, mais je n’y « crois » pas…

 

Juillet : elle m’appelle, me disant dans un message qu’elle aimerait « me connaître mieux »…

Essaye de la joindre, sans succès.

Lui écris une petite lettre.

Après les vacances, j’essaye de la joindre, toujours sans succès. Elle aussi de son côté (c’est elle, la première, je crois, qui se manifeste par un message sur le répondeur).

 

13 octobre : vernissage exposition Aline. Je viens. Elle est là, dans un café voisin. Elle me fait une place près d’elle. Je suis très heureux de la voir. Nous parlons ensemble.

Elle me dira après qu’on lui a dit : « Il n’avait d’yeux que pour toi ! » (Dit, entre autres, par son mari, malheureux ce soir-là, bien sûr…)

Elle rentre de son côté. Je vais dîner avec Serge, Chantal et amis à eux près de la rue d’Orcel.

 

Fin octobre – début novembre : on dîne (pendant rupture avec Colette) ensemble un soir, après être allés au cinéma voir « Comédie érotique d’une nuit d’été » de Woody Allen. Dîner dans un resto « folklorique » bourré d’étrangers (près de nous un couple de suédois ! ?) J’ai des gestes de tendresse, mais elle n’y répond pas.

Elle me dit : « Je laisse les choses se faire… Je n’y fais pas attention (au fait qu’il ne se passait rien entre nous…)

Après le dîner, un coup de fil où je lui dis qu’elle me plaît (lui dis mon Désir et sa force).

 

Elle me rappelle quelque temps plus tard…

Je lui parle de Colette revenue… Je lui dis de ne plus m’appeler, car toute voix de femme : jalousie de Colette. Mathilde : « Il faut savoir ce que tu veux… ! »

Je dis que je veux garder le contact avec elle et la rappellerai en revenant de tournage (Genève – Grenoble)

 

En revenant, je ne le fais pas, ayant, dans ma tête, « laissé tomber »…

C’est elle qui m’appelle. Étant avec Colette, je pense la voir « adultèrement »  le 16 décembre, on a rendez-vous à la Boule d’or, place Saint-Michel, l’après-midi (cause adultère), mais le matin même, me suis violemment disputé avec Colette (porte enfoncée) et quand je vois Mathilde, je lui dis que je veux finir avec Colette  après-midi ensemble (ciné après déjeuner, on va voir « Hécate ». On s’embrasse là pour la première fois : à l’entrée du cinéma, rue de la Harpe. On reste ensemble pour dîner (Graziano, sur la Butte) puis on va danser au London Club.

Slows très langoureux. Nos sexes se touchent fort et bien.

Mais elle ne veut pas qu’on fasse l’amour. On se sépare près de l’Odéon.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – ZELDA

 

On se revoit le lundi 20 (rendez-vous à la Boule d’or puis à la maison. Caresses sur les coussins, mais elle a ses règles il ne veut pas faire l’amour « dans le sang »… Je l’accompagne pour sa voiture au garage, puis on passe prendre ses gosses à l’école. C’est la première fois que je les vois (Michael et Zelda).

Je reviens la prendre, on va au cinéma, voir « Gilda ».

Première nuit avec elle.

Caresses, mais pas de pénétration (causes règles).

 

Pendant la nuit, à cause des règles de Mathilde et de ses « craintes » en amour, je repense à Colette comme pouvant me satisfaire.

 

Le mardi 21 (mercredi 22 ?), Je me « remets » avec Colette.

Mathilde m’appelle. Je le lui dis (déchiré).

Elle : « Il faut savoir ce que tu veux. J’ai toujours aimé les gens qui savent ce qu’ils veulent ! »

 

Le jeudi 23 (après violente dispute dans la nuit avec Colette), Colette part, je la retrouve au café, l’emmène au travail (périphérique bondé. Elle silencieuse, moi écumant). Je ne pars pas de la rue Vernet, monte au bureau. Elle me donne rendez-vous le midi, l’attend dans un café (j’écris…) Midi : déjeuner au pub Winston Churchill. Pendant déjeuner, je prends la décision de finir. M’en vais avant elle. 

L’après-midi, je téléphone à Mathilde pour lui dire que c’est fini avec Colette.

Elle : « Il faudrait savoir ! »

Moi : « Je sais… »

Je lui propose de passer Noël ensemble. Incertaine. Me rappelle le soir de chez des amis. Elle ne peut pas. On décide de se voir le dimanche suivant Noël (26 décembre). Je viens la chercher. Elle m’offre un stylo (celui avec lequel j’écris). Son cadeau me fait très plaisir. Je retrouve confiance. On écoute musique dans voiture avec walkman deux casques. On va au cinéma voir « Wanda ». Avant, on prend un verre café Place Saint André des Arts (crêpes au chocolat. On parle de mon scénario  On rate le début. Quand on sort du cinéma, elle : « On est heureux de vivre après ça ! »  On va prendre un verre au Flore-en-l’Isle, puis on va manger une pizza Rue de la Huchette. On rentre. On commence à faire l’amour, mais elle me demande d’arrêter. On écoute musique dans walkman avec les deux casques (elle me dit là : « Je suis heureuse d’avoir fait ta connaissance… » + dialogue sur la volonté d’arrêter le temps dans ces moments-là…)

 

Le lendemain matin, je pars à Tecipress.

Après-midi, je rentre. Je crois que c’est moi qui l’appelle et lui propose qu’on se voie l’après-midi même. Elle vient. Caresses très fortes (sur les coussins) notamment un moment où, nos lèvres soudées, se happant, se retenant, je caresse son clitoris (mouvement de houle de son ventre) tandis qu’elle me branle. Gémissements, mais nous n’allons pas jusqu’à l’orgasme, elle m’arrête (elle me dit là : « Pas envie d’affronter quelque chose de trop fort tout de suite… » Ce jour-là, lui ai acheté le matin (Prisunic Saint-Augustin) un collier qu’elle a beaucoup aimé.

L’ai raccompagnée chez elle, en passant prendre les gosses en chemin. Elle : « tu vas tomber amoureux ! » Moi : « Pourquoi moi seulement ? Elle acquiesce : « Nous deux… » On se quitte sur un « On se téléphone » de moi.

Ce soir, l’ai rappelée !

Elle : « Tu sais que tu me manques un peu… ! »

 

Elle doit me rappeler demain.

Projeté passer Saint-Sylvestre ensemble.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FEMMES

 

(2h45 du matin)

 

J’écoute la radio au walkman, couché.

Je viens d’entendre « Il n’y a pas d’amour heureux » (dit par un comédien dont la voix ressemblait beaucoup à celle de Jean-Louis Trintignant) (C’est parce qu’Aragon vient de mourir).

Pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi pas d’amour heureux ? Si, il peut être heureux, au début. Et Dieu sait (expression ici pleine de sens) que l’on est heureux dans ces premiers moments…

Mais après ? Que se passe-t-il ?

Accord difficile de deux êtres différents… C’est sur la différence qu’on bute toujours.

Si l’on évite ce piège qui consiste à désirer l’abolir, la différence, et si l’on protège sa propre différence, sa propre identité, sa propre liberté, alors on laisse l’Autre, forcément.

Il n’y a place que pour du relatif, du discontinu : on laisse, on reprend… Mais ce rythme marin, l’Autre vit-il au même ? Sa « Mer » peut être plus agitée ou plus calme, les vagues ne viennent pas toujours au rivage ensemble…

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Les notes que je viens d’écrire sur mes rapports avec Mathilde jusqu’ici ressemblent beaucoup à celle que je prenais sur ma relation avec Colette au début.

Mais ce qui me frappe, c’est combien c’est… comment dire ? : « biographique »…

Ce que je ressens, moi, ou ce que je peux percevoir de ce que l’une ou l’autre a ressenti est assez absent, en général.

Je passe sous silence des choses importantes.

En ce qui concerne la relation avec Colette, cela me paraît assez normal : c’est simplement que je n’avais pas conscience de la plupart des choses (en moi) (et en elle).

Aujourd’hui, c’est assez différent : je suis (plus) conscient.

 

J’ai envie de noter des choses, en vrac, concernant Mathilde.

 

 – « C’est drôle : je ne m’attendais pas à ce que ça soit toi… » Ce qui veut dire que « C’est moi »… C’est bien d’amour qu’il s’agit.

 

 – « Roberto, tu sais ce que tu veux, toi… ? » Ce « toi » me faisant lui dire que c’est un problème en elle qu’elle évoque, que cette partie d’elle qui ne sait pas ce qu’elle veut lui fait problème.

 

Le lundi 20, au soir, en venant à la maison en voiture : moi : « Je ne te caresse pas trop… ? » Elle hésite avant de répondre. Hésitation ou plutôt temps de silence avant de répondre qui me fait me dire – comme pour Colette – qu’elle ne me répond pas (ça fait suite à la séance de cinéma où je ne lui ai – presque – pas pris la main, attendant qu’elle le fasse (voir slows avec Colette au Krypton)

 

 

Problème encore aigu en moi :

Ne pas réfréner mon désir, le laisser couler

mais

ne pas en vouloir à la femme pour ça. Parce qu’elle n’a pas mon désir (id est un désir en miroir – le miroir parfait n’existant pas, ne pouvant – statistiquement – pas exister)

 

Le Désir peut-il être une agression, ressenti comme tel par l’Autre ?

 

Actuellement, Mathilde et moi avons pas encore vraiment fait l’amour (même si je l’ai pénétrée). Ses dérobades sont-elles les prémices d’un abandon ou bien la marque d’une différence de « rythme » importante entre elle et moi et sur laquelle je buterai comme je l’ai fait pour Colette ? Je suis dans cette question en ce moment.

 


Je repense à des phrases que je lui ai dites, où je parlais au futur, avec une certitude dont je ne sais vraiment si elle est un leurre ou une « sur-conscience » (j’ai parlé de « premier » et « second » regard…)

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

À la question : « Pourquoi quitter Colette ? » succède maintenant : « Pourquoi l’avoir quittée ? »

 

Même si c’est brouillé par tous ce en quoi chacun répondait à l’autre, il y a, à l’évidence, tous ces conflits dont ma volonté de toute-puissance n’était pas la seule cause.

 

Idée – évidente pour tant d’autres, mais pas pour moi – que l’incompatibilité n’est pas inévitable entre quelqu’un d’autre, quel qu’il soit, et moi, mais que c’est une question d’individu.

Si je n’ai pas réussi avoir une relation agréable avec Colette, cela ne signifie pas que cela soit impossible avec une autre.

Idée occultée jusqu’ici par la culpabilité (prise en compte pour moi seul de la responsabilité).

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Mathilde constatait que plusieurs hommes qu’elle connaissait ne prenaient pas de distance avec une histoire dont ils sortaient, qu’ils ne restaient pas seuls pendant un temps.

 

Expression de son doute.

 

Je retrouve le doute, comme chez Colette au début (mais là, je l’avais permis en parlant des « femmes, que je n’avais pas assez connues… »)

 

Faire avec le doute de l’Autre, puisqu’effectivement je sais qu’il a de quoi douter de moi…

 

Mais ce doute m’est pénible car il est le frein qui empêche l’Autre de s’abandonner à moi…

 

Cela dit : nuançons. Peut-être est-ce temporaire chez Mathilde.

 

Elle a dit que dans la vie, elle allait vite pour tout, sauf en amour, où il lui fallait du temps…

 


À un moment, pendant que je la caresse, Mathilde me dit : « Tu es fou ! » Je m’écarte, me sentant (sans y être) à côté du sentiment où j’ai pu être dans un cas semblable avec Colette.

Je lui demande de m’expliquer ce qu’elle veut dire. Elle répond : « Je n’ai pas envie d’expliquer… »

Ce refus de l’autre d’exprimer son « intérieur », voilà toute la question.

Tout le problème : accepter ça. Ne pas en souffrir.

D’abord le refus procède ici – sans doute – d’une difficulté.

 

Demanderai-je à l’Autre de savoir quelque chose qu’elle ne sait pas ?

« Tu es fou » – c’est de moi qu’il s’agit. C’est sur moi qu’il s’agit d’en savoir plus.

 

C’est de la folie, de la violence du Désir en moi qu’il s’agit.

 

Attention aux réponses que je prête à l’autre.

Exemple : repas au restaurant. Je lui tends la main. Elle dit non. Silence. Puis : « Robert, tu me donnes un grand baiser… ? »

Je reviens après sur la main refusée. Elle : « Tu te poses beaucoup de questions (phrase qui revient assez souvent). C’est peut-être que ce n’est pas ta main que j’avais envie de toucher… »

Surprise en moi devant le Désir de l’Autre…

 

30/12/1982

 

VÉCU – AMIS – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Hier soir : les B. à la maison pour dîner.

J’avais aussi invité Mathilde.

Elle est arrivée avec un bouquet de fleurs !

Repas avec les B. : sympathique, bien sûr, car je me sens toujours bien avec eux. Mais j’étais très tendu, très énervé par la bouffe à préparer et, d’une façon générale, par le fait que j’invitais

Tension telle – si désagréable – qu’elle méritera d’être analysée.

De toute façon, d’une manière générale, je suis souvent angoissé. La seule différence avec « avant » (c’est-à-dire quand ? Impossible de le dire), c’est que les accès d’angoisse sont peut-être moins fréquents et en tout cas moins violents.

Ce matin, par exemple, ou plutôt en début d’après-midi, j’étais encore couché (m’étant levé pour faire le café à Mathilde à 7h… et m’étant rendormi après…), Colette m’a appelé pour me demander de dire à Maman qu’elle avait essayé de la rappeler (comme convenu) et le referait « quand ça irait mieux… »

Cette phrase a réveillé ma culpabilité et m’a flanqué – durement – un sentiment précis : le regret, d’avoir raté quelque chose…

Pensé, un moment, à faire ce que j’ai fait si souvent : appeler au secours, quelqu’un, vite, tout de suite (pensé à Marie-Pascale, avec qui je suis maintenant très ami…), mais voilà aussi, peut-être, une marque du présent : je me débrouille mieux (relativisons !) tout seul…

 


Pensé ce matin combien je m’emballe !

 

Tout à fait ça avec Mathilde. D’ailleurs, c’est elle qui me l’a dit hier soir, au lit, après le départ des B..

Hier soir, elle a parlé de sa vie, sa lutte pour exister, être indépendante et dit que cela lui créait des difficultés de passer de ça à moi et inversement. « Si tu veux : on peut ne plus se voir… » Je me suis exclamé : « Quoi ? », très surpris.

Commencé à faire l’amour, aussi. De plus en plus sensuel, dégagé des contraintes, mais encore une fois : ne sommes pas allés jusqu’à l’orgasme. Elle : « J’ai honte »

Puis après : « Bientôt, je vais te désirer… »

 

Phrase hyper importante : « Dans l’amour, on n’est pas un. C’est bien d’être un, mais en même temps… Il faudrait être à la fois un et deux »

 

Revu début de notre histoire ensemble. Flash-back courant chez les amants.

Elle : « Pas le coup de foudre… »

Considérations sur moi : « Tu es un drôle de bonhomme ! »

 « Je rencontre toujours des gens compliqués… »

À un moment, elle dit que je suis sérieux au sens de pas drôle et ça m’emporte au bord du flip (cf. paroles de Colette à ce sujet : « légèreté »).

Étonnant comme les mêmes pensées, les mêmes mots, reviennent d’une femme à l’autre…

Cette tentation de flip me rappelle l’intervention de G. : « Vous avez besoin de vous sentir approuvé intégralement (pas le mot à mot, mais c’est le sens, avec notion de flip quand une partie de moi est contestée…) Il a relié ça à la notion de « crime de lèse-majesté » liée à la notion de toute-puissance.

Choses bien claires pour moi maintenant.

C’est vrai que la conscience acquise dans l’analyse m’aide à vivre. À mieux vivre.

 


Autre chose importante dite par Mathilde : « Ce serait terrible si on n’avait pas peur d’aimer » !

 

1983

 

02/01/1983

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(0h)

 

Nous voilà donc dans la 83e année du XXe siècle… ! Simple affaire de datation !

Passé le réveillon du Nouvel An avec Mathilde chez Jean-Marc. Il y avait aussi Nicole.

Pendant le repas, Jeannette, qui avait pas mal bu à un pot de la Hune, fait une crise de flip (avec larmes) à propos de son âge et du problème de la séduction. (Mathilde en pleure un peu !)

Discussion sur l’analyse, sur « Identification d’une femme », sur la librairie.

Pendant la soirée, deux refus de Mathilde manquent de me faire flipper (et me font même un peu flipper puisqu’à un moment, je me lève et quitte le jardin d’hiver pour aller, seul, au salon, en proie à une forte angoisse (elle a refusé que je l’aide à enfiler une veste de laine et que je lui prenne la main, à table). Mais lorsque nous nous retrouvons seuls, ça s’arrange très bien.

Mes caresses la ramènent toujours à moi.

On s’endort bien.

Quand on se réveille, on se jette dans les bras l’un de l’autre et on fait l’amour. Pour la première fois : joui en elle, mais elle ne jouit pas.

Pourtant l’amour qu’on fait lui est très agréable et il y a entre nous des moments très « chauds »…

 – Je vais avoir envie de toi tout le temps… !

Elle se rend compte que je suis toujours prêt à faire l’amour.

Aujourd’hui, pour la première fois, elle m’a dit : « Je t’aime. »

On passe ensemble, ici, une après-midi très unie, très tendre.

 

Sa liberté ne me pèse pas. Ce soir, elle est allée chez des amis, je l’ai accompagnée.

 

Il y a pourtant une réalité que je ne dois pas évacuer : la masturbation (« ce qu’on refuse à l’autre »). Il y a, dans mon rapport à Mathilde, une distance qui est la marque de mon évolution.

 

Je suis bien actuellement parce que je concilie les plaisirs de l’amour et ceux de la liberté.

Et j’entends bien m’y tenir. Je ne serais pas dépendant de Mathilde comme je le suis devenu de Colette.

De toute façon, elles sont si différentes ! L’introversion de Colette, son côté boudeur, cela me revient, même si me reviennent aussi tous les moments de tendresse et de passion de nos débuts.

À un moment, en fin de matinée, on a sonné à la porte. Je n’ai pas répondu. J’ai pensé que c’était Colette et j’ai eu un moment de culpabilité. J’étais « gêné » par l’éventualité d’une telle demande de Colette. J’étais « embêté » à l’idée qu’elle me poursuive.

J’ai serré Mathilde et je lui ai dit : « Viens contre moi… » Cela nous a « remis » ensemble.

J’ai – brièvement – évoqué ma relation avec Colette (parlé des achats de meubles, de l’épisode d’Agnès voulant nous tenir la main. J’ai pleuré en pensant aux deux enfants.)

 


Mots de Mathilde :

 

 – Tu débordes d’amour pour moi… !

 – Tu es délicat (A propos bouffe que j’étais allé acheter pour elle et plateau que je lui ai préparé).

 

Chaque fois que je veux lui embrasser le sexe, elle se dérobe. Il me semble que cela indique une sensibilité clitoridienne qui lui fait peur parce que trop intense.

Je lui demande si elle est clitoridienne ou vaginale. Elle ne sait pas ce que cela signifie ! Littéralement incroyable ! Il y a en elle un côté enfant !

 

Je lui dis : « On ne s’est jamais occupé de toi ? » Elle reconnaît que non, en effet.

Elle dit qu’elle préfère ne pas jouir s’il y a une communion. Admet que s’il y a les deux, c’est le pied !

 

Elle s’enflamme de plus en plus à mes caresses.

 

Je goûte la volupté de laisser couler mon désir sans le réprimer et lui dit qu’elle est « la fenêtre par laquelle sort ma tendresse refoulée depuis des années… »

 


Elle est généreuse. Spontanée, souriante.

Seule ombre : son corps ne m’excite pas autant que celui de Colette. Ce n’est pas exactement le corps de femme que j’aime et qui m’excite, mais c’est assez quand même.

À un moment, elle était allongée sur le ventre et je la prenais par derrière. Regardé son cul dans le miroir, qui bougeait entre mes jambes. Moment de la plus grande satisfaction sexuelle…

 


 (16h35)

 

Tout à l’heure, Mathilde m’appelle. Elle venait de voir « Sibylle » au magnétoscope.

Tout en elle est heureux.

Elle me dit qu’elle a trouvé, ce matin « la vie belle »…

À un moment, elle me demande : « Mais on ne rêve pas ? »

Elle parle aussi de « grand amour », corrigeant : « Il ne faut pas dramatiser… »

 

Je lui parle d’elle, de sa générosité, de sa spontanéité, de son côté « enfant »…

Elle dit qu’elle n’est pas un être facile, qu’elle est « pudique »…

« C’est vrai que j’ai une culture… » dit-elle.

 

03/01/1983

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FEMMES

 

(3h15)

 

Suis couché, walkman (J’écoute Carbone 14).

Il vient d’y avoir une émission sur la passion !

Une nana téléphonait pour expliquer, en fait, si l’on résume, que la passion, c’était toujours limité dans le temps, qu’elle avait choisi de vivre autre chose, elle se préservait, que tout donner à l’autre, ça revenait à ne plus exister, soi. C’est ce que j’ai surtout retenu de ce qu’elle disait et j’ai pensé que c’est exactement ça, en fait, qui s’est passé pour moi avec Colette. De son côté aussi, d’ailleurs.

J’ai souvent réfléchi, sans trouver de réponse, à la Peur que Colette m’a inspirée.

Je pense que ce qui me terrorisait, c’est que Colette détruise – sans même le vouloir – mon rêve de Fusion avec elle.

 

VÉCU

 

Le shit que m’a filé Laurent B. n’est vraiment pas bon. Il m’en faut des tonnes pour décoller…

 

FEMMES – RÉFLEXION – DURAS

 

Marguerite Duras : « À deux, la solitude est défaite, elle n’est pas détruite… »

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Mathilde m’a demandé : « Roberto, est-ce que tu es bien dans ta peau ? » J’ai réfléchi avant de répondre : « Oui, d’une certaine façon… »

Mais sa question m’intrigue. J’aimerais savoir pourquoi elle me l’a posée.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – FEMMES – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Il me semble qu’il se passe avec elle la même chose qu’avec Anne (ou Pascale), je leur ai dit : « Je t’aime » mais je crois que c’est parce que j’avais envie de le dire

 

Quand j’écris ça, je me rends compte que c’est parce que je n’étais ni ne suis attaché à elles.

Pas pareil avec Colette.

Attachement – dépendance.

Cela signifie-t-il pour moi Amour = dépendance… ?

 

C’est bien de cela qu’il s’agit.

Nous sommes au cœur de la question.

 

Sortir de ça.

 

Aimer l’Autre pour ce qu’il est, pas pour ce qu’on est par rapport à lui, pas pour ce qu’on tire de lui (ni pour ce qu’il tire de nous).

 

 Mathilde : « C’est drôle, notre rencontre tient à l’absence de quelqu’un ! » (de Samuel, qui n’avait pas voulu venir parce qu’elle serait là !)

Il me fait réfléchir sur l’Autre qui vous conditionne, qui vous fait être différent.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME- RÉFLEXION

 

Problème de la culpabilité.

 

Deux raisons de culpabiliser : c’est moi qui suis responsable

et la violence.

 

Ouais.

 

Non. Ça c’est faux. C’est mon mythe personnel.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(16h25)

 

Tout à l’heure Mathilde m’a appelé. Elle avait revu « Sibylle » dont elle dit que c’est « une image » (qui pourrait ne jamais finir).

Elle me parle de ses parents qui reviennent de l’endroit où ils vont faire construire une maison.

De sa sœur qui a monté une boîte d’import-export.

De la sociologie (trop théorique, dit-elle, image de « militant »…)

Je m’anime un moment pour parler de la naissance de « Sibylle » et elle me dit : « Je t’adore… » (c’est mes mots, ça…)

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE  – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME 

 

Je repense à Colette.

En face de ma volonté de toute-puissance, il y avait sa dureté (même si elle était de défense).

Pensé tout à l’heure à la position dans laquelle je m’étais mis vis-à-vis d’elle.

Position de rejet.

Mais ce rejet, qui se concentre chez moi en une attitude, une décision, il était chez elle étalé, répétitif, mais bel et bien présent.

 Elle satisfait votre désir d’être repoussé… »)

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – AMIS

 

Ce que j’essaie de cerner, là, c’est comme une lassitude dans mes rapports avec mes amis.

Avant de leur parler (au téléphone), l’idée me plaît, mais quand je leur parle, il y a quelque chose de l’ordre du « Ce n’est que ça ! »

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Même maintenant, il y a en moi, vis-à-vis de Colette, de ce qu’elle peut faire désormais de sa vie, de la jalousie.

 

Je repense à ce déjeuner (le dernier) au pub Winston Churchill où elle m’a parlé de François M. : « Si on se quitte, je lui céderai (mais j’y mettrai le temps). Ce sera une relation comme ça… » Encore une provocation de sa part !

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – CINÉMA

 

Un moment, tout à l’heure, Mathilde m’a dit : « Je comprends maintenant (après avoir vu « Sibylle ») pourquoi tu as incendié Antonioni… » Il faudra que je lui demande de me préciser ce qu’elle voulait dire par là…

 

Commentaire du 21 juin 2019 :

 

À cette époque, en effet, je n’aimais pas « Identification d’une femme », le dernier  film d’Antonioni, mais je l’ai souvent revu par la suite (au moins 10 ou 12 fois) et c’est désormais un de mes « films de chevet »)

 

   Commentaire écrit à 72 ans 

 

04/01/1983

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

 (9h30)

 

Hier séance qui tournait autour du Meurtre des Enfants…

 – G. ferme les yeux, semble dormir  je me sens délaissé (id est tué)  je veux partir.

 – Je parle des deux versions du synopsis (enfant non aimé remplacé par un autre)

 – Enfant de G. qui pleure  je veux qu’il disparaisse + autres analysants = autres enfants.

Peur que G. me tue.

La violence qui est en moi me fait peur pour ce qu’elle contient de l’idée de meurtre.

Il rattache ça à Monsieur Rouli.

Ma violence envers du meurtre des enfants.

 

En fin de séance : soulagement en moi (parce que G. me parle) = soulagement – parfois – avec Colette. Il me dit : « Vous vous dites que je ne vous tuerai sans doute pas cette fois-ci… »

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Un mot de Mathilde : « Tu commences à me hanter »

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

À l’instant : une bouffée en moi d’exaspération en pensant à Colette, en pensant à quelque chose qui ne peut être mis en mots : une façon d’être, un mode de silence.

 


Hier soir Christophe V. parlait du silence en disant – en gros – que ceux qui se taisent n’ont rien à dire. Quand on a quelque chose à dire, on le dit.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Les deux manifestations « gênantes » de ma névrose : violence et angoisses…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(14h05)

 

J’ai déjeuné tout à l’heure à la cantine de Cognacq-Jay. En sortant, alors que j’attendais l’ascenseur, je vois un type grand, mince… Pendant un moment, j’ai cru que c’était Samuel T., le mari de Mathilde…

Il me reconnaît, on se serre la main…

Pourtant, je n’en étais pas certain…

J’ai cherché dans ma mémoire. J’ai enfin reconnu ce type : c’était un assistant de production de « La semaine d’Antenne 2 » !

 

Étrange, cette confusion !

J’ai réagi ressenti exactement comme si c’était Samuel T.…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – TÉLÉVISION

 

(17h50)

 

Je sors des bureaux d’Antenne 2. Rencontré là Jammot, à la rédaction d’» Aujourd’hui Madame » (pour moi, cette émission continuera à s’appeler ainsi…) À propos de l’affaire de la grue louée pour le relais de l’émission avec Mitterrand, Jammot racontait des « plantages » célèbres des Dossiers de l’Écran.

 

Ce qui m’apparaît là, c’est, dans cette conversation, un sentiment en moi d’autosurveillance, de gêne, de je ne sais pas quoi au juste.

Une absence de décontraction.

Sans doute basé sur un sentiment d’infériorité.

 

Je constate que ça commence à passer. Cela dit, mon image m’obsède encore. Je me regarde dans les miroirs. Mon image est, pour moi, étrange.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

La solitude me fait problème.

Toujours ce besoin des autres !

C’est en eux que je mets mon plaisir.

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Je suis dans un café.

Je regarde les hommes et je les imagine avec Colette…

 


Ce qui me paraît significatif, c’est que notre dernière dispute – qui a déterminé la rupture – se soit produite dans un restaurant de Belleville…

La dispute est née de ce que j’avais bu (un peu) de vin d’Afrique du Nord et qu’elle m’a dit : « Tu as les yeux brillants… » Ça m’a rendu agressif car, à tort ou a raison, c’est moi qui avais perçu une agression, un reproche, une critique voilée…

 

Après, je lui ai dit : « Tu n’avais qu’à laisser passer mon agressivité. Quand tu as voulu être agressive, tu ne t’en es jamais privée. Tu t’es toujours tout permis ! »

 

Après mon agressivité, au restaurant, elle est rentrée dans le silence, après avoir dit que son intention n’était pas négative. Du silence, bien sûr, on est passés à ma colère et de ma colère à ma violence. Etc.

 


Par la suite, elle a dit « Oui, j’aurais dû laissé passer l’orage… » Mais elle n’a jamais su faire ça : ne pas faire la gueule, ne pas se renfermer dans le silence.

 

06/01/1983

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Jeudi 16 h)

 

Hier, j’attendais Mathilde à 2h. Elle m’a appelé. Attendait l’employé du gaz. L’ai rejointe chez elle. 

Appartement qui sent le vide, le désert. Elle n’y est plus pour longtemps.

Après le passage du gaz, on vient ici. On a prévu de passer le soir montrer « Sibylle » à sa copine Jeanne, avec qui elle est partie aux USA.

On va dîner dans un petit restaurant (« La cambuse », rue des Alouettes).

 C’est mes mots, ça…

 


J’interromps pour écrire qu’elle vient de me téléphoner…

(Parlé du boulot qu’elle fait actuellement (vente devant un magasin) et de mon article, qu’elle a lu, sur les Dimensions…

Elle raccroche en me disant : « J’t’aime… » (textuel)

 


 (Je reprends la soirée d’hier)

 

En sortant du restaurant, je lui dis : « J’ai beaucoup de tendresse pour toi… »

Ça la fait flipper parce que ça la renvoie à son enfance où un couple ne s’aimait pas, mais avait de la tendresse…

Je me suis débattu, comme avec Colette, pour atteindre quelqu’un qui se repliait sur lui-même.

J’ai expliqué ma répression de la pulsion tendre, que la tendresse, pour moi, c’était l’acceptation de l’autre.

Mais cela ne suffit pas à dissiper le malaise (larmes et silence dans la voiture. Chez moi  brûlures d’estomac).

La visite chez Jeanne n’arrange pas les choses à cause de sa sœur qui est agressive. Agressivité à laquelle Mathilde réagit mal.

Je vois son flip comme ça :

rêve d’amour (non de tendresse)  rêve de l’Un.

Doutes au sujet de la communauté de projet avec l’Autre  coupure avec l’Autre. Repli. Souffrance de solitude, de déception, rupture du fonctionnement imaginaire.

Mathilde me dit que la sœur de Jeanne ne parle que de mort (lui a demandé comment elle se suiciderait).

Hier soir : c’était un flip « métaphysique ».

Sentiment de l’existence. Existence insatisfaisante.

Renvoyée à elle-même, elle a été renvoyée à sa mort (évoquée dans la soirée par « Sibylle » et l’interview dans l’émission de B.).

 

Je vois en Mathilde (comment tant de gens) l’Amour comme une Mort retournée, inversée.

L’Amour comme mort qu’on vit.

Pulsion de mort.

 

(À un moment, Mathilde : « Qu’est-ce qu’on est petits ! Tout ce qu’il y a autour… ! Je m’imagine dans la main de King Kong… »)

 

Pourtant, quand on s’est couchés, on a fait l’amour. Elle disait : « C’est bon – C’est bon de t’avoir –  J’aime te recevoir… » Et aussi, bien sûr : « Dis-moi que tu m’aimes (…) Encore… »

 

Résultat de tout ça : ce matin, réveillé avec une forte déprime.

Pensée de Colette aussi forte qu’à certains moments.

Mais pensée d’abandon. Qu’elle revit sans moi.

 


Ce qui me frappe, c’est avec quelle régularité, je revis avec d’autres ce que j’ai vécu avec Colette.

Et combien ce que je lui demandais est impossible.

 

Combien elle m’a répondu comme n’importe quelle autre (elles reviennent à moi en disant : « Je t’aime »)

 

À noter aussi Mathilde citant Nicole qui veut se marier.

 

Mathilde : « Je voyais le mariage comme quelque chose d’écrit (moi : « sur le livre du Destin… »), maintenant je le vois comme une fête.

 

À noter aussi, je parle de l’amener chez des amis.

Elle « Si ça ne te dérange pas… » Moi : « Arrête avec cette idée de dérangement » Elle : « Oui, d’ailleurs, ça m’est égal ! »

 

 Un pas de plus !

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(17h15)

 

Appelé Carmen tout à l’heure.

Bouffée d’irritation en moi en repensant à notre conversation : je lui disais que mon moral n’était pas fort. Elle me dit : « Il faut te secouer… Tu vas pas te suicider ? » Je réponds que ce n’est pas l’envie qui m’en manque. Elle me dit : « Il faut pas. C’est toi qui paierais… »

 

Et je pense à Colette « se secouant »… (avec la connotation sexuelle que ça implique).

 


Est-ce qu’elle croit qu’elle a fait tout ce qu’elle pouvait pour qu’on ne se sépare pas ?

Je dis non.

Je lui en veux pour ça.

 

Plusieurs fois eu envie de l’appeler pour gueuler ça…  Je viens de le faire… (17h30)

« Tu crois que tu as fait tout ce que tu pouvais pour qu’on ne se sépare pas ? Moi, je te dis que non. Ça fait des jours et des jours que je voulais te dire ça… Excuse-moi de t’avoir appelée. – « Il n’y a pas de mal. » – Au revoir »

 

Le mot « gueuler » me fait penser à une « reprise » où, comme je me mettais en colère, elle m’avait dit « Arrête. Je n’ai plus l’habitude. »

 

Et à son défi. À nos conflits.

Vision de ça en un flash !

 


Lutte à mort entre elle et moi.

 

Lutte sur l’enjeu de la dépendance.

 


À la question : « Pourquoi l’avoir quittée ? », La réponse est parce que j’en étais dépendant.

 

Comment s’étonner qu’elle ait refusé d’être dépendante de moi ?

 

Voilà le piège à éviter : vouloir que quelqu’un d’autre soit dépendant de moi.

 

Tout tourne autour de ça.

 

Dépendance à la Mère, bien entendu.

 


Retrouvé émotions connues : près du téléphone à attendre qu’il sonne.

 


Dans la tension où je suis, les choses importantes remontent.

Envie de l’appeler pour lui dire : je te hais parce que tu ne m’as jamais supplié…

 

Je voulais être tout pour toi.

Mais l’inanité de tels propos m’apparaît

 

« Être tout pour quelqu’un » : combien c’est impossible et néfaste (pour tout le monde).

 

07/01/1983

 

(12h30)

 

Après avoir noté ça. Je l’ai rappelée une deuxième fois !

Je me suis irrité, une fois de plus, parce qu’après avoir parlé d’Emmanuel à l’hôpital, elle a dit : « Voilà, voilà ».

 – Elle : « Même maintenant, je t’énerve… »

Elle m’a dit un moment (parce qu’au bureau ce n’est pas facile de téléphoner) : « Dis-moi quand je peux te rappeler en étant sûre de ne pas tomber sur le répondeur… »

Mais cette proposition, nous l’avons tous les deux laissée se perdre en chemin…

 

08/01/1983

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE 

 

(Samedi 2h20)

 

Couché dans le noir, avec le walkman sur les oreilles, je viens d’entendre « Comme un géant » chanté par Alain Chamfort.

Je ne sais pas ce que tu devineras de ce qui s’est passé en moi.

Je ne sais pas, je n’ai jamais su ce que tu sais de cette émotion-là, quand j’étais tourné vers vous…

Vous : Krystelle et toi.

J’ai pensé à elle. 

« Elle a trois ans. Je suis fou d’elle… »

Elle a eu trois ans 

Je repense à ça ! Quel âge avait-elle quand je l’ai connue… ?

Un an et demi.

Elle a eu trois ans.

J’ai été fou d’elle.

Elle a bientôt six ans.

J’ai été fou d’elle.

De toi.

Tu m’as volé ma passion.

Tu n’as pas su me suivre dans ma folie.

Folie d’un soir.

J’en ai tant connus, j’en connaîtrai tant, des soirs de clichés, de conventions, d’attitudes toutes faites et de paraître !

On ne peut pas vivre les yeux rivés sur quelqu’un, je sais, on me l’a dit, on me le redira encore.

Je veux juste te dire, à toi, car si quelqu’un doit me comprendre, ce sera toi et toi seule, je veux juste te dire qu’au-delà du quotidien, des baguettes de pain, des tickets d’autobus, des fiches de paye, au-delà des soirées mondaines, au-delà des matins froids, au-delà de tout, la Passion reste à l’ordre du jour.

Colette, je sais – je le jure – que j’ai connu des émerveillements d’exister qui étaient intimement liés à ta Présence.

 

La Fête, c’était toi. Ma fête…

 

Je ne cesse de me demander – en mon âme et conscience – si tu as connu, dans le plus profond de ton être, de tels émerveillements…

 

Je crois que oui.

Je crois que non.

Je ne sais pas.

 

Tu restes pour moi un mystère. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir scruté…

 

Je me dis seulement que ce qu’on n’a pas fait, c’est qu’on ne devait pas le faire !

 

Si tu n’as pas cherché comme moi (souviens-toi) à retrouver ces émerveillements, c’est que cela ne comptait pas autant pour toi que pour moi.

 

J’ai essayé de t’apprendre à Vouloir !

 

Quitte à supplier.

 

Oui c’est vrai : tu ne m’as jamais supplié. Je t’en veux. Je n’arrive pas – bien que j’essaie de toutes mes pauvres forces – à ne pas t’en vouloir.

 

J’ai relu une fois de plus mes anciens carnets et j’ai retrouvé cette phrase de toi : « Ne m’oblige pas à te supplier : je ne le ferai pas. »

 

Et tu ne m’as jamais supplié.

 

Tu m’as juste prié (« Je t’en prie. »)

 

Dans mes moments de lucidité, je me dis que j’ai bien fait de te quitter, car j’étais devenu trop dangereux pour toi, trop destructeur.

 

J’étais devenu un bloc de méchanceté, de déception, de reproches.

 

Je le sais.

 

Je sais combien j’ai pesé sur toi.

 

Mais pourtant, malgré ma lucidité, je me demande encore aujourd’hui si l’on peut dire que j’ai eu tout à fait tort.

 

J’ai voulu que tu sois dépendante de moi, comme je l’étais de toi, pour « faire la balance » – c’était ça ou te quitter – car cette dépendance où j’étais vis-à-vis de toi, je ne sais même pas si tu peux seulement l’imaginer et à quel point elle était terrible. A quel point j’avais peur de toi.

 

Mais c’était comme ça parce que toi tu n’avais pas peur de moi.

Pas peur de me perdre, de perdre mon amour.

 

La preuve !

 

Si tu avais eu peur, tu ne m’aurais pas perdu.

 

Tu me diras : on ne peut pas vivre comme ça, dans la Peur, dans la Dépendance.

Ce n’est pas une vie !

 

Je te répondrai : je ne voulais pas continuer comme ça.

Il aurait fallu rééquilibrer les choses.

Après, ça aurait pu changer.

 

Mais, à travers tous nos problèmes, je retrouvais toujours la même Résistance chez toi, la même Inertie.

Résistance passive.

 

Tu m’as trouvé.

Tu ne m’as pas cherché.

 

Cette émotion, qui vous porte vers l’Autre, à travers la Nuit, les lumières de la nuit, de cette nuit, de cette ombre qui est celle de l’univers, du Ciel Noir sur nos têtes, c’est de cela qu’il s’agit.

 

De cette émotion qui abolit les masques de carnaval qui nous cachent, dans les soirées où l’on danse, où l’on s’amuse, mais où la danse et l’amusement ne sont que des jeux vides s’ils ne sont pas transcendés par la magie de la Poésie.

 


 (3h45)

 

J’avais éteint la lumière. Je rallume !

Sarah Vaughan chante ce thème de jazz : « Round about Midnight » : elle dit : « Memories come round midnight… » (tu traduiras)

 

Tant de musiques (musique = émotion) me ramènent vers toi.

 

(Maintenant c’est : «Stormy weather » (tu traduiras aussi).

 

Je sais que ces musiques ne te disent rien.

Elles sont la musique. L’émotion.

 

C’est tout. Et l’émotion me ramène à toi.

 


Suite le dimanche 16 – 4 h du matin  dérisoires signes de cette réalité : je pense à toi.

Non : pas d’une réalité, mais de ma pensée, de mon Désir qui s’inscrit dans mon imaginaire qui t’hallucine, tellement tu es présente en moi (halluciner = faire d’un Désir une réalité), tellement je t’aime.

Je t’aime, alors, même si tu n’es pas là, tu es là.

 

Alors, pourquoi t’ai-je quitté, si je t’aimais ?

 

Parce que tu me faisais trop mal.

 

Et parce que je te faisais trop mal.

 

Pourquoi ce mal ?

 

Parce que tu es toi. Et que je suis moi.

 

Et que nous ne voulions pas ce que voulait l’autre, au même moment.

 

Qu’est-ce que nous voulons ? Chacun ?

 

Chacun d’entre nous, pas seulement toi et moi : la Jouissance.

 

Seulement voilà, on veut bien que l’Autre jouisse, mais seulement si on est dans sa jouissance, c’est-à-dire dans son Désir.

 

Ton désir, je voulais le sentir, l’éprouver…

 

Sinon : comment savoir ?

 

Comment savoir si mon Désir ne portait pas à faux, ne se heurtait pas à ton non-désir à toi, au fait que tu sois ailleurs, à désirer ailleurs, autre chose… ?

 

Si tu m’avais dit plus souvent : « J’ai envie de toi… ! », tu m’aurais rassuré sur cette question fondamentale !

 

Je suis l’Autre, pour elle.

Elle me cherche.

Le vivant va au vivant, elle va, d’elle à moi.

 

Quand ton désir se heurte au non-désir de l’autre, même si lui ne te veut pas de mal, tu te sens repoussé, bousculé. Alors tu as mal comme si on t’avait rudoyé, agressé.

 

J’étais en demande par rapport à toi : c’était de toi que j’attendais ma jouissance. C’est de toi que je la voulais.

 

Tu ne peux vivre sans l’Autre.

 

Tu désireras pour vivre.

 

Alors : pourquoi pas moi ?

 

Oui. Mais pourquoi moi ?

 

Tu me renvoies à cette vérité essentielle : tu t’es choisie, toi. Tu as choisi de te préserver, de préserver tes choix, tes désirs, tes jouissances.

 

Ta liberté de choisir quelqu’un d’autre que moi, pour te satisfaire.

 

Tu me renvoies à cette évidence : je ne te satisfaisais pas.

 

À cause justement du Désir en moi de te satisfaire, qui ne faisait vouloir être toujours présent dans ta jouissance, pour être sûr d’exister tout le temps, à travers elle.

 

Tes mots : « Tu n’es pas en paix avec toi-même » (c’est loin : 1978 !)

 

Pas en paix avec moi-même, ça voulait dire qui ne se suffisait pas à lui-même, qui avait besoin de l’Autre, comme miroir où puiser le sentiment d’exister. L’autre, c’est vite devenu toi. Toi seul.

 

Pourtant : peut on échapper à cette pulsion en nous : vouloir que les Désirs de l’Autre soient les vôtres… ?

 

Je t’ai regardée.

Je t’ai écoutée.

Je l’ai tant fait que je t’ai entrée en moi, je t’ai incorporée.

Tes désirs, ou du moins ce que j’en savais, ce que tu m’en disais, à moi, ce que tu en faisais passer en moi, je les ai incorporés, je les ai faits miens…

 

Du moins ceux qui répondaient aux miens, ceux où je pouvais entrer, avoir une place, une existence…

 

Pas ceux où je n’existais plus. Je le reconnais.

Cela me faisait trop mal, ils ne me faisaient pas exister.

 

Je cherchais notre jouissance à tous deux, simultanée.

 

Je dis cette nuit que tu n’as pas fait Ton désir de mon désir…

Il était que tu me dises : « J’ai envie de toi. C’est de toi que j’attends ma jouissance… »

 

Je sais que je te l’ai donnée. Donc ce n’est pas de moi que ça vient.

 

Ton Désir pouvait s’exprimer, certain que le mien lui ferait écho.

 

Quand – nous l’avons déjà remarqué – t’ai-je refusé de faire l’amour ?

 

Jamais. Ou presque.

 

Tant mon Désir était grand. Toujours tourné vers toi.

 

Tu avais cette sécurité. Tu ne l’as pas voulue.

 

Qu’est-ce qui, en toi, arrêtait ton élan vers moi ?

 

Qu’est-ce qui empêchait ton Désir de faire écho au mien ?

 

Quelle interdiction ? Quel empêchement ?

 

Qu’est-ce qui t’empêchait de me dire : « Je veux notre jouissance… » ?

 

Pourtant ton Désir existait. Je le sais. J’en suis sûr.

 

Mais pourquoi te taire, si souvent… ?

 

Pourquoi ne pas avoir fait résonner ces paroles magiques et apaisantes : « J’ai envie de toi. Fais-moi jouir… » ?

 

Pourquoi cette interminable méfiance ?

 

Pourquoi ce doute sur l’Amour que je te portais ?

 

Parce que je te faisais mal au lieu de te faire jouir.

 

Je réalise en ce moment, avec beaucoup de souffrances, que le Désir peut être vécu comme une agression !

 

Et c’est ainsi.

Moi, si plein d’amour pour toi, si frémissant de Désir, je t’ai fait mal dans le temps même où je croyais faire ce que tout Autre attend : te faire du bien en te désirant.

 

Mon désir cherchait le tien pour lui faire écho (Désirs qui se répondent : Amour, promesse de Jouissance commune).

 

Mais les Désirs, même s’ils se rattachent au Désir, sont différents ou plutôt s’expriment différemment.

 

Là où moi j’attendais « J’ai envie de toi » ou des porte-jarretelles ou ton cul en l’air m’invitant à l’amour, toi tu répondais autrement, en silence, demandant d’être devinée, dans le meilleur des cas, quand ton corps pensait à faire l’amour, sans le dire, ou bien pensant à dormir, à m’oublier, dans le pire…

 

D’où cette chose majeure entre nous : l’agressivité.

 

Celle qu’on retrouvait toujours en se retrouvant. Plus ou moins vite, mais toujours au rendez-vous.

 

Cette agressivité qui était une défense parce qu’on avait mal (on fait mal à qui vous fait mal pour essayer de l’arrêter…)

 

On avait mal à cause de la frustration qu’on ressentait.

 

Frustrés, chacun, parce que l’autre ne répondait pas à notre désir comme on l’aurait voulu.

 

Moi : « Je te dis que je te désire : faisant autant… »

toi : « Ton désir m’étouffe. Le désir de l’homme étouffe la femme. Je veux être une femme libre. C’est ça, mon désir.

À celui là, tu y réponds ?

Il faudrait me lâcher cinq minutes… !

Il faudrait me laisser être moi.

Je me désire, moi.

C’est de ça qu’il s’agit. De mon désir à moi. Pas du tien. »

 

Pourtant, ton désir tourné vers moi, faisant écho, symétrique au mien, en miroir, par rapport à moi, Roberto, il était normal que je le demande pour moi.

 

C’est bien ce que tu as fait : tu as bien été heureuse que je te fasse écho, que je fasse de tes désirs les miens.

Que mon désir porte sur, que sais-je : ta fille, ta mère, tes vêtements, ton travail, tes amis

et ton sexe.

 

Je n’ai demandé que la pareille.

 

Je n’ai demandé à jouir que de ce qui t’a fait jouir.

 

De deux choses l’une : ou l’amour existe et il était possible avec moi

 

Ou nous sommes seuls.

 


 

En fait, je ne crois pas qu’on échappe à l’autre.

 

On a besoin de lui.

 

On a besoin de l’Amour.

 

Tant qu’on vit.

 

08/01/1983

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE 

 

(4h)

 

Hier soir, en allant chez Aline, eu envie d’appeler Mathilde (l’endroit me rappelait notre rencontre, mais même avant, j’avais ressenti une émotion qui me conduisait à elle).

L’ai appelée (j’ai attendu longtemps que la cabine de téléphone se libère).

Ambiance tendue au bout du fil (apparemment : problèmes avec les adultes et aussi avec les enfants).

Essayé de lui faire passer mon émotion.

Elle me dit que ça passait. Que c’était pareil pour elle.

À la fin, elle m’a murmuré, vite : « Je t’aime… »

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Séance de ce soir : j’ai tant pleuré.

Sur l’enfance d’Agnès perdue (= la mienne).

C’est parti du fait qu’hier matin, j’ai cherché dans les carnets ce que j’avais écrit en 70, au moment de l’analyse. Je suis aperçu que : rien écrit ! Repris carnets deux ans et demi après. À ce moment écrit résumé des deux ans et demi.

En parlant à G., je me suis aperçu que j’avais oublié de noter la naissance d’Agnès  Vive culpabilité  sanglots douloureux et soulageants

 

13/01/1983

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE 

 

(Jeudi soir)

 

Après cette nuit où j’ai « écrit à Colette », je l’ai appelée le dimanche (après être allé le samedi soir avec Agnès chez Michel B. (amené Carole ici pour le dimanche).

L’ai appelée parce que dès le réveil : première pensée pour elle et angoisse, tout de suite.

Que dire de ce dialogue ? = un constat d’après rupture.

Je lui ai lu les pages écrites plus haut. Elle m’a demandé de lui envoyer une photocopie.

À la fin, lui ai dit : « Je vais aller au bureau des objets perdus. J’ai perdu quelque chose… »

 – Elle : « C’est pas fragile ? »

 – Moi : « Si. »

 – Elle : « Alors, c’est cassé. »

 

VÉCU – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Notes sur ces derniers jours :

 

Dimanche 9 : Déjeuné à la maison : les Y. Mathilde nous rejoint l’après-midi. Tirage des Rois. Mathilde est reine. Elle me choisit comme roi et me donne un petit baiser sur la bouche. Soir : je raccompagne Agnès avec Mathilde.

 

1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – AGNÈS

 

(Épisode Jocelyne : le samedi, je lui avais dit que sa nouvelle coiffure la vieillissait. Elle l’avait mal vécu. Après, j’avais été triste sans comprendre exactement pourquoi, puis je me le suis formulé. Le dimanche soir, Jocelyne veut me faire boire du champagne. Elle me dit : « On parle faux ! » Je lui dis : « Je voulais te dire que si je n’ai pas aimé ta coiffure, c’est que je ne voulais pas que tu vieillisses ! » Elle dit : « Oui : notre jeunesse… ! » Je parle de l’enfance d’Agnès qui m’obsède. Nous nous serrons très fort. Elle me dit : « On y arrivera… Je t’en veux encore, mais on y arrivera… » Agnès entre à cet instant… Pendant un instant, nous sommes réunis tous les trois).

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE 

 

Retour Eaubonne-Paris en voiture avec Mathilde. Elle trouve que « j’ai quelque chose »… Je lui dis que je la trouve dure et que je sais que c’est parce que la vie est dure. On en parle. On va dîner chez Pierre D.. (L’appartement où j’ai tourné « Sibylle » a été modifié). 

On fume un peu.

On rentre.

Mathilde accepte de fumer. Je sens en elle les effets « communicatifs » du haschisch, mais elle finit par être un peu malade.

Je la soutiens.

Comme j’ai envie de faire l’amour, Mathilde parle du « respect de l’autre »…

Elle me fait parler de ma relation avec Colette. Je dis la violence. Mathilde : « Si tu me fais ça, je m’en vais tout de suite… »

Elle flippe parce que je le lui avais caché  tristesse.

Comme elle a fumé, elle comprend que violence = amour et dit : « Alors, tu l’aimes encore ? Si elle revenait ? » Moi : « Non. » (Et c’est vrai).

On s’endort. On se réveille dans la nuit avec la même envie de faire l’amour (je n’ai pas noté quand j’ai joui en elle pour la première fois).

[Je note, il y a quelques jours : un après-midi, après avoir fini son boulot, Mathilde m’appelle et vient déjeuner avec moi. Mis la table en l’attendant. Moment agréable. Je la sentais heureuse de cet impromptu.]

 

AMIS – ZYF 

 

Lundi 10 : Zyf appelle le matin. Il est à Paris. Il vient l’après-midi.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE 

 

Mardi 11 : Vers 19 h, Mathilde arrive (on a parlé du synopsis au téléphone l’après-midi). Elle en reparle en présence de Zyf (après dîner chez Joël). Choses importantes : « Je ne vois pas la femme là… Ce n’est pas chaleureux. Il n’y a rien de nouveau (à propos rapport pouvoir-désir). C’est chose faite tous les jours. Mais : belle histoire. »

On commence à faire l’amour, mais on s’interrompt : « Je préfère ne rien avoir parce que j’ai envie que ce soit super (elle est fatiguée + – je crois – inhibitions. Plus tard, revenant sur elle, je lui demande de me pénétrer, guidant sa main. Elle refuse. Je m’écarte. Elle : « Tu sais je suis un peu timide » Je parle d’amant et maîtresse. Elle n’aime pas ces mots. Parle de tromperie. Sentant que ça cogne, elle me dit : « Je n’ai pas voulu te choquer… » Je reviens sur la « timidité », disant qu’on est nus tous les deux…

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – AMIS – ZYF – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Mercredi 12 : Soir dîner avec Madeleine (restaurant africain). Parlé de Colette à qui Madeleine avait dit qu’elle voulait me voir. Me dit que Colette a dit que « pour l’instant la séparation ne nous faisait pas de mal et que peut-être dans quelques années… »

Maison avec Madeleine. On fume. Grosse défense. On joue aux dés. Zyf arrive. Défonce – rigolade avec quelques moments de « tendance à flipper » (musique Jonas – Claverie – Starmania)

Madeleine dort ici.

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – AMIS – ZYF 

 

Jeudi 13 (aujourd’hui : Je parle avec Zyf de Madeleine. Il me dit qu’elle ne le branche pas trop : manière de parler de son flip sans vouloir en parler. Problème d’attitude. Je dis que j’ai fait pareil. « Mais toi, je te connais. »

Mais c’est vrai que lui est allée se coucher qu’on est resté à parler, elle et moi (du rapport de forces dans le couple) (plus ouvertement)

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – ZELDA- carbone 14

 

Ce soir : longue conversation au téléphone avec Mathilde (en deux fois cause enfants bruyants  deuxième fois : Zelda : « Qui c’est ? – « Roberto » – « Encore ! »)

 

Beaucoup parlé de l’amour et des relations hommes-femmes.

Ce que je retiens :

On parle du décalage des désirs.

Je parle du désir de l’autre s’il désire ailleurs comme d’un désir contre moi (je recherche mes mots, mes pensées. Je ne sais même plus comment j’en suis arrivé à dire ça…) Elle dit : « Non : tu installes un rapport de forces »

 

Elle dit : « Non : si tu es bien, si tu es toi-même, ce sera mieux pour l’autre.

Si on est bien avec soi-même, on est bien avec les autres » = idée capitale

 

(En même temps que j’écris, j’ai le casque du walkman et sur Carbone 14, un type parle au téléphone, disant qu’il va attraper la première personne seule venue et la violer et peut-être la tuer (il l’a déjà fait, dit-il).

Je suis très ému en entendant ça.)

 


Je note en vrac d’autres choses de la conversation avec Mathilde :

 – « Mathilde, tu me fais du bonheur… »

Elle, étonnée de m’aimer (j’ai repris ça plus tard en parlant du sentiment d’existence : l’émerveillement dont je ne me lasse pas que le vivant aille au vivant)

 

 – Cité Laborit : « Aimer quelqu’un, etc. (noté dans carnet)

 

 – Quand on se quitte, elle : « Mon grand amour, je t’embrasse et te souhaite une bonne nuit… »

 


Elle a parlé de la magie (à propos des petits déjeuners) J’explicite les désirs de l’Autre dont on fait ses désirs.

 

(Je dis que je fais beaucoup ça, mais que j’en demande autant.

Elle : « Quand je t’ai parlé de ton scénario, c’était par amour. » Je lui dis l’émotion que ça m’a fait.)

 

Notes sur le mardi 11 : au lit, le soir (après dialogue avec Zyf) :

Mathilde : « Tu es sérieux »

Moi : « Tu veux dire : pas drôle ? » Je dis : « C’est ma manière à moi d’être passionné… »

Elle : « Sacrée passion ! »

Elle : « Non ».

 Flip chez moi

Elle : « Ne te referme pas. »

 

VÉCU – SOCIÉTÉ – RÉFLEXION – CARBONE 14 – JEAN-YVES LAFESSE

 

(4h30)

 

Je rentre à l’instant à la maison.

Les types de Carbone 14 ont monté un superbe canular ! Tout était bidon dans leur affaire. Disant qu’il s’était passé « quelque chose de grave », ils ont appelé à une manifestation silencieuse à Alésia. Je suis allé !

En écoutant l’un d’eux (Lafesse, organisateur du canular – « candidat » aux Municipales) monté sur une voiture, parler de foutre le bordel, de « se marrer », je me suis aperçu de ce que signifiait l’âge.

Je n’avais pas leur âge. Tous très jeunes.

Je les ai trouvés (lui surtout) extrêmement malins ! Je pensais : des « publicistes de la marge »…

Ils assurent leur lendemain et profitent de leur aujourd’hui.

 

VÉCU – SEXE – RÉFLEXION

 

En rentrant, place de la République, j’ai été pris d’une soudaine impulsion : aller rue Saint-Denis mater les putes noires et, peut-être, m’en payer une. (Je note : République = raie publique) (Raie pubique).

Je l’ai fait. Repéré une noire. Monté avec elle. Une haïtienne. Maï. 22 ans. Elle était gentille, presque enfantine. Beaucoup de tendresse entre nous, de douceur, de caresses.

Lui ai posé la sempiternelle question : « Est-ce que tu ressens quelque chose ? » Elle m’a fait une réponse originale et, somme toute, évidente : elle sent quelque chose, mais ne prend pas complètement son pied, car sinon elle serait crevée !

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

 

Repensé ce soir à mes relations sexuelles avec Colette.

Qu’est-ce que j’aurais voulu, au juste ?

Je suis incapable de le dire.

 

Qu’elle multiplie les conduites actives ?

G. a pointé là la recherche de la masculinité chez la femme. 

 

Je pense que je trouverais pas ce que je cherche : une femme qui me désire comme un homme.

 

Pourtant : main qui descend au sexe (Mathilde) – caresses sur mon corps (Mathilde) – la femme sur moi (Mathilde)  la femme-surmoi ? Peut-être une explication de beaucoup de choses…) !

 


Je commence à peine à réaliser que j’ai (peut-être) perdu Colette pour toujours  C’est cette notion d’éternité (de mort) qui me saisit. Conscience fugace, elle vient et repart.

7


Je relisais tout à l’heure les premiers carnets (les premiers de l’époque avec elle) : j’ai noté ce don d’elle-même.

Il était réel.

Pourtant, je n’ai pas fantasmé ses doutes, ses dérobades, ses silences, ses gueules, ses caprices, ses exigences, ses injustices, ses non-tendresses, je n’ai pas halluciné Colette.

 


Pensé aussi (après la prostituée noire) à la « relative » inculture de Colette et aux questions qu’elle acceptait de poser (acceptant son ignorance).

Le côté enfant en elle.

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Je repense aux mots de Mathilde tout à l’heure, quand je lui parlais de la fermeture (= souffrance) : « La souffrance fait partie de la vie. Elle fait avancer… »

et aussi :

« Je n’ai pas été blessée, c’est une chance. »

 

Et, comme je proteste qu’elle l’a été, elle explique que cela ne la pas rendu amère. Elle évoque des gens plus âgés (40 ans) qui disaient : « Je ne veux plus en prendre plein la gueule… »

 


19h35 : salle d’attente G.. Ce midi, j’entends sonner. C’était Mathilde. Elle voulait aller au cinéma (avec ou sans moi).

Je n’étais pas libre (déjeuner avec Lucile auquel je suis arrivé avec trois quarts d’heure de retard : elle n’était plus là !)

Mathilde est allée au cinéma sans moi et c’est très bien comme ça !

 

15/01/1983

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE  

 

(Samedi 13 h)

 

Je repense à la conversation téléphonique avec Mathilde de jeudi.

Chose importante, à un moment : à propos de la fermeture (elle me demande de lui citer les moments.)

Je dis que lorsqu’on se ferme, on fait souffrir l’autre et on se fait souffrir soi-même.

Elle : « La souffrance, ça fait partie de la vie. »

Est-ce que ça change quelque chose de la dire ?

Question essentielle.

 

16/01/1983

 

VÉCU – HASCH – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME  

 

(Dimanche 3h45)

 

Fumé. Écris défoncé. C’est-à-dire, quelque part, libre.

C’est-à-dire seul.

J’écris :

« Il peut venir un moment où aimer l’autre, c’est s’effacer de sa vie… »

Suite (tumultueuse en moi) du dialogue avec Nicole, tout à l’heure chez Jean-Marc :

Elle : « Je n’ai rien à faire de ton désir… » et moi parlant du Vivant qui va au Vivant, du rapport inscrit dans la Réalité de Moi et de l’autre.

Elle disant – même si elle l’a nié après – : « L’autre ne t’apportera jamais la Satisfaction. »

Moi disant que c’est affaire de moment, mais que la satisfaction existe, puisqu’on la cherche.

On ne peut chercher quelque chose qu’on n’a pas connu. Qu’on ne connaît pas.

C’est inscrit en nous. C’est de là qu’on le tient.

On cherche l’autre parce qu’il est nous.

Il y a un endroit où l’autre et nous, ça ne fait pas de différence.

Par-delà notre vie d’individu.

Et notre protection.

 

Texte écrit par Zyf :

 

« Ô mon frère 

aveugles aiguilles

nous montons vers minuit »

 

Borgnes métros

nous ramons

vers des chambres sans vie

 

Les bidasses entassés

avec la même angoisse que s’ils montaient au front,

tout ce qui bouge

ceux qui bougent sont

 

Ennemis – descendus…

Bidasses

de gare en gare

de guerre en guerre

qu’heureusement ils ne feront pas et leur plus grande

peur sera peut-être cette

infernale traversée de Paris souterrain lumière.

Dans leurs yeux, la même

angoisse que dans les 

miens : louper la station,

la correspondance avec le destin.

 

Une chambre. Envie. Elle.

Lampe bleue avec un 

gros téton rouge qui est

en fait un phallus… N’as-tu

jamais eu la sensation

d’être pénétré par une

femme ?

Moments délicieux où la

femmes m’entoure… Où elle

me permet de faire partie

du plein – D’être, à nous

deux, le tout et donc moi

tout seul, le tout…

Non,

Mal dit tout ça.

C’est pas loin, mais c’est pas ça – 

Elle a dit « As-tu oublié comme j’ai eu du mal à te quitter » – 

c’est tout ce qu’elle a dit comme mots

d’amour, c’est avec eux

qu’il faut que je vive

cette nuit

Ami, je vais écrire ici, je vais te dire la plus importante de mes choses

(quelle élégance !… Une chose de la plus haute

importance : arrêter de boire, ça a été accepter

les fantasmes des autres

 – je suis entré dans

leurs fantasmes…,

et, bien sûr, à ce jour

(qui est une nuit) personne

et encore entré dans

mes fantasmes…

J’ai obéi à leurs fantasmes

parce que je les AIMAIS, mais

cette part d’amour, ils ne le mesurent pas – d’amour vrai,

d’amour de l’autre : tu ne

m’aimes pas ainsi, bon

(dans ce « bon », il y a bien sûr plusieurs vies) je change…

je vais être ce que tu

veux que je sois…

 

Quelque temps plus tard, tu te rends compte que ça voulait dire aussi : «… Mais essaye, essaye un peu toi aussi d’être ce que je veux que tu sois

Ô délicieux et admirable lapsus ! !

 

En fait non, il n’y a pas de lapsus – mais je ne sais plus où je me suis barré pour penser qu’il y avait lapsus – 

 

Moi je suis entré dans vos images

(et vous aviez raison de le vouloir : je m’y plais, je m’y sens bien – Mais ce n’est pas une image pour moi)

 

Mais qui d’entre vous

Amours, amis, qui est venu dans les images ? Qui a pris mes désirs pour sa réalité ?

 


À partir de maintenant (mais je le sais depuis longtemps : je n’écris pas dans le vide – j’écris parce que je suis vos vies, parce que vos vies vivent en moi)

 

J’ai une avance sur vous que vous ne pourrez (déjà) jamais rattraper [(1) j’aime bien parfois dire des choses péremptoires, irréfutable…]

 

Oui, vous êtes à la traîne, camarades amours, moi je vis aux fantasmes, je suis entré (et c’est bon) dans votre folie que vous ne comprenez même pas…

 

« Vos rapports furent lâches, pour resserrer nos rapports… »

 

 – Oui, je suis le feu follet. Tout le monde se contente de ce feu-farfadet mouvant, mais personne n’a remarqué sa persistance, sa permanence. L’œil était dans la tombe… – 

 

Je sais : je dis ça maintenant que j’ai pris vos désirs pour ma réalité, que j’en ai fait ma réalité – je sais que moi aussi « avant » je ne suis pas entré dans la « folie » de l’autre… – Justement ce qui m’emmerde profondément dans votre réalité, c’est qu’elle n’est pas « folle » : moutons de Panurge, acceptant la loi – Vous m’avez appris la loi – 

Et savez-vous pourquoi j’accepte de vivre dans votre loi (que vous croyez avoir choisie, mais que vous subissez car loi = mort – Analyser tout en fonction de la pulsion de mort victorieuse (le travail, l’argent, la lutte des classes : pulsion de mort)

 

Parce que : je ne suis pas dupe. Connaissant vos lois, je peux (je sais) les détourner

 – Détourner la loi, c’est montrer que la vie est possible

(loi = mort)

Cappa, la loi n’est pas une pulsion de vie mais une pulsion de mort – 

et nous MEMBRES ACTIFS DE LA TRANSPARENCE

Et nous INSOUMIS DES APPARENCES

Et nous DÉSERTEURS DE LA LOI

Et nous amoureux de l’inceste suprême : la vie

Et nous, on s’emmerde dans leurs petites morts permanentes

 

17/01/983 (2h25 (fin)

 

PS : Il me semble bien que c’est un anniversaire à nous deux le 17 janvier…

 – n’oublie JAMAIS que je T’AIME

 

19/01/1983

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – FEMMES – RACHIDA – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

(Mercredi 1h)

 

Dimanche : conversation importante avec Mathilde sur la notion de Satisfaction et du Désir (un moment, je dis : « Il faut que tu me satisfasses ! » Elle le prend mal : « Ça veut dire que je ne te satisfais pas ? Si c’est ça, quittons nous tout de suite ! » Je dis : « Oui, c’est ça : quittons-nous ! » Elle revient, me demande si elle ne me satisfait pas. Je lui réponds en lui donnant à lire la lettre que je lui ai écrite dans la nuit de samedi (lettre-fantasme d’un acte sexuel pleinement satisfaisant entre elle et moi).

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE 

 

Lundi : Dans la matinée, Nicole (quel lapsus ! Se relie à la soirée de samedi. Nicole = celle qui rejette mon désir, me dit qu’elle n’en a rien à foutre. Ma toute-puissance ne le tolère pas), Colette m’appelle. Je dis que je ne la rappellerai.

Je le fais le soir à 18 h quand je me retrouve seul à la maison. Ça se passe mal. (Elle est vexée parce que me proposant de me voir après ma séance, je lui dis que je ne suis pas libre  pour le lendemain au déjeuner, c’est elle qui n’est pas libre, dit-elle. Je propose alors le mercredi. Elle dit : « On verra. Ce n’est pas toi, c’est moi. Je te rappellerai… »

 

Je vais à ma séance.

 

VÉCU – HASCHICH – FEMMES – ÉLIZABETH J. – RACHIDA

 

Après, je vais à la soirée organisée par Jacqueline Tarta pour le lancement de son disque gitan, à l’Apocalypse (Les « Gipsy Kings » qui connurent ensuite une grande gloire, dont la pauvre Jacqueline ne recueillit pas les fruits : injustice de ce métier)

Fumé avec sa fille Véronique dans la voiture. Grande défonce.  Rachida. Discussion avec Elizabeth chez qui je monte. Je repars de chez elle le lendemain après midi à 15 h… »

 

FEMMES – SEXE – ÉLIZABETH J.

 

Mes rêves ne sont pas impossibles : je me suis retrouvé avec une fille qui, sans que je lui demande, m’a pénétré le cul ! Mais ce n’était pas celle que j’aurais voulue pour le faire…

 

FEMMES – RACHIDA

 

Rachida. La possible passion.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – DÉSIR

 

Je découvre en ce moment la Pulsion de Mort à l’œuvre dans l’amour, à l’œuvre dans le Désir.

 

Détruire l’objet du désir.

 

Découvre aussi l’importance de la Peur (d’être détruit).

 

SEXE – FEMMES – ÉLIZABETH J. – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Je m’émerveille toujours qu’une femme, dans l’amour, dise : « Oui ! » (Élizabeth)

Qu’est-ce qu’elle accepte ainsi ?

 

Ce ne peut être le plaisir, puisqu’elle le cherche…

C’est, je crois, la part d’agression que l’homme commet sur elle en lui faisant l’amour.

Pulsion de mort encore.

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE

 

Une idée à noter (ça fait longtemps que je ne note plus « d’idée » sur ces carnets) :

Quelqu’un qui s’identifie à un amour (pas un être).

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – ROLAND BARTHES

 

Roland Barthes (in « la chambre claire ») : « Je parlais parfois de cet étonnement, mais comme personne ne semblait le partager ni même le comprendre (la vie est ainsi faite, à coups de petites solitudes)…

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME- RÉFLEXION – ATTACHEMENT

 

Dîner tout à l’heure avec Zyf et Marie-Pascale.

Discussion sur la liberté (sexuelle) et la Jalousie.

 

Je m’interroge après-coup là-dessus.

Plusieurs constatations : l’idée de la sexualité de Colette avec d’autres (ou même avec un autre) ne me gène plus. Pourquoi ?

Parce que je m’en suis détaché ! Oui, mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Dans ce mot : détaché, flotte son contraire : attaché.

Lequel des deux attache l’autre ?

 

Je suis fatigué. J’y reviendrai.

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – FEMMES – RACHIDA

 

(3h30)

 

Je rallume parce que je rattrape une idée :

« Pourquoi est-ce que, sur le moment, ça ne me dérangeait pas qu’il ne se passe rien entre Rachida et moi ? Pourquoi me suffisait juste cette certitude, qu’il y avait en moi, qu’il existait un possible entre nous ?

 

 Parce que j’avais fumé ? Parce que j’hallucinais ?

 

Je me pose le problème de la frustration.

 

De la non-réponse du désir de l’autre à son propre désir.

 


Je pense tout à coup à deux choses que je rapproche :

 – J’écoute de la musique et je fantasme Rachida aimant une musique, sa musique.

Et moi aimant cette musique parce que nouvelle et celle de Rachida.

 

MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – MA MÈRE

 

 – Séance : je dis : « Pourquoi est-ce qu’elle ne me disait pas « J’ai envie de toi ! »  G. : « Sans doute que, dans sa Suisse italienne, ça ne se fait pas. » (Je venais de raconter l’histoire du patois suisse italien rapporté par Maman).

 

Dans ma manière d’incorporer les désirs de l’autre, il y a un goût pour l’exotisme (Colette – Rachida) qui a ses racines dans ma lignée.

 

20/01/1983

 

VÉCU – FEMMES – ÉLIZABETH J. 

 

(Jeudi 19h55)

 

Restaurant Goldenberg près place des Ternes. J’attends Élizabeth avec qui j’ai rendez-vous après son travail, car elle m’a appelé hier soir, me laissant message : elle avait des « choses à me dire »…

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Hier après-midi rencontré Mathilde (rendez-vous coin rue Montmartre). Allés au cinéma voir film en relief (« L’homme au masque de cire »)

Image étonnante de tous les spectateurs avec lunettes blanches pour le relief sur le nez… !

Après, bu bière au « Général Lafayette » (à la table qu’occupait notre interlocuteur philosophe cinéphile quand nous y étions allés avec Colette).

 

AMIS – ZYF

 

Puis soir : dîné chez Benoît I. avec Marie-Pascale. Discussion sur homosexualité, bien sûr (très libre).

 

En rentrant : dialogue avec Zyf.

(Colère en évoquant la « soirée chéri » chez Danielle P…)

Souvenir de ma jalousie parce que j’avais perçu un rapport de désir Colette-Zyf.

Je le jugeais contre moi.

Mais si j’analyse : c’était bien du « désir ailleurs » (pas chez Colette, dans le « chéri » que je proposais.

Proposition rejetée  sentiment d’agression (idem Nicole chez Jean-Marc Jeannette).

 

Je me sens mieux armé (seulement mieux, dis-je) contre ces rejets.

En train de sortir de la position d’attente de l’Autre (G. = attente de l’idéal)

 

21/01/1983

 

AMIS – ZYF – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Ce matin : amené Zyf à la gare. Suis rentré et me suis mis au lit.

En suis sorti pour rejoindre Mathilde qui m’appelait pour une proposer petit-déjeuner ensemble  café Montreuil près de chez ses parents. Conversation où je lui demande combien elle a connu d’hommes. « Tu ne t’en doutes pas ? » – « Si » – « Alors permets-moi de ne pas te répondre. » Je dis que je sais qu’elle en a connu peu (sur les doigts de la main, dit-elle) et que ça lui a manqué d’avoir envie d’un homme. Je dis que ça peut paraître prétentieux de dire qu’on sait ces choses, mais que je ne crois pas me tromper. Elle dit qu’elle est intimidée parce qu’effectivement je vois les choses et qu’elle se sent mise à nu.

 

vécu – FEMMES – LUCILE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Je viens d’appeler Lucile. Nous avons (j’ai) rompu. (Parlé de « lassitude » entre nous).

À un moment, elle m’a mis en colère quand elle m’a dit : « Ton amie est revenue ? » (avec son petit ton ironique)  lui ai dit que je voyais bien qu’elle pensait que j’étais maso, que je repiquerais au truc, etc.…

Lui ai dit : « Voilà ce que tu fais de ma sincérité ! » (en lui racontant ma vie).

Maintenant que j’y repense, la lucidité m’amène à constater qu’il n’y avait pas de sincérité ! Lui ai parlé de Colette revenue parce que bien obligé. De Colette repartie pour avoir ses coups de fil.

La colère sur le côté « répétitif » est une mise en cause mal prise (un « crime de lèse-majesté »)  crime = aime ? (cause mon écriture)

 

Avant, je lui avais fait remarquer qu’elle avait tendance à garder les choses par-devers elle, à étouffer sa spontanéité.

Elle m’a répondu (car c’en était une, de réponse) : « Je crois que tu n’es pas content parce que je ne tape pas du pied, que je ne te fais pas de scène… »

Ça aussi, c’est vrai. (La femme qui ne supplie pas) D’où : colère en moi envers Colette que j’ai envie d’appeler pour l’injurier.

 


Je sens qu’envers Lucile, Colette ou tout autre femme avec qui j’ai été en relation, il y a en moi un mouvement d’idéalisation. Ce qui m’amène à cette pensée, c’est le sentiment de déception.

Déception = idéalisation entravée (mais pas supprimée) (s’il y avait suppression de l’idéalisation, il n’y aurait pas déception).


Peut-être aussi que le « Ton amie est revenue ? » de Lucile était une explication qu’elle souhaitait avoir de la rupture, parce que cela lui évitait le sentiment d’échec (rupture due à l’extinction du désir envers elle).

 

FEMME – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(17h50)

 

J’ai une conscience relativement claire de ce que je m’illusionne en aimant Mathilde (j’écris bien « en aimant » et non « en disant aimer »).

Ce que j’appréhende, c’est la fin de l’illusion, la retombée de cette flambée violente.

Je repense aux femmes que j’ai cru désirer et dont je me suis assez vite lassé (Loan – Guylaine – Lucile – Pascale – pour les plus récentes) et je redoute le même processus avec Mathilde.

Simplement, je me demande : l’amour peut-il être autre chose qu’un illusionnement ? Pour moi, pour l’instant (relativisons !), il me semble qu’il faut accepter l’illusionnement, accepter d’investir temporairement. Et vivre l’instant…

 

J’ai une pensée (permanente) qui mérite qu’on s’y attarde : chez Mathilde, il y a quelque chose dans sa psychologie qui me plaît beaucoup (à la différence des autres femmes citées plus haut) : sa gaieté, sa spontanéité, sa générosité, sa sincérité. Qualités « morales ». Cela me fait croire que mon attachement à elle risque d’être plus durable.

Tout se passe comme si, pour moi, il y avait le Désir d’un côté et la Morale de l’autre. Je dépisterais là une action du surmoi et, éventuellement, l’entrée en compte de la culpabilité (je culpabilise d’être faux avec Mathilde, de désirer ailleurs…) L’idée de sa déception si elle apprenait ça m’est pénible (id est : il m’est pénible d’envisager que son idéalisation à mon égard n’est pas fondée.)

Pourtant, l’Amour, en tant que préservation de l’Autre, je sais le pratiquer. Je désire ailleurs, certes, mais quand je suis avec Mathilde, je sais lui faire du bien et ne pas lui faire du mal.

 

Que je lui fasse du mal un jour ne peut être exclu. Pas plus que l’inverse ! Ma culpabilité s’est toujours appuyée sur une lecture unilatérale (accusatrice pour moi) de mes relations.

 

Je relativise donc l’idéalisation et me dis que je peux être « bien », non pas en général, abstraitement, absolument, je ne peux être « idéal », mais je peux être bien avec quelqu’un, pour quelqu’un, dans une période donnée.

 

Et dans un contexte donné. À cet égard, je dois tout de suite prendre conscience que je n’ai pas envie de vivre avec Mathilde (du moins pas pour l’instant, dans l’état actuel de nos relations sexuelles).

Écrire ça revient à dire que je veux préserver ma liberté de désirer ailleurs et que je n’y renoncerais que si j’ai trouvé la satisfaction avec Mathilde.

 

La suite nous le dira

 

22/01/1983

 

VÉCU – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(10h25)

 

Viens d’appeler chez mère Colette pour avoir des nouvelles. Emmanuel malade car appelé Simone et ça ne répondait pas. À approcher ainsi Colette, même téléphoniquement et en entendant sa mère dire qu’elle « voulait des affaires mais qu’elle avait tant de travail… »  Sentiment dominant en moi la Peur, peur physique, qui noue le corps. 

Je m’interroge sur cette Peur qui a joué un si grand rôle. 

Et c’est vrai qu’à m’être éloigné, j’ai eu moins peur. Elle s’est presque totalement calmée. 

Mais je m’interroge sur elle. De quoi ai-je eu si peur ? Peur pour qui, pour moi ? Peur de quoi, de moi 

 


 (11h25 sur la route pour école Agnès) 

 

Je regarde mon compteur kilométrique : 83 311 km ! Je « subjective », j’ai fait 2 fois ( !) le tour de la Terre, (en m’arrêtant beaucoup) en quatre ans… C’est ainsi que je mesure le temps qui s’est écoulé.

 

26/01/1983

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(mercredi 11h30) 

 

Seul maison. Café. Fatigue. Endormi (pourtant j’ai pris un bain, pour me réveiller.) Cette nuit : dormi à l’hôtel (Hôtel Printania, Porte de Montreuil.) 

Hier : ai appelé Colette au travail, un peu avant 13 h. 

Le soir, impulsion : suis allé l’attendre à la sortie du travail. Puis un pot pub. 

Suis descendu à sa suite dans toilettes : l’ai pénétrée (hésitations sur la suite.) 

Dîner au Bœuf Gros Sel après être venus ici prendre de quoi fumer. 

Joint dans la voiture avant le repas. 

Pendant repas, lui fais enlever sa culotte. La touche. Elle très excitée. On sort. La pénètre deux fois, dans une impasse et derrière une palissade. Hôtel. Amour très fort. Elle crie. Je pleure au pied du lit. On se quitte au matin. Elle part la première. Matin triste. 

 

28/01/1983

 

AGNÈS 

 

(12h50)

 

Il s’est passé tant de choses, ces derniers jours… !

Samedi : pris Agnès école. Courses ensemble (Félix potin). Après-midi ici (Agnès télé).

Agnès, le matin, quand je la prends, me dit : « Je voudrais vivre avec Papa et Maman » Moi : « Tu ne t’es pas encore habituée ? » Elle : « Si je ne me suis pas habituée, c’est que tu te disputais tout le temps avec Colette ». Elle me parle aussi de sa mère qui a répété publiquement ce que je lui ai dit quand j’ai téléphoné le jour de Noël (« Je regrette de ne pas t’avoir aimée comme tu aurais voulu »).

Ce soir, j’amène Agnès chez Tata Lucie, où est Maman. 

Rendez-vous Boule d’or avec Mathilde. (Corsage en satin noir avec col blanc). On va voir « L’empire des sens ». Malaise  restaurant sortant (Taverne Strasbourgeoise près Odéon). Discussion sur sexualité enfants (ma culpabilité vis-à-vis d’Agnès  culpabilité Mathilde par rapport à ses enfants (elle pleure).

Elle ne m’expliquera ses larmes que plus tard, à la maison (j’ai aussi pleuré parce que j’espérais de « L’empire des sens » une excitation érotique et qu’elle n’a été que tendre et oppressée).

Maison : amour fort. Je crois que c’est là que Mathilde me dit « Je jouis » (sur moi »)

Dimanche : après-midi. Nous allons chercher Agnès boulevard Pasteur  jardin d’acclimatation. Moments heureux. On joue à plusieurs jeux. Dépense physique. Rires. Joie. Détente. On raccompagne Agnès ensemble

Par la suite, je montrerai à Mathilde combien Agnès est ouverte par rapport à elle. (Pour Agnès soulagement chez elle par rapport à femmes comme Pascale ou Mathilde) (À un moment, Agnès parle de sa condition d’enfant unique et évoque, à mots couverts, difficultés relationnelles avec autres enfants).

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987) – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – femmes – rachida

 

Dimanche soir : maison avec Mathilde. Télé au lit (« La nuit du chasseur »)

Lundi : traîne au lit le matin. Après midi : rendez-vous à Sidonie production pour projet « La route »  séance.

Actuellement = période de résistance à l’analyse (séance ratée – sommeil – « emballage » de ma parole).

Après : repas chez Serge M.. M’en vais assez tôt pour une cassette X à Pigalle.

Mardi matin : coup de fil de B.  Angoisse  appel Colette (Colette liée à l’angoisse !) 

Raconté, plus haut le mardi. De ce moment avec Colette. Je retiens ce qui me revient le plus = « Je suis une femme et c’est vrai que je suis très sensuelle. Je découvre ma sensualité… » n’arrive pas à admettre qu’elle ne l’ait pas fait avec moi alors qu’elle en avait l’occasion. 

Problème de l’Expression du Désir (elle : « Tu ne m’en laissais pas le temps. ») 

Vu cette soirée comme une récupération par Colette de la possibilité d’exprimer son désir. (Effectivement avec moi : pas la place !) Cruel paradoxe pour moi : trop de mon désir  peur du sien ! Noire ironie… 

Je retiens aussi : « Tu sais l’essentiel : Je t’aime » 

– « Je t’en veux de t’aimer encore, de ne pas pouvoir me détacher de toi… » 

– « Dis-toi que tu ne me trahis pas si tu ne penses pas à moi pendant un moment… » 

Colette toujours mystérieuse : goût des amours impossibles, complaisance dans la souffrance. 

– Elle : « Faisons comme si on venait de se connaître » 

– Moi : « Je voudrais mourir maintenant, pour qu’il n’y ait pas d’après. Pour que je ne te trahisse plus jamais… »

Mercredi : séance. Je raconte mon rêve de la nuit :

Nini, jeune, visage lisse, dont je voulais me rapprocher, à qui je disais « Tu vas mourir jeune, tu ne le sais pas, mais moi je le sais… »

Mon association neutralité Nini = neutralité G. amène G. à interpréter : « Peut-être que ma mort est proche ? » Rêve = souhait de mort à l’égard de G.

Séance où il me dit : « Vous m’en voulez d’avoir besoin de moi… »

Pointé dans ces dernières séances le désir de solitude en moi (œuf = symbole de solitude). Désir de l’autosuffisance.

Hier jeudi : soir. Mathilde vient maison, me trouve couché. Étais rentré l’après-midi, malade (grippe).

Elle veut partir. Je la questionne. On reconstitue le tout : son fils malade  culpabilisation par sa mère, parce qu’elle sortait et elle me trouve malade, moi aussi !

Discussion sérieuse sur enfants. Difficultés  évocation ( pour la 3e fois) d’une séparation.

À la suite nuit avec Colette, je constate que mon désir pour Mathilde s’est considérablement affaibli.

Je suis dans un creux.

Plus l’enthousiasme de ces dernières semaines.

Hier matin : Rachida m’a appelé ! Je dois la rappeler cet après-midi

 

29/01/1983

 

FEMMES – RACHIDA 

 

(Samedi 1h05)

 

 

L’ai appelée cet après-midi.

Elle doit me rappeler dimanche après-midi pour me confirmer si elle vient lundi à Paris.

Cette émotion est indicible.

J’ai juste envie de m’abandonner à mon bonheur… de jouir de voir se réaliser mes rêves les plus fous…

Étoile de l’amour, je me laisse guider par toi. Je suis ta lumière rayonnante…

Amour, tu peuples l’espace. Le vide n’est plus le vide. Le loin devient proche. Le désir me donne la patience et la force. La solitude devient attente. La douleur de l’attente est supportable. L’attente n’est pas l’absence.

Tu vis pour moi dans l’amour.

 

01/02/1983

 

PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES – FEMMES – RACHIDA

 

(1h50)

 

Je rallume après un cauchemar où, précisément, je ne parvenais pas à rallumer la lumière (et j’avais rêvé l’instant d’avant que c’était un empêchement provoqué par une force extérieure à moi).

Or, ce soir, j’ai beaucoup pensé aux forces qui retiennent Rachida et font obstacle entre nous.

J’ai été jusqu’à me dire qu’» on » essaierait de me faire peur, pour me décourager.

Interrogation en moi sur ma force, ma solidité, voilà comment j’interprète ces doutes, ce cauchemar, ces peurs.

Je suis allé à Roubaix en voiture car dimanche, comme elle ne m’a pas appelé (cause famille justement – à propos des obstacles), je l’ai appelée, moi, et elle m’a dit qu’elle ne pourrait pas venir. Aussi est-ce moi qui y suis allé.

Rachida, « pure comme l’eau d’une fontaine ».

Les événements resteront gravés dans ma mémoire. Inutile de les écrire ici.

Après être rentré (en entrant dans la maison, précisément) tout le grand bonheur que j’ai ressenti près d’elle a été rongé, ruiné par le doute.

Elle a 20 ans, presque, pourtant, mais il m’apparaît maintenant impossible que mon rêve de bonheur à deux avec elle se réalise.

 


 (17h50)

 

La parano continue. Je me vois maintenant avec elle, mais d’autres hommes la désirent tellement qu’ils en deviennent dangereux. Je pense à porter sur moi un flingue !

Bref = doutes sur ma virilité, c’est évident.

Évident aussi dans rêve de cette nuit : Colette était avec un autre. J’ai essayé de l’en détacher pour la ramener à moi, peine perdue…

Alors, de désespoir, je me jetais devant un autobus arrivant juste à cet instant… Choc et réveil…

 

03/02/1983

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – FEMMES – ÉLIZABETH J. – RACHIDA – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

(13h20)

 

Café près Beaubourg. Attends un rendez-vous avec Maurice.

Samedi dernier : Colette m’appelle : « Tu aurais pu m’appeler pour mon anniversaire ! » (Je lui avais envoyé synopsis avec un petit mot). Elle m’invite à soirée chez Rodolphe pour anniversaire. Je refuse d’abord, mais finis par accepter (j’y vais après soirée chez Christophe V. pour anniversaire Nathalie. Je les emmène avec moi) Là : présence du jeune Didier. Visiblement une histoire en cours pour elle. Soirée tragique : affrontement Rodolphe – Carmen. Je raccompagne Colette chez sa mère (renonçant au projet de coucher ensemble cause ambiance). Mais elle me rappelle (à 4h du matin) Je viens la chercher, l’amène à la maison, on fume et baise très fort.

 

À cette soirée, Maurice, justement, me dit qu’il veut me parler, qu’il aurait voulu avoir un contact avec moi. Je prends son téléphone. Ce matin, l’ai appelé  déjeuner ensemble.

 

Hier soir : j’étais au lit. Avais fumé. Étais au téléphone avec Élizabeth avec qui je m’apprêtais à passer la nuit  coup de sonnette : c’était Mathilde. Elle fume un peu avec moi. On baise. Mi-bien, mi-pas bien. Je découvre que mon flip de rejet n’est pas fondé. En fait : idem pour moi. Je la rejette aussi, parfois. Elle ne m’en fait pas reproche ! 

 

On devait passer la soirée ensemble. Elle m’a appelé tout à l’heure : elle part à Nice ce soir !

Mathilde m’aime profondément.

Elle m’aime « parce que je la désire » (a-t-elle dit). Effectivement : auto-répression du Désir  fin de l’harmonie, de l’amour et du désir de l’autre (cf. histoire Colette).

 

FEMMES – RACHIDA

 

Rachida, ma chérie, tu me manques. Je pense à toi tant de fois par jour. J’ai hâte de te retrouver. J’ai besoin de toi. Je t’aime. Je te désire éperdument.

Tu es la femme que j’ai toujours rêvé de rencontrer.

Mon amour, je voudrais tellement que tu m’aimes pareillement.

Penses-tu à moi ?

Es-tu émue en pensant à moi ? Désires-tu, toi aussi, me retrouver ?

Tu peux me rendre si heureux ! Le souvenir des moments passés ensemble me suit comme un enchantement précieux, que je garde en moi comme un noyau de chaleur bienfaisante.

Tu me plais tellement !

Je voudrais tant te rendre heureuse ! Savoir que je t’apporte la satisfaction…

 

J’ai si peur de l’avenir, pour nous. Si peur que tu ne parviennes pas à vaincre les obstacles qui t’emprisonnent, t’empêchent de devenir une femme, de devenir ma femme.

 

C’est fou, mais je pense à t’épouser ! À ce que nous fassions un enfant !

 

Peu importe si la vie nous l’interdit (je suis trop vieux déjà et toi trop jeune pour t’enchaîner à des enfants). La seule pensée de choses aussi belles est en moi comme une tendresse ineffable.

 

Jamais personne – je le jure – ne m’a remué autant que toi.

Je suis comme tous les amoureux pour qui les mots ne parviennent pas à restituer la force de leur amour.

 

Ô, forces que j’ignore, faites qu’elle m’aime autant que je l’aime.

Faites qu’elle n’ait pas peur de moi, pas peur des interdits qui vous empêchent d’aimer.

Ô Rachida, mon amour, aime-moi… !

 

05/02/1983

 

FEMMES – RACHIDA – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

(12h30)

 

Eu Rachida hier au téléphone.

L’avait appelée. Eu un homme qui me dit qu’elle n’était pas encore là.

Quand je rappelle, elle est là, mais elle m’explique qu’elle était restée chez elle étant malade (angine) et que le type l’a appelée chez elle pour dire qu’on l’avait appelée !

Je remarque que les choses semblent s’organiser pour que le contact entre nous se fasse ! Elle me dit : « Je ne m’étonne plus de rien… »

je lui lis ce que j’ai écrit plus haut. Elle est très émue. « C’est impressionnant ! »

Quand je lui dis combien c’est dur d’être privé d’elle, elle me dit : « Il faut se dire que… » (je ne trouve pas les mots), je complète sa phrase : « Qu’on n’attende pas pour rien… » (elle m’avait dit : « Ça me traverse, mais je ne sais pas le dire… »

 

J’ai le sentiment d’être son traducteur

 

(Mais ce matin : moment de doute en moi : encore une femme qui parle peu.

Est-ce si important si je la comprends et si elle m’aime ?

Voilà la vraie question. C’est moi qui me la pose à moi-même (*)

Comme je me pose la question de ma colère à la suite déjeuner hier avec Colette. Colère après sa phrase : « Je m’ouvre aux autres » Connotations sexuelles pour moi, à l’évidence (« ouvre les jambes »). Réaction de possibilités, de jalousie (mal vécu la présence de Didier à l’anniversaire).

 

(*: Question désormais claire de l’angoisse du silence.

Avec Rachida, c’est moi qui ai l’initiative.

 

De la parole, de la sexualité, de la liberté, de la responsabilité.

 


En ce moment, je suis bien.

 

Je suis gai. Je m’amuse.

Est-ce une illusion ?

 

Hier soir : fête chez copain d’Hervé. Grand loft. Gens de cinéma. Ai dansé. Rigolé.

J’étais bien.

Je comprends maintenant ce que c’est que de ne pas être crispé.

Être à l’aise, détendu.

 

06/02/1983

 

AMIS – FEMMES – RACHIDA

 

(21h30)

 

Je suis allé avec Agnès déjeuner chez François D.. Là ils ont évoqué la soirée chez Jean-Marc et Jeannette et la fameuse discussion avec Nicole. De là sans doute (et de la perception que cela implique que mon rapport aux autres n’est pas clair) date un malaise persistant en moi, un sentiment de déprime oublié depuis quelques temps.

De plus, personne (sauf Gérard L., pour le synopsis, et Mathilde, pour me dire qu’elle ne rentrait pas) ne m’a appelé.

Appelé Zyf : absent. Il rentre et me rappelle, mais pour me dire qu’il est crevé et me rappellera une autre fois.

Décidément : solitude.

Et – si je suis lucide – sentiment en moi de la possibilité toujours présente de la colère envers les autres (parce qu’ils ne se laissent pas manipuler à mon gré). Dans cette optique : souvenir de ma colère envers Colette parce qu’elle s’ouvrait aux autres alors qu’elle ne l’avait pas fait avec moi.

Sa réponse : « Que veux-tu que je fasse, dans ma situation ? » (id est : puisque tu m’en veux tant)  je ne l’appellerai plus.

 

Rachida est, évidemment, le dernier recours dans ce paysage. Mais là aussi : crise de doute. Angoisse de trop lui demander (comme à toutes) et qu’elle n’ait pas les moyens de me répondre.

 

Discussion avec Agnès (la copine de D.) sur la « sympathie » dont j’ai découvert (ou redécouvert ?) l’étymologie aujourd’hui : « souffrir avec »…

 

L’Autre n’accepte pas de « souffrir avec » nous… Et, en tout cas, est-ce une chose à lui demander ?

 

Cf Agnès, reprenant Colette : « Quand je souffre, je me terre, pour ne pas faire chier l’autre… » (premier niveau. J’y vois un second niveau : Agnès : « je suis pessimiste. Je me suis aperçu que mes meilleurs amis me lâchaient quand j’allais mal… » C’est donc pour éviter ce lâchage qu’on évite de faire appel à sa « sympathie »…

 

CARNETS

 

À compter de cet instant, je change mon mode de datation. Auparavant, je changeais de date passé minuit, désormais je garderai la même date jusqu’au matin en notant les heures avec minuit comme zéro : minuit – une heure – deux heures, etc. du matin)

Donc, il est :

Minuit 20 (toujours le dimanche six)

 

Commentaire du 21 juin 2019 :

 

En fait, je n’ai respecté cette convention que temporairement, mais je ne sais pas exactement jusqu’à quand

 

   Commentaire écrit à 72 ans

 

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

 

Tout à l’heure Mathilde m’a appelé de Nice.

Je n’avais pas eu de nouvelles d’elle.

Je n’ai pas trop mal pris ça, mais si je l’aimais… ? Problème de la possessivité.

 

Suis sorti, après son coup de fil, pour une vidéo. Quand je suis rentré, elle avait laissé un message. Elle avait l’air saoule.

Déjà, au premier coup de fil, elle m’avait paru surexcitée.

 

Cette surexcitation des femmes avec qui je suis ne m’a jamais plus.

 

Jouissance solitaire

 

Inévitable problème à affronter.

 

FEMMES – RACHIDA – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Dans ma tête, les choses vont vite. Déjà j’imagine des problèmes sexuels avec Rachida, paralysé par ces interdits et m’exposant la même frustration que Colette, avec, à la clé, la même interrogation : pourquoi m’enchaîner à cette femme là ?

 

Cependant, une autre question rectifie, en quelque sorte, celle-là : pourquoi ne pas installer, au départ, ma liberté (comme avec Mathilde)

mais, enchaînement d’idées : une part de moi ne voudrait pas de cette liberté, du moins pas pour l’utiliser avec d’autres femmes…

 

 Ces notes me paraissent capitales (mais le sont-elles vraiment plus que d’autres… ?)

 

L’intervention de G. : « La masturbation, c’est s’accorder à soi ce qu’on refuse à l’autre » (et non ce que l’autre vous refuse) me pose une grave question, celle de l’autorépression du désir. Avec, en corollaire, le « Vous en voulez aux femmes parce que vous les désirez… »

 

Je suis frappé, en repensant à mes débuts avec Colette, de voir combien j’ai réagi au fait de posséder enfin une femme « de rêve », une femme que je désirais…

Avec quel acharnement j’ai détruit cela.

 

Recommencerai-je avec Rachida ?

 

Je me dis aussi parfois qu’elle est vraiment trop jeune pour moi (décalage…) mais là, j’attends d’en savoir plus…

 

Je repense aussi parfois à tout ce trip « voyance », à cette notion de prédestination, de compréhension quasi télépathique.

 

Et je doute.

 

Oui, ces derniers temps, c’est bien le doute qui était en moi.

 

M’appellera-t-elle demain ? Oui sans doute, mais viendra-t-elle ? La verrai-je ?

 

MARINE – AMIS – ÉCRITURE

 

(1h45)

 

Je viens de terminer le roman de Marine et je suis attristé par les efforts désespérés de cette femme pour vivre et être heureuse. Je comprends mieux aujourd’hui cet air triste qu’elle semble ne jamais quitter et qu’elle ait entrepris une psychothérapie. Je vois mal son avenir…

 

07/02/1983

 

FEMMES – RACHIDA – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

(midi)

 

Je me suis réveillé à 10 h : pas d’appel de Rachida  Déprime, bien sûr. Phase de doute puis rassurement sur ses sentiments, mais manque et solitude (pensé à Colette et au fait que ce que j’ai toujours voulu, c’est qu’elle soit, comme moi, angoissée et se tourne alors vers moi).

J’en suis réduit à faire des suppositions : elle n’est pas guérie, elle est clouée au lit et ne peut m’appeler de chez elle.

Je n’ose pas téléphoner, ne voulant pas bloquer la ligne au cas où elle m’appelle…

 

Sentiment de tristesse dont je sens qu’il ne m’emprisonne pas vraiment tout entier, mais qui me serre tout de même bien brutalement… !

 

MARINE – AMIS – ÉCRITURE

 

(20 h)

 

Marine vient de m’appeler. Je sens en elle ce besoin, cette demande d’affection dont je vois bien qu’elle est le centre de mon rapport avec Colette. 

Dans le rapport amoureux, il m’apparaît maintenant évident qu’on compte fermement sur l’autre pour répondre à notre demande affective, mais qu’on n’a rien à foutre de la sienne, mieux encore qu’elle est infériorisante pour lui.

On veut un autre fort pour se reposer sur lui, pas un autre faible qui, par là-même, se démonétise.

 

FEMMES – RACHIDA – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(01h)

 

Casque walkman sur oreilles. Musique plein la tête (air brésilien que j’adore, « lassa perfumé » (voilà ce que je comprends).

Ça hurle dur dans mes oreilles, au centre de ma tête.  Ainsi la perception (j’allais dire la pensée, est-ce différent ?) est spatialisée. Fiction : je mets la source sonore au centre de ma tête. Elle n’y est pas… !

Fiction = non réel donc pensée. Or fiction s’inscrit dans l’espace (lieu de la matière) donc : fiction est matière.

J’aboutis toujours au matérialisme, absolument.

Mais fiction = ondes (qui se rejoignent au centre de ma tête) donc si fiction portée par les ondes, pourquoi pas par d’autres ? Id est télépathie possible.

Rachida, mon amour, te revoilà.

Ce que je retrouve toujours dans le hasch, c’est que mon désir est fondé 

Tant qu’en vie, oui, mon désir est fondé.

Marcher en l’air, baiser la plus belle femme du monde, aller dans la Lune, oui, tout cela est possible, sinon pour moi du moins pour quelqu’un. Lui, le grand tout, dont je fais partie.

Je mesure mon bornage, mais il ne me gêne plus.

 

Rachida, tu me manques, tu me reviens en pleine face, comme ça. C’est dur, ce manque de toi.

Je l’avoue, sans tergiversations.

 

Avec toi, c’est moi, l’individu borné, qui me revient.

Le tout s’incarne en chacun. Chacun n’est pas l’autre.

 

CINÉMA- PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME- RÉFLEXION

 

(1h20)

 

Suis revenu me coucher après m’être fait un plat de spaghettis, avoir dansé devant et pas devant la glace, avoir bu du vin. J’écoute toujours la musique et cette question me vient : pourquoi est-ce que j’ai si peu envie de me retrouver en train de tourner ?

Tourner = est au sens de changer de direction ?

Est-ce ça, l’interprétation ?

Cette vérité-là (on suppose qu’il y a une bonne interprétation), cette vérité-là n’est que pour moi !

 

Tourner, pour un autre, ça « voudra dire » (il y a bien intentionnalité, donc subjectivité) autre chose…

 


Je viens d’entendre un air : « Wedding bells » What you are always begging are those « wedding bells » Exclamation sonore, tonitruante, coup de tonnerre vibrant du mariage !

S’unir à un être.

Qu’il s’unisse à vous.

Que cela exclue tous les autres (de vos désirs), promotion soL.lle de vous-même.

Fondation de vous-même.

 

MUSIQUE

 

Retrouver «You and I » » par les Bee Gees et le lui faire écouter…

 

FEMMES – RACHIDA – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION

 

(3h25)

 

J’écoute une radio arabe. Émission en direct avec auditeurs. Lila, algérienne, raconte sa sœur enfermée sur les hauts plateaux par son père. L’animateur qui pose le problème de la solitude, propose une solution : un burin et un marteau. Casser la porte. Lila : « Avec mon tempérament de folle, je l’aurais fait… Je n’accepte les ordres de personne, pas même de mon père… »

Lila, ce soir, vient me redonner confiance en Rachida. Je la vois soudain trouver la force de se révolter. Pour elle et par amour pour moi.

 

08/02/1983

 

FEMMES – RACHIDA – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(23h40)

 

Je traverse un sale moment. Pas de nouvelles aujourd’hui non plus. J’en viens maintenant à penser qu’elle a décidé de ne plus m’appeler. J’imagine qu’elle a pris peur. Comment l’Amour peut-il faire peur ? Voilà ce qui me révolte. Si cela est ainsi, je me sens révolté. Je m’étais donné vraiment sincèrement. Quelle cruelle ironie que ce soit justement cette fois que les choses évoluent ainsi !

Une tristesse persistante me colle à la peau. J’ai retrouvé la déprime des jours les plus sombres, le mal physique, la fatigue, la tentation désespérée d’appeler quelqu’un d’autre au secours.

Je m’en garde autant que je peux, sachant qu’au fond la tempête terrible qui est en moi s’acharne sur la Passion qui craque mais résiste.

Colette aussi, me revient et ma passion pour elle, ce besoin d’elle désespéré, sanglotant, dont j’ai tant rêvé voir en elle le reflet. Éternelle demande de sa demande affective. La colère gronde en moi contre l’Autre, qui se garde toujours de moi, ne s’abandonne jamais que pour se reprendre. Cette soif d’idéal en moi résiste, jamais étanchée, toujours me desséchant la gorge…

La Solitude cogne sur moi avec violence. 

Mers carnets personnels depuis 1963