Carnet 21

Carnet 21 – Du 31 décembre 1978 au 15 mars 1979

 

31/12/1978

 

(terminé en début de ce carnet la note de fin du carnet 20)

 

(…)

 

…refuse. Alors super flip. On sort du restaurant sans dire un mot. (Au passage, avant de sortir, j’ironise un peu « C’était bien, on reviendra ! » – « Tu es ridicule ! » – « C’est drôle comme on devient facilement ridicule quand on souffre ! ») « On ne restera pas longtemps dit-elle, en voiture. Je fais « Mmmhmm », un borborygme. Elle éclate : « Qu’est ce que ça veut dire « Mmmhmm » ? Tu m’agaces. » – « Je sais que je t’agace, en général » – « Particulièrement ce soir. » Je lui dis que ça ne peut pas gazer entre nous, qu’il vaut mieux se quitter. Si c’est pas parfait, je préfère casser. Elle me dira, quand je parlerai un peu plus tard d’absolu, qu’elle ne comprend pas, j’expliquerai l’idéal de perfection, un amour à sa hauteur, elle me dira qu’elle n’est pas parfaite. Je lui dis combien je pense qu’elle est quelqu’un de bien. (J’entremêle les choses) Je parlerai à un moment de chien couchant (parce que je l’aime trop), elle protestera vivement qu’elle n’en voudrait pas. Je lui dis : « Je t’aime trop. » Elle proteste : « Qu’est que ça veut dire ? Et moi, je ne t’aime pas ? » Je rectifie : « Je t’aime mal » Elle approuve. Stationnés place du Tertre, elle m’explique la main refusée : parce que j’ai admis la possibilité qu’elle aille seule chez Eugène. Je lui dis que : façon d’admettre sa liberté. Elle dévoile une contradiction : elle me dit « Je suis jalouse, je te l’ai déjà dit, tu ne comprends pas ? » Elle enchaîne : « C’est vrai qu’on est différents. Tu dis que je le dis tout le temps, mais c’est vrai. » Je lui explique la main que je voulais prendre : reconnaître avec tendresse qu’elle a eu le bon geste, le geste de la fille bien qu’elle est (c’est là qu’elle me dit qu’elle n’est pas parfaite !) + jalousie de ma part à l’égard de M.. Évocation de leur copulation. Elle rit : « C’est vrai qu’il me plaît mais pourquoi j’irai coucher avec lui ? » – « Pourquoi t’empêcherais-je de faire quelque chose que je ferais éventuellement ? » – « C’est vrai. On est différent. » Bref : Un beau merdier. Boule à la gorge. Gâchis. « Sortons de ce merdier » dis-je. Bref passage chez Eugène, on rentre. Dans l’auto, on se tient la main, mais je doute toujours. On baise ! Elle jouit, je décroche, puis je reviens. Je me laisse aller : « Mon amour, mon amour, il suffisait d’attendre… » Je la baise longtemps. Super pied. Elle me souffle « J’ai envie de te faire mal (et aussi, soyons honnête : « Mord-moi »). Ce matin, elle part. Je traîne et décide (après hésitations habituelles chez moi) de dire que je ne vais pas au réveillon chez les L.. Dominique et Fanou prennent ça mal. Je l’appelle elle aussi, j’essaie de dire qu’ils ne comprennent pas, alors qu’habituellement on ne se force pas les uns les autres, elle dit qu’elle ne comprend pas non plus, elle ajoute « C’est ton problème » Je raccroche après : « Je t’embrasse très fort. » Je vais voir Gilles K. aux « 3 Obus ». En rentrant : message de Fanou voulant que je la rappelle et d’elle : « Explique- moi. Je ne comprends pas. » Commence à lui écrire une lettre pour expliquer. Je viens d’y renoncer. Je n’appellerai personne. Décidé de cesser de m’investir, de me cuirasser et de me faire vraiment à ma solitude. Ne rien attendre des autres. Si ça vient, tant mieux. Et là encore : stop à l’investissement.

 

(16h30)

 

ÉCRITURE

 

Les vœux de l’homme moyen. Son message :

« Et je remercie chaleureusement les médias de m’avoir distrait, informé, pendant cette année 78… »

 

1979

 

01/01/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(4h35)

 

Couché, j’écoute la radio (les vœux d’Annette Poivre et Raymond Bussières). Dehors, le froid, la neige. Je sens ça fort autour de moi, autour de la chambre et du radiateur électrique. Le froid pèse pour entrer. Et je pensais à ce tournage, qui me préoccupe, bien sur… Je suis sorti tout à l’heure pour acheter des cigarettes… La voiture était complètement gelée. J’ai mis un temps fou à l’ouvrir puis à la dégivrer. Je suis allé jusqu’à Pigalle puis, en revenant, me suis arrêté dans un bar prendre un grog (bistrot au coin bd des Batignolles-voies de chemin de fer – curieusement : en face de chez Anne). Au moment où je repars, un type tape à la vitre. Sa femme est malade et ils ne trouvent pas de taxi. Il me demande les emmener à la Motte-Piquet. D’abord ça m’emmerde puis j’accepte. Je découvre en chemin qu’ils sont italiens. On parle en italien. À propos de cette soirée : « Volevo star solo… » 

 


J’ai appelé plusieurs personnes pour leur souhaiter bonne année : M. (pas là) — B. — Brigitte R. — René — les parents — Tante Lucie — Odette — Momo — D. (pas là) — Dominique et enfin, elle… Elle me propose de passer prendre un verre. Je refuse, disant que j’ai envie d’être seul. Elle dit : « Si tu passes juste prendre un verre et tu repars après… ? » – « Non, je dis : seul, seul, seul. » — « Excuse-moi ! », dit-elle. Je lui dis : « Tu m’as appris que quand tu n’avais pas envie de faire quelque chose, tu ne faisais pas… » — « Ah, dit-elle, ça m’est arrivé ? » — « Oui. ». Elle ne dit rien mais je sens son doute sur ce point. Nous nous quittons là dessus après un retour de ma part aux vœux de bonne année. (Après son invitation, elle me dit : « Si tu change d’avis… » Je réponds : « Je ne changerai pas d’avis. ») 

 


 (13 h)

 

Le téléphone me réveille tout à l’heure : c’était Michel S. me souhaitant Bonne Année ! Il me souhaite d’abord un très bon premier « tour de manivelle », me disant qu’il comprend qu’avant ça, comme avant un concert, on ait besoin de se concentrer, qu’on ne s’engage pas soi seul, que les autres peuvent ne pas adhérer comme on voudrait au projet, ce qui compte c’est la force, la confiance en soi. Il me dit qu’André l’a laissé tomber pour le réveillon, il a engagé un bassiste qui n’est pas venu. « Ca ne fait rien, me dit-il, j’ai passé mon cap, tout seul. » Ce n’est pas possible qu’il me dise exactement ça « comme ça. »… Colette a dû lui parler. Mais aussi, pas un hasard que ce soit lui qui me le dise. Il peut me comprendre. Je ne pensais pas qu’on soit si proches… 

 

11/01/1979

 

(0h30)

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

Voilà, seul ici. L’heure des bilans…

On est jeudi (très bonne heure) Hier mercredi et mardi : monté le 16 mm de « Sibylle ».

Je remonte encore le temps : la semaine dernière : tournage. Grand froid. Neige. Folie du tournage. Passion. Démence. Nerfs tendus à craquer. Des pas, des milliers de pas. Des mots, des milliers de mots. L’œil toujours en alerte. Le froid, qui diminue les moyens. L’oreille aux aguets. Le tourbillon des gens autour de moi que je ne vois pas, n’entends pas. L’image qui se construit lentement. Le recommencement perpétuellement d’un pano, d’un mouvement d’acteurs. Les rapports entre les gens, passionnants, angoissants.

Et au bout de tout ça : les rushes. Tout le pourtour éliminé, éteint, au profit d’un rectangle lumineux, dans le noir d’une salle de projection.

Problème sur l’image 16 : voiles venus d’on ne sait où. Angoisse. Discussions interminables au bistrot. Coups de fil.

En voyant la scène de l’escalier, avec le photographe : heureusement surpris par les acteurs, alors que j’étais mortellement inquiet le soir du tournage de cette scène. À ce moment, repris confiance en B. et su que je ferais un bon film. Et, cet après-midi, en montant en musique les plans 16, me suis dit que ce serait peut-être même un très bon film… (« grand » film, a dit B.).

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Colette a été avec moi pendant le tournage jeudi et vendredi. De temps en temps, j’allais à elle et l’embrassais, parlais avec elle. C’était bien. 

 


Je m’aperçois que je parle de Colette sans dire comment s’est terminé l’éloignement du Nouvel an… ! Apporté cadeau chez elle (châle noir) avec une petite carte « 4 mois…. Je t’aime. » Tout est rentré dans l’ordre. 

 

ÉCRITURE

 

L’angoisse de l’homme chauve, qui vit seul et qui trouve des cheveux dans son lavabo… !

 

12/01/1979

 

Vécu

 

(18h30)

 

Bistrot « La casa » Rue Tourlaque après passage chez Christie pour mes frisettes (on s’était donné rendez-vous avec Stefan qui était là quand je suis arrivé, raide défoncé).

Après frisettes, allés aux « Terrasses » avec Stefan. Parlé. Fait bilan de cette année solitaire.

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

Je crois de plus en plus à « Sibylle ».

Parlé du son avec Stefan qui me disait qu’il n’y avait pas de « off » dans ce que je fais. Parfaitement exact (je ne peux trouver que les bruits de meubles dans « La saisie » ou bruit de porte ouverte par le spectre dans « Un seconde jeunesse »…

 

16/01/1979

 

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

 

Un an… ! Si je compte bien…

 

ÉCRITURE

 

« On compose avec le réel. On s’y fait des amis… »

 

VÉCU – FEMMES

 

Écrit en marchant le long église d’Auteuil : Marion ! Chez Isabelle…

 

17/01/1979

 

(0h30)

 

VÉCU – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

J’écoute « Blue Sunset » couché, un peu bourré (un peu fumé chez Stefan tout à l’heure).

 

Hier soir, Michel (S.) m’a appelé. Il m’a parlé avec ses mots à lui : concentration, confiance, énergie, force, positif…

Un vocabulaire qui fait du bien…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Hier soir, conversation téléphonique avec Colette. Une bonne conversation, douce, heureuse. Les silences qui en disent long, les respirations qu’on perçoit, la durée (le temps et l’épaisseur…) Avant-hier soir : règles. Pas fait l’amour. Elle, hier : « Tu ne m’en a pas voulu ? » – Moi : « Pas en vouloir pour ça… » Plus tard, moi : « J’aime comme tu fais l’amour… » Elle : « Tu m’as dit que …. » Moi : « Pas parce je veux plus que je ne suis pas heureux de ce j’ai… » Moi : « Je suis toujours en train de te séduire et toi aussi… » Moi : « J’ai envie de te séduire… » Elle : « J’aime que tu aies envie de quelque chose… » Elle : « Ces conversations, j’en ai besoin… ») 

 


Ce soir, l’ai appelée de chez Stefan. (où revu Marion pas vue depuis Juillet dernier…) Krystelle au téléphone. 

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

J’écoute « Blue Sunset » et j’imagine des gens, massés dans le noir, écoutant cette belle musique et regardant mes images…

(Reprise du thème…)

 

ÉCRITURE

 

« Ces moments où la joie déborde, où l’on est plein d’affection, de tendresse, où l’on se dit qu’on peut être bien avec les autres, que ceux qu’on aime peuvent être aimé par d’autres qu’on aime aussi et qu’on aime ceux que d’autres qu’on aime aiment eux-mêmes… » (inclus dans Manuscrit « L’homme que les plantes aimaient »)

 

19/01/1979

 

ÉCRITURE

 

« Je compte jusqu’à 3 et je t’embrasse…

1,2, 4… C’était bon ! »

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Rêvé de Krystelle cette nuit… 

Quel rêve 

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

« Sibylle » : mon beau souci…

 

21/01/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(0h 05)

 

 On est depuis 5 minutes, dimanche. Vendredi, (le 19) j’ai appelé Colette vers 19h, et elle m’a proposé qu’on passe prendre un verres chez Gilles où on devait rencontrer Maryse et un petit copain… J’ai dit d’accord, je suis passé chez elle et on est allés dîner chez Gilles vers 22h… Maryse n’a fait qu’un rapide passage et le reste du temps, Colette et moi, nous sommes restés seuls… Comme d’habitude chez Gilles, les gens dansaient et dînaient alternativement. J’étais cloué au sol, inapte à la spontanéité nécessaire pour danser, en proie à une intense frustration, à un puissant sentiment d’infériorité, incapable même de parler, d’entretenir avec Colette une conversation serait-ce banale. (à fortiori brillante et agréable.) Seuls entre nous : les gestes, les baisers, les caresses… Ainsi est monté en nous un désir intense qui s’est exprimé plus précisément dans la voiture par des caresses (jambes, sexe), un peu oubliées depuis quelques temps… Une fois rentré, nous commençons à nous caresser, et alors que je suis en elle, elle me dit qu’elle veut recevoir dans sa bouche… Venant d’elle cela me sidère et m’émerveille, tant la force et l’urgence de ce désir correspond à cette Colette spontanée du premier jour, celle qui est venue à moi, qu’a pris l’initiative… A partir de là, elle veut me recevoir trois fois de suite dans sa bouche ! Noté ses caresses avides, ses jouissances au moment de l’éjaculation, sans intervention de ma part, ses mots : « J’aime te boire… » – « Tu me donneras encore, dis ? » (le porno rejoint par un immense détour.) Nous ne nous sommes endormis qu’à six heures du matin, au terme d’une nuit où nous avons abondamment parlé, tout en faisant l’amour ? (J’ai joui en elle, enfin après avoir cru que je ne parvenais pas à bander.) – « J’ai la parlomanie » a-t-elle dit. Conversation sur nous. Sincérité, confidences. Conversation dont je n’ai pas le mot-à-mot, malheureusement… Plusieurs choses à noter : cette prise d’initiative de sa part m’a désarçonné et, peut-être, frustré. D’ou mon désir, bien que je bande plus, de jouir en elle, de provoquer sa jouissance. (Sa jouissance « autonome » au moment de mon éjaculation me frustrant et me donnant la vertigineuse impression complexe d’être entré dans la fiction du porno et de découvrir une femme inconnue, dont l’univers sexuel m’échappe et m’est interdit. Flip à un moment sur la danse, car elle me dit « Je sens tout chez les gens que j’aime : ce soir tu aurais voulu danser avec moi, et tu ne pouvais pas, je l’ai senti. » Je lui dis ma frustration, elle pleure. J’insiste pour qu’elle me dise pourquoi. Elle refuse, me demande de la serrer dans mes bras. Je refuse, arguant qu’elle vient de me refuser quelque chose elle-même. « C’est pas pareil ! » répond-elle, (et elle a raison). Elle finit par me donner la raison de ses larmes : « Parce qu’il y a des choses que je ne comprends pas et ça me fait de la peine… » Je me replie sur moi-même, elle vient à moi : « J’ai envie de faire l’amour » – « Pour ça il faut qu’il y ait entre nous l’harmonie ; elle y est mais pas sur certains points. » – « On n’a jamais été aussi proches » me dit-elle. Nous faisons l’amour… Noté : – « Je t’appartiens, c’est dur d’appartenir à un homme quand on raisonne comme je raisonne » (je demande si ça tient à moi – notion de repérage de la culpabilité) elle dit que non, que c’est en général. Indépendance et dépendance (ses mots, dans la voiture, origine de sa « parlomanie », une confidence.) « Si tu me laissais, je serais malheureuse… » – « Tu sais m’aimer… » – « Tu sais que je t’aime ! » (répété de nombreuses fois.) – « Une femme prend son plaisir où elle veut, en principe, moi je ne suis pas comme ça, je ne me crois pas libérée. » Je me confie aussi : je dis la jalousie à imaginer l’autre dans l’amour avec un autre homme… « Les hommes sont comme ça… » dis-je… Une nuit qui compte. 

 


Je crois, ce soir, que je sais maintenant : avec Jocelyne, jusqu’à il y a un an, et même au cours de cette année : je n’avais pas connu la Femme. Pas connue. Étrangère. Inexistante (d’où : masturbation : fiction de femme et de rapports) Avec C. j’entre dans le domaine de la femme et je m’aperçois qu’elle me faisait peur (et qu’il en reste quelque chose et même beaucoup) La peur. 

 


Et elle qu’est ce qui se passe en elle ? (« Tu m’as transformée » – « Mais comment ? » – « Maintenant, il y a quelqu’un…. »

 

22/01/1979 

 

AGNÈS

 

(19h10)

 

Samedi : Agnès vomit. Fièvre. Abattue. Mal à la tête, à la gorge. Dimanche, je la ramène à Jocelyne qui m’engueule de n’avoir pas appelé le toubib, m’accusant d’être un « mauvais père », d’être « père quand ça m’arrange » (ce qui n’est peut-être pas faux, donc porte…)

Elle appelle le toubib, exige que je l’attende pour aller chercher les médicaments à la pharmacie de garde. En attendant, elle engage une conversation portant sur « la » question. Au passage, à noter : « Tu la perdras aussi » (parlant d’Agnès). Elle me dit, une fois de plus, ne pas comprendre pourquoi je suis parti. Le toubib arrive, prescrit pour l’immédiat une demi-aspirine. Malgré ça, après son départ, elle exige que j’aille chercher les médicaments car Colette est chez sa sœur. Médicaments. Galère pas possible : commissariat d’abord (obligation d’y aller), coup de fil des flics au pharmacien, attente des médicaments dans la cage d’escalier. En apprenant qu’Agnès avait la scarlatine, c’est tout juste si elle ne s’est pas mise à pleurer. Elle est toujours aussi immature. Je me demande toujours quelles conséquences exactes cela aura sur Agnès…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Après ça, j’appelle Colette avec qui je devais aller chez sa sœur prendre un verre. Je tombe sur sa mère car Colette est chez sa sœur. Je sens une tension. Colette arrive pendant que j’appelle. J’explique mes galères, elle me dit « Tu va rentrer chez toi ? » Je sens qu’elle préfère qu’il en soit ainsi mais la conversation ramène idée qu’on se voie…

Elle me propose de descendre m’attendre en bas.

On fait comme ça.

On rentre ici, regarde à la télé « La fille à la valise » puis on fait l’amour (très bien).

Ce matin, je la ramène, elle propose qu’on prenne un verre, elle monte poser son sac et revient.

On parle, au bistrot, conversation où elle parle, autant que moi, des rapports hommes-femmes, de l’amour, de la « malignité » des femmes. Pendant qu’on cause, sur un juke-box : « Les uns contre les autres… » On réagit à ça. Elle sort ma carte de Lyon. Le matin, à la maison, elle a avoué qu’elle s’était un peu disputée avec sa mère et que celle-ci n’était pas contente qu’elle vienne avec moi…

Cette conversation au bistrot est importante. À un moment : image de l’amour-escalier, où l’on passe de marche en marche, de jalon en jalon (et où, dit-elle, parfois on redescend et remonte).

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Tout à l’heure me suis regardé dans la glace et ai remarqué – ce que je n’avais pas vraiment fait jusqu’alors – que je ressemblais à Nini…

Pensé alors à l’histoire d’un personnage qui s’aperçoit, après la mort d’un être proche, qu’il se met à lui ressembler et à acquérir certaines de ses caractéristiques (par exemple : il se met à voir des rapports plus faciles, plus immédiat avec des gens avec qui cet être était naturellement en symbiose).

Tirer quelque chose de ça…

 

23/01/1979

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

(7h20)

 

Me suis réveillé à 6 h, tout à l’heure.

Pas réussi à me rendormir. Écoute la radio, me retourne dans mon lit.

L’approche du tournage…

Ça y est : je reviens dans le film…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(15 h Labo CTM)

 

 L’amour et la souffrance entretiennent des rapports privilégiés… Elle a des mots qui me percent le cœur : « Nous les femmes, on est moins bien loties que vous : il y a moins d’hommes agréables à regarder que de femmes… C’est vrai : quand je vois les vieux films, tout ça… » Importance pour elle du vêtement, de la parure, de la mode…. 

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

G.

236 71 45

226, rue Saint-Denis

quatrième étage

deuxième cours

escalier de gauche

 

(L’un des lieux de tournage de « Sibylle »)

 

LECTURE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÉFLEXION – RAPPORTS DE COUPLE

 

Dans une interview de Simone de Beauvoir (Nouvel Obs) :

« Une fois que l’on sait qu’il y a, entre soi et l’autre, quelque chose d’irremplaçable, beaucoup de choses deviennent indifférentes… »

 

PEINTURE – FANTASTIQUE

 

Magritte :

 

« Ce n’est pas la façon de peindre il donne la beauté, mais le sujet lui-même… Je veille à ne peindre que des tableaux qui évoquent le mystère… »

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Une de ses phrases pendant la conversation au bistrot du 22 (après qu’on de soit dit que la veille au soir « C’était bien… » : « J’aurai du mal à trouver un autre partenaire… » Phrase qui fait à la fois mal et du bien. Bien parce que gratifiant. Mal parce que l’éventualité de la recherche d’un autre partenaire, le fait qu’elle envisage avec l’impassibilité souriante de l’humour qu’il y aura un jour nécessité de chercher un autre partenaire… 

 


Est ce donc cela, l’amour ? L’angoisse de la perdre un jour, la jalousie, l’impossibilité de détacher ma pensée d’elle, l’impression d’être attaché à elle ?

Envisager des rapports avec d’autres femmes ne peut même pas constituer un échappatoire car, alors, ma propre infidélité me fait envisager la sienne comme possible, ce qui me déchire… Je me connais et sais que je ne saurai pas résister à la possibilité d’un rapport avec une femme, si elle me plaît tant soit peu, aussi je ne vois pas pourquoi elle résisterait de son côté et, si elle résiste, ce que je crois, au moins pour l’instant, je me dis qu’elle m’aime mieux, du moins autrement et cette spécificité, cette féminité sans doute, de son amour m’apparaît comme une terre étrangère dont l’accès m’est interdit, une autre qualité d’âme. J’ai bien dit, plus haut, que je n’étais pas « prêt » à l’aimer… Je me sens au seuil d’un choix : continuer à l’aimer comme je fais, petitement, « incertainement » ce qui est possible car elle ne m’en tiendra pas rigueur et l’acceptera avec tolérance ou bien engager l’expérience d’un amour total, ce qui suppose le règlement de tous mes problèmes en instances : le sexe, la peur… De la première solution, une chose est sûre, c’est que je ne m’en satisferai pas, je n’en serai pas intimement « persuadé »  Là est bien le problème, sous mes apparences d’autosatisfaction, je découvre que je ne suis pas satisfait véritablement… Je ressens un malaise… 

 


Ah, changer de style…

 


Des phrases de cette conversation au bistrot me remontent, comme des bulles à la surface de l’eau, des phrases d’elle : « J’ai l’impression d’avoir toujours joué au jeu de la chance… » 

 


Il est 2h45. Je n’arrive pas à dormir. Je tourne demain.

 

03/02/1979

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE » – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Locatema

74, rue du faubourg Saint-Antoine

345 12 40 <– matériel à rendre (tabouret) : le film est fini…

 

Que s’est il passé, ces jours derniers ? Beaucoup de choses… – Tournage : fantastique investissement d’énergie, fantastique dépense nerveuse. J’en sors crevé, rétamé, pompé, vidé. Les rushes m’ont plu et je me dis que si un film plaît au stade des rushes muets, c’est que quelque chose se passe… Pour l’instant, je suis content de mon travail. Je crois détenir un bon film. Quoique… tout à l’heure, dans l’appartement de Xavier où on était venus ranger et faire des sons seuls avec Michel et Momo, j’ai écouté le son des prises dialoguées et ça ne m’a pas beaucoup plu… (il est vrai que j’étais déçu par le son de la scène de l’escalier à Montmartre et que l’image m’a rassuré. Peut-être ici le phénomène se reproduirait-il ? (je n’ai pas encore vu les rushes). Il faudrait — il faudra — voir et entendre image et son simultanément pour en savoir plus… Et, de toute façon, ce sera post-synchronisé. (mais je suis parti du principe que si le ton était juste, l’intention était sensible à l’image…) À noter : l’engueulade et la rupture avec D. pendant le tournage. Les problèmes de manque de définition de l’image et les interminables palabres que ce problème a entraîné… (problèmes non réglés et qui resteront sans doute un mystère…) Zyf bourré que j’accompagne à Versailles avec Colette (on se caresse pendant le trajet) et son agression contre moi sur le mot « Chérie » que j’employais pour appeler Colette… Mon terrible flip suite à ça, mon mutisme pendant le trajet de retour, mon « bonsoir » sec à Colette et mon coup de fil à Zyf pour une explosion de fureur… Depuis, d’ailleurs, mes rapports avec Zyf ne se sont pas clarifiés… Avec Colette : si, grâce à son intervention « Tu es fâché avec moi pour hier ? » je lui ai expliqué que je ne supportais pas qu’un geste d’amour soit repoussé, que je n’avais pas l’impression de la posséder, que c’était une fille splendide et, en ce cas, pourquoi un minable comme moi…? Bref, je lui ai expliqué ma jalousie. Je lui dis qu’elle était comme moi : nous accordons de l’importance à la plus petite chose. Nous avons été d’accord pour dire que nous ne réagissons pas pareil… Actuellement, je peux dire que je ne suis pas bien… Je traîne des choses pas réglées entre Zyf et moi. J’ai mal réagi à son intervention dans mon couple (sans doute, je repense à la même choses avec Jocelyne…). Le problème du corps, de mon corps infirme, inélégant, non-dansant me hante régulièrement, me torture. J’ai l’impression que je ne pourrais posséder Colette, avoir un rapport satisfaisant avec elle, que si je savais danser… (C’est à dire quoi ? Être libre, être érotique ?) Et pourtant, pour ce qui est de la séduction, l’autre soir, chez France, Annick m’a carrément dragué. (« On se voit demain ? ») Et puis il y a ce message trouvé hier soir en rentrant après les sons seuls. (Courbevoie Raccompagné Michel chez lui : présence de Dominique. Pas un mot de l’un à l’autre.) : message – blague ? « Bonsoir, j’ai appris votre numéro de téléphone par un ami et je serai très intéressée pour vous rencontrer ce soir… J’espère que vous… (incompréhensible) rapidement… « Une pute ? Une farce ? Voix féminine, invraisemblablement chargée d’érotisme. Le sexe. Toujours le sexe. Ca m’obsède. 

 

05/02/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Galère, après le film : démonter, ranger, rapporter du matériel, nettoyer… Fait tout ça aujourd’hui avec Momo. Rentré. Mis au lit avec la télé. Avant : appelé Colette. Cette nuit, retour d’un déjeuner chez Carmen et Rodolphe puis d’une visite chez Josette, une nièce de Colette, à Argenteuil, puis des sons seuls. Chez Michel, on avait terriblement envie de faire l’amour l’un et l’autre (dans la voiture : caresses précises des mains et de la bouche.) Pendant l’amour je lui demande de se donner complètement à moi, de me donner tout son corps, y compris les parties qu’elle me refuse. Bien qu’elle m’ait dit : « Prends-moi. Fais de moi ce que tu veux. Viole-moi…. » Elle me refuse encore une partie d’elle, la refuse à ma bouche mais la propose à mon sexe. Je lui dis que je veux pas lui faire mal. Je m’émerveille de son oui. Mais quand je me présente à l’entrée d’elle, elle commence à avoir mal et je cesse. Je la force un moment des mains pour frayer un passage à ma langue, mais elle se dérobe. Dépité, je quitte le lit, après qu’elle ait répondu « Non, je n’ai pas peur. Je n’ai pas envie. » J’allume une cigarette, me tiens éloigné d’elle. Je vois qu’elle s’apprête en silence à s’endormir. Elle est la plus forte. Le silence est son domaine. J’ai trop envie de sexe. Je reviens à elle et la prends. Ce matin, je me réveille mal, de mauvaise humeur. Ennuis d’argent. Découvert sur mon compte. Elle me propose de me prêter une partie de la somme dont j’ai besoin, soit 5000 Fr. J’accepte. 

 


Je ne peux pas vraiment dire que je sois bien… 

 

06/02/1979

 

IDÉE POUR CINÉMA OU ÉCRITURE

 

Scène de fliquerie :

Un flic écoute la bande d’un interrogatoire qu’un flic greffier tape à la machine en même temps.

On torture « l’interrogé ». À un moment, il gémit, crie, hurle. Arrêt de la machine, puis le tac tac reprend. Le flic écoutant se retourne vers le flic tapeur : « Qu’est-ce que vous écrivez ? » Le flic tapeur relève la tête : « J’écris : « Le suspect manifeste sa mauvaise volonté… » (ou quelque chose comme ça. Dans cette structure).

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Une expression de Colette (constatant une érection chez moi) « Tout ça pour moi ? »

 

ÉCRITURE

 

L’ironie est un raccourci de l’esprit qui évite les détours de la tendresse…

 

VÉCU – AMIS – ZYF

 

Pas de nouvelles de Zyf…

La fin de 16 ans d’amitié ?

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Mal, très mal. Je suis très mal… Échec, amertume, solitude… Je me retrouve coincé là-dedans. Loin les beaux jours de ma libération. Loin les illusions d’aisance, l’assurance de séduire. Loin le sentiment d’être bien dans ma peau. Et elle, telle une reine silencieuse, toujours le geste juste, le sourire gentil. Jamais un mouvement d’humeur, jamais un moment d’égoïsme. Jamais une faiblesse ! Le conflit secret, le jeu subtil du rapport de force n’est pas en ma faveur. Je suis au creux de la vague et je ne sais comment refaire surface. Ainsi, vers 19 heures, je l’ai appelée pour dire que je ne pourrais pas passer la soirée chez elle, ainsi qu’elle me l’avait proposé, car j’avais encore à aller à Drancy ramener Momo et aux Coudreaux chercher les bandes chez Michel. En rentrant, j’espérais trouver un message d’elle. Pas d’appel au compteur. Personne ne m’a appelé aujourd’hui. Je me sens seul, abandonné. Je sais pourtant qu’il n’en est rien. C’est dans ma tête mais, après tout, n’est-ce pas là que ça compte ? Je suis confronté à ce sentiment nouveau : la jalousie. Et ceci soudainement. Après tout, quand j’y repense, je n’ai pas connu ça dans les cinq mois qui viennent de s’écouler. Et il est curieux que ce soit quand je peux être assuré de l’amour de Colette que cette morsure m’attaque le cœur, me ronge l’âme et me triture le ventre. Je le sens physiquement, au creux du ventre, ce sentiment d’impuissance. Épouvantable impression de pédaler dans le vide, de pagayer comme un fou sans pouvoir remonter le courant, impression d’être banni de la terre du bonheur, de la décontraction, de la gentillesse. Mauvaise humeur, sentiment d’infériorité, qu’on compense par l’agressivité (sans parvenir à le compenser.) Tout m’atteint, tout me blesse : la danse, leitmotive de mon intimité. Son silence, ses mots « Quand tu m’as appelée pour aller chez Manuel, j’ai failli dire « Non. Non. Je ne vois pas pourquoi j’irais chez Manuel… » (Cette manière de dire ça. Calme. Son calme.) Oui : le mot est là : mon obsession : le calme. Quand on veut l’obtenir, on n’y parvient pas. 

 


Ah, si monter ce film, au moins, pouvait me faire sortir du tunnel… Voir le film se faire, qu’il soit bon et trouver dans l’admiration des autres ma propre confiance en moi… 

 


J’en suis là : me raccrocher à une médaille en chocolat.

 

11/02/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Dimanche. 22h 30)

 

Colette vient de m’appeler. Itinéraire avec elle, ces temps-ci (depuis lundi dernier.) : lundi, mardi, mercredi : je ne la vois pas. (Je l’appelle. Espérant en rentrant, chaque soir, trouver un message d’elle, mais en vain.) Mercredi, au téléphone, elle me dit : « Je te vois demain ? » Le jeudi c’est le jour où elle va voir Brigitte présenter une collection de haute couture chez Scherer.) Jeudi soir, donc, je passe chez elle. (Elle a ses nouvelles nattes, plus longues. Elle est adorable.) Je dîne chez elle puis on part.

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Reprise le 12/02) 

 

Là, je ne me souviens pas. Le détail de cette semaine se fond dans le brouillard de ma déplorable mémoire et néanmoins cette semaine aura été capitale. Je crois que jeudi soir nous avons fait l’amour, mais sans nous être rien dit de capital. (Voir plus loin : *) Vendredi, nous sommes restés ensemble (fait les courses, rue de Tocqueville pour acheter des légumes cause régime et les apporter chez Maman Doudou. Frit moi-même mes courgettes.) Après-midi : allé à l’ANPE. Revenu vers 17h pour aller chercher Maja qui m’avait appelé le matin pour amener son fils à l’aéroport. Pour désamorcer sa méfiance, je lui propose d’y aller avec moi. On y va ensemble. Un moment chez Maja. À noter : passé la nuit du mercredi chez Maja. Pas fait l’amour. (« Je veux, dit-elle, une nuit de vacances ».) mais parlé, surtout elle. M’endormais, crevé, en l’écoutant.) Puis aéroport. Autoroute bouchée, retard. Course dans Roissy pour arriver in extremis au satellite 7. Après : un verre au bistrot de l’aéroport. Grande discussion avec Maja à partir d’une flambée féministe de cette dernière. Précisément : « J’aimerais être un homme. » Colette intervenant modérément dans la conversation. Puis passés voir Henri à l’atelier où il expose. Raccompagné Henri à la gare après être passés chez les filles où Henri voulait prévenir du passage de tous ses proches, le lendemain, jour de son vernissage. Puis raccompagné Maja et rentrés. 

 

CAPITAL 

Là on peut résumer en un mot : je craque. En gros, je lui demande de parler, de se livrer. Première fois que le fais depuis 5 mois ! « Tu me demandes beaucoup, dit-elle. Il y a beaucoup de choses incohérentes dans ma tête. Tu trouves que je ne me livre pas assez ? » Mais elle ne cède pas. On fait l’amour. Elle se donne à fond. Elle dit alors cette phrase capitale : « Dans ce moment-là tu as tout de moi… ») 

 

Samedi matin, je la quitte pour aller chercher Agnès que j’amène chez ma mère. Je repasse la prendre à 6h et nous montons aux Abbesses à l’atelier où Henri expose. A 8h 1/4, nous descendons, elle et moi, chercher Maja chez elle. Quand nous remontons, la grille de l’atelier est baissée. C’est fermé. Nous apercevons Raymond qui attend des amis qu’il a invités à passer à l’expo. Je promets à Raymond de remonter le chercher après avoir déposé Colette et Maja chez Gilles. Je le fais. Grande discussion avec Raymond dans la voiture. (Une heure.) Il parle. Je l’écoute. Je suis difficilement les méandres complexes mais précis de sa pensée. Je la vois peu à peu, au cours des conversations successives avec lui, se dessiner, prendre corps et il m’aide à comprendre bien des choses (à commencer de comprendre.) Je le fais aussi parce que j’aime Colette. J’arrive chez Gilles, tendu, comme à une épreuve : la rencontre avec le démon de la danse. Celui-là, aussi il faut que je l’affronte ! Colette m’accueille avec une violence qui me surprend et qu’un moment, je crois feinte. L’est-elle ? Je ne le sais pas encore vraiment. Je ne le crois pas. Elle me reproche d’avoir tardé. J’entre dans cette ambiance surchauffée, assourdissante de musique. Et mon corps cherche et commence à trouver les gestes de la danse. Je plais à Marlène, à Carmen, à Maja. Je le sens. Je danse avec elles. (Marlène : : « Tu te débrouilles avec la biguine, on dirait que tu as ça dans le sang. » Je suis surexcité. Je sens le regard des gens sur moi, un regard qui dit clairement « Roberto change, Roberto réussit… » Je sens l’approbation dans les regards et les sourires. Je danse même avec Colette. Seule ombre : elle, elle sait mes difficultés et veut m’aider un moment en me donnant le rythme : « 1-2, 1-2 » On danse plusieurs fois, elle rit. Inégale réussite dans mes gestes. Mais, dans l’ensemble, j’ai gagné l’épreuve. Elle dit à Alex qui ramène la voiture que je lui ait prêtée, d’un ton agacé : « On veut être seuls ensembles. » Nous rentrons et de l’enjouement du rapport de forces équilibré et gratifiant, nous passons insensiblement, par ma faute – car je veux trop jouer de notre implicite union et de la possibilité que je sens de pouvoir la faire jouer à chaque instant – nous passons à un incroyable étirement du temps dans le silence. Silence que j’installe moi, jouant la revanche. Mais c’est compter sans son incroyable entraînement à ce silence et ainsi la nuit passe, après une volonté affirmée de sa part de faire l’amour et une dérobade de ma part. (« C’est la journée qui continue dit-elle. Elle m’avait dit en rentrant de chez Gilles, en voiture : « Tu es fâché contre moi, aujourd’hui ? Je t’ai trouvé bizarre toute la journée. » C’est d’ailleurs sans doute là qu’a commencé ce glissement désigné plus haut, car elle me prenait, comme elle sait le faire, simplement et à l’économie, de plein front, dans ma difficulté à jouer, à masquer mes problèmes sous une écorce lisse et quotidienne de non-dit et de « normalité ». Chose qui m’a agacé et m’a fait jouer la revanche.) Je sens donc que je perds cette revanche et je clos la partie en disant « Bonne nuit », après avoir refusé ses caresses et son « Je t’aime. » Dimanche matin : réveil. Docilement, gentiment, comme à son habitude, elle fait la vaisselle tandis que je suis au lit. Je lui dis quelque peu agressivement, que je ne lui aie pas demandé de la faire. « Il y a 2 assiettes » rétorque-t-elle, assez vivement, me semble-t-il. Elle vient s’asseoir sur la banquette. Là, je décide de parler : « On va se quitter et je veux parler avant ça. » Je dis, en gros, qu’on a joué un jeu dangereux, le jeu du rapport de forces. Et qu’on balance sans arrêt entre le rapport de force et la sincérité. Je lui dis que je lui ai demandé de me parler et qu’elle m’a répondu par sa petite phrase : « Dans ce moment là, tu as tout de moi. », qu’elle me parlait avec son corps, dans l’amour. Le mot à mot m’échappe, malheureusement, mais c’est un discours qui synthétise les 5 mois passés. Elle approuve la totalité. Discours clarifiant et dédramatisant. Je reprends la conversation de vendredi en disant qu’elle n’est pas terminée, ce qu’elle reconnaît. (je dois compléter d’ailleurs, ici, cette conversation en notant que j’ai craqué, pas seulement en lui demandant de parler, mais en avouant mon sentiment d’infériorité par rapport à elle.) Ce dimanche matin, donc, je reprends une conversation. (Rechercher la date, soirée avec Rodolphe et Carmen, 13/12 (relu : c’est, en fait, le 17/12) où elle me disait qu’elle n’avait pas confiance en mon amour. Et (cette conversation, celle de vendredi) pour la 1ère fois, j’évoque son propre manque de confiance en soi, qu’elle avoue. J’évoque là, mon propre doute : « Pourquoi moi ? Pourquoi m’aimerait-elle, moi ? » et la seule réponse est : « Parce que c’est comme ça » Je dis que c’est pareil pour elle. Après ça, nous faisons l’amour. Passionnément. Avant de se quitter, le rapport de forces resurgit, à propos du téléphone : « Qui téléphonera à l’autre ? » Elle me dit : « Je préfère que tu m’appelle comme ça, je sais que tu as besoin de moi. » En la déposant au taxi, je dis, « en boutade » : « OK, alors tu m’appelles… » Et elle m’appelle. Dimanche soir. « Tu vois, je t’ai appelé. » Je lui dit que je ne dis rien, meilleure manière de réagir. On se quitte ainsi. On est lundi soir, aujourd’hui : première journée de montage (merdique cause table foireuse.) Je ne l’ai pas appelée aujourd’hui. Essayé, à l’instant, de lui écrire un poème– . (« Pas d’écrit entre nous. ») Note sur la soirée du jeudi : elle était loin de moi. N’avait pas envie de moi. On commence à faire l’amour. Je sens qu’elle y prend goût. (Mais j’ai en moi la pensée qu’elle n’avait pas ce goût au départ.) Je cesse de participer. Elle le sent et s’arrête. Elle me questionne : « Tu sens que je n’ai pas envie de faire l’amour ? » – Je dis oui. « Tu te trompes. Avant oui, mais pas pendant. » Je dis, durement : « Oui une fois que tu es dans le coup, tu marches… » – « Pourquoi dis-tu ça ? Tu es dur… » Je dis à la blague que je suis à sa disposition. Elle me reprend sur ce point : croire qu’elle me prend pour une machine. J’explique que je voulais dire que si on ne faisait pas l’amour, je serais frustré. Alors, on le fait. 

 


Je m’aperçois que, contrairement à ce que je notais au début : je n’ai pas vraiment oublié cette semaine. 

 


Une phrase d’elle, dans la nuit de dimanche : « Tu as mauvais caractère, hein ? » A noter, pendant le tournage (ne sais plus quel jour) : Allé à une invitation de France. Là Annick, à ma grande surprise a manifesté son intérêt pour moi, en proposant qu’on se voit le lendemain. J’étais mort de fatigue. Refusé. (Elle ne m’attire pas, mais gratifiant.) L’amour propre flatté, c’est bon… 

 

VÉCU – FEMMES – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Discuté avec Maja du fait que Colette ne souhaite pas qu’on vive ensemble. « Elle a sûrement ses raisons. » disait-elle.

 

VÉCU – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Raymond nous présente à des amis à l’atelier d’Henri : « Ma sœur, mon beau-frère. » Colette reprenant ça en riant. « C’est vrai qu’on est mariés. Mais peut-être qu’on a divorcé depuis… » (dit samedi, en allant chercher Maja, donc avant la soirée chez Gilles, la nuit et la conversation du dimanche matin) (Repris plus tard) : une phrase de Colette : « Depuis toute petite, depuis l’âge de 10 ans, je savais que j’aurais un enfant, qu’elle serait métisse et que je ne me marierais pas …. C’est marrant non ? Le père absent du système. Père = blanc. Ernest ? Et ses larmes quand elle était enceinte… Beaucoup de Colette est là… Et son refus de vivre avec moi… 

 


Je commence à comprendre… 

 


Colette disant un soir, en voiture (en allant chez Michel pour enregistrement des sons seuls.) « Je ne sais pas pourquoi j’ai cette chanson de Françoise Hardy dans la tête : « J’écoute de la musique saoule… » puis comme on en fredonnait le début, elle trouve la suite : « Ah oui ! C’est … Toute seule, il m’a laissée toute seule… » 

Jamais sans signification les choses qu’on a « comme ça », dans la tête 

Le complexe de la solitude, chez Colette ? (Cf. le refus d’un père pour Krystelle, sa longue solitude depuis la naissance de Krystelle.) Et la musique Soul : sa musique, non ? Musique de la solitude ? Il y a quelque chose, là… Et le « Il m’a laissé tout seule » : Solitude, abandon. Parce que je m’étais branché sur mon boulot. (Elle avait une terrible envie de faire l’amour durant le trajet en voiture, envie qui a repris d’ailleurs après le passage chez Michel, parce que je l’ai redéclenchée, mais sans peine aucune.) 

 

16/02/1979

 

(22h15)

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

Seul, couché. On est vendredi. La première semaine de montage de « Sibylle » est terminée. Pas vu encore grand chose du film se dessiner (on fait les séquences synchrones dialoguées en priorité, pour la synchro).

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Mercredi soir, Alex nous avait invités, Colette et moi, à dîner. On s’est retrouvé au « Petit Pont » au coin de la rue St Jacques et du quai. On ne peut pas dire que j’étais en forme. Durant le repas, j’ai été tendu, macérant en moi l’idée que ça n’était plus possible. Une fois rentrés ici, je lui pose la question : « Où tu en es ? » « Je ne sais pas » répond-elle. 

 

CAPITAL 

Et là, je fais éclater la crise la plus grave, et de loin, que nous ayons connue. Je la mets au pied du mur : elle se livre ou on se quitte. « A force de sonner à la porte, dis-je, on finit par s’en aller… » – « Et bien : Vas-t-en, tu m’embêtes à la fin. » Je me retourne. Silence. Bien sûr, elle « tient » très bien le silence. Moi non : un sanglot m’échappe (mi-voulu, mi-sincère). Elle se jette sur moi, me couvrant de baisers, me disant : « Pardon, pardon, pardon. » La rupture est ainsi évitée. 

 

Mais la situation n’est pas vraiment changée. Elle vient me voir. Elle reste avec moi hier jeudi, venant au montage. Quand elle part, alors que je ris, pour je ne sais plus quelle raison, elle me dit : « Ne ris pas. Je ne suis pas bien… » Je lui dis : « Viens : on va prendre un café. » Je la pousse à parler, mais ça ne vient pas. Tout ce qui sort, c’est « Je ressens quelque chose pour la première fois : je me remets en question et c’est la première fois… » Depuis, rien de neuf. Je l’ai appelé, ce soir, je lui ai dit que c’était « Pour avoir de ses nouvelles… » Elle me dit : « Je le sais. » mais ne n’en donne pas pour autant. On doit se voir demain après-midi pour aller au cinéma… En fait, aujourd’hui, j’ai été mal à l’aise toute la journée, pas en forme, et ça n’est pas sûrement sans raison : mes rapports avec elle me font problème. (Coïncidence : J’entends à la radio une fille hollandaise en France qui parle de ses rapports avec un type « très fermé », mais dit-elle « Il faut que se soit lui qui ait envie de parler avec elle. ») Ça peut résumer mes problèmes : Je ne me plais pas dans ce rôle de « violeur », « forceur de secret. » Et, pourtant, il y a un « truc » à trouver, une manière d’aborder la chose pour accepter son silence. Je lui ai dis : « Il faudrait que je m’en foute un peu plus, pour cesser d’être sur ton dos, pour te foutre la paix. C’est ça que je voulais dire, que je t’aimais trop… » Si elle ne peut pas parler : elle ne peut pas, et c’est tout. Quand elle pourra, elle le fera. J’exige trop et me rend malade moi-même de cette exigence… 

 


Tout est dans le « déclic » qui embraye la machine… Tel déclic en embraye une, tel autre encore une… Il faut embrayer la bonne machine. En termes psychologiques, se mettre dans « l’état positif (je retourne le vocabulaire de Michel S.) et non se laisser noyer dans l’état négatif. 

 


Qu’est ce qui me manque ? Ma confiance en moi ? Des événements gratifiants, qui la justifient ? Se rappeler ceux qui ont lieu : attendre ceux qui auront lieu. Considérer ce qu’il y a dans ma vie de gratifiant : il y a ! Quand j’y repense, il est certain que depuis le début de la préparation du film, soit depuis le début décembre, j’ai vécu en « hibernation » sans bouger, ou presque. Ma relation avec Colette mise à part : peu de sortie, peu de gens rencontrés, peu de films vus. Je n’en avais pas conscience mais, insidieusement, ça me mine. Il y a une chose à apprendre : savoir jouer. Le côté comédien de la vie en société : le masque. Mais il peut y avoir de la jubilation à porter un masque, tout du moins le sentiment – rassurant – que l’on est à l’abri derrière. Je retrouve là mon rapport à l’investissement affectif, dont j’use et abuse à tort et à travers. Et puis, si l’on revient sur le masque, il y a aussi le côté « fête », carnaval si l’on veut. On ne peut pas avoir que de vrais rapports. No possible. No good too. 

 


Algernon Blackwood in « Élève de 4ème dimension » « Le vieil homme des visions. » « Pour atteindre au degré d’intimité à partir duquel une conversation réelle devient un obstacle à la véritable compréhension, on n’a pas besoin, dans bien des cas, d’avoir échangé un seul mot… » N’est-ce pas, exprimé d’une manière parfaitement condensée, exactement, rigoureusement ce que je pourrais dire de ma relation avec Colette ? « Sans avoir échangé un seul mot » : c’est à dire sans qu’elle ait réellement parlé, elle, sans qu’il y ait eu autre chose qu’un monologue de ma part, on en est arrivés à la véritable compréhension et je ressens, moi, une éventuelle conversation réelle comme un obstacle à cette compréhension, pour elle, de son point de vue. A noter ce soir, au téléphone, le fait qu’on est tombés d’accord pour dire que l’un et l’autre, on « sait tout ». (Mistra I know it all) 

 


A noter, au bistrot, après le montage, jeudi, l’impasse dans laquelle elle est : vivre avec Krystelle et moi, ce qui ferait mal à sa mère. Vivre avec moi sans Krystelle, ce qui ferait mal à celle-ci. A noter aussi, en liaison avec ça, qu’elle m’avait dit, dans la conversation de mercredi soir « J’ai envie de vivre avec toi. »

 

19/02/1979

 

(21h10)

 

VÉCU – COURT MÉTRAGE « SIBYLLE »

 

Seul ici, ce soir. (Lundi).

Attaqué aujourd’hui le montage des séquences non dialoguées du film reprenant les choses au début (monté la première séquence, avec la musique, qui rend vraiment les images fascinantes).

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Samedi soir, on est allé au cinéma puis, après, au restaurant. Pendant la journée j’avais médité à l’attitude que j’adopterais avec elle. J’avais décidé de jouer le silence mais un silence en paroles. Paroles usuelles, au niveau du concret, parler de tout, d’une manière détendue, mais surtout ne pas réclamer cette communication que j’attendais avec elle. Or, pendant le film (« Goût du Saké ») je ressentais un tel malaise que j’ai pensé à lui dire, en sortant, que je la quittais. Ceci dû au fait que j’avais eu une conversation téléphonique avec Brigitte au cours de laquelle celle-ci m’avait dit qu’elle avait l’impression que Colette ne tenait pas à travailler. Durant le trajet en métro de la rue St Vincent au cinéma je lui dis ça. Je sens qu’elle le prend très mal, disant qu’elle ne comprend pas ça, et qu’elle se ferme. D’où retour en force de cette gêne caractéristique chez moi devant sa fermeture et retour de la tentation de la quitter. Après la sortie du cinéma, ça se joue en une fraction de seconde. Je décide que non : je ne la quitterai pas et nous allons au restaurant (Satay, rue St Julien le pauvre.) Pendant le repas : la conversation a un tour enjoué, un peu semblable à celle d’un homme et d’une femme au début de leur aventure… On rentre ici vers 1h du matin. On fait l’amour (3 fois) et on parle, elle surtout. (Jusqu’à 7 heures du matin !) Nuit très chouette (Musée noir de nos nuits blanches !) où elle m’interroge sur Maja, sur les « autres », qu’elle tente d’identifier parmi celles que je lui ai présentées. Elle parle d’elle aussi. J’apprends une histoire avec son copain Christian (je l’avais sentie.) 

 

CAPITAL 

A l’issue de cette nuit, je lui dis que j’ai failli la quitter. Elle me dit que ça vaut peut-être mieux, qu’elle ne tient pas à ce que le règlement de la « crise » soit constamment remis en question, qu’elle n’aura pas toujours envie de parler, comme cette nuit, et qu’ainsi (en se quittant) ça permettrait d’éviter que je sois déçu. Mais nous ne nous quittons pas, nous faisons l’amour. 

 

La nuit finit bien. Le matin, réveillé par le téléphone, j’ai envie d’elle. Nous refaisons l’amour. Nous nous réveillons vers 2h de l’après-midi. Nous refaisons l’amour. Puis nous allons au cinéma (« Invasion des profanateurs ») avec L., puis nous allons dîner chez sa mère. Je pense rentrer seul, elle veut rentrer avec moi ! On prend un taxi. On fait l’amour et on s’endort tendrement. Aujourd’hui elle passe, impromptu, me voir au montage avec sa nièce Josette, elle est vêtue de la robe de l’ensemble que je lui ai offert, ce qui me fait plaisir. Ce soir, je suis heureux, mais dans un étrange état. Tension nerveuse, mais sans angoisse. Bizarre ! Je ne peux l’analyser. Je crois la crise réellement dénouée. J’ai retrouvé confiance en elle… Mais j’ai encore besoin d’avoir confiance en moi, c’est pourquoi je pense à d’autres femmes (tenté, sans bien le savoir moi-même, d’expliquer ça à Maja, ce soir au téléphone. Je dois la revoir. Je lui en reparlerai.) (Repris plus tard.) Parfois j’ai l’impression que je touche le mystère de l’autre… Chacun s’organise à sa façon. C’est ce qui fait toute la différence. Organisation différente pour répondre aux même agressions, satisfaire les mêmes pulsions. Repensé parfois à ma grande découverte du hasch, le premier soir chez Momo : entre un colonel et moi : pas de différence de nature. Le même psychisme. Le même « ça » universel, collectif, le fond de l’espèce. Mais à partir de là, ça se module différemment et c’est vrai que sur les 3 milliards d’être humains qui peuplent cette planète, pas un n’est semblable à l’autre. Chacun a son style. Pourquoi les intonations de voix ? Les manières de parler ? Pourquoi les goûts, les choses qu’on aime mieux manger que d’autres ? Les couleurs que l’on préfère ? Pourquoi tel corps auquel on s’accorde mieux dans l’amour ? Subtilité. Infinie variété de nuances, de différences infimes parfois. Vie. Organisation. Activité démentielle, gigantesque des désirs et des angoisses. Craintes. Refoulements. Élans. Défenses. Tout un système fondé sur l’inconscient. Impossibilité de vivre dans la conscience totale de sa vie. Nécessité du secret, tacitement accepté. Rituels, cérémonies. Activité de comblement. Oui : le plateau de cinéma et la caméra sur la grue. On ne peut être à la fois sur le plateau et sur la grue. Jouir de la vie comme d’un spectacle dont la jouissance se décuple d’y participer… Angoisse : Fin du jeu. Fin de la jouissance. Place de la mort ? Peut-on vivre sans la fuir ? Sans l’occulter ? S’y préparer, pourtant. Il me faudra bien en trouver le chemin. Ne meurt-on pas mieux d’avoir bien vécu ? Profiter de la vie.

 

21/02/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(05h 10)

 

Cette nuit : rupture. Théâtre hier soir, pour aller voir jouer Jean M., avec Manuel B., Brigitte, son mari et Colette. Après le spectacle : restaurant américain (Haynes, Rue Clauzel) On rentre ici. On commence à faire l’amour. Je lui mets la main au cul tout en la baisant. Elle la retire. J’insiste. Elle résiste. Je me redresse : « C’est si important ? » – « Oui. » – « Plus important que tout » ? – Non – » Je ne veux pas d’interdit dans l’amour. J’ai assez joué. Va-t-en. » Je me lève et vais m’asseoir sur la banquette. Elle reste allongée, silencieuse, bien sûr. Au bout d’un moment je lui lance : * « Qu’est que tu fais là ? Va-t-en. » Elle se lève, commence à s’habiller. J’ajoute : « Je ne ferai pas tout ce que tu veux. Ne crois pas ça. » J’appelle un taxi. – « 5 minutes. » – « Tu pourrais attendre que j’aie fini de m’habiller. » – « Il me semble que 5 minutes, c’est suffisant. » Elle finit de s’habiller rassemble ses affaires et s’en va. 

 


Je n’arrive pas à vivre. Pourquoi 

Pourquoi ai-je régulièrement ces crises de colère, ces accès de dépression, ces moments de préoccupation informe, mais persistante ? Pourquoi ce manque de lucidité, par moments, sur les autres et sur moi-même ? Ces maladresses, ce « manque de style. » Je m’interroge sur moi. Je me gêne pour rencontrer les autres. Je ne parviens pas à m’interroger sur les autres, et à répondre clairement car il y a sur moi-même un voile d’obscurité. 

 


Quelle hécatombe durant cette dernière période ! D., Stefan, Zyf, Colette. Sans compter Christian, parti de lui-même mais repoussé indirectement par moi et Danièle. Je fais le vide autour de moi. Le chemin est long et fait des retours sur lui-même : je me sens revenu un an en arrière. Cruel anniversaire ! Et je me raccroche désespérément à ma création ! Dérisoire planche de salut. Planche pourrie, pour moi qui sais combien peu j’ai d’énergie créatrice, d’énergie tout court d’ailleurs… 

 


Et oui solitude ! Je te retrouve. 

 


Que te dire, mon amour ? Je te veux sans pouvoir t’avoir. Je ne me sens pas la force d’être pour toi l’homme que tu attends. Je ne suis qu’un enfant qui joue à être adulte, sans y réussir et qui n’a pas confiance en lui. Quel chemin encore à faire ! Et l’envie même de le faire me manque. Cette envie enfiévrée de jouer dans la nuit les jeux des grands, leur forfanterie, leur assurance. Je me donne le beau rôle, bien sûr. Mais je sais, au fond de moi, tout ce qu’il y a de frustration, de rage impuissante, bref de mesquinerie. Tout cela est petit. Je n’arrive pas à être grand. 

 


(09h20)

 

Juste avant de me réveiller, j’ai fait un rêve d’une grande clarté : Colette était Jocelyne. Et Jocelyne, que je voulais forcer à faire quelque chose, résistait et me disait : « Tu n’as qu’à faire ma conquête. » Elle me citait un cas où elle n’avait fait précédemment quelque chose que lorsqu’elle l’avait voulu. 

 


Je souffre, bien sûr. Début du tunnel. J’en sortirai. On en sort toujours. Pendant quelques fractions de secondes, il y a en moi une joie secrète, la joie du désespoir 

J’écoute « La Passion selon Saint-Matthieu ». 

 


 (14 h 10)

 

Récupéré voiture. Suis passé ici à la maison pour voir si elle ne m’a pas laissé de message. (Repris plus tard.) Tout à l’heure Annick est passée au montage. Pensé un moment à l’inviter mais je ne l’ai pas fait. Je suis presque bien, comme ça, tout seul. J’écoute « Starmania ». Ce matin, j’avais mis « Les uns contre les autres » plusieurs fois de suite. Je viens de le remettre. 

 


 (19 h)

 

Suis rentré comme un fou pour regarder le répondeur. Rien, bien sûr. Elle ne m’appellera pas.

 

22/02/1979

 

IDÉE

 

À travailler, idée de départ :

« tableau modernisé »

Avec autre sujet, autre contexte : les mêmes personnages, dans les mêmes attitudes. Que faire de ça ? Voir.

 


Penser au tableau chinois d’Algernon Blackwood

 

23/02/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Fini la post-synchro. Déjeuné tous ensemble après : Jean, Manuel, Monique, sa copine Yvonne, Jean-Claude, Sido et moi. On n’avait pas envie de travailler cet après-midi. Suis donc rentré pour me reposer (beaucoup de mal à me lever ce matin). Avant-hier soir, pour reprendre les choses ou je les a laissées dans ce carnet, j’étais très mal. Appelé Béatrice pour décliner invitation à dîner avec Martine. Puis appelé Jean-Claude. Longuement parlé avec lui, plutôt l’ai longuement écouté, en pleurant à gros sanglots. Craqué comme je l’avais rarement fait. Jean-Claude m’a bien parlé. « Accepte qu’on t’aime. N’essaie pas de te créer une image. Accepte les choses. Ne t’enferme pas dans ton orgueil. » Il m’a poussé à l’appeler. Je l’ai fait. Je lui ai dit que je l’aimais, que j’étais sincère, que je n’avais plus envie de jouer au jeu du rapport de force. Je lui ai proposé de venir me rejoindre. Ce qu’elle a fait. On est resté un moment, à la lueur de la bougie, elle assise sur la banquette, moi allongé, a parler de choses et d’autres, notamment d’Agnès, que j’avais eue au téléphone (« Est-ce que tu gagnes des sous ? Parce que Maman, elle travaille beaucoup et elle gagne pas beaucoup de sous… ») Elle m’a dit : « Tu sais, Agnès, je ne t’en parle pas, pas parce que je ne saurais pas trouver les mots… Mais…. » Puis nous avons fait l’amour. Le matin, elle est partie. Je l’ai accompagnée au bus. Le soir, j’étais invité chez sa mère à manger du poisson antillais. On est rentrés ensemble. On a fait l’amour après que j’ai lu le scénario réécrit par Zyf des « Orages. » Elle s’était endormie. Je l’ai réveillé en l’embrassant et en la désirant, pour faire l’amour fortement, profondément. Je connais en moi ce désir là, quand j’ai envie de lui faire l’amour longtemps, que je me sens très « désirant. » Notre conversation lorsque je l’ai rappelée avant-hier soir, était belle et douce. J’étais sincère. Je cherchais. Je croyais. Mais il y a encore en moi des bouffés de frustration, de jalousie, d’infériorité, des flambées nerveuses. 

 


En rentrant tout à l’heure, trouvé message de Virginie me demandant de la rappeler à Pathé. Je viens juste de l’avoir. On se voit ce soir. Virginie : histoire ancienne, quoique n’ayant jamais eu lieu. Je sens que j’ai de l’importance pour elle. Je me rend compte comme j’étais calme avec Anne, comme je le suis avec Virginie (ou avec Guylaine), des filles plus jeunes que moi, avec qui je ne suis pas en infériorité dans le rapport de forces. Se souvenir de ça : c’est quand on n’est pas dépendant de lui, qu’on peut avoir avec un être une relation satisfaisante. Les reculs, les dérobades, les pas de côté de Colette ne peuvent-ils pas s’interpréter en fonction de cette vérité ? Colette : abandonne-t-on si facilement le rapport de forces ? (Cf. conversation avec Stefan. N’est-il pas concomitant à l’amour ?)

 

25/02/1979 

 

AGNÈS – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE – KRYSTELLE 

 

Agnès est là. Elle lit ses bouquins, qu’elle a sortis de ses tiroirs. Tout à l’heure, on est allés avec Colette et Krystelle au Jardin des Tuileries. Grand froid : les gosses étaient gelées. En revenant dans la voiture, j’ai mis le chauffage à fond. Ca les a revigorées et elles se sont mises à rire et à faire les folles…

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Hier soir, c’était l’anniversaire d’Henri, chez Gilles. J’avais invité à passer prendre un verre Manuel (avec qui j’étais allé louer des costumes, moujik pour lui, officier sudiste pour moi), Jean, venu avec sa femme et une copine, les H., les L. et les B. (qui ne sont pas venus). Il y avait trop de monde : on n’avait pas de place pour danser, la musique était trop forte. Bref : pas le pied. A un moment, Colette me demande « On rentre à quelle heure ? » Je sens qu’elle a envie de rentrer et lui propose qu’on parte (mais sans me rendre compte de ce qui se passe.) On raccompagne Rodolphe et Carmen. Dans la voiture, j’aperçois une larme au coin de l’œil de Colette. Je lui demande « Tu as quelque chose dans l’œil ? » Elle me dit oui. Mais je m’aperçois en cours de route qu’elle pleure vraiment. Dès que Carmen et Rodolphe sont déposés, je lui demande anxieusement ce qui se passe. (

 

(Repris le 27/02 à 1h00.) 

Elle commence par me donner une version « banalisante » des choses : elle a trop bu : d’habitude elle a le vin gai. Là, elle l’a triste. Et puis trop de monde : tous ces gens l’énervent. Je sens que ce ne sont pas les vraies raisons et je me mets à insister pour qu’elle me parle de ce qui se passe en elle, en lui disant que je l’aime et que ça lui fera du bien de se confier à moi, que je peux l’écouter. Elle s’enferme dans ses larmes pendant tout le trajet et après qu’on soit couchés. Je la presse, la harcèle malgré qu’elle ait très mal à la tête et elle finit par me dire qu’elle a eu des « flashes » tristes. Je l’interroge sur leur contenu. Elle laisse échapper dans un murmure : « Krystelle et moi ». « Je voyais ma vie. J’en avais marre de moi. » Ça été si difficile à sortir que je la laisse s’endormir. Suit, donc, la journée avec les enfants et le soir je viens la chercher et nous rentrons ici. (On s’était dit dans la journée qu’on avait envie l’un de l’autre. Je lui avais dit « Je t’ai désirée cette nuit » (A noter : Masturbation contre elle.) « I wanna fuck you. » – « Me too. Tu me gardes ce soir ? » On fait l’amour mais, fatigué, (pas assez dormi, le matin, réveillé par téléphone), je n’en ai pas très envie et m’auto-excitant pour compenser, j’ai une éjaculation précoce, chose rare, incontrôlable. Je m’excuse et m’allonge de mon côté, fumant une cigarette. Elle se tourne de son côté. Je lui dis : « J’ai envie d’être dans tes bras. » Elle me répond le dos tourné : « Non chéri, je suis bien comme ça. » Je n’insiste pas plus, ce refus me faisant souffrir et sentant qu’il y a quelque chose en elle, qu’elle n’est pas calme, je lui demande ce qu’il y a dans sa tête. Nous entamons alors un long dialogue où elle me dit qu’elle est dépitée (ce mot l’arrête, elle dit qu’il exprime parfaitement bien ce qu’elle ressent en ce moment, en général.(« Tu t’en voulais de m’en vouloir » dis-je pour résumer.) Elle reprend, en fait, la conversation du samedi soir. Je fais une plongée interprétative en elle : le Père absent. Le fait qu’elle savait qu’elle rencontrerait à nouveau un homme (je dis que je suis venu « au bon moment ».), et qu’elle rencontrerait à nouveau ses problèmes, sa culpabilité (elle acquiesce à tout ce que je lui dis.) 

 

– Note écrite à 32 ans

 

02/03/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(22h30)

 

(Je ne cesse de reprendre ces lignes car j’ai du mal à écrire. Ce qu’elle me dit aussi, ce dimanche soir, c’est qu’elle a pensé, sans le faire, à appeler le père de Krystelle (qu’elle ne supporterait pas qu’il l’éconduise), qu’elle a même envisagé (« Tu fais des films fantastiques, moi j’ai mes « idées folles » (pas littéral) de vivre avec le père de Krystelle (sans rien ressentir) pour que Krystelle soit heureuse. « Et moi ? » ai-je demandé. – « Je te garderai. Tu seras mon amant. » (dit en riant) – « Tu peux toujours compter là-dessus… » Je démonte son idée : – Les conséquences. – Les raisons. Conséquences : d’un extrême à l’autre. Tout ou rien. Ou bien il refuse de la voir, ou bien il la voit, s’y attache et se type resurgit dans la vie de Colette. Les raisons : je suis un père de fiction. Elle est avec moi dans une situation flottante. Elle est tentée de revenir en arrière, à la source sa culpabilité pour l’annuler et de revenir (# moi) au réel. La paternité du sang. Cette nuit s’achève heureusement : elle s’est livrée. Je suis heureux. Qu’est-ce qui s’est passé dans toute cette semaine ? Rien d’important, il me semble. En tout cas, je ne m’en souviens pas. (Lundi, mardi, pas vus, semble-t-il. 

 

VÉCU – FEMMES – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Lundi soir, appelé Maja pour lui raconter. Elle me dit les mots de la raison, de la patience, de l’honnêteté. Version Maja, bien sûr. Je lui dis que j’ai parlé de notre relation avec Colette (en mentant sur la simultanéité). Je « brûle mes vaisseaux ». À noter que le vendredi 23, appelé Maja. Allé la voir après être sorti avec Virginie (essayé sans succès de me la faire). Beaucoup parlé avec elle. Me suis ouvert, raconté mes difficultés avec Colette. Cherché auprès d’elle ma confiance en moi. Couché avec elle.) 

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Je reviens donc à jeudi début d’après midi. On est chez elle. Je lui propose d’aller au cinéma à 16H (cinémathèque). Elle regrette : elle a rendez-vous pour une demi heure à 16h. Je dis que finalement je vais au montage. Elle me propose de venir avec moi, aller à son rendez-vous, à côté, à Boissière, et revenir au montage avec moi. Je dis OK. En chemin, je lui propose de l’amener à Boissière. On prend un café en attendant 16h. On se quitte. Là, un doute me prend. Torturant. Où va-t-elle ? Un instant je pense la suivre, puis ne le fais pas. La dépassant en voiture, je lui donne un petit coup de klaxon, petit geste. Quand elle me rejoint au montage, je n’ai cessé d’y penser depuis que l’ai quittée. Je l’entraîne au bistrot et la questionne. Elle se dérobe. « Tu me fais mal. » – « Non chéri, ce n’est pas important. Non. Ce n’est pas pour ça » (j’ai imaginé qu’elle allait voir un « protecteur » qui l’entretient) Je la presse. Elle me donne des versions successives : elle allait voir une copine de travail, puis un type : Claude, qu’elle connaît depuis 7 ans qu’elle va voir, parce que ça lui fait du bien, « comme d’autres vont voir un psychiatre » Il la connaît, il sait des choses que je ne sais pas. Flip terrible. Je marche à la version « Claude » et me tranquillise en disant qu’il ne la connaît sûrement pas aussi bien que moi. (dit dans la discussion : « Dis moi ce que vous vous dites ! Moi aussi je veux te faire du bien… » – « Tu m’en fais. Mais pas en ce moment. Ce n’est pas important. » – « Si ce n’est pas important, tu peux m’en parler. » – « Tu me fouilles… » Ma tranquillisation (voir + haut) permet de clore la discussion. Mais je gamberge. Ciné le soir avec Dominique (« L’empire des sens », auquel elle réagit, je le sens au mouvement de sa main que je tiens. Elle me le dira le soir. « Tu t’es identifiée à elle ? ») Après le ciné, au lit, je la questionne : « Comment ça se fait que tu ne l’as invité nulle part, Claude, dans des fêtes ou autres ? » – « Il est marié. » – « Il ne peut pas venir avec sa femme ? Si c’est un copain ? » Elle change de version : il n’y a pas de Claude. C’était pour me rendre jaloux. « Admiratif », je salue, en ce cas, l’habileté de l’à-propos « Je vais là comme d’autres vont chez le psychiatre. » – « Tu es forte ! » – Je suis forte, mais pas comme ça. » – « Comment alors ? dis le moi. Dis-moi tout Colette, parle-moi. » Insensiblement, mais sûrement, cela se dégrade. J’en arrive à envisager (c’est la fois où j’y ai pensé le plus fort, le plus « réellement ») de la quitter. Je lui dis que je me connais, que je ne peux plus accepter qu’elle se refuse. Je ne me vois pas m’embarquer pour 6 autres mois à la scruter, à la pousser. Je la comprends bien, elle aussi ne peut pas faire autrement, lui dis-je, mais je ne peux pas faire autrement, alors il vaut mieux se quitter. Je lui dis ça tristement, calmement et je sens que ça l’ébranle. « Bonne nuit. » et on s’allonge chacun de son côté. Auparavant, elle m’a dit : « Réfléchis bien à ce que tu vas dire ! Je ne veux pas que tu me laisse. Je ne veux pas te perdre. » C’est là que je lui dis : « Je réfléchis, mais je ne peux pas faire autrement. Je t’aime mal. » On s’est tournés chacun de son côté. Elle m’appelle : « Tiens moi. » Je la tiens. « Tu aimes que je sois dans tes bras. » « C’est agréable, mais bizarre pour des gens qui vont se quitter. Mais tu as raison : c’est bien comme ça. » – « Ne me laisse pas, ne m’oblige pas à te supplier. Je ne le ferai pas. Je vais changer pour toi, parce que je t’aime… » Elle accepte, oui, parce qu’elle m’aime. Et je lui dis : Je ne veux pas qu’elle se force, qu’elle fasse les choses pour me faire plaisir. Je lui ai dit et redit que je ne croyais pas me tromper en pensant que l’amour passe par la communication. « Tu es comme ça avec tout le monde… » Le « je vais changer » marque la cassure de la discussion et permet que la nuit finisse heureusement après qu’on ait fait l’amour et qu’elle m’ait demandé de m’allonger sur elle et de rester comme ça et que là elle m’ait dit qu’elle rêvait parfois que si on avait de l’argent, je divorce et que l’on se marie ensemble. « Si je te disais les choses que j’ai dans la tête, tu me prendrais pour une folle. » – « Non. Je ne te prendrai jamais pour une folle… C’est quoi, une folle. Ça veut rien dire. » Moi : « Les nuits sont trop courtes. J’en ai marre. » Elle : « Moi aussi, j’en ai marre. Des fois, j’ai envie d’arriver avec ma petite valise et de m’installer ici. » « – Mais tu ne peux pas, tu es coincée. Et je suis coincé avec toi. » Dit à un moment par elle : « Tu sais que je t’aime, comme moi je suis sûre que tu m’aimes. » Le matin, l’ai amené au cours. Café : « Je prends un café avec toi ! » Au moment de se quitter : « Pense à moi… » « – Comme chaque jour, comme chaque heure… » (et c’est vrai.) – « Mais ne pense pas à me quitter.. Je t’appelle ce soir. » Ce soir, après le mixage, amené Michel Gare de l’est, l’ai appelée d’un bistrot du coin car il était tard (21h30), je savais qu’elle n’avait pas appelé. Je lui dis que je suis tout près. « Tu veux que je descende te faire une bise ? » – « Oui, ça serait gentil. » J’arrive avant qu’elle ne sorte. J’attends dans la voiture. Elle sort en même temps qu’arrivent Rodolphe et Carmen. On parle avec eux. Elle a parlé à plein de monde du film programmé le 15 au Festival du Film fantastique. Rodolphe et Carmen s’en vont. « Je me mets au chaud ! » On rentre dans la voiture. « Je me suis arrêtée pour que tu me regardes ce matin, mais tu regardais d’un autre côté ! » Je ne sais pas. Je pense à « construire », une fois de plus, mon attitude. Très « détaché » ! Mais pour arriver à quoi ? Le silence avec elle. Elle y sera bien. C’est moi qu’il faut préserver. J’aimerai me changer, être bien. C’est à ça qu’il faut tendre. 

 

03/03/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Repris le 03/03 à 14h30)

 

Elle m’attend (l’ai appelée tout à l’heure) pour partir apporter le théâtre de marionnettes à Dominique. A noter encore, dans la conversation de jeudi soir : « Change-toi un tout petit peu. » « – Je suis pudique… » – « Aimer c’est être impudique… » – « Je sais. » 

 


Je ne sais pas où j’en suis : me suis réveillé et tout de suite, en quelques secondes : la tension… Ah les réveils : retours au réel. La difficulté du monde. 

 


Elle me résiste : le monde me résiste. Faire avec cette résistance… 

– S’y briser 

– La vaincre 

– La contourner 

– Pactiser 

– L’ignorer 

Je ne sais pas. Je me sens seul, en ce moment. Bien des choses se sont défaites autour de moi… Hier encore : Jean Claude… La production chancelante. Le fric, les paperasses et les relations humaines s’en ressentent. 

 

05/03/1979

 

(Lundi 11h15)

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

Pendant le week-end qui vient de s’écouler j’avais décidé de renouer avec le jeu du rapport de forces : me taire, ne pas dire les choses importantes entre nous et en plus être détendu : jouer un rôle. Qu’est ce que j’espérais ? Sans doute qu’elle ressente au bout du compte le manque de la parole et la réclame elle-même. 

Samedi soir, on a fait l’amour, très bien, très fort, beaucoup (4 fois) et hier soir, Dimanche (après une journée paperasse, impôts, droits d’auteur et télé chez elle), on est allés au cinéma voir « Martin et Léa » et on est rentrés. On a fait l’amour, (moyen) et j’ai pris un livre pour lire. J’ai eu un moment d’agacement (je ne sais plus lequel, mais elle l’a senti et m’a demandé : « Ça va ? » J’ai dit oui et puis non. – Pourquoi ? – Pour rien. Ça va pas, mais on fait comme si… (ton enjoué.) – Elle se rapproche de moi, me demande « Je te gêne pour lire ? » – Oui. Elle s’éloigne alors très vite et se couche de son côté. Je lis tant bien que mal, fume et réfléchis. La contrainte que je m’impose me pèse. Je sens bien que je ne peux pas jouer ce rôle. Je bouge et je la réveille « Je t’ai réveillée ? Tu dormais. » – « J’arrive pas à dormir. Ça m’énerve ». – « Pourquoi. » – « C’est toi qui m’empêche de dormir parce que tu ne dors pas. » A un moment, elle fait : « Aie ! » – « Tu t’es fait mal ? » Pas de réponse. J’insiste, elle répond : – « J’arrive pas à dormir… » – « Et tu fais « Aïe » ? C’est drôle de dire ça quand on n’arrive pas à dormir ! » 

A partir de là, la discussion s’engage. Je me mets en colère et reviens sur Boissière. Elle veut recommencer : « Ça n’a pas d’importance. » – « Non Colette. » Je suis ferme. Elle comprend qu’il faut me parler (« Je n’arrive pas à te convaincre que ça n’a pas d’importance. J’étais chez mon docteur. » A partir de ça, je dis que c’est un exemple, entre autre, de sa fermeture. 

Elle exprime, lorsque je lui demande à un moment : « Qu’est ce que tu penses, en ce moment ? » toutes les contradictions qu’il y a en elle : « Ça fait du bien et du mal, je sais l’aimer et je ne sais pas, elle veut que je la laisse et elle ne veut pas. » 

– « Si tu as peur (elle a reconnu que ce qui la freinait, c’était la peur. Peur d’elle-même, ai-je dit.) tu peux me quitter. Réfléchis. – « Je vais réfléchir. » – « Pourquoi on serait pareils ? Prends dix êtres humains, ils sont tous différents… » (on serait pareils, on parlerait de choses importantes.) Je lui dis alors que ça, ça désigne qu’elle n’a pas compris pourquoi je voulais la communication entre nous. Elle dit que si. Je lui dis que je ne veux pas éteindre sa différence. « Communiquer, c’est mettre en commun ses différences… » 

Elle me dit : « C’est vrai que tu n’es pas patient. Tu propulses les choses. Fais attention : tu casses les choses. Tu me fais très mal… ! » Je lui dis que, tout de même, pendant presque 6 mois, j’ai été patient. Et puis, je relie les choses, je ne les casse pas seulement. » – « Tu peux casser… » Tu as l’air posé, calme mais tu ne l’es pas. C’est comme moi, on croit que je suis calme… » – « Tu peux me calmer. » – « Je ne sais pas. J’ai peur. » – « Peur de quoi ? » – « De ne pas pouvoir et, en même temps, je sais que je peux te calmer. » – « J’aspire au calme. Tu peux me calmer si tu m’aimes. Le bonheur c’est le calme. » 

Avant aussi, dans la conversation, quand je lui demande s’il y a des questions qu’elle aimerait me poser et qu’elle ne pose pas, elle me demande : « Est-ce que tu es content de la manière dont je vis ? » Je la fais préciser : « De la manière dont j’ai vécu avant de te connaître. » (soit : pas d’hommes, restée avec sa mère, Krystelle, l’isolement.) je lui réponds que je n’ai pas à la juger, que je la prends comme ça. Même si, maintenant, parce que je crois que c’est bien, je veux la changer… 

Avant aussi : je demande pourquoi le silence sur Boissière ? Pour affirmer qu’elle a sa vie à elle ? Elle accepte cette explication. 

Elle évoque aussi Vendredi matin, quand elle m’a questionné (en riant, en disant « C’est moi maintenant qui vais être comme toi… ») : Est ce que je ne te gêne pas ? « – Comment » « – A être là, à t’embrasser (id est à m’accrocher ?) et elle dit : « Dans la vie il faut se freiner… » Je demande « Même avec l’homme qu’on aime ? » – « Voilà c’est ça ! Je ne connaissais pas ça… » C’est là, je crois, que nos corps se cherchent et qu’on fait l’amour (très fort, pour elle : elle dit « C’est merveilleux ! ») Et je m’endors, le premier… 

Ce matin beaucoup de mal à me lever. 

Elle dit, à un moment : « Où on va comme ça ? » Je dis qu’il nous faut un petit guide de l’amour pour trouver notre chemin. 

On se quitte devant la voiture. On n’en a pas envie. On parle de se revoir ce soir. 

 

(A un moment aussi : je parle de l’invention du personnage de Claude (« Ça m’est venu comme ça » – « C’est ce qui vient « comme ça » qui a le plus de sens …) elle m’avait dit qu’elle l’avait créé pour me rendre jaloux, je remarque que ce n’est pas en me parlant d’un type avec qui elle coucherait qu’elle me rendait jaloux, mais en me parlant d’un type qui était « comme un psychiatre » et qui « savait des choses que je ne savais pas… » – « Une sorte de super-Roberto » dis-je. Elle rit. 

 


 (Repris plus tard.) C’est drôle, ce matin je suis un peu déprimé et je n’arrive pas à comprendre pourquoi. Pourtant elle vient à moi. Je me demande si je n’ai pas honte de moi, si je m’en veux pas de ne pas savoir attendre, de ne pas savoir respecter la musique des gens…Et puis peut-être, que la responsabilité que j’ai prise m’effraie… Je ne sais pas. Je fume trop.

 

ÉCRITURE

 

« Je voudrais célébrer l’amour… »

 

(Mais c’est une foi que peu de gens partagent…

 

Trop ont été meurtris. Ils sont désenchantés.

 

Avec la fin des chants vient la fin de la joie.)

 

PROJET « BIEN SÛR NOUS EÛMES DES ORAGES »

 

Pensé il y a quelques jours à créer une double union

 

L. jeune – une jeune femme (l’Édith de Zyf ?) et Claire vieille – L. vieux.

 

(L. jeune s’en allant avec Édith remplacé (substitution) par L.-vieux.

 

VÉCU – CRÉATION – RÉFLEXION – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME

 

Je voudrais créer une œuvre de joie.

 

Écouté tout à l’heure dans un bistrot un noir qui était venu s’asseoir à la table d’un couple d’étrangers pour leur parler (en anglais).

Il était drôle, passionnant, plein de vie, de chaleur, de conviction…

 

Ah ! Sortir de la nostalgie.

 

Ma vie me coule entre les doigts, comme de l’eau…

 

09/03/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(Vendredi 13h45)

 

L’ai amenée au cours ce matin. Je devais passer la chercher à la fin, à 13 heures. Ai annulé, invoquant autre chose à faire. 

Hier matin, partis nous promener autour de Notre-Dame car il y avait du soleil. Mais il y avait aussi du vent. Entrés dans un café, coin quai-square, face à Notre-Dame. La conversation porte sur vie éventuelle ensemble. 

La conversation, qui devait venir depuis tant de temps. Elle vient mal. Elle évoque vie à 2 (Krystelle chez sa mère.) le retour le soir après le boulot, plus ou moins énervée par ce qui s’est passé dans la journée. Les horaires différents, les soirs où elle aura envie de rester chez sa mère… 

Bref : l’usure du quotidien. 

Ça me tombe dessus. 

J’acquiesce. 

J’y repense dans la journée. Le soir chez elle, j’en reparle : je reconnais que ça me fait peur… 

Elle flippe là-dessus. 

Je lui demande si elle veut venir avec moi ce soir. Elle me dit non. Je m’apprête à m’en aller. Je pars. Elle tape au carreau, me rappelle, part avec moi. 

Arrivés ici, au lit, elle se tourne pour s’endormir. Je lui parle, la croyant endormie. Elle ne l’est pas. Elle me dit qu’elle m’entend, mais ne réagit pas. Je lui reproche d’avoir coupé la conversation, quand je lui demandais comment je lui avais fait mal. Elle m’avait dit : « Tu m’as fait mal. Tu ne vois pas pourquoi ? Cherche… » Et avait refusé de me dire pourquoi. 

On en parle : c’était parce que j’avais dit que j’avais peur de notre vie ensemble… « Ça risque pas ! » (qu’on vive ensemble.) 

Elle avait mal compris : j’étais honnête en disant ma peur. Elle avait pris ça pour un refus.

Discussion qui écorne notre amour, l’abîme. 

On fait l’amour quand même (on se rapproche assez pour ça) mais ça ne remet pas les choses en place. 

Je me réveille avec un sentiment de gêne, de lassitude, un goût d’échec… Et du ressentiment contre elle (et contre moi). Pourtant on avait passé quelques jours chouettes (depuis Dimanche.)

Jours d’implicite et de paix. 

Pense de plus en plus à la quitter… 

Pensé ce matin, au moins, à m’éloigner. 

Je ne sais pas.

Toujours pas. 

 

(21h45)

 

Depuis ces lignes, toute la journée : terrible combat en moi, qui me brise. (l’ai appelée tout à l’heure, elle a trouvé que j’avais la voix oppressée. Ai fait celui qui s’étonne. Pourtant elle a « entendu juste » !) Combat contre moi-même, pour changer, me dominer. Être patient. Se forcer à être heureux. Arrêter de casser 

Angoisse toute la journée : été voir Papa (il n’a pas voulu aller rejoindre Maman.) 

Il va très mal. 

Cela me fait mal de le voir réduit là ou il en est. 

Puis allé à l’hôpital voir Tata Lucie. Autre triste spectacle : retrouvé le masque de la mort que j’avais vu sur Nini… 

Difficile, c’est vrai, de résister à ça. 

Et puis, avec Colette c’est vrai (je le constatais ce matin) que la crise est grande et qu’elle dure (depuis près d’un mois.) 

Pourtant je sens que je peux y arriver. 

Que lorsque je l’aurai vraiment, complètement acceptée, ce sera très chouette. 

Je repense à tous nos beaux moments. C’est vrai que c’est toujours moi qui les ai gâchés. 

Ferme ta grande gueule, connard 

Observe, sois attentif, sensible, gentil. 

Mets ton angoisse au portemanteau, avec ton mauvais caractère et ton impatience. 

Vis, au lieu de te poser des questions sur la vie, au lieu de la remettre en question…! Accepte-la, tu n’en as qu’une. Je peux dire ça aussi, exactement, de Colette.

 

13/03/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(4h)

 

Je ne réussis pas à m’endormir. 

Tout à l’heure : pleuré. 

Crises de larmes. 

 

(Non, je n’arrive pas à écrire.) 

 

Elle m’a dit le 8 au soir : « Je t’en veux de ne pas pouvoir m’aider… »

 

14/03/1979

 

2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(11h45. Mercredi) 

 

Lundi – Mardi : jours de souffrance et de lutte terrible contre moi-même, contre mes nerfs. Fluctuations perpétuelles entre douleur et apaisement, entre doute et certitude retrouvée par moments. 

Il semble aujourd’hui, à cette heure, que ça se stabilise en moi. 

Jamais connu, je crois, pareilles crises nerveuses sauf mes moments de « folie » en 1970. 2 crises de larmes seul ici, dont la 1ère très forte : corps « agi » par la douleur, me retrouvant dans des positions infantiles, en train de sangloter et de crier, en m’enfouissant sous les draps « Colette, mon amour… Je t’aime », en train de l’appeler… 

Relu hier soir tous mes carnets, toute notre histoire, avec une acuité extraordinaire, ré-envisageant tout dans les moindres détails, y réfléchissant, remettant tout bout à bout, et je crois, comprenant tout, pour en arriver, peu à peu, à aujourd’hui, au point où nous en sommes 

Sous ces apparences de force, elle est faible. Elle a besoin d’être aidée. Elle commençait à trouver ça en moi. Au bout de 6 mois, commençait à parler de faire le pas principal pour elle (qu’elle avait fait, en régressant ensuite à cause de Krystelle.) : quitter sa mère (pour vivre avec moi.) 

Mon honnêteté : l’expression de mes doutes sur notre vie ensemble l’a fait souffrir et l’a fait régresser. Elle avait compté sur moi et s’est retrouvée déçue. (Cf. Conversation chez Jackie au sujet des « artistes » sur lesquels il vaut mieux ne pas se faire d’idée sous peine d’être déçue en les connaissant par la suite.) 

Mes trébuchements la renvoient à ses propres difficultés : elle se remet en cause, se sent mal dans sa peau de ne pas pouvoir, toute seule, d’elle-même, évoluer et régler ses contradictions internes. 

D’où la phrase : « Je t’en veux de ne pas pouvoir m’aider… » 

D’où l’enfermement sur elle-même (« J’ai envie d’être seule, complètement seule, c’est la 1ère fois que ça m’arrive… ») 

Tendance naturelle de l’esprit humain, qui abolit l’extérieur pour se retourner vers lui-même, afin de tenter de dénouer ses propres crises, ceci vécu dans la difficulté de la solitude… 

 

(Repris à 23h20) 

 

…et se transformant par la suite en refus de faire un geste vers moi. (Bouderie – volonté d’affirmer sa « force » – d’affirmer aussi son autonomie.) 

L’ai appelée tout à l’heure, à l’origine pour la question des places en carafe pour le concert de Samedi. (« Sibylle » déprogrammé et reprogrammé Samedi.) 

Après conversation portant sur le concret, senti (à la différence de coup de fil de Mardi, où elle était très froide) qu’elle n’a pas envie que la conversation se termine là (1)

(VOIR RENVOIS NUMÉROTÉS) 

« Qu’est ce que tu as fait ? » – « Rien » (en gros) – « Tu exagères… » Longs silences, au téléphone. – « Qu’est-ce que tu me dis ? » (Je note en désordre, mais je sais que c’est dans le début du texte 🙂 « – Tu m’aimes ? » (Réponse « Oui » (?) Quelle qu’ait été la réponse, elle me dit « Pas trop ! » (2) 

En gros je lui dis (6) ce que je sais, soit sa déception, la raison de sa déception (elle me dit qu’elle n’en a pas envie.) J’insiste un peu et elle finit par me dire qu’elle en a envie.) Je retrace son itinéraire jusqu’à la décision enfin prise (ou presque) de vivre avec moi, de quitter sa mère (pour la 1ère fois je lui parle de sa mère et que je l’aidais à ça et sa déception de sentir que je ne pouvais pas l’aider. (mes doutes sur notre vie en commun + mon impatience vis à vis d’elle.) Je lui dis qu’elle aussi est une enfant + que j’ai compris qu’elle voulait que je la comprenne sans lui poser de questions (5). Je lui dis aussi que je sais que, même si elle a voulu être seule, au départ, elle savait que ce n’était pas possible et ça s’est transformé en refus de me voir. Je remets ça en cause en demandant ce que ça prouve ? Qu’elle est forte ? Je dis qu’elle est forte et faible, comme moi, qu’on est des humains. (Elle acquiesce.) (3) 

A plusieurs moments, longs silences, elle dit alors « Je suis vide, hein ! » je rétorque « Non : pleine, riche… » Elle me dit aussi : « J’ai changé… Pas en 3 jours seulement. J’ai changé. » (Réponse au « Je ne te décevrai plus » du petit mot que je voulais lui remettre le soir de la projection et que je lui ai lu 

« Mon amour, Pendant ces derniers jours, j’ai beaucoup réfléchi. Ça m’a fait du bien. J’ai mené un grand combat contre moi-même et je l’ai gagné. Je sais que je t’ai déçue. Je ne te décevrai plus… Que ce petit mot que je t’ai glissé soit ce soir comme un lien secret entre nous, comme un papillon invisible qui volette autour de nous, invisible pour les autres, mais visible pour nous deux, toi qui sais que je t’aime, moi qui sais que tu m’aimes… Tendresse. » 

(Après que je lui ai lu, elle a murmuré : « C’est beau…. ») 

 

Enfin on « atterrit », elle pousse à ça : « Tu m’embrasse ? » – « Je t’embrasse. Je te prends dans mes bras. Je te serre contre moi ! ». Je lui dis « Tu as envie de me voir et tu n’as pas envie… » « J’ai envie … » « Moi aussi…. » Elle dira avant qu’on raccroche : « J’ai envie de toi… » (4). 

 

RENVOIS :

(1) : Je lui dis tout ce que tout ce que j’ai fait dans ces 3 jours et aussi que j’ai pleuré, sangloté… Elle me demande pourquoi. Je le lui dis. Je lui dis que ce n’est pas pour la faire flipper, mais pour qu’elle comprenne que j’ai besoin d’elle, qu’elle me manque…. 

(2) : Elle me demande « Tu es fâché ? » Je réponds non. Je mène un combat entre moi-même, etc… Ce « tu es fâché » : typique de Colette, l’enfant, têtue dans son rapport avec sa mère, celle qui « se fâche souvent »… L’enfant qui s’affirme en restant insensible à la fâcherie de la mère.) (qui s’en veut de cette fâcherie, mais s’en satisfait…) 

(3) : Je lui dis : tu vois : je t’ai appelée. A l’origine, j’ai appelé pour les places du concert et que je ne voulais pas la déranger… – « Je l’ai pris comme ça… » Mais que j’ai senti la différence avec le coup de fil d’avant… Elle me dit : « Oui, je suis contente » puis « C’est bien que tu aies appelé… »

(4) : Réfléchir à cette notion d’envie chez Colette. Toujours en rapport avec l’enfance. (Je lui avais cité l’exemple l’enfant qui joue avec le jouet attaché à une ficelle et jouit de sa réapparition quand il tire dessus après l’avoir jeté.) Rapport de Colette avec la notion d’envie = rapport de répression. Ses envies, elle a appris à les réfréner (« J’ai envie de l’avoir et je ne peux pas l’avoir » au sujet de mon sexe.) Je pose problème à Colette : elle a envie de moi (au sens psychologique du terme) et cette envie, elle la refrène. Dans l’amour physique, son langage à elle (« Je te donne tout. »), elle peut satisfaire cette envie sans problèmes « J’ai envie de toi » = glissement de sens… ? sens physique et en sens inverse : du physique au psychologique. Elle aimerait « défreiner » son envie de moi mais continue à la refréner. Dans le fond, personne n’a jamais vraiment parlé avec Colette, personne ne l’a jamais considérée comme une adulte ! (Je pense aux interventions éventuelles de Raymond, et à une intervention effective qui a eu lieu dans ma voiture (en allant chez Wilson), mais c’était un cours professoral, non une parole d’égal à égale.) Il imposait : « Il faut que… Il ne faut pas que… » Ce qui ne peut être, pour Colette qu’» inaudible »…) 

(5) J’ai ajouté : « Je te comprends. Tu me donnes assez de signes pour ça… Que ça te ferait du bien, à toi, d’en donner plus, c’est autre chose… Ca, c’est ton chemin. Tu le fais toi-même. C’est toi qui décides… » A noter aussi : « Et ta barbe ? Tu n’y as pas touché ? Je pensais qu’un matin, tu te regarderais dans la glace et que tu dirais : « Ça ne va pas » et que tu la raserais… (Conversation interrompue par Krystelle qui paraît-il, dit : « Papa » Il me semble d’ailleurs qu’elle l’a dit en commençant à me parler au téléphone.) 

(6) Lui dis que j’ai relu avec très grande attention toute notre histoire dans carnets et que ça m’a aidé à comprendre des choses chez elle. Lui dis combien il faut aimer quelqu’un pour noter toutes ses paroles pendant six mois. Elle dit que c’est bien de noter comme ça, qu’elle n’a pas de carnets comme ça, qu’elle devrait, que c’est bien de pouvoir retrouver les mots dits par quelqu’un…

 

15/03/1979

 

ÉCRITURE 

 

(4h10)

 

« Un fou à lier est moins dangereux qu’un fou un ennemi… »

 

VÉCU – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

 

(7h20 !)

 

Je ne dors pas encore.

Passé une nuit blanche !

 

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