Archives de catégorie : Lycée Voltaire: classe préparatoire à l’IDHEC

Lycée Voltaire: classe préparatoire à l’IDHEC (Septembre 1965 – juin 1966)

VÉCU – CINÉMA

Classe préparatoire à l’Idhec – 10 heures du matin : je rentre à la classe préparatoire à l’Idhec. Arrive en retard. Tout de suite : discussions. Surprise — Froideur ? Crainte d’un contact très important pour moi.


Remarque : rapprochement marxisme — christianisme. Mais catholicisme → charité, absence d’un travail # protestantisme → entreprises développées (prêt intérêt). On ne peut donc rapprocher le marxisme du protestantisme mais celui-ci a donné le capitalisme.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Science Fiction : idée d’un monde où les éléments se transforment ( Exemple : un tapis roulant qui prend la forme d’un escalier… ) Objets faits d’une matière synthétique, tissu vivant ?

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

23 h 25 : couché. Je regarde ma chambre. Je l’ai décorée de photos, d’affiches, de dessins ; j’y ai mis des objets (jouets — bouteilles). Je veux ainsi me donner l’impression de vivre et d’être différemment… Ce soir je n’ai pas travaillé mais c’est parce que j’ai eu des choses à faire et j’étais vraiment fatigué. En ce moment, je fume une cigarette, « Blues et jazz party » s’achève…
Correction de la composition de littérature avec Georges-Albert Astre → 13. Pas mal mais j’ai déformé ma pensée en la systématisant, une fois de plus, je n’ai pas su maîtriser les mots mais j’y arrive mieux qu’avant.
Il y a dans un journal comme celui-ci une tentation de tout mettre, de tout raconter, mais c’est une ambition irréalisable, on ne peut pas maîtriser son existence quotidienne et la condenser, c’est pourquoi je pense à me réduire aux pensées, aux trouvailles.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

Midi. Pas allé en cours. Suis dans la cuisine au Blanc Mesnil. Il y a du soleil dehors sur les maisons et les herbes. J’ai l’impression d’être à Lorient mais cela ne serre le cœur car je ne peux pas traverser la ville pour venir t’embrasser.

– Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – SEXE

Idée de texte irrévérencieux : dans une exposition de peinture consacrée à un grand maître très sérieux, vernissage, cocktail, petits fours, ronds de jambe, une femme obsédée sexuelle, ou quelque chose comme ça, voulant acquérir la puissance masculine perce une toile représentant quelque chose de très sérieux en un endroit irrévérencieux…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Histoire d’un type qui veut se suicider et qui, avant, fait le tour de tous les gens qu’il connaît pour en tirer quelque chose et n’en obtient que des réponses mitigées… (mais je m’aperçois que c’est le « Feu follet »)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un type pour se réveiller : son petit réveille-matin, au chevet de son lit, est relié aux cloches d’une cathédrale en face de chez lui… Elles sonnent l’Angélus du matin. Ça réveille tout le quartier, alors il se lève, s’habille. Il a l’impression, en accomplissant les gestes du matin, en enfilant son pantalon, d’être à la fois tous les hommes de la ville entière ( Je retrouve le coq de Chantecler ? ) L’idée devient trop forte à partir de l’habillage, conserver le côté hénaurme, canularesque )

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – ÉDITION

J’ai remarqué qu’il se produit à l’intérieur d’une édition comme le Livre de Poche le même phénomène de clivage entre le livre de « qualité » et le livre populaire que dans le reste des éditions. Il se manifeste sous forme de couvertures dont certaines — les populaires — sont faites dans un style platement figuratif tandis que les autres sont plus graphiques, plus travaillées, moins attachées à la représentation des héros qu’à l’esprit du livre.

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Croyance à la résurrection : le primitif voit mourir un chien puis il en voit un autre trottant sur une route, qui lui ressemble étrangement. De même pour un homme → résurrection.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

Si j’écris dans ce carnet, c’est que j’ai pris l’habitude de penser et de parler pendant ces vacances avec toi… Quand tu liras cela, nous reprendrons le dialogue…

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – ANTONIONI

Je viens de voir le premier film que je sois allé voir depuis que j’ai commencé ce carnet : « L’éclipse ». Impression très différente des deux premières fois. Difficile à dire : à la fois plus fasciné et irrité. Le côté « cosmique » est plus difficilement perceptible.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

J’ai téléphoné pour savoir, pour les réductions en train. On m’a donné des renseignements sur les cartes demi-tarif. C’est intéressant, je pourrai venir à Lorient à peu près une fois par mois…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – CINÉMA – LITTÉRATURE – RESNAIS

En écoutant Agel lire à huit heures du matin un bouquin sur la tragédie, je pense que les livres sont toujours là, qui dorment, et que c’est l’homme, la nuit, le matin, au crépuscule ou à midi, qui les ressuscite, qui s’approprie leur parole pour la lancer au ciel noir, aux nuages gris ou roses ; le livre n’est pas vivant, c’est l’homme qui reste éveillé la nuit ou le jour et le livre paraît vivre et être éveillé quand l’homme le lit à haute voix aux autres hommes ou à la nature… (cf. Resnais la B.N)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un homme ligoté, bâillonné, il veut se gratter. ( Il fait des gestes, pousse des grognements : on lui enlève son bâillon; il dit : « Je veux me gratter ! ». On lui remet son bâillon. )

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – POLITIQUE

En écoutant Agel parler de l’armée, de la guerre, je me rends compte à quel point notre enseignement est abstrait et quelle valeur a l’enseignement mi-étude mi-travail en Chine… ! Nécessité du travail physique. Il nous manque des horizons

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

(Sur le sacrifice d’Iphigénie, de Timanthe) on voit Diane qui passe dans le ciel. Elle est de plus petites dimensions que les personnages. Or un Dieu doit être plus grand → plusieurs écrans dont un plus haut et corps du Dieu plus grand

Note écrite à 19 ans

CITATION

« Fin d’un siècle le décès du dernier survivant des hommes nés en la première année de ce siècle, et c’est d’une manière assez variable et arbitraire que les empereurs romains firent célébrer des jeux dits séculaires… »

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – GUERRE

Je me rappelle une après-midi sur la plage des Kaolins, j’ai vu passer dans le ciel un avion à réaction de Lann-Bihoué. Angoisse devant cette technique monstrueuse. Imaginant les fusées, les canons, combats aériens de monstres d’acier, impression de me trouver dans un avenir de guerre. Science-fiction vécue. Effroi.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un type achète un gadget qui n’a absolument aucune fonction. Lui ou un gosse en cherche une à tout prix ( croyance au « secret » : ils cherchent à en tirer quelque chose d’autre).

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

1/ on cadre un mot ( exemple : AUTOMATIQUE ) Travelling avant ou Gros Plan
2/ on cadre MA
Cut
3/ Gros Plan MA initiales en Gros Plan et Travelling arrière , on cadre le personnage, il révèle son nom « Michel Arsouille » ou quelque chose comme ça.

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – SCIENCE-FICTION

Reprendre l’idée de l’homme mutant qu’on découvre peu à peu ( sur une autre planète ) Utiliser un vocabulaire et des tournures science-fiction qui habituellement s’appliquent à des animaux ou à des monstres ( « son pas massif ébranlait le sol, etc… » ) Bonne idée, je crois, à voir.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Reprendre vieille idée radio. Montrer une simple boîte, un type accomplit dessus une action bizarre → son par dessus, musique, etc…

Note écrite à 19 ans

VÉCU

11 h 30 du matin : je me réveille. J’ai allumé une cigarette. Le matin, cette drogue a la vertu d’augmenter mon pouvoir mnémonique (?) : je me suis rappelé d’une façon très forte en inspirant une bouffée de fumée : la boutique de disques de Grannick le disquaire, la « Rotonde », les boîtes de nuit des environs de Lorient et aussi dans un éclair, comme dans un avion, j’ai survolé la côte de Larmor avec ses herbes brillantes et sa toute petite brume du matin et la mer calme. Il faut dire que depuis 2,3 jours, il fait très beau quoique très froid, le soleil rayonne lentement dans le ciel. Impression très forte aussi, ancienne : (Lakanal, par la fenêtre du dortoir) ciel bleu, envie de m’envoler, de rencontrer la mer (Piriac en mieux), désir de vacances…


Si je rate Propé il faudra faire une croix là dessus… En regardant les maisons de Blanc Mesnil, par la fenêtre, depuis mon lit, je me dis que ça me plairait ne serait-ce que d’aller à l’aérodrome ou sur le pont voir les voies ferrées mais je me dis qu’il faut travailler (joie là aussi) et je me réserve de voir le soleil à Lorient seulement quand j’irai et peut-être ici de temps en temps…
Swingle Singers sur le tourne disques.

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Radio Télévision. Radio en direct : insuffisant. Il faut passer au pouvoir de l’image. Télé en direct = radio en direct plus image (appoint et non centre, bien senti actuellement par l’ORTF mais mal fait)
Ceci dans le sens que quand j’allume la radio, je trafique une boîte, de l’électricité (cf. projet plus haut) et la réalité est décalée : il me faut l’image pour donner un poids à ce que j’entends mais pas le poids de la réalité : télévision = image non envahissante restant confinée au petit écran.  Le son au contraire envahit la pièce, bouge dans l’espace. Si bien que le côté radio de la télé est plus vivant que le côté image.
Ce côté vivant manque à la radio mais il est donné dans la télé par l’opposition avec l’image, qui reste limitée. Cela crée un juste équilibre : si l’image était envahissante (tout un mur par exemple) → cela créerait une fascination trop grande, une trop grande illusion.si l’image était au même niveau de pauvreté que le son (photos) → effet aussi limité (mais pas inefficace) que la radio.

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Comme il est agréable d’avoir une méthode, d’appliquer un plan. On ne se laisse pas prendre au dépourvu et l’on est sûr d’avoir tout calculé, de s’être organisé de la meilleure façon possible. Après il ne faut pas hésiter à détruire cette méthode, à changer de plan quand la réalité a trop évolué pour qu’il s’y adapte encore…

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – POÈME

Poème de la femme

J’étais petite enfant lorsqu’un jour, ma mère,
me prenant par le bras, me dit :
« Il y a un oiseau mort par terre,
Tourne ta tête… »
Plus tard, jeune fille, mon chagrin m’a dit à l’oreille :
« Ne regarde pas cet amour mort,
Tourne ta tête… »
Enfin, quand j’allais être un jour fille-mère, un homme m’a dit :
« Si tu ne veux pas voir cet enfant mort,
Tourne ta tête… »
Toute ma vie durant, je l’ai tournée, ma tête,
pour ne pas voir les oiseaux, les amours, les enfants et les hommes morts,
mais aujourd’hui je ne veux plus fuir la réalité,
je veux regarder ce qui est mort
pour voir sur son corps et sa face
comment il a vécu
et pour savoir
comment vivre…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

6 heures du soir. Je n’ai pas travaillé. Je suis allé me promener à l’aéroport où j’ai bu un café, vu un quadrimoteur décoller et enregistré sur disque un poème que j’enverrai à Jo si je suis sûr que l’enregistrement soit bon car j’ai des ennuis de ce côté-là.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – HUMOUR

Réclame pour « Harakiri » : « Volez-le… » La marchande dit qu’elle n’en a plus : elle ment. Alors on met le feu au kiosque → elle va chercher les pompiers. On vole « Harakiri ».
Mais on peut imaginer : on met le feu. Alors elle sort précipitamment tout le stock. Alors on l’assomme et on emporte « Harakiri ».

Note écrite à 19 ans

VÉCU – AMIS – ZYF

Théophile Gautier a hésité : peintre ou poète ? J’ai eu tort de me moquer de Zyf (Yves L.) qui veut faire les Beaux-Arts. Il a besoin de changer de personnalité. D’ailleurs moi-même ne me suis-je pas remis à écrire ? Peut-être faudrait-il que je lui dise que je l’ai compris (lui écrire)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Suite à mon idée du réveil cloches d’église → dans un quartier de la ville, les cloches se mettent à sonner à des heures indues, on s’étonne, on s’inquiète et on finit par constater que Mr Untel sort toujours de chez lui peu après que les cloches aient sonné, tout gai, tout frais, sifflotant et le pot aux roses est découvert : il aimait être réveillé par des cloches, ça le rendait gai.

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Une semaine de passée déjà, heureusement le temps passe vite. Mon frère René, avec qui j’habite, et moi, on commence la journée par un accident : plus de freins sur la voiture. On a embouti l’arrière d’une camionnette. C’est l’avant gauche qui a porté. Il faudra changer toute la carrosserie avant. Le phare n’a rien eu

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

J’écris ces notes au rythme de deux pages par jour en moyenne… Je pense que c’est bien (ni trop ni trop peu). Je me rends compte que j’aime rester à la maison, calfeutré, et quand je sors, je pense que je vais rentrer sans histoire, lire, travailler, écouter de la musique. C’est une limitation volontaire. De s’agit pour moi de me donner l’habitude de travailler. Il faut que je réussisse au moins Propé.
Moins de cinéma, peu de théâtre, peu de ballets, pas d’horizon mais je me réserve…
Mais voyons clair : n’est-ce pas aussi un repli aux motivations inconscientes ? Jocelyne partie, avec qui j’ai réussi à créer un univers parfaitement harmonieux, n’est-ce pas la peur des autres, du contact douloureux… ?
Il faut que j’entre davantage en contact avec des gens de la classe que j’aime le mieux. Certains d’entre eux peuvent m’être très bénéfiques.

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – ROBBE-GRILLET – RÉFLEXION

Robbe-Grillet : « C’est par la forme que l’écrivain est guidé ; pas par une idée à exprimer »
Mais ne peut-on pas penser qu’il y a là une dialectique de la création : d’abord guidé par la forme, l’auteur s’emploie à la maîtriser pour ensuite être à nouveau fasciné et emporté loin des positions qu’il vient à peine de conquérir et délogé des retranchements confortables de la construction logique et intellectuelle…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

(En passant devant une affiche « Scandale » qui m’avait fait déjà impression. Je me suis rendu compte que cela allait dans le même sens que le plan de « Procès de Jeanne d’Arc » où l’évêque regarde Jeanne par un trou du mur

1966.01.10
La call-girl peut passer par le trou et venir sur le devant danser son morceau ou faire son strip

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

Ce matin : neige. Plein partout. J’ai acheté une bobine de Panatomic et j’ai filmé. Un peu n’importe quoi d’ailleurs. J’ai essayé de faire le moins possible de mouvement de caméra (ni pano ni zoom) on verra bien ce que ça va donner. Peut-être que la neige arrange tout. Actuellement je suis au Bourget, assis à une table. J’ai réenregistré le poème, pour voir si ce sera meilleur au point de vue audition. Mais au point de vue diction, c’est sûrement moins bon. Je me suis pas allé en cours aujourd’hui : il y avait trop de neige. Je voulais travailler mais je n’ai encore rien fichu. Il faut dire que la neige y est pour quelque chose. Après m’être réchauffé ici, je vais rentrer.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

Succession de passages de voitures, de piétons. Même sens et sens inverse. Intercaler les plans de chats et de chiens. La neige, qui recouvre tout (*), fait perdre les moyens de situer un objet, ainsi tout semble se passer au même endroit dans une blancheur omniprésente.


Les plans généraux de rues pleines de neige doivent être très courts (et montés à la file ?)


Écourter au maximum les panoramiques


Supprimer si possible les zooms


Voir s’il n’est pas possible de monter ces plans avec d’autres trucs en 8 mm qui me restent… (exemple : école sous la neige et école sans neige — enfants)


Pour les personnages monter très très court

1966.01.11
Trois personnages différents on reprend le montage (+ G. P. d’objets recouverts de neige (*) : banc — brouette — table. Si trop situé : supprimer…)


Ici tout est dans le montage


Aussi : faire se succéder G. P. (mais G. P. situés et plans généraux de rues (par exemple) → impression d’élargissement, de découverte)


Chercher une musique. Orgue ? Ou jazz (Coltrane)


Je rentre

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – PEREC

René m’a recommandé « Les choses », un des prix littéraires de cette année… Je m’en méfiais mais il paraît que c’est bon : effrayant de voir tout ce à quoi il faut s’intéresser…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Aujourd’hui : verglas + froid. Je me suis fait amener à la Villette en voiture.
Dans le métro où j’écris maintenant, une jeune femme blonde lisait un article du « Nouvel Obs. » Consacré aux « Chinois à la Havane » : je me rends compte qu’il y a beaucoup de gens qui cherchent, qui étudient : elle soulignait soigneusement certaines phrases.
Ces gens-là cherchent la vérité. Mais quoi ? De quoi doute-t-on ? Que le Vietcong ait raison de faire la guerre ? Moi j’ai peur. Mais il y a eu des époques où certaines guerres paraissaient normales, parce qu’elles devaient être faites, si horrible que cela soit ; qui a mis et met en doute que la guerre d’Espagne devait avoir lieu ? On ne discutait pas ; il fallait écraser le fascisme oppresseur. Qui jette la pierre à la résistance française ? Comment peut-on douter du bien-fondé des idéaux de libération ? Comment peut-on douter que les Américains sont les envahisseurs du Vietnam ? Pour nous Français il y a ces guerres d’Indochine et d’Algérie qui faussent le jeu : on a plus de mal à comprendre les peuples opprimés parce que nous avons été les oppresseurs. Alors on aurait honte de reconnaître que les gens qui agissent comme nous avons agi ont tort. Mais ce n’est pas difficile : le droit, la beauté, la justice sont du côté des opprimés, de la misère, de la douleur, du désespoir, de l’indignation. Le Vietcong est dans son plein droit. Les Américains sont les jouets de certaines forces économiques. Ces jeunes gens pleins de santé, aux vêtements propres, au crâne rasé, aux mitrailleuses bien graissées, ont l’impression qu’en allant au Vietnam ils font une croisade, le ciel bleu leur ouvre les bras, à eux, les joyeux et justes défenseurs des buildings et des gadgets… Comment pourraient-il rester à Los Angeles quand il y a des jets qui les attendent, moteurs vrombissant d’impatience, sans billet à payer, croisière aux frais de la liberté et de l’Occident… ?

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

Revues ou journaux qui louent James Bond : revues non cinématographiques : James Bond = phénomène non cinématographique. Le problème est ailleurs, les conséquences de ces films dépassent le plan des recettes (non négligeable)→ critique non cinématographique [Commencer par : « Ce texte n’est pas une critique de cinéma… »]  Le texte entre crochets a été barré

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

En regardant cette classe, ces jeunes gens bien propres, je sens monter en moi une colère de plus en plus définitive ; mon mûrissement péniblement gagné ne peut que m’amener à un engagement de plus en plus net.
Je refuse le contact avec ces gens car je n’ai rien de commun avec eux, le contact est impossible entre nous, il n’y a qu’une solution : les attaquer, les détruire ou sinon : s’en écarter car ils ne m’intéressent pas : vermine de l’intelligence et de la verbosité…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

J’arrive à des rapports bien meilleurs, une part de repli permettant la réflexion, l’enrichissement par les livres, la musique, l’écriture, une part de contacts chaleureux avec les gens, s’intéresser à eux c’est s’oublier, oublier ses mornes ressassements effrayés, ses timidités et ses solitudes désespérantes. Équilibre. Ignorer ceux avec qui on n’a rien en commun et écouter ceux qu’on apprécie, en tirer la substance.
Je remarque que se succèdent maintenant pour moi des périodes de solitude à la maison et de coexistence au lycée. Chacune s’enrichissant de la précédente qui renforce en moi la tendance qui s’épanouit dans cette période, pleinement et chaque fois plus riche, plus équilibrée. Quand je sors de la maison pour aller au lycée, mon temps de solitude ne permet mieux d’entrer en contact avec les gens de la classe.

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Je viens de voir Astre. Discuté dans une salle vide (du journal) (« Combat pour la paix ») Discuté de l’aventure, du journalisme, de la vie. C’est donc décidé : je ferai quelque chose sur James Bond…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Après un discours qui est censé avoir influencé un personnage, pour montrer le changement de celui-ci : il ne parle plus avec la même voix.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Transformer la bibliothèque Sainte-Geneviève en dortoir commun pour étudiants : petites chambres séparées par cloison en bois. discipline collective. Le soir, retour du ciné, avec filles, plaisanteries ou rien du tout : très bien comme ça.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – CRITIQUE DE FILM – JAMES BOND

Films de James Bond : analogie avec industrie du disque : disques yéyé qui, réécoutés à la suite, lassent rapidement. Mais ils produisent de prime abord un effet agréable. Pour éviter la fatigue, la radio, la télé vous les diffusent à divers moments, à un rythme soigneusement prévu pour que chaque fois nous réentendions le disque avec plaisir.
Les films de James Bond, c’est pareil. Une fois établi le personnage James Bond nous le retrouvons dans chaque film nouveau de lui, à une sauce différente chaque fois.
Et la sortie de ces films est préparée de façon à nous faire mijoter, à nous faire attendre la réapparition de notre super héros…
Mais de ces films on se lasse vite… « Goldfinger » supporte mal d’être revu plusieurs fois. Pourtant on ne se lasse pas de voir et de revoir « Potemkine » ou [texte interrompu]


→ plan de la comparaison films — disques : 1/ films et disques lassent (# bons films qui ne lassent pas)
2/ Il faut le renouveler. Exemple : disques. Films = pareil (influence de la radio) Quand un de ces films ou disques est sorti, on met le paquet dessus (phénomène d’auto-publicité propre à l’industrie cinématographique) avant on fait mijoter le public… On crée un esprit favorable à la consommation

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE JAMES BOND

Cercles mondains
Tueurs (début) = noirs
Emploi de silencieux
À Londres : machines (transmission)
Rythme lent
1re fois qu’on voit James Bond : petite musique
Bond ne connaît pas le Toppling : pas technicien
La coquetterie du revolver. Brimé.
Droit de tuer
Il tient plus à son gun qu’à une femme (cheval du cow-boy)
Éclairage jamaïcain
Il agit seul (ne prévient pas quand menacé)
8 plans pour la première poursuite
Cigarette empoisonnée
Inserts
Histoire trop facile à comprendre
Le blanc est plus habile que les noirs (scène du bar à la Jamaïque)
Musique pseudo-folklorique (racisme) quand noirs ont rejoint le bon camp
Les gens qui ne parlent pas parce qu’ils ont peur : peur pas assez bien rendue
No = chinois
Sauvé par hasard
Mer = belle couleur
Le noir est superstitieux
Collaboration anglais américains
5 plans pour la chute de la bagnole
On tue dans le silence
Justification du meurtre devant la femme horrifiée
Trois personnages : Bond — noir — femme. Femme et noir = simples d’esprit
Sadisme du fou
Il reste consommateur même dans le danger
Politesse chinoise
No : fils d’un chinois et d’une allemande
Sadisme à l’électricité (grilles de la prison)
Déguisé en technicien (radioactivité)
Protection des fusées de Cap Canaveral (vers la Lune)
Quand Bond a accompli sa mission, la fusée part triomphante
À la fin : le danger : lampes qui s’allument et s’éteignent — fumées — cris — agitation = pauvre
Ursula à ses pieds

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Scène de violence : dans un désert ou une lande ou quelque chose comme ça : un homme est livré à une bande. Ils soulèvent l’arrière d’un camion ( cric ou levier ou quelque chose ) et enroulent un câble à l’essieu. Le câble est très long. Ils attachent le gars au bout du câble et laissent quelques dizaines de mètres de mou au câble. 2 gars tiennent le prisonnier. On met le moteur du bahut en marche, on embraye, on accélère, la corde se dévide. Le choc va être rude. Le gars est entraîné une 1ère fois, il tombe plus ou moins, s’esquinte, à la grande joie des bourreaux. On arrête avant qu’il ne cogne le camion. On remet ça mais là, le type se dégage des gars qui le tiennent et se met à courir vers le camion. La vitesse augmente, la corde se rembobine de plus en plus vite, le gars court pour éviter le choc mais il est obligé d’aller vers le camion où l’attendent des gars ( avec des bâtons ou des fouets ? ) Finalement, épuisé, il arrive à 2 ou 3 m du camion, sur la benne, les gars le regardent, le câble est tendu, le moteur tourne au ralenti. Le chef fait un signe, le bruit du moteur enfle, le type est entraîné et vient s’écraser contre la tôle, sa tête cogne, il s’écroule

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – COURS D’HENRI AGEL – « LES DERNIÈRES VACANCES »

« Les dernières vacances »   Depuis 1947 : très grand film
Roger Leenhardt = intelligent
Handicapé par son intelligence
Bazin a écrit sur « Les dernières vacances » → « Roman — « miroir qu’on promène… »
Film chronique (← « La comtesse aux pieds nus » – « Le fleuve » – « Monsieur Hulot » – « Les Vitelloni »)
Écriture libre, indépendante, décontractée.
Film au passé, en fonction de la mémoire d’un garçon de 16, 17 ans
Contenu : « Je ne peins pas l’être, je peins le passage… » (Montaigne)
Tradition française ← Proust – Bergson – Debussy – L’impressionnisme
Passage de l’enfance à l’adolescence
Les deux livres qui ont le plus influencé Roger Leenhardt : « À bord de l’Étoile Matutine » (Mac Orlan) et « Le grand Meaulnes »
Ici : sécheresse apparente = forme de la pudeur
Film se situe en 1932. Société en passage aussi. De la société close à la société ouverte
Sensibilité
avec Berthe Bovy – Odile Versois
Photographie : Agostini
Décors : Barsacq
Montage : Myriam
Production : Pierre Genin
Bande son très importante – Musique * des sons (et musique tout court (piano) – Rythme Mélodie (+ travellings et panoramiques : cf. Grémillon) * = théories les plus modernes (cf. « L’immortelle »)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – COURS D’HENRI AGEL – « LES DERNIÈRES VACANCES »

Discussion :
Agel : aliénation par rapport au film
Fin du film : réapparition de la tour. Or elle est au début du film.
Tour = battement de cœur du film
Film reçu dans des perspectives disparates (les uns = désespoir — D’autres = constat objectif sur une certaine bourgeoisie — Les autres = poème avec une part d’espoir. Crise surmontée)
Avis :
Constat mais pas objectif. Dosage d’amertume et d’allégresse
Le temps tue les personnages
Film dépourvu de teinte désespérée. Positif

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – POLITIQUE – RÉFLEXION

On accepte que quelqu’un qui a des convictions religieuses explique un film et le critique à travers les convictions religieuses de celui qui a fait ce film et on gueule comme des putois lorsqu’il se passe la même chose dans le domaine politique (exemple : les Chinois traitant les Russes de révisionnistes)

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE – JAMES BOND

Train
Humour anglais
Sang-froid dans les situations dangereuses
Film « nuptial » James Bond
On trouve « torture » dans des films de James Bond ?
Bagarre train = plans de coupe cut sans raccords. Effrayante
Fille dans les fleurs = pas mal
Hélicoptère = piqué à Hitchcock
Thème de la mer (007 — Russie)
Bateau vedette
Thème du feu
Femme qui tue = vilaine femme
Même équipe de production

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE

Il faut que je ne perde pas l’habitude de noter mes idées : ce matin, pensé à un texte satirique : le monsieur à qui les gens qui cherchent à se loger demandent conseil parce que ça fait 10 ans qu’il cherche un appartement et qu’il a « l’expérience »…

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 25 juin 2018 :

Ne retrouve-t-on pas cette même idée dans « Le procès » de Kafka avec ce personnage qui a « l’expérience » des procès ?!!!

– Commentaire écrit à 71  ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un dictateur qui, pour être à l’abri, converse avec ses interlocuteurs, protégé à l’intérieur d’un blockhaus, par télévision ( les gens avec qui il parle apparaissent sur un écran ) Il est attaqué dans son blockhaus. Les assistants dont on voit les têtes horrifiées sur les écrans ne peuvent rien faire. Il est éliminé

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Dans un cinéma : une voix prévient les spectateurs que ce qu’ils vont voir sur l’écran est « téléguidé ». La voix prévoit et annonce les variations de l’image. Elle fait appel à un spectateur, elle le « téléguide » jusqu’à l’écran où « l’on a besoin de lui ». Le gars s’applique contre l’écran : la lumière se rallume dans la salle : tous les spectateurs sont enfermés dans la salle, à la merci de la puissance qui les tient prisonniers.

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – POÈME – POLITIQUE

« J’ai vu pleurer la vieille femme,
Blonde, bouffie, aux lèvres mal fardées,
Elle était laide, elle apportait
Les repas des beaux étudiants bourgeois.
Elle n’avait pas le droit de dépasser la dose
Et un jeune et beau garçon
Lui arracha violemment un yaourt des mains…
Bafouée dans son travail, maltraitée par un jeune puceau,
Elle ne put refouler ses larmes…
Ce bel étudiant était satisfait qu’on vienne le servir
Jusqu’au moment où il voulut que la crème soit douce à son estomac…
Etudiants bourgeois, servez-vous vous-mêmes,
Au lieu de bafouer les travailleurs qui vous servent…
Car, un jour, les yaourts, les travailleurs vous les foutront à la gueule… »

Note écrite à 19 ans

IDÉE – TECHNIQUE

Film qu’on ne passe pas dans une caméra mais on l’impressionne en le mettant simplement à l’air et il enregistre le monde… ( A la projection ? )

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE – JAMES BOND

Même style de films de publicité qui passent avec James Bond
Cinémascope
Dès le début = impudiquement sur un cercueil
Décors somptueux
On joue avec la mort
Tout l’arsenal dès le début
(?) avec son réacteur
Vente de drogue chinoise
La secrétaire joue toujours très américain (femme américaine)
Vente de drogue chinoise aux États-Unis
Toujours gros plans inserts
Chevalet de torture : James Bond ridicule
Beaucoup de serviettes de bain
Visons pour exciter les femmes (dégueulasse)
Histoire de plus en plus en plus compliquée
Toujours des plans de bagnoles emmerdants
On sait bien que James Bond ne mourra pas
Braves hommes ! Il ne suffit pas d’acheter un gant de vison, les femmes ne viendront pas se pendre à leur cou
« Votre part équivaut à combien de prix Nobel ? »
Ici : une voiture qui explose
On ne voit pas les autres 00 (agents secrets)
Salles de jeux
La fesse est censée masquer le flic
Il n’explique rien aux autres 00
Raffinement = requin
« Je ne suis pas un passionné »
Exotisme ici aussi
Piscine fermée = dégueulasse
Montage eisenstenien (amour → fête dans la rue) (montage d’attraction)
Bagarre → mitraillette — jouet
Danse de femme à poil
Inserts sur tambour (vieux style)
Montage court (poursuite dans la fête)
Pas de bruit sous l’eau [si] entre crochets : rajouté
Ici encore : même situation : James Bond à l’intérieur du camp ennemi. Cette fois-ci : armée américaine
Monde sans enfant (pas pour la famille)
Voir la côte de la centrale catholique

Note écrite à 19 ans

VÉCU

10 h 45. Je suis dans le bus, à l’arrêt, attendant qu’il démarre. Ce matin : pas allé en cours. Allé à Montparnasse pour la carte demi-tarif. Je pars vendredi à 7 h 30. Ce soir vu des films chez D*** de M***, S*** et Y***. Demain je leur montrerai les miens.
Après ça je suis allé voir « Thunderball » aux Champs-Élysées avec Mindla B***. Fille très gentille. Nous avons parlé de ses parents qui se sont réfugiés de Pologne en Russie (elle est juive) et en Israël… Comme moi elle a été écœurée par James Bond. Maintenant je rentre.
Je remarque que j’ai moins de plaisir et le temps d’écrire ces notes de depuis qu’avec le cours normal de la vie a repris pour moi l’action, dans laquelle on s’oublie quelque peu.
Ce matin : violente discussion avec René sur la standardisation et la déshumanisation dans la société future… Je disais que cette peur de l’uniformisation est le résultat d’un bourrage de crâne et que d’autre part, au sein d’une relative standardisation, les personnalités des individus n’en éclataient que mieux.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE – JAMES BOND

À noter : les personnages de second plan sont beaucoup moins bien campés dans le dernier James Bond que dans les autres
Toujours contact avec les autres : risque ou arrivée réelle d’une déflagration
James Bond : la ségrégation du vison. Le dernier prolo ne peut pas s’acheter un gant de vison pour exciter sa femme…
Aventure (pour les Américains) : à condition qu’elle soit confortable et pas dangereuse

Note écrite à 19 ans

VÉCU

21 h. Je viens de me coucher et d’allumer une pipe. À mon chevet : la radio. Informations. Figon est mort. Assassiné ? J’ai reçu une lettre de Jo me parlant entre autres de l’école de danse. Nous en reparlerons à Lorient. Ce soir je suis à la fois heureux et triste (« a strange kind of happiness »). Triste à en avoir le ventre crispé, comme quand tu as quitté Paris. Bizarrement : c’est à l’approche de mon départ pour Lorient.
J’ai écrit que j’écrivais moins parce que la vie recommençait plus rapide. En effet. Et j’ai été plus ou moins absorbé par la classe. Mais avec quelque chose de différent : ce matin j’ai présenté « Lorient 64 » au 87 rue de Turbigo a S*, D*, Marie Pierre L*, Y*, Mindla B* et Gérard L*. Dans l’ensemble ils ont aimé (« Ville en dehors du temps » — « en dehors de la réalité » — « tristesse » — « ville pas au présent »…). Ambiance très différente dans une circonstance comme celle-là de l’ambiance en cours… Différence entre l’action (ici c’est une forme d’action collective) et la discussion stérile et intellectuelle.
J’ai l’impression en ce moment de vivre dans un rêve. Peut-être dû au fait que je suis malade (rhume ?) Et un peu dans les vaps. Mais aussi je pense que j’ai été un peu trop absorbé par la classe ; cependant je suis content car je réalise peu à peu mes plans (c’est-à-dire qu’ils se réalisent eux-mêmes, car c’est normal que ça se passe comme ça…) : je m’écarte définitivement des bourgeois intégraux et je gagne la confiance des gens que je trouve les plus intéressants (M* — Y* — L*, etc.)
Il y a une chose que je ne réalise pas, c’est que je vais prendre le train pour Lorient…
Impression crasseuse déjà comme d’être enterré à Paris et de ne pas pouvoir en décoller… Cependant ce matin, en revoyant Lorient cet été 64, noyé de soleil tristement rayonnant, écrasé de chaleur, ce film me fascine toujours quand je le vois (ce n’est pas de l’orgueil), j’ai failli pleurer d’émotion ; c’est incroyable ce que j’aime cette ville et toute la Bretagne qui m’a littéralement séduit et envoûté…
Bon Dieu, il me suffit de survoler Groix… Comment dire tout ce que ça me fait… Et la mer, de Groix à Lorient : les montagnes de Kaolins, sur la côte, avec Delphine, qui y court, au loin : Quiberon, Carnac et tout au fond : Piriac. Bleu profond de la mer et du ciel ; nuages mélancoliques…
Il me faut retrouver, patiemment, me réveiller au rêve qui est ici la réalité… Construire la merveille…
Je vais partir, imaginons le voyage : départ au petit matin : Oh ! Que j’aime les départs, les grands départs, les merveilleux départs

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Je pars vers toi, vers l’amour et la mer…
Amour Amer, que je t’aime, que j’aime en toi les pierres et les vapeurs d’eau, les fleurs et le vent… Oh tes cheveux…
Je volerai vers toi dans les cyclones de fumée, dans les câbles électriques chantera le chant trépidant des techniques lancées en avant et à la suite de l’homme qui aime, souffre, vit et meurt…
Certes la vie est absurde, du moins le monde inhumain, mais nous la dotons d’un coefficient de merveille qui décuple nos forces et nos désirs de nous mettre à genoux pour embrasser la terre…
Voilà, je sens remonter en moi l’appétit des nuits du port de pêche… Déambulation dans l’ombre chargée de l’odeur marine, avec les pointillés des lumières électriques, les bateaux à quai…
Ah ce que j’ai pu rêver, imaginer, le long de ces quais, de cette mer verte…
Tu as les yeux bleus ! Quelle merveille ! Souvent je m’étonne et suis follement heureux que le sort m’ait donné tant de choses pour en jouir : le soleil, l’herbe, la mer, le sable, l’air, tes yeux, la pierre, le velours, les fleurs…
Mes limites… mes pauvres limites… Pauvre homme que je suis, simple homme, grattant la terre faiblement… Je trouve la vie merveilleuse…
Voilà, mon amour, je sais bien qu’il faut lutter et j’essaie…
Mais quelquefois je me dis que, même si l’impression d’être vaincu, je suis quand même heureux, et heureux d’un rien (de choses qui feraient rire la plupart des gens…) : un rayon de soleil, un éclat de lumière sur une feuille, un grain de blé, un ventre rond de femme enceinte, une miche brillante et brune… Alors, pourquoi m’empêcherais-je d’être heureux ? Pourquoi ne pas tendre le bras et saisir l’hirondelle en vol ?
À Lorient, ceux qui ont vécu (et que je n’aime pas forcément, mais ils ont composé le morceau de musique de mes deux ans maritimes…) Jean, Roselyne, Le F*, Annick, Annie, Yves et tant de visages, tant de corps…
Est-ce que je retrouverai l’impression que j’ai eue quand j’ai vu pour la première fois la place de la mairie, chien battu sous la pluie, enfoncé dans mon pardessus (il était neuf alors…), une brume d’humidité voilait de gris les maisons, adoucissait les angles, ouate de découverte…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – FAIT DIVERS

Plus que 2 jours… Il est 9 h 35. Je suis dans la cuisine. Au dehors : neige mais soleil du matin. Dans une cave du XXème, 15 Nord africains vivaient autour d’une chaudière. Asphyxie : morts… Cette monstruosité se passe de commentaires… Je réalise combien je suis heureux de pouvoir m’inonder des rayon du soleil… Certains n’ont même pas le droit à la lumière, à la chaleur, pas le droit à la vie. Seul le droit au travail, c’est-à-dire à l’exploitation…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Ce matin, je ne vais pas en cours pour attendre le plombier qui doit venir réparer le chauffe-eau qui ne fonctionne pas ! Cet après-midi : composition de scénario. Je finirais vers 19 h ? Je rentrerai en bus. Ce matin je recopie le thème italien et je fais le devoir d’anglais. Demain jeudi : j’aimerais aller le matin acheter quelque chose pour Jo. Si je fais ça l’après-midi, après avoir déjeuné à Paris, j’irai à Sainte-Geneviève faire ma dissertation.
Après ça je passe à la gare pour la carte et le billet. Je réserve une place et je rentre au Blanc Mesnil. Vendredi matin il faudra décoller d’ici à 6 h. Donc : lever 5 h 15. Demain soir il faudra préparer mes bagages. Je n’emporterai pas grand-chose.

Note écrite à 19 ans

LCINÉMA – CRITIQUE DE FILM – JAMES BOND

[Il est difficile de cerner le phénomène « James Bond ». Personnellement je l’explique en envisageant la façon dont vit l’Amérique — et bientôt l’Europe…]      texte entre crochets : barré

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Relier les 2 dimensions dans un même espace par des glissements passant par des surfaces qui masquent et permettent de faire une coupure ( une fois le spectateur habitué, on peut employer le cut ) (fantastique) ← on peut y inclure le projet sur les plantes (exactement pareil)

1966.01.24_2

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

On discute tellement parce qu’on ne peut pas être assez souvent près des films ou des œuvres (il viendra un jour ou des millions de copies seront tirées de « Charlot policeman » et tout le monde pourra les voir n’importe quand). Y aura-t-il encore des discussions ? En tout cas sera-ce les mêmes ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Reprendre l’idée de la pin-up qui sort du trou de la serrure mais en faisant de la serrure un gigantesque décor sur une scène (opéra) : la porte étant comme un mur et le cadre de la serrure à quelques mètres du sol. La fille sort, se laisse glisser et fait son numéro ou bien : trou de la serrure à hauteur de la scène ? A voir.

1966.01.27

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE

Dans la salle, dialoguant avec l’image : les spectateurs. L’image récite des textes ou accomplit des actions que certains dans la salle peuvent connaître : l’acteur ( le meneur de jeu ) est le catalyseur de la participation du public qui participe en complétant ou en devançant l’image.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Nouvelle expression artistique métaphorique par la maîtrise des dimensions du monde : 2 hommes chacun dans un plateau d’une balance pour mesurer leur valeur ( monde où l’homme est en proie à des géants ( les capitalistes ) qui le manient à leur guise. Possible au cinéma ? Par les possibilités de trucage qui permettent une mobilité plus grandes des éléments de l’œuvre ( on peut introduire ou escamoter rapidement )

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – MORT

Je ne peux pas mourir. Car si je mourais, ma conscience du monde s’éteindrait et le monde avec elle. Je dois donc nécessairement, même mort, vivre dans les conscience qui restent.
Le monde a besoin d’une conscience qui le regarde.
D’où il résulte que la conscience embrasse la totalité de l’univers. Car la moindre portion d’univers hors de portée de la conscience ne peut pas être…

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 26 septembre 2015 :

Sous sa mégalomanie et son sophisme apparents, cette note n’est pas si fantaisiste : la conscience humaine produite par le cosmos n’est-elle pas un « miroir » dans lequel il se « réfléchit » et dans lequel il a « besoin » de se réfléchir ? On peut penser que tout ce qui est produit par l’univers a sa nécessité puisque cela existe ! Il en va pour la conscience humaine comme pour la plus petite météorite.

– Commentaire écrit à 68 ans

PSY

Cette nuit : rêves politiques. Impression que mon inconscient se reprend tout entier au seuil d’une joie peut-être nouvelle. Rêves où l’on sent des difficultés mais où on s’emploie les surmonter…

Note écrite à 19 ans

NOTES DE VISIONNAGE – GODARD – « BANDE À PART »

Trouvé intéressant dans « Bande à part » : un gars dans la salle, au premier rang, arrive en retard. On le voit en bas de l’écran : à ce moment, sur l’écran : Brasseur et Frey avec des bas noirs sur le visage. Aspect irréel.
Gens dans la salle dialoguent avec eux.
Irréalité ? Ce sont des spectres ? Fantastique ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE

Personnage ( dans la salle ) plaqué contre l’écran : image d’une porte qui s’ouvre ou d’un pan qui vient le frapper : il est rejeté loin de l’écran. (Si au départ : simple écran (sans acteur dans la salle) les gens croient que c’est un gros plan puis : changement)

Note écrite à 19 ans

ART – RÉFLEXION

Au départ le public était fasciné par l’art. Il croyait à la réalité de ce qu’on lui montrait (cf. Bazin) maintenant, l’art en équilibre instable. À la fois : illusion et franchise. L’évolution (qui serait un retour) vers un art plus solide, plus « traditionnel » (attention à ce mot), un art classique, ne réclame-t-elle pas un retour à l’illusion pure… ? (Cf. idée de l’image porte qui frappe les gens…) ? ?
Chercher à savoir où est l’art moderne (Pinter. La collection. Décors multiples ?) Comment fonctionne la dialectique ?

Note écrite à 19 ans

VÉCU – LECTURE

Tout à l’heure : j’attendais un livre au monte-charge de la bibliothèque Sainte-Geneviève : d’autres étudiants attendaient avec moi. Nous étions là à attendre. Autour : l’étendue de la salle, fronts penchés et notre petit groupe avide de livres, l’une assise sur une chaise, l’un assis sur une table, les jambes pendantes, l’autre assis sur cette même table, d’une jambe, l’autre s’appuyant au sol, un autre debout marchant, attendant…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Travelling latéral depuis : « À la mémoire de… etc. » → pour trouver le numéro cette place Saint-Michel etc. « (Voir plaques fontaine Saint-Michel) puis : vie du quartier…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Pensé : reprendre l’idée des nuages qui descendent jusqu’à la surface de la Terre puis remontent → c’est la Terre qui se met à battre comme un cœur. Travailler ça. ( Un avion semble s’écraser verticalement au sol )

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION

Nous désirons parfois saisir l’image du poisson ruisselant, dévorer le poulet rôti à la page 24 de « Femmes d’aujourd’hui », mais, puisque nous ne pouvons pas (encore ?) solliciter l’image, pourquoi l’image ne nous solliciterait-elle pas ?
Ainsi le poisson était « grandeur nature » et il était tentant… Ainsi le « cinéma-réalité », grandeur nature, doit être vrai et en même temps provoquer chez nous des prises de position, des réactions (par le film lui-même ou par des interventions externes ?)


Pourquoi pas un balancement cinéma-vérité ↔ cinéma-objet, balancement par exemple de la considération d’un objet en gros plan à la considération de cet objet en tant qu’image, dans la mesure où cet objet nous répugne et où nous préférons ne pas nous en approcher, ou inversement. N’y a-t-il pas toute une méthode à tirer de ça, par l’utilisation de distances diversifiées… ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – CINÉMA – RESNAIS

J’avais déjà pensé au projecteur qui s’allume et éclaire la salle (Resnais, « Muriel ». Théâtre = Delphine Seyrig qui éteint les lampes de son appartement ) Ici : un meneur de jeu dans la salle à un pupitre de commandes. Il manœuvre un levier→ l’image apparaît : un projecteur braqué sur la salle ( avec quelqu’un qui le manœuvre éventuellement ) Le film serait comme un meneur de jeu qui saurait qu’à tel moment le projecteur serait braqué, par exemple ,à peu près sur la partie droite avant de la salle mais qui, suivant les fauteuils où il y aurait des spectateurs, improviserait, disant « Vous, la jolie spectatrice du 3ème rang, 2ème fauteuil, etc… » et il engagerait un débat.

Note écrite à 19 ans

IDÉE – TECHNIQUE

Comme pour la peinture, il y a des zones de distance suivant lesquelles on prend l’image pour réalité ou pour image.
Il faudrait étudier ces zones.
Disons qu’un plan moyen (tel qu’au temps du muet), avec une marge de quelques mètres (combien, voilà la question !) peut ne pas être pris comme image. Le gros plan en revanche n’a pas d’équivoque. Il faut s’éloigner de beaucoup pour établir la réalité (en passant au P.M)
Impression d’être à l’aube d’une nouvelle étude…

Note écrite à 19 ans

IDÉE – TECHNIQUE

Reprendre l’idée de varier les dimensions, la taille des objets en faisant varier la focale du projecteur ( on passe ainsi du cinéma-image au cinéma-réalité et vice versa ) Balancement,Glissement. En faisant varier les dimensions d’une porte, on la fait prendre comme une vraie porte ou pour un portail gigantesque, peut-être celui de l’enfer ? Et, en faisant le noir dans la salle, entre les 2, en changeant de décor, d’acteurs, de costumes, etc… on change le spectacle et on donne à l’image une valeur nouvelle et chaque fois différente ( et même antithétique )

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE

Aujourd’hui, j’ai fait une exposé avec Astre : interprétation de « L’étranger ». Si Meursault tue l’Arabe, c’est parce qu’il voit briller sur le couteau le reflet du soleil → Soleil = père. Nécessité du tuer le père pour devenir soi-même…

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE

Ecrire une nouvelle ( ? ) où le personnage ( moi ), romantique et immensément triste, hanterait les couloirs du métro et vivrait en contact permanent avec les lutins et elfes des affiches publicitaires, qui se plaindraient à lui d’être ainsi réduits à ce rôle de pitre durant le jour et se rattraperaient la nuit en se baladant partout dans le métro. Parodie de Robbe-Grillet dans la description… ? Commentaire de ceci, le même jour : Idée des gnomes du métro : mauvais.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA AMATEUR – « DELPHINE »

Est-ce que je vais présenter « Delphine » à toute la classe ? Pour : je réintègrerais ainsi plus ou moins la classe… (surtout vis-à-vis d’Agel). Contre : le fait que c’est moi qui l’aurais proposé… Il faudrait que quelqu’un joue les intermédiaires…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – FEMMES – MADELEINE

To ignore the [other] people ? Is it possible ? And must we do it ? How could I ignore your fair hair…? But I did not speak about you…

Note écrite à 19 ans

Par la suite (quand ?) commentaire sur ce texte entre crochets : « Qui ? »

Puis le 10 juin 1999 :
Je ne savais plus de qui je parlais. Il s’agissait de Madeleine B., une camarade de la classe préparatoire à l’Idhec, avec qui j’avais eu une aventure d’une nuit et qui s’est suicidée il y a quelques années. J’avais écrit en anglais, ce qui était un subterfuge enfantin pour tenter de camoufler les traces de cette relation en même temps que je les consignais, car en couchant avec Madeleine, je « trompais » Jocelyne, alors que nous étions « ensemble » ( ?) tout en étant dans deux villes différentes, elle à Lorient et moi à Paris … Début d’une longue suite d’ « infidélités » jusqu’à notre rupture… I talked about her hair because it was very soft and beautiful… C’était mon premier contact sexuel avec la femme noire mais je ne savais pas encore quelle importance cela aurait dans ma vie… J’ai revu Madeleine en 91-92 à l’initiative involontaire de Bernard D*. Je suis allé chez elle, au bord du chemin de fer de petite ceinture, juste à côté de la rue Claude Decaen où j’ai habité peu après avoir écrit cette note. Je lui ai donné à lire divers projets sur lesquels elle n’a fait aucun commentaire spécial. Voulant vaguement lui plaire, je lui ai dit qu’elle n’avait pas changé. Et m’a dit que moi si… Devant plus ou moins avoir envie de recoucher avec elle, j’ai dû amener la conversation sur le désir et les sentiments. C’est alors qu’elle a employé cette intéressante expression de « sentiments différés » en vigueur dans sa région. Plus tard je l’ai revue à une manif pour les Assedic du spectacle : elle au bord du trottoir, regardant passer les manifestants, moi parmi ceux qui marchaient, je me suis brièvement arrêté. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas appelé car elle s’était absentée. Ce furent nos derniers mots avant son absence définitive. Je suis allé à la Cinémathèque pour la soirée-hommage qui a été organisée après sa mort, soirée où je n’ai pas réussi à m’arrêter de sangloter dans le noir de la salle. Sur ma jeunesse autant que sur elle (témoignage parmi tant d’autres de mon hyper-émotivité). C’est au cours de cette soirée que j’ai vu le long-métrage qu’elle avait réalisé à l’Ile Maurice, sa terre natale. Ni bon ni mauvais, mais intéressant. Souffrant visiblement de son manque de moyens. Des notes sur ces brèves retrouvailles existent sur un autre carnet, mais où ? Elles émergeront un jour…

– Commentaire écrit à 53 ans

 

 

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – FEMMES – MADELEINE

What do you want ? To have the power or to have the truth ?

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 04 décembre 2011 :

Cette note fait suite à la précédente et concerne également mon aventure avec Madeleine B. : je me demandais à moi-même si je devais préférer la vérité (dire à Jocelyne ce que j’avais fait) ou la manipulation (« the power »), c’est à dire le lui cacher… J’ai choisi de ne pas dire la vérité. Mais je l’ai fait plus tard, pour d’autres relations « extra-conjugales », dans les années 70, où « tout se dire » était devenu une sorte d’obligation. Aujourd’hui, je n’ai pas davantage d’idées claires et tranchées sur ce sujet qu’à cette époque.

– Commentaire écrit à 65 ans

CINÉMA – ÉTAIX

« Yoyo » (vu hier soir) = faiblesses, mais un gag affreux : le clown sur la scène qui est remplacé par les soldats allemands… Tout le monde est mystifié là-dedans : les soldats français, le clown, embarqué avec les soldats français, et les Allemands parce que, sur cette scène, mitraillette aux poings, ils jouent une pièce de théâtre

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – CORPS

9 h 30. Voltaire.
Mal au nez. Là encore : dimensions. Je n’ai pas une vision précise de la partie de mon corps qui souffre. J’agrandis mes fosses nasales à la dimension de moi-même : cavernes, couloirs, hantés par la douleur, j’y avance, je m’y engouffre mais je ne les porte pas en moi…


Dimensions des odeurs : grandes odeurs — petites odeurs. Un être énorme doit-il avoir une odeur énorme ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Scénario sur le thème de l’imprudence ?
Une équipe pendant une guerre, qui réalise un film dans une zone qui va être occupée vraisemblablement bientôt. À la fin, réalisateur reste seul, le reste de l’équipe disparaît. Au moment du montage, il montera le film tout seul au milieu du studio désert… (à travailler) cinéma imprudent

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RESNAIS – « HIROSHIMA MON AMOUR

Existence en Belgique d’une thèse (écrivains — etc….) sur Hiroshima (Institut Solvé ?)
Marguerite Duras. Nouveau roman
Resnais : surréalisme
←Proust : durée « Il a essayé de capter un réel permanent à travers l’écoulement de la durée qui dissout » (Bounoure)
Obsession de la mort (courts métrages) ↔ auteur moderne
Marienbad : recherche des forces vivantes qui s’opposent à la sclérose de la durée (forces du rêve)
« Toute la mémoire du monde » : film de science-fiction. Film atroce (bibliothèque = nécropole) (cf. ce que j’écrivais sur la bibliothèque Sainte-Geneviève) ←univers concentrationnaire.
Visite touristique des lieux horribles
Monteur → fragmentation. Temps en miettes dont on ne peut recueillir que les morceaux
Mizoguchi : au-delà du temps
Disparition de l’unité : drame moderne (cf. Pirandello)
Le plus important : sentiment de l’unité (remarque : maladie mentale. Schizophrénie. Télé-Ciné n° 88)
Marguerite Duras : « L’étreinte contient la déchirante distance que rien ne peut abolir. » ← mythe de Tristan et Ysolde
L’amour d’Hiroshima se nourrit de l’oubli d’un autre amour. Recouvrement de l’amour allemand par l’amour japonais. En fait lequel des deux recouvre l’autre ? → fusion
Si on pensait tous les jours à Hiroshima on ne pourrait plus vivre
Nécessité de l’oubli (acte antihumaniste) mais : mécanisme inhumain. Différence entre l’homme et la matière brute : la mémoire. Dignité de l’homme = mémoire.
Tout souvenir est glacé
Poème dramatique. Symphonie. Film musical
Première ambiguïté : amour de Nevers = romance de midinette ou grand amour ? Deuxième : elle veut se rappeler. Oubli = force, force de mort
Agel : à la fin elle a fait un pacte avec l’oubli.
Les fleurs qui poussent vigoureusement → nécessité d’oublier. « Ça continue ». La vie : ce qui ne tient pas compte, ce qui méconnaît →
2 exigences aussi essentielles : immortaliser quelque chose (musée) et la vie (quelque chose d’amoral. La vie n’est pas fidèle.
Si elle retombe dans la blessure de l’amour allemand → masochisme.
Devenir amnésique : sentiment terrible devant lui.
Japonais = comparé à un psychanalyste.
Malaise ← blocage
Architecte, qui bâtit. Il essaie de la sauver (cf. Marienbad)
Japonais = détenteur d’une certaine sagesse (Alain Resnais se dérobe devant cela) Sagesse = consiste à comprendre.
Rivière Ota = cyclique. Elle représente une loi fondamentale de l’existence, qui consiste à se vider et à se remplir.
Loi des cycles, loi des métamorphoses.
Il n’y a donc pas à souffrir de voir disparaître l’amour (allemand).
Amour : au moment où il est vécu : éternel — il cède la place à un amour japonais (le japonais s’identifie à l’allemand. Identité au delà de la personnalité des hommes. Flux et reflux de l’amour.
Film destructeur par rapport à une tradition occidentale.
Occident fondé sur le mythe de Tristan et Ysolde. Amour qui brave le temps. Ici : au fur et à mesure du film (prise de conscience) elle comprend la loi des cycles.
La nuit disparaît. Le deuxième japonais annonce un cycle nouveau.
La sagesse : revivre avec autant d’intériorité chaque fois.
Structure circulaire. Dimension extra spatiale et extra temporelle.
1ère intégration : dans le cycle cosmique.
2e intégration : en 1960 il est vain de penser à des petites histoires personnelles.
Qu’est-ce que l’être humain : un lieu est un moment…
Soyons des lieux. Lions notre destin au devenir historique.
Alain Resnais est irrité par son héroïne qui s’attache à une histoire.
Problème final : qu’est-ce qu’elle va guérir ? Elle ne guérira pas tout de suite (Resnais). « Ce film souhaite s’orienter vers une dialectique » mais « il est dans une contradiction perpétuelle » → ambiguïté. Espoir d’adoucissement mais visage tendu de Riva → le contraire.
500 images différentes parce qu’elle n’a pas fait la synthèse.
Agel : film inauthentique
Éléments d’artificialité
Collet : parti pris, au niveau du scénario, de chercher les rapports les plus alambiqués (on mêle des choses différentes + personnage de la femme : son jeu, sa diction sont tellement concertés que → littéraire
Côté irritant de l’héroïne parce qu’elle se sonde
cf. deux films qui ont la même donnée (histoire d’une femme qui prend conscience) : Ingmar Bergman : « Jeux d’été » — Max Ophüls : « Lola Montès »
Allergie à l’amour
Mes commentaires : Agel réagit en vieux bourgeois, défendant les valeurs sacro-saintes du mariage et de l’affection enracinés dans une expérience commune… comme si cela était NÉCESSAIRE… !
Il peut dire cela car il est marié, a des gosses, une situation (de critique bien côté dans les patronages) mais nous, étudiants, petits bourgeois menacés à chaque instant, en perpétuel déséquilibre, dans l’insécurité de la jeunesse et de la pauvreté, que pouvons nous faire d’autre que d’être des intellectuels, pour la femme : d’être une femme « libre », d’une « moralité douteuse »…
Le seul moyen d’échapper à la destruction de l’amour, c’est de « l’émerveiller » comme chaque jour je m’efforce à le faire. Pour des gens mariés, déjà : non. On peut leur reprocher de s’être mal mariés. Mais nous qui voulons vivre ensemble, qui ne sommes pas sûrs, nous ne pouvons pas nous appuyer sur une tradition bourgeoise et sur notre expérience commune… Il reste : la merveille…
Si nous nous accrochons à la peau, n’est-ce pas parce que il nous faut nous accrocher quelque part et que nous prenons ce que nous trouvons en premier
Sentiment d’instabilité… Nous sommes les lieux où nous sommes et nous sommes n’importe où… Nous sommes n’importe qui… Ceux qui attaquent Resnais au nom de l’humain, je leur réponds que, pour nous, l’humain reste à découvrir…
Hiroshima = cri de désespoir… et d’espoir…   (notes prises lors d’une présentation-débat de « Hiroshima mon amour », au Musée des Arts décoratifs, il me semble, par Henri Agel, notre professeur de cinéma de la Classe préparatoire à l’IDHEC, au lycée Voltaire)

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – TECHNIQUE

Hier soir : idée. Dans ma chambre : photos → idée

1966.02.03

Il y là création d’un espace par différenciation des plans dans lesquels se placent les personnages. Étudier les combinaisons possibles de 2 écrans ( ou plusieurs )
On peut faire varier la relation des 2 écrans. Par exemple, l’image 2 disparaît. La 1 varie ( passe de profil ou de face par exemple ) A ce moment l’écran 2 se déplace et vient se placer en fonction de la nouvelle image 1. Mobilité des écrans suivant la mobilité des images. Étudier la combinaisons possible de ces 2 écrans (ou plusieurs…)

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – TECHNIQUE

Projection sur des écrans placés dans des plans différents.

1966.02.04

Changement de dimensions. A travailler. On pourrait synchroniser ( image sur écran 1, image sur écran 2, avec élimination par glissement des écrans qui s’interposent. A travailler ).

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Scénario de l’imprudence :
Séquence 1 : le metteur en scène convainc le producteur
Séquence 2 : il traverse la ville agitée par le remue-ménage de la guerre pour trouver une équipe. Aspect précaire. Aspect du cataclysme dont l’amorce est lancée par cette entreprise qui commence

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Hier soir, vu « Vitelloni » de Fellini → Idée ( pour un générique ? ) Le générique du film est constitué par texte en surimpression sur un plan général de rues, la nuit, vues de haut. J’ai pensé que le texte pouvait être celui d’une affiche au départ ( ou un texte d’une dimension différente, synthèse texte-image ( 2 dimensions) Donc, après, quand on entre dans le décor, qu’on descend dans la rue et que la caméra se retourne et regarde dans la direction où elle était avant : lettres inscrites géantes dans le ciel… → ( on devine l’écran, la salle, la dimension du spectateur,Bouleversement des notions de dimensions… Les lettres fournissent le point de repère inamovible autour duquel s’organise la dialectique des dimensions… Voir les rapports avec la « médiatisation » ( on touche la dialectique )

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE

Dans une salle de théâtre : beaucoup de gens. Apparaît un géant. Mais ce géant est un nain parmi les géants. Il rencontre un nain parmi les hommes… ← (remise en question sémantique ( rapports avec la Littérature Nain = ? Contenu variable… Parallèle ) Si j’écris un texte, ne pas prononcer le terme de « spectacle total »

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – TECHNIQUE

Projection à l’intérieur d’un cylindre de toile sur la paroi

1966.02.07_1

On peut exploiter cela. Par exemple se servir de la toile comme d’un décor. Accrocher des objets sur la face extérieure. Ils apparaîtraient sur le devant en synchronisme avec l’image. Par exemple : une suite d’images séparées par des fondus au noir ( où tout disparaîtrait ) sur lesquelles passeraient des bas-reliefs sur la toile ( éclairés par des projecteurs qui suivraient le rythme des fondus ) → défilé de statues dans leur décor propre… ( chercher dans cette direction ) Par exemple : statue d’homme passant en vol plané sur un fond de ciel bleu…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

1966.02.09

Explosion 2 moins forte que 1 et postérieure. Plan général où le bruit décroît en [s’éloignant] → succession de plans rapprochés : chaque explosion, de près, seule, aussi forte

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 13 août 1997 :

Texte entre crochets barré et remplacé par « se rapprochant » avec commentaire : « Plus drôle »

– Commentaire écrit à 51 ans

 

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Offrande aux pieds d’une statue de sainte ( Exemple : boucles d’oreilles ) Alors la statue saisit l’offrande et s’en pare, toute contente.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – GODARD – « PIERROT LE FOU » – RÉFLEXION

« Pierrot le fou »   9 h 30. Métro. J’ai remarqué que dans un tableau de peinture, le personnage vous suit des yeux. Le cinéma-spectacle devrait avoir cela (Belmondo parlant au public dans les roseaux)

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – POLITIQUE – NOTES DE VISIONNAGE – MADELEINE RIFFAUD

21 h 10. Projection du film de Madeleine Riffaud. Actuellement, un gars parle. Je ne sais pas qui c’est.
Vietnam à 10.000 km des USA. Climat tropical, chaud et humide (trois mois d’hiver à Hanoï. Aucun au sud) Température habituelle : 35 à 45 °. Nature hostile mais grouillante de vie à la préhistoire (tigre → sangsues d’arbres et d’eau) Arrive le peuple vietnamien
Sud = région riche avec une civilisation connaissant la culture irriguée du riz (sur champ horizontal) → ils ont fait la culture sur paliers
Femmes et hommes y travaillent
Ils ont repoussé la jungle et transformé les terres en rizières
Au XVIIe : arrivée dans le delta du Mékong (riche)
Sécheresse → abandon des villages
Tradition de labeur — de lutte
Génies tutélaires : héros de la nation (lettrés – philosophes – rois – militaires)
80 ans de colonisation (sud → nord → centre)
Empereurs fantoches mais résistance populaire (lettrés)
2e génération : bourgeoisie nationale (par intérêt aussi + utopie = exemple : ils voulaient école en langue vietnamienne de (actuellement : au sud : pas encore ← interdit. Cette bourgeoisie répand l’écriture latine.
Soulèvement : répression impitoyable par les Français
1930 : parti communiste indochinois fondée par Ho Chi Minh (qui a appartenu au parti socialiste SFIO en 1911 – 1920 et au PCF après le congrès de Tours de 1920) parce que le PC préconisait l’indépendance des pays colonisés et l’alliance des classes ouvrières
1931 : soulèvement dans le centre (provinces côtières)
Vieille civilisation vietnamienne. Soulèvement paysans qui prennent le pouvoir → emploi de l’aviation (1re fois dans les guerres coloniales) (soulèvement des soviets du Néam (?) → réunions clandestines paysannes (en mai 1932 : célébration de la Commune de Paris)
Le colonialisme a fait mûrir la formation de la nation vietnamienne (← brassage)
Pire famine : 1945 (3 millions de mort) → éclatement du cadre du village. Déplacements de populations suivant les besoins des colonialistes
Tous les chefs du soulèvement vietnamien ne sont pas morts au bagne ← 1936 : succès du Front populaire. Ouverture des bagnes
2e guerre mondiale : occupation par les Japonais (avec la complicité du gouvernement français). Le peuple n’a pas considéré les Japonais comme des libérateurs
Maquis → insurrection d’août 1945 → République démocratique du Vietnam prête à l’amitié avec la France
Les colonialistes tentent de rétablir leur emprise → 8 ans de lutte terminés par Dien Bien Phu (1954)
On devait cela au fait que l’armée bénéficiait du soutien de toute population
(Henri Martin libéré en 1953)
20 juillet 1954 : accord de Genève (France – République démocratique du Vietnam – Laos – Cambodge – URSS – Grande-Bretagne – Sud Vietnam – République populaire de Chine) Les USA refusent leur signature mais promettent de respecter les accords
Ngo Din Diem : octobre 55 → terreur contre les appliquants des accords de Genève (division de la population en légaux – semi-légaux et illégaux) Troupes spéciales commandées par le frère de Ngo Din Diem conseillées et payées par les USA (250.000 dollars par mois)
Le 6 juin 1959 : proclamation d’une loi instituant des cours martiales avec une seule sanction : la mort.
L’insurrection a commencé au sud du Sud Vietnam.
République démocratique Nord vietnamienne : première victoire = contre la faim (provision de riz) 2e : contre la maladie 3e : contre l’analphabétisme (98% de la population sait lire) Éditions en langue vietnamienne
changement dans l’attitude officielle française vis-à-vis de cette guerre (application des accords de Genève) Il faut : condamnation des US – reconnaissance du F. N. L. – relations diplomatiques avec le Nord Vietnam
Chef du front : Guyen Houto

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – DOCUMENTAIRE

Idhec : salle de cinéma. Noms à retenir : Grierson et Rotha.
1929 : « Drifters ». Pêche au hareng. Hareng : pas une chose qui tombe du ciel (intersection du courant de 1917 de Lénine et de celui de Zavattini)
Idée neuve de l’écriture : marxiste # formalisme bourgeois
Le cinéma montre « l’inconsciente beauté de l’effort vis-à-vis du travail » (Flaherty)
Ils fondent une société et s’entourent de collaborateurs (Lean — Cornelius)
Ne pas plaquer la beauté : « Elle viendra au moment opportun pour habiter un récit honnête et lucide… » → cinéma moderne
En projection : en voyant « Coal faces », je pense à Hiroshima et à Berthold Brecht
+ « Night mail »

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CHOSES ENTENDUES

Grippé. 15 h 30. Radio (P. O.) → le Rythme. Dans des milieux sans rythme : perte des références, perte de l’unité du moi.
Toute parole naissante : cadencée (cadence avant les mots du poème) Toute expression verbale : pulsion avant d’être expression. Geste plus ou moins réprimé qui fait irruption verbale
Vie = phénomène rythmique ? Périodique.
Rythme de quoi ? Rythme avant qu’il y ait rythme de quelque chose… Structure avant d’être structure de quelque chose. Pour qu’il y ait rythme il faut qu’il y ait 1/variation 2/retour périodique : que cette variation se reproduise
Si la période déborde le champ de la conscience = plus de rythme
Tendance spontanée à organiser notre perception en périodicité subjective (même si pas de périodicité objective)
Leibnitz : « Pouvoir penser inconsciemment en nombres est le bonheur le plus divin… »
Mitos → Logos
Rythme purement affirmatif # Logos ← négation
Langage austère, ascétique # magie du rythme (Platon # poètes)
Poésie : modification de nos rythmes vitaux par perturbation ou création d’une nouvelle harmonie
La poésie devrait être un traitement neuropsychiatrique (plus de lecteurs de poèmes mais mélomanes)
Pour que la poésie agisse, il faut la réciter, la faire chanter (cf. spectacle total)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA AMATEUR – « DELPHINE »

Présenté « Delphine » à Voltaire. Succès total. Il me reste à présenter mon scénario sur l’imprudence à Agel pour reprendre une position normale vis-à-vis de lui.
Je n’ai pas pu aller voir la chorégraphie de Béjart à l’Opéra (plus de place)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Valeur « fécondante » de l’Utopie… Lieux utopiques : Bibliothèque, Hôpitaux, Clubs de loisirs, contestant le réel. Utopie = contestation du réel.

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 05 décembre 2011 :

Plus tard, cette note devait conduire au projet de télévision « Les lieux utopiques » (non réalisé)

– Commentaire écrit à 65 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

20 h 20. Bus. Petit incident amusant mais qui aurait pu me faire rater le train : le bus a coulé une bielle → transbordement dans un autre bus où j’écris actuellement. Je décolle à 22 heures
« Lullabye of Birdland »

Note écrite à 19 ans

SPECTACLE – RÉFLEXION – VIAN – « LE SCHMURZ »

1966.02.15_1

Comme au cinéma : raccord mouvement — continuité
paroles des personnages → évolution de la « chose »
après le drame on peut repasser en accéléré (cinéma) l’évolution de la chose = évolution du drame
les mots bouffent l’homme mais Vian les utilise : il soigne le mal par le mal ?
« Non, je ne tirerai rien des objets… »

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – AMIS – ZYF – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

N’est-ce pas en « jouant » les marxistes qu’on le devient le plus sûrement… ? (Art = jeu + réalité… participation → Engagement ← (Lorient-Plage Les mouettes) – Jocelyne nous lisait à Yves et à moi des passages de Marx)

Note écrite à 19 ans

PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

J’ai écrit à Jo pour lui donner des idées nouvelles (et synthétiques) pour le ballet « Vietnam ». Côté bestial. Côté simiesque. J’attends sa réponse. Je verrai Jean-Jacques après.

Note écrite à 19 ans

SPECTACLE – DIMENSIONS – « LE BRAVE SOLDAT CHVÉÏK » – PISCATOR

« Le brave soldat Chveik » — Présentation de Bloch : « Le bon Chveik comparaissait devant un major. Le major était figuré par un dessin animé du cruel caricaturiste Georges Grosz. Un écran occupait soudain tout le fond de l’énorme scène, et une figure synthétique, de dimensions formidables, se composait, trait pour trait, devant le spectateur amusé. Au pied de cette image, Chveik bénévole, minuscule, se présentait au garde à vous, en chemise et en caleçon, et saluait militairement… » ← (mise en scène en 1928 à Berlin de Piscator)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

La caméra se promène dans les rues et rencontre toutes les autres caméras qui filment les rues, les maisons, les places, tous les films tournés dans cette ville…

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 5 décembre 2011 :

Idée magnifique. Il faudrait reconstituer le tournage des films réalisés dans cette ville

– Commentaire écrite à 65 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

( Pour un scénario sur l’art de persuader ) reprendre l’idée du gars qui vole une caméra et découvre le monde grâce à elle… (?)

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION –SPECTACLE – CINÉMA

Aujourd’hui : frontières plus flottantes entre théâtre et cinéma.
Diderot ↔ cinéma (temps et espace
Tamiz : sommeil de l’hôte et de l’hôtesse debout tenant un drap.

1966.02.23

Projet Varda Bourseiller : ciné-théâtre ! ! « La vieille maîtresse » (Barbey d’Aurevilly) (*)
Bretagne → écran
Paris → théâtre
En France : sectarisme (théâtre).
Bluwal : télé : le répertoire classique a « collé ». Illustrer par l’image un texte : faire des décors irréalistes à un texte vraisemblable (Don Juan)
Auteur complet ?
Mutation du cinéma (cousin du théâtre)
Dénominateur commun théâtre-ciné-télé : spectacle (Bluwal)
Champ-contre champ : politesse que le théâtre rend au spectateur : voir l’acteur de face
« La vie n’est pas dans les apparences seulement » (Tamiz)
Problème de l’architecture théâtrale
Noblesse de la chose vue
Cartons : valeur émotionnelle
Recherche moderne : incorporer aux hommes des valeurs émotionnelles différentes → effet d’ensemble – collages – titres – lectures (cf. technique brechtienne)    (*) : « Impossible parce que théâtre et cinéma provoque des réactions (psychologiques) trop différentes pour les réunir dans un même spectacle, dans un même lieu » (il faut réformer le cinéma → et réformer le théâtre)

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 05/12/2011 : notes prises au cours d’une conférence, me semble-t-il. Mais où ? quand ? par qui ? pourquoi ? Mystère !

– Commentaire écrit à 65 ans

PSY – ŒDIPE

Filles : même schéma œdipien que le garçon (aime sa mère et pas son père)
Elle doit faire un stade de plus (aimer le père et rivaliser avec sa mère).
un stade de plus → cela fausse ses rapports avec les garçons (mariages ratant à cause attachement à la mère)

Note écrite à 19 ans

CITATION – VIRGILE – « L’ÉNÉIDE »

« Flectere si nequeo superos,
Acheronta movebo »
(Si je ne peux pas fléchir les dieux,
je mettrai en branle l’Achéron… »
(« Déclin de l’Occident » Spengler)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA AMATEUR – « DELPHINE »

Passé « Delphine » chez Thiriet (ciné club Rencontres au Palais de Chaillot)
Le public a sans doute aimé. Mais : amorphe – sans réaction (même pas agressif)
Ah, j’en viens à regretter les corniauds de Bordeaux qui m’engueulaient joyeusement…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Pour l’instant elle se découvre elle-même à travers moi par la création commune. Mais quand elle se sera trouvée, n’aura-t-elle pas envie de créer seule de son côté ?

Note écrite à 19 ans

DIMENSIONS – POÉSIE – RÉFLEXION

Émission de Gavarry — En voyant une émission sur « Nicomède » (Maison de la culture de Caen) : le metteur en scène présente les décors. On les voit en plan général puis on voit les mains du metteur en scène qui détaille le dispositif (décors = maquette). Ce mélange des dimensions ne passionne pas (ne se remarque pas) parce que : didactisme.
Nécessité : poétique (*)
Comment définir « poétique » ? Est-ce : croire à ce que l’on voit en sachant que c’est une interprétation, une mise en scène ?
Peut-être (à certains moments) : photos fixes
(*) : Problème : il y a une dimension prépondérante, qui sert de repère – Il s’agit de les équilibrer (synthèse dialectique ? ? ? ? ? ? ? ? ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – TECHNIQUE

 Écran divisé en plusieurs panneaux

1966.02.25

Espace entre les panneaux projection en 1 seule image → décomposition de l’image. Création de l’espace. A exploiter

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Fonction magique de l’auteur d’une œuvre. Le public est perdu, ne connaît pas la signification de l’œuvre. L’auteur de la connaît pas non plus mais c’est, au monde, l’être qui s’en approche le plus → il est investi d’un pouvoir magique auprès du public qui croit rencontrer un mage en le rencontrant…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – CORNEILLE

Corneille, en inventant le ressort nouveau de l’admiration, s’écartait des règles classiques. De nos jours on préfère Attale à Nicomède, on apprécie les héros dont on a pitié*.
Ce point de vue marque donc un retour aux règles classiques de la tragédie (Aristote). On aime en Corneille ce qu’il a de moins original…
Cependant que peut se demander s’il croit vraiment que « l’amour qu’elle (l’admiration pour sa vertu) nous donne pour cette vertu que nous admirons, nous imprime de la haine pour le vice contraire…? »
N’est-ce pas là une « thèse officielle » qui sert à masquer des intentions secrètes ?
La « pitié » qu’on a pour Attale est bien particulière à cause de la situation (exemple : Nicomède acte 1 — scène 3) situation de comédie (quiproquo. Attale ne sais pas qui est Nicomède… Il le brave et quand il le reconnaît, il se dégonfle)

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE

Des mineurs enfermés dans une mine après un accident. C’était samedi. Ils allaient se reposer le dimanche. L’un deux, devenu fou, répète : « C’est samedi, c’est samedi… »

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – RESNAIS – « DELPHINE »

Aujourd’hui : grève du métro. Je suis resté à la maison. J’ai traîné. Je n’ai rien fait. Si : j’ai écrit, à Jo et à Zyf. Il est maintenant 20 h 25. Je suis au lit.


Je commence ce nouveau carnet. Mais une nouvelle période de ma vie commence-t-elle ?


10 h. Je rallume. Excitation. Besoin physique d’agir, de me battre.


Je « réussirai ». Je ferai tout pour ça. J’arriverai à avoir les mains libres, l’argent, la puissance pour créer ce qui me plaît.


Monde de lutte. Je connaîtrai des gens ; si mes idées sont bonnes, si ce que je fais plaît, séduit, pourquoi pas moi… ?


Et puis… Après l’excitation, toujours, je me calme. Je me dis que je me fais des illusions, que je m’emballe.


Gamin, pauvre type paumé, seul, sans moyens… les gens qui m’intéressent n’ont pas le temps de s’intéresser à moi. Pour Resnais, par exemple, je parie 10 contre 1 que ça finira par tomber à l’eau. Pourtant j’ai une arme : l’obstination, la patience. Il faut être patient. Et puis il y a le hasard… la chance… avec qui on doit aussi compter, en bonne comme en mauvaise part…


Utiliser « Delphine ». Je l’ai trop laissé dormir… La montrer. Ciné-clubs. Personnalité, etc.


Objectif : — rencontrer des gens — faire un stage. Travailler sur un plateau. — me faire produire

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Métro : mon reflet sur la partie droite de la vitre. À gauche, sur la partie concave de la vitre : reflet des gens assis derrière moi, donc devant paraître plus petits mais, comme vitre concave → ils paraissent aussi gros → au cinéma : conception du temps – téléobjectif – on se déplace mais on ne change rien – espace différent (à voir) (possible ← panneaux différentes distances) – temps passant ou  ne passant pas (cf. la mère qui court dans  » Hiroshima « )

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Idée nécessitant de nombreux figurants : dans le métro, dans la vie, personne ne se parle, ne s’aide, on s’ignore mutuellement. Montrer un monde ( sans insister ) où, dans les stations de métro, les gens de tous âges se parlent, où les gens s’aident, communiquent ( simple description )

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Je viens de passer un examen de cardiologie. 14,8 de tension ; « Cœur normal. Pas de lésion. Sujet anxieux » : voilà comment on recouvre d’un mot la réalité. J’étais fou de croire que je pourrais échapper au service militaire : Je ne crois pas que je serais réformé… J’y passerai, comme tout le monde.


Comment faire pour être réformé ?


Si je dois y passer, c’est emmerdant à cause du problème numéro un : boulot. Revenant du service,  il me sera bien plus difficile de trouver du travail. Tout au moins, il faudrait que j’entre au S. C. A. . Ce serait toujours mieux que rien. J’ai envie d’écrire à L. pour lui  exposer mon cas. Peut-être m’indiquera-t-il un moyen de m’en sortir ? Et puis il faut que je pense à mon sursis… Si je ne m’en occupe pas, ça me retombera sur la gueule.

1966.03.02

La lutte ? Oui. Y compris l’amertume de la défaite… ?


De toute façon, on est vaincu. Même si on ne se bat pas. Alors : autant se battre ; pour la vie, pour la beauté de la chose, par désespoir… ?


Pour l’homme… ?


Aujourd’hui : angoisse sensationnelle (à cause des deux cafés que j’ai pris pour faire augmenter mon rythme cardiaque)

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – TECHNIQUE

Technique : 1/ projection sur un plan ← l’image est de petites dimensions 2/ changement de focale → l’image s’agrandit et l’écran sur les bords devient concave ou convexe

1966.03.03

passage du reportage au spectacle

Note écrite à 19 ans

LYCANTHROPIE – VAMPIRISME

Lycanthropie (phénomène du loup-homme = loup-garou


Conte d’Alexis Tolstoï : histoire de vampires → film « Les trois visages de la peur »


« Carmilla » (Le Fanu) → « La crypte du vampire »


Prof de philo : les précautions pour vérifier la mort sont insuffisantes (morts qui se réveillent dans leurs cercueils)

Note écrite à 19 ans

CITATION – SÉMANTIQUE – KORZYBSKI – VÉRITÉ – TRAHISON

« La carte n’est pas le territoire »


« Si la vérité ne triomphe pas, ses adversaires finissent par mourir » (Planck)


« On peut sourire, toujours sourire, et être un traître » (Hamlet)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – HUSTON – « AFRICAN QUEEN »

Ciné-club Voltaire : Jacques Demeure : prise de conscience de l’absurde ( » De Tom Mix à  James Dean « )


de Becker ?


victoire sur la mort (dépassement de  » Key largo « ) →


3 plans : — film d’intimité (malgré le plein air) — acteurs — scénario (lié à la mythologie)


Acteurs : Bogart et Hepburn avait déjà créé une mythologie (portée à son point de perfection) Huston retourne ces deux mythes (sangsues)


Mais : ici pas une valeur de sarcasme (retour au naturel)


rapports hommes-femmes : « Hatari « 


● Progression (tout le monde d’accord) mais dans quel sens ?
● Retour au mythe mais épuré ?
● Rédemption (Bogart redevient lui-même. Hepburn redevient élégante)
● Dépendance à la fin. Au début : supériorité (anti-mythe) la nature décrasse
● Jeu des acteurs : pas naturel  parce que au début les acteurs jouent un [jeu], un rôle
● Comme le bateau : ballottés. L’homme est annihilé (c’est le ciel qui agit)
● Les acteurs se décrassent et arrivent à des rapports humains
● Ça tient du [miracle]
● Acte de foi. Humanisme
● Miracles : sens dérisoire. Huston met en question l’ordre divin dans le monde.
● Une seule chose peut ordonner l’absurde = l’amour (fin. Pendaison = blanc et bleu)
● Mise en scène et prise de vues extraordinaires
● Accession au détachement
● Au départ : mythe parce que posés comme individualité → dégradation de l’individualité
● 2 mises en scène : l’une du dialogue, une de la nature = synchro
● Trop de niveaux dans ce film. Ni acteurs ni personnages (pas dans le film et pas acteurs)
● Il faut être docile
● Gens hors du temps et de ce qui leur arrive
● Rapports entre les personnages. Tout le reste est contingent (Agel)
● Contradiction entre dialogue des personnages #combat avec la nature → défaut
● Ambiguïté
● Exemple : Bogart se moque des hippopotames. Huston ne s’intéresse pas à la nature. Seul intérêt : dimensions intime
● Il ne veut pas se laisser bouffer par la nature
● Huston ami de Flaherty
● Huston a fait du théâtre ( » Huis-clos « )
● On sent le fond de la nature (C.)
● C. # Ch.
● Oui : (sangsues)
● # on ne voit jamais la nature
● Mise en scène : académique
● Unité de lieu (bateau)
● Pas de contact entre les gens et la nature
● Agel : balancement entre le  » Hatari  » et  » Brève rencontre  »
● Mis en scène : théâtral : non. Tout est justifié (G. P.) par rapport au mouvement du bateau
● Minelli : cinéma = rapports entre un homme et un décor
● Cinéma n’est pas théâtre (← visages)
● Agel : il faut être naïf → Ch. : il connaît les idées de Huston à partir de l’idée qu’il se fait de Huston
● Agel :  » J’aime les visages humains, c’est ce que je préfère dans le cinéma  »
● Certains éléments de dramatisation qui rompent cela (plans d’ensemble du bateau sur les rapides)
● Importance de l’eau

Note écrite à 19 ans

VÉCU – PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

13 h 10. Café en face du jardin du Luxembourg. J’attends Jean-Jacques pour aller chercher la batterie. Cet après-midi : enregistrement de la musique du ballet. Cette nuit : couché chez lui. L’autre nuit : après avoir été avec Édith P* et Jean V* bouffer couscous et écouter du jazz, dormi dans une piaule de Jean. Lu  » Cahiers du cinéma  » :  » Muriel « .


Je viens de rencontrer Emmanuel : il m’a fixé rendez-vous jeudi prochain à 14 h 30 avec Victor.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

26 mars : « Main basse sur la ville ».


23 h 10 : couché. Pipe. J’aime écrire au crayon feutre. Hier : enregistrement. Le matin : je suis parti de chez Jean-Jacques à midi (le réveil n’avait pas sonné). Il faisait gris. Je suis arrivé au Luxembourg. Sur le boulevard Saint-Michel j’ai rencontré Emmanuel. Ça m’a fait  plaisir de le revoir. A lui aussi je crois. Après ça, je suis resté quelque temps dans un troquet puis Jean-Jacques est arrivé en Dauphine. Chez Pasdeloup : plus de batterie à louer. On a foncé à Clichy dans une autre  boîte. Ils en avaient une mais dégueulasse. On l’a prise quand même. Garé devant un garage. Engueulade. Coups de klaxon. Il était déjà 15 h. On fonce à la maison. C. n’était pas encore là mais il y avait René. C. s’est pointé vers 16 heures. Le temps de s’installer (on a rembourré ma chambre avec des matelas et des couvertures pour le son), il était 18 h. L’enregistrement n’a pas été facile, il a fini à deux heures du matin. J’ai dû imposer une contrainte à Jean-Jacques car je pensais aux danseurs. On a enregistré mouvement par mouvement et l’ensemble sera reconstitué au repiquage. J’attends avec une certaine impatience le résultat. Et j’ai aussi très peur que le spectacle lui-même ne puisse pas marcher. J’espère avoir des nouvelles fraîches bientôt. J’ai écrit à Jo et à L*. Il y a aussi l’importante question de l’avenir. Projets de films ? Avec Ch* ? Avec C* ? Les gens que je dois voir, les choses à faire. Les coups de téléphone à donner. Les articles à écrire. Il est 23 h 20.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – THÉÂTRE

VÉCU – THÉÂTRE

P.-A. Touchard
« Dionysos »

  • Théâtre = « acte »,Remarque : pas de parole entre spectateurs. Théâtre : inspirateur du silence. Méditation individuelle ß essence « religieuse » (sens sociologique) communion (silencieuse)
  • Mythe de Dionysos : Dieu de l’ivresse. Sa mère (?) séduite par Zeus lui demande de se montrer : elle est consumée par la foudre et les éclairs qui l’entourent
  • (Dionysos : averti que les faveurs du ciel sont mesurées, amour et haine = unique lot, monde de la connaissance intellectuelle interdit ) les nymphes, les muses et Silène assurent son éducation et l’accompagnent à travers l’Orient.
  • Dieu de libération : montre à l’homme ce qu’il serait, ses virtualités de. Désir de liberté
  • Atmosphère tragique quand je me sens sujet de l’action qui se joue
  • Destinée illustre permet l’identification (je peux plus facilement me reconnaître dans mon supérieur que dans mon inférieur)
  • Dénouement malheureux : signe le plus visible d’un engagement total du spectateur = la mort (intéressant : vertiges dionysiaques de la mort
  • Tragédie : image du miroir qu’on accepte (identification)
  • Comédie : qu’on n’accepte pas (distance)
  • Tragédie : acte pur
  • « Il y a un rire de la tragédie comme il y a un rire de la comédie »
  • Comédie : personnages inférieurs ce qui empêche identification (mais y a-t-il vraiment des personnages inférieurs ?)
  • Rire confortable et rire inconfortable (personnage odieux)
  • Antiquité : après pièces tragiques à pièces comiques (drame satirique) = cycle bouclé. Purgation, Tragédie : ce que nous sommes, Comédie : ce que nous pouvons être
  • Personnage tragique = moi # personnage comique = mien

– Note écrite à 19 ans

CITATION – POLITIQUE

« L’homme noir est naturellement bon et intelligent, mais il manque de caractère ; il est donc destiné à être exploité par des conquérants musulmans  » (Faidherbe)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Ce matin : reçu lettre Jocelyne. Lettre calme, pacifiée. Assurance. Elle a l’air vraiment heureux. Elle est parvenue à la sérénité. Moi, pauvre type, encore déchiré. Est-ce parce que je me lance dans des entreprises trop difficiles pour moi ? Modestie ? Mais non, c’est mal voir. L’important : libération de la famille. Elle : oui, avec moi. Moi : oui, avec elle

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – ASTRE – GIDE

Conférence de Georges-Albert Astre

Situation d’André Gide

● («Quand les professeurs prennent leur revanche sur les créateurs, quand les créateurs sont morts…»)
● Qui était Gide ? Quel était son message ?
● Intensification pathétique du sentiment de l’existence
● Aujourd’hui : monde avec trop d’ouvertures. Indéfinition
● On lit peu Gide. Explicable : quelque chose d’exaspérant chez lui.
● Où allait-il ? = question gênante pour lui.
● Image de lui
● Les grands écrivains se protègent derrière des masques. Ils jouent. André Gide vient en tête.
● Indifférence au monde extérieur


il se sentait contradictoire
● Sincérité = grand mot
● Névrose
● Il lit beaucoup
● Art = seule valeur stable
● Limitation : l’art prenait la place de l’action
● Art-solution = remède à toutes les contradictions
● «Toute vérité est devenue» (Hegel ) Gide a choisi de devenir

Note écrite à 19 ans

DÉE SCÉNARISTIQUE

Dans une conférence pour présenter la vie et les œuvres d’un auteur : film qui défile à toute vitesse en 3 minutes, puis le conférencier commence…

Note écrite à 19 ans

IIDÉE – SPECTACLE

Je marchais sur le quai en sens inverse du métro qui démarrait. J’avais l’impression que c’était moi qui courais très vite alors que le métro était immobile. On pourrait créer un jeu public de cet ordre. Couloir avec projection cinématographique sur le côté.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION – IDÉE SCÉNARISTIQUE

Je pensais : le regard (du cinéaste) n’est pas une solution… À quoi cela rimerait-il que tout le monde lève et tourne la tête pour regarder autour de soi ? C’est une chose à faire mais = solution individuelle (exemple : mon sujet de film)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Vu dans le métro : « On recherche conducteur de métro. Age maxi : 35 ans. Cette durée peut être prorogée du service militaire légal et d’une année par enfant à charge » Un gars veut travailler. On lui dit : « C’est con : il faudra quitter dans 1 an… » Il le fait quand même : il a l’intention de faire un enfant à sa femme. Pas moyen… Pourquoi ? Il est jeté dehors. Sa femme, en colère, le quitte ( lui laissant leurs gosses ? ) Elle part avec un autre mec. Plus tard, elle accouche → c’est donc lui qui était impuissant ! Il découvre que tous leurs gosses ne sont pas de lui. Il se fout à la flotte.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Long plan-séquence : une  fille reçoit d’un seul coup un paquet de 20 ou 30 lettres de son amant. Elle les décachette l’un après l’autre : dans chaque enveloppe : un seul mot ! elle doit reconstituer l’ensemble…

Note écrite à 19 ans

VÉCU

22 h 15
Lit – fumant une « Kool »


Cet après-midi : reçu à la maison Victor, Michèle, Emmanuel et un autre gars que je ne connais pas. Victor est bien malade. Désolant. Il s’enferme dans une attitude qu’il estime la plus rassurante. En fait, → inadaptation. Rigidité

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Stasera penso a te


Tu as plusieurs visages. Artiste ? Visage de Piriac (Tom Jones). Je te construis, pour moi ? Vrai visage et faux même temps, ma contemplation… Si tu étais là… Avenir ? Où, quand, comment vivrons-nous ensemble ? Qui serons-nous ?


Ma femme, ma femme


Femme, avec tes cheveux blonds, tes yeux bleus, des mains douces, le duvet de tes aisselles, ton entre cuisses sombre, tes mollets ronds, tes reins profonds… —–I am alone


Je me rappelle : tu me reprochais de parler en anglais (snob). Palais des sports : Noureev. Tu étais en colère parce que les gens applaudissaient trop (culte de la personnalité), je jouais avec un projecteur… Nous étions jeunes : je parle comme si nous étions vieux. Nous sommes jeunes. Merveilleux (et pourtant : je suis triste ?? Hier soir : chez P*. Quinzième étage de la tour des Tilleuls. Blanc-Mesnil. Paysage de lampes électriques… Merveilleux. Émotion. Aéroport vu de haut. Tous les gens qui, dans les villes, tournent des films, se tuent, gagnent de l’argent. Modern World… —–I am a bit tipsy


Ma « Kool » est finie…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

9 h 30. Métro (Villette)


Hier soir : écouté avec Jean-Jacques musique du ballet. Au point de vue technique : enregistrement a l’air pas mal mais on ne peut pas juger dans une petite pièce, il faut une grande salle.


Au point de vue musical : si on prend la musique pour elle-même, comme le fait Jean-Jacques (qui n’est décidément que musicien…) il y a de quoi être déçu. Mais par rapport au spectacle, sur la scène, elle est bonne parce qu’elle crée un bon volume sonore dans lequel les danseurs peuvent évoluer…

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – COURT MÉTRAGE « L’ AVEUGLE »

Vu dans un couloir de métro un aveugle longeant le mur a toute vitesse en donnant de grands coups de canne blanche. Idée sur la mystification : ce serait un faux aveugle ? Puis on découvrirait : vrai aveugle… ( à chercher )

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « APPARTEMENT-TÉMOIN » – « BIANCHETTI PÈRE ET FILS »

Immeuble en construction, luxueux. Les ouvriers travaillent dedans. L’un s’installe dedans, y fait sa popote, etc. L’immeuble se termine. les ouvriers doivent s’en aller… il ne veut plus partir ( il vit dans un logement misérable )

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Vu un clochard malade mental sur un quai de métro. J’étais en face de lui. Une cinquantaine de personnes dans la station. Pas de métro. Silence. Il chantait, main sur le cœur, s’adressant à l’un ou l’autre des assistants. Il polarisait l’attention, chacun le regardait, réagissant à sa façon ( défense – attaque – repli, etc. ) théâtre : lui = acteur. Puis arrive le métro : les têtes se détournent : plus aucun intérêt, le fracas du métro couvre sa voix, le rideau se ferme, les gens se remettent à vivre normalement et montent dans le métro.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – HAWKS – « HATARI »

Hawks : « Hatari » : équilibre de l’action déjà trouvé – groupe d’amis déjà constitué – Hawks : « homme de l’évidence » (Rivette) – hommes du film = aucun désir de puissance – efficacité nécessaire (liée à la solidarité – chaque homme doit être compétent car responsable vis-à-vis de tous – tout le film : démonstration de l’utilité d’être deux pour veiller l’un sur l’autre – d’abord : relations de force puis : accord de sentiments

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – PROJET « ALICE »

Une petite fille dans un sac a main de cuir. Elle s’arrange les cheveux en se regardant dans un miroir grand comme 2 ou 3 fois sa tète.

1966.03.20

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – PROJET « ALICE »

Suite de la note du 20/03/1966 : direction à fouiller. Pas seulement les dimensions mais l’introduction dans cette technique nouvelle de sentiments anciens qui familiarisent le public et donnent une signification à l’œuvre.


Se méfier de l’œuvre gratuite, de l’abstraction, de la construction, de la froideur ; rechercher le souffre, la tendresse, la poésie, la violence, qui sont des éléments sans dimensions. Créer des êtres vivants ← je remarque que cette tendresse, cette poésie de l’enfant dans le sac sont liées étroitement aux dimensions mais j’en fais une chose indépendante, naturelle : bien ! J’ai assimilé les dimensions

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

( d’après Antoine : «on verrait des avions dans les couloirs du métro…» ) des gens descendent les pièces détachées d’un zinc ( petit monomoteur ) dans des valises, des sacs, des paquets, etc. ils le montent d’abord dans les locaux de la RATP puis, l’avion se construisant, ils dressent des palissades dans un grand couloir. Quand c’est fini : l’avion roule dans le couloir, hélice lancée a toute vitesse. Tête des gens effarés ( travelling avant sur eux )

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – RESNAIS

Aujourd’hui : grève de l’électricité. Je suis resté à la maison. Ce matin : reçu une lettre de Jo. Elle m’annonce la mort de la marraine.


Actuellement : 14 h 30. Bar de l’aéroport du Bourget. Gens riches autour de moi. Bien vêtus. Dehors : ciel gris. Pourquoi est-ce que je m’obstine à venir ici ? Chaque fois ou presque ça ne satisfait pas mes désirs de départ, de liberté. Au contraire : la masse d’énergie, de fric contenue dans ces tôles brillantes, ces aires d’envol, cette machinerie compliquée me fait mieux mesurer mon impuissance actuelle.


Je souffre d’être conscient ? D’autres jeunes doivent avoir les mêmes désirs ? Mais pas la même obstination… ? Ou bien ils ne les satisfont  pas avec des substituts…


Du temps passera… Encore beaucoup de temps avant que s’ouvre à nous (à toi et moi) les autoroutes, les pistes d’envol, les eaux des ports et du large…


Je regarde. Une fille fait quelques pas en arrière et prend une photo de ses copines attablées dans le bar… Elles se sentent obligées de prendre  des poses, de faire des mines… Toi, quand je t’ai photographiée, tu n’avais pas peur de regarder l’objectif et puis aussi tu t’en désintéressais, après, et je te «prenais sur le vif». C’est qu’il y avait entre toi et moi un rapport vrai, l’objectif, il n’était qu’une machine, tu avais confiance en moi…


Je viens devoir passer un avion, tranquillement, sous le soleil, il a passé dans mon champ de vision, roulant sur le sol dallé… Je pense : impression forte (encore, soleil sur tôles – vacances) le filmer… ? Non : pas la vie, pas la réalité, pas l’impression de vivre… Mais Resnais, mais le cinéma… ? Oui, peut donner cette impression de vie, mais si pas autobiographique, pas destiné à soi mais aux autres, pour le créateur, pas venant de soi mais d’un autre, pour le spectateur. Alors oui : je peux entrer dans le jeu, faire effort, m’imaginer vivre ; sinon je ne peux pas. Voilà mon drame : devant la vie, j’en fait de l’art et devant l’art, je ne peux pas adhérer car je m’imagine créateur et je ne suis plus spectateur…


Départ à destination d’Amsterdam… il est 14 h 49


 Il faut que je parte d’ici, je m’en vais

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

J’écoute à la radio Adamo : «une mèche de cheveux». On montre d’abord un gars qui, écoutant la chanson a la radio, émotion… puis un autre et encore un autre et un autre, etc. ( procédé comique classique )

Note écrite à 19 ans

VÉCU

13 h 10. Bar Callot. Il y a un soleil douteux, pour l’instant il brille. Moment de détente.


Ce matin je suis allé faire tamponner ma carte d’étudiant au boulevard Jourdan. Ce soir : je dois m’inscrire pour l’examen de Propé. Je dois commencer l’exposé sur le mime. J’ai acheté des bouquins.


il faut à tout prix que je prenne un certain nombre de bouquins pour les vacances pour travailler.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – SOCIÉTÉ – COMMERCE

12 h 15. Bus (bleu).


12 h 25.métro (Villette)


Je suis allé hier à la librairie Gibert, boulevard Saint-Michel, demander le prix de certains bouquins pour le concours de l’IDHEC. Il y avait au rayon Beaux-arts, où je me suis rendu, un jeune vendeur, d’une vingtaine d’années, très charmant et sympathique, qui m’a consciencieusement fourni tous les renseignements que je désirais. En dehors de sa conscience professionnelle, ou plutôt en considérant celle-ci, mais d’une façon nouvelle, j’ai été frappé par la connaissance dont il faisait preuve de tous les livres dont je lui parlais et la promptitude avec laquelle il me renseignait. J’ai jugé qu’il était bien agréable d’avoir affaire à quelqu’un qui connaisse bien ce qu’il vend et qui le vende avec autant d’intérêt, car on sentait chez lui un intérêt pour ces livres, une culture que possèdent bien peu de ces jeunes vendeurs, engagés pour la plupart dans ce domaine comme dans n’importe quel autre. Et c’est là une forme particulièrement sympathique de cette conscience professionnelle en question, car le zèle dans le travail n’est pas le fruit d’une ambition d’être bien vu par le chef de service, mais plutôt d’un véritable amour des livres. Ce n’est pas les supérieurs qui comptent, mais la marchandise, il s’agit donc de l’aimer et de bien la connaître.


J’ai jugé ce jeune homme bien plus «intéressant» que deux bonnes femmes que j’ai vues ce matin. Elles vendaient la quincaillerie, paraît-il. Quand je suis entré, j’ai demandé un flacon plastique d’eau de Javel. J’ai dû attendre des heures pour en avoir le prix. À côté de moi une cliente était perdue dans les piles électriques : impossible de trouver ce qui lui convenait… Scène caractéristique de ses commerçants qui n’aiment pas ce qu’ils vendent et qui ne le connaissent pas.


Cela m’a fait penser à ce que disait André Martin : le type qui ne connaît pas une technique, le type qui n’est pas un spécialiste, qui ne nous apprend pas quelque chose, celui-là ne nous intéresse pas ; on n’en a pas besoin. Il est hors de notre époque… C’est le jeune homme de chez Gibert qui est l’avenir… Pourquoi ? Je disais que le désir de se faire bien voir – semble-t-il – n’intervenait pas. Mais sa condition d’employé, d’exploité, le pousse, le galvanise… Ces bonnes femmes avaient une mentalité de propriétaire… C’est ce qui les condamne…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – AMIS – VICTOR

17 heures — Bar du Bourget avec Victor. Nous avons couru depuis la cité des Tilleuls. Nous sommes essoufflés. Nous avons mal aux oreilles (le froid). Mais je nous soupçonne de ne pas être malheureux. Calme (on récupère). Ambiance ouatée. Au dehors : gris et pluie. Chaleur à 2,30 fr…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Une femme entre avec son enfant (2 ou 3 ans ou moins) dans un magasin de mode. Ambiance tendre. Elle s’occupe des tissus et laisse l’enfant qui joue sagement sur le pas de la porte. La vendeuse laisse la femme et joue avec l’enfant…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – COURT MÉTRAGE « L’AVEUGLE »

Travailler pour scénario Voltaire l’aveugle ( mystification )


Un aveugle dans un couloir du métro. Au début, on le voit marcher dans un couloir d’un air décidé, donnant de grands coups de canne dans le mur qu’il longe, comme pour jouer… Il est jeune, assez beau. Une fille, profitant de l’endroit désert, essaie de lui piquer son fric, épars dans un chapeau. Il la chope, elle se débat, le traite de salaud car elle croit qu’il n’est pas vraiment aveugle car il l’a prise avec aisance, le griffe puis pleure. Il menace d’abord de l’emmener aux flics, il se lève et l’entraîne. Un monsieur «bien» lui demande s’il ne veut pas qu’il l’aide à emmener cette jeune dévergondée. Il lui répond sèchement : «Foutez moi la paix : je me démerderai seul…» Après ça, il rigole avec la fille : «T’as vu ça, hein ? Je l’ai remis à sa place, ce vieux con…» et il lui propose de s’associer et qu’elle lui prenne le bras et fasse mine de le guider en mendiant comme s’il était vraiment aveugle… ( Compréhension de la jeunesse. Révolte commune)


Il la baise avec ardeur.


2ème séquence ( et dernière ) : ( non écrite )

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – MUSIQUE – JAZZ – DOLPHY

20 heures 05 — Merveilleux « Alone together » par Éric Dolphy (clarinette basse) et Richard Davis (basse) ← « C’est que nous sommes encore des êtres magiques… » (miracle ?)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – RESNAIS – « LE CHANT DU STYRÈNE »

19 heures 50 — Je sors de la cinémathèque. Je viens de voir « Le chant du styrène ». Je m’attendais quelque chose d’extraordinaire, mais c’est encore plus extraordinaire que je le croyais.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – JOURNALISME – MUSIQUE – CHANSON

1/ Je ne chante pas pour passer le temps
2/ Que serais-je sans toi
3/ Quelque chose de pourri dans mon royaume de France
4/ Faut-il pleurer faut-il en rire
5/ Les belles étrangères
6/ 400 enfants noirs
7/ La jeunesse
8/ Nous dormirons ensemble
9/ À l’été de la Saint-Martin
10/ Le sabre et le goupillon
11/ La montagne
12/ Potemkine
13/ Tu peux m’ouvrir 100 fois les bras
14/ Hourra

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – KAREL ZEMAN

Minuit. Métro Montmartre. Je viens de voir «Le baron de crac».


Des ailleurs possibles ?


Je me sens entrer dans un cercle nouveau.


Nouveaux logements. Proximité. Pas humaine pourtant…


Recommencer à écrire ? (Ou plutôt continuer…)


Conflit en moi. 2 directions (opposées vraiment ?) : D’une part la réalité (politique) que je sens nécessaire. D’autre part : le rêve, la songerie du poète qui me reprend maintenant que me voilà revenu… Revenu à quoi ? Une situation sociale (logement) plus confortable… Ardeur. Ardeur confortable ? Pourtant ces goûts de nuit… ? Ces cafés ouverts la nuit… ? Cet «embryon» de vie humaine… ? Je suis allé au cinéma comme on part faire la foire (je le sais, j’en suis sûr, bien que pas vraiment foireur…) J’étais en quête… La nuit qui s’ouvre, et la lumière, les visages d’hommes, les reflets dansants des images sur les vêtements des spectateurs des salles de cinéma. Le Baron de crac m’a presque déçu, comme je m’y attendais… Je n’y trouve sans doute pas ce que j’attends désormais du cinéma (maintenant que la crise…) : Un spectacle bien fait, bien monté, qui accroche le spectateur. Il faut que le spectacle sorte de l’écran et parvienne dans la salle. Certains trucs du «Baron», trucs visiblement destinés à cet effet, parviennent au résultat contraire : ils nous lassent (couleurs trop vives et mal raccordées), nous éloignent du spectacle. Pourtant certains moments émouvants, de la même veine que les meilleurs des «Aventures fantastiques» mais ici encore Zeman, dont j’attends beaucoup, n’a pas su donner cette délicieuse nuance fantastique à l’ensemble du film ; il y manque une continuité, il s’agit plutôt, en effet, d’une succession de moments passionnants (euphorisants) séparés par des dépressions longues et ennuyeuses (quelque peu, que M. Zeman m’en excuse…)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – PSY

Re-poursuite de l’aventure intérieure ?
1/ Est-ce réellement un retour aux vieilles sources (que je suis seul à connaître) ou bien est-ce momentané et motivé (Lorient, que sais-je… ?) ?
2/ Encore le conflit : est-ce que cela ne risque pas de me gêner ? Non, je ne crois pas : si cela m’apporte une certaine paix… (Tout à l’heure je respirais très fort, je me relaxais). Mais je la connais, cette paix, elle est illusoire, temporaire, c’est un masque, que je me donne. Je crains la crise prochaine. Comment ai-je vraiment réagi à l’épisode lorientais ? Blessure profonde ? Petite égratignure ridicule aux fesses mais qui s’envenime et grandit…

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – PSY

– Jeune homme, prend la peine de t’arrêter pour regarder autour de toi avant de repartir vers de nouvelles conquêtes, chaque fois plus riches et plus réfléchies, de l’esprit et du coeur, qu’il faut sans cesse avoir en éveil, pour le premier, et ouvrir, pour le second, à l’appel des hommes et des choses.
– Je suis faible.
– Mais tu le sais. En fait, tu n’utilises pas les forces cachées en toi et aussi dans le monde entier, autour de toi, il y a des germes qui poussent autour et au-dessus de la terre lourde qui se fend et s’ouvre sous leurs efforts vers le soleil. Il suffit, mais il faut, que tu t’accroches à eux.


La terre lourde… La terre pleine comme un oeuf chauffé à la braise…

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – POÈME – HUMOUR

Dans une nuit livide
Quand hululait le vent
Et roulaient les rapides
Sur le grand continent
Ici, sur l’île de Groix,
À l’Auberge de Jeunesse,
Nous abaissions nos voix
Pour que rien ne paraisse
Exister sous ce toit…
C’est que nous avions peur…
Oui, car il faut le dire,
Dans cette nuit de terreur,
Vient le cambrioleur

Note écrite à 19 ans

VÉCU – EXPLOITATION CINÉMATOGRAPHIQUE – CRISE ÉCONOMIQUE – IDÉE SCÉNARISTIQUE

Boule d’or. Je travaille !
À côté de moi un couple, un homme et une femme, assez vieux. Vraisemblablement propriétaires ou gérants d’un cinéma… Elle pleure, elle se plaint, insulte… Image d’un secteur de l’économie qui va mal : le cinéma…
Cinéma-vérité… Ici : montrer ces gens, puis les cinémas déserts, fermés…

Note écrite à 19 ans

PSY – RÉFLEXION

L’impression de découvrir (19 avril – 21 avril) est fausse. Il n’y a rien découvrir ici. Si on en a l’impression, c’est qu’on s’y oblige, pour masquer une blessure, un malaise qu’il ne faut pas éluder…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CARNET – RÉFLEXION – PSY

J’en reviens toujours à toi, vieux carnet. Un lien viril nous unit.
Pas ma femme pour lui parler. Tu me restes.
Aujourd’hui : une tuile, que je prévoyais : mon acteur qui s’envole…
Il me faut en trouver un autre et plier le film à ses exigences. J’avais prévu et conçu le rôle pour Gérard Hardy… Qui trouverai-je en lieu et place… ?
Les choses, bien sûr ne s’annoncent pas bien. Il eut été trop beau que tout se passât comme je le demandais…
On se prend à croire parfois qu’il existe un sort qui vous joue malignement des tours et vous met à l’épreuve. De cette épreuve je dois sortir indemne. Ne pas me laisser abattre. Ni par tout le contexte du concours déjà raté et de l’avenir incertain (ô combien !) Il s’agit de réagir, de lutter, de s’organiser, de fixer des objectifs prioritaires tout en essayant d’atteindre aussi les autres…
Le temps de l’épreuve arrive, c’est celui de la vérité…
Ce soir : pas de lumière. Énervé par deux cafés, mal à l’aise physiquement, j’ai fui prendre l’air. Je suis dans le métro, je vais au Quartier latin. Où ?
Dès maintenant je peux constater qu’il est certain que je suis mieux installé ici : les conditions sont meilleures pour agir, pour trouver l’équilibre. Cependant, le temps de l’épreuve n’est pas encore arrivé…

Note écrite à 19 ans

CITATION – LITTÉRATURE – COCTEAU

Touchard : « Au fond, il n’y a qu’un théâtre, le théâtre poétique… »
Cocteau : « L’Histoire est du vrai qui devient faux à la longue (et de bouche en bouche), alors que la légende est du faux qui, à la longue, devient véritable ».

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – POLITIQUE

Je viens de voir « Eva ». Autour de moi, dans la rue, au café, les gens ont des visages indifférents à tout ce qui n’est pas eux-mêmes, des rires de cercle, des conversations à deux, des regards chargés de rêves très personnels sur les vitrines.
Dans ce Quartier Latin, autrefois berceau des rencontres et des révolutions, aujourd’hui tellement dégénéré, le cinéma reste encore le seul moyen de s’intéresser aux hommes…

Note écrite à 19 ans