VÉCU – AGNÈS

Le téléphone a sonné vers 9h30, je crois.
Son grand-père est mort cette nuit. Il allait avoir 99 ans.
– Je ne me suis pas encore autorisée à pleurer, dit-elle.
Je me suis senti proche d’elle, plein d’une compassion dont je me méfie et que je me suis retenu de dire, car elle pourrait me submerger et l’affaiblir au lieu de l’aider.
Voilà une chose dont j’ai peur pour l’avenir et que je ne veux pas : que mon excessive sensibilité me rende les difficultés à venir (maladie – déceptions – mort) difficiles à supporter et que je manque de courage.
Je ne le veux à aucun prix.
C’est la chose la plus importante pour moi.
Moi qui pensais à l’informer de la rupture, à lui envoyer les notes plus haut, peut-être ! Heureusement le timing du destin m’a sauvé !

– Note écrite à 68 ans

VÉCU – AGNÈS – MARIE-NOËLLE

Je la rappelle, vers 21h30, pour savoir « comment ça va ». N’osant pas prendre une voix enjouée, ni même « normale », j’adopte un ton un peu « funéraire ». Elle me dit que ça va « et heureusement, sinon ma voix l’aurait fait déprimer ». Je lui explique que j’ai cherché ma voix (sic !) et que, si je ne l’ai pas trouvée, je m’en excuse. Ça la fait « (légèrement) sourire.
C’est cela qui me déprime : en toutes choses, être « à côté de la plaque » et, particulièrement, manquer de légèreté.
Impression qu’elle me fait et à juste titre !
Voilà qui réveille mon angoisse de mort, cette pensée de mon impréparation, inadaptation à la mort évoquée plus haut, où j’ai peur d’être un poids pour elle, mais aussi d’avoir besoin d’elle (et qu’elle ne me réponde pas).

– Note écrite à 68 ans