VÉCU – AGNÈS

Je suis furieux et désolé : je croyais que les poèmes d’Agnès étaient tombés derrière la commode. On l’a déplacée. Ils n’y sont pas ! J’ai cherché partout, je les trouve pas. Quel con j’ai été de ne pas les planquer ! Je voulais aussi que cette chambre reste la sienne, par des choses d’elle accrochées au mur…
Je suis triste !

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Hier, Agnès et moi sommes allé voir « L’étrangère » de Zelda Baron…
Très beau film, comédiennes remarquables, mise en scène sobre, mais souple. Bref, c’était si bien que je me suis senti tout petit, incapable de tant de talent et, en sortant, dans la rue, me suis mis à pleurer dans un coin de porte.
Agnès l’a mal pris.
Elle m’a fait la gueule pendant tout le chemin du retour…
Je n’ai rien dit. Je te comprenais, Agnès :
Tu m’idéalises et tu es furieuse de voir ton idéal montrer de la faiblesse.
Furieuse parce qu’angoissée à ce spectacle…
Et puis, sûrement, tu penses que ces larmes n’étaient pas justifiées, car tu crois en ma valeur…
Je ne sais pas si tu liras ces lignes, mais sache que j’ai compris tout cela.
Je pense seulement qu’avec le temps, tu me comprendras…
Mais surtout : si jamais tu venais à t’en vouloir de ta bouderie, je tiens ce que tu ne te la reproches pas… ! Après tout, c’est une réaction pleine de santé.
Tu as raison de désapprouver mon défaitisme…
Raison dans l’absolu, mais en pratique : on craque parfois – même les pères – cela tu le constateras par toi-même et tu découvriras que c’est humain…

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Samedi : reprise de la dispute avec Mathilde sur le même sujet (photo actrice). Mathilde s’en va tout l’après-midi.
Agnès me fait une scène, m’accusant d’à peu près tout jusques et y compris de l’avoir fait naître…!
Je ne cède pas cette culpabilisation. Me montre calme et fort. Ça se tasse.

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

(19h40)

Je viens de raccompagner Agnès à Eaubonne et ça s’est mal passé entre nous. Pour la première fois, je crois, je lui en ai voulu.
J’avais parlé de mon projet « France interrogée » et, comme j’y pensais et ne parvenais pas à m’arrêter à une solution satisfaisante, j’ai tapé sur le volant.
Agnès m’a dit alors de « ne pas m’énerver comme ça… »
En fait, ce coup sur le volant reflétait l’excitation que j’ai à cogiter sur une idée, à m’approcher d’un résultat intéressant. C’était une manifestation en fait positive.
J’ai dit à Agnès que c’est parce que je me laissais aller avec elle que j’agissais ainsi et, que, au lieu de m’en faire reproche, elle devrait plutôt bien le prendre.
Agnès, au fait de mes problèmes avec G., m’a répondu ceci : « Tu crois que quand tu fais quelque chose parce que tu es bien avec quelqu’un et que tu te laisses aller, ça ne gêne pas les autres !…»
Je l’ai mal pris. Lui ai dit : « Je me le tiens pour dit. Je garderai mes idées pour moi et leurs manifestations…»
Ai fait la gueule jusqu’à Eaubonne.
Une fois arrivés, elle m’a dit au revoir, s’est aperçue que j’étais mécontent, m’a demandé ce que j’avais → mutisme de ma part → elle est rentrée.
Je m’aperçois que rares sont les gens qui m’ont accepté tel que j’étais. Pas ma propre fille, en tout cas.
Je me suis dit que c’est exactement l’histoire des pets avec G. qui se répétait ( c’est le cas de l’écrire… !)
Depuis quelques temps, Agnès m’a fait plusieurs remarques sur mon mauvais caractère, ma nervosité aussi, cet après-midi : « Tu n’es pas indulgent ni avec toi-même ni avec les autres… Surtout pas avec toi-même…»

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Agnès s’éloignant de la voiture sans un mot, c’est pour moi quelque chose de très pénible à vivre.
Et je me suis pris à désirer qu’elle me téléphone « pour parler », comme je le désirais pour Colette, comme je l’attendais…

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

(0h15)

Je rentre à mon hôtel (Terminus à Tourlaville, près de Cherbourg) et je suis soudain, imprévisiblement, saisi par une terrible culpabilité vis-à-vis d’Agnès, culpabilité de ne pas m’être assez occupé d’elle, de l’avoir irrémédiablement blessée par le divorce et ce qui me revient, une fois de plus, c’est le souvenir d’Anne m’expliquant que « Bilbo Bagin » (Baguin, prononcé par la petite voix d’Agnès, elle avait cinq ans et demi à l’époque… !) c’était Bilbo le Hobbit de Tolkien…
J’ai déjà demandé à Agnès (car ce souvenir revient souvent, d’une façon assez obsessionnelle) : elle ne s’en souvient pas…

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – CINÉMA – PROJET « LA MORT DANS L’ŒIL » – ÉCHEC – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – DÉSESPOIR – DÉPRESSION – AGNÈS

(12h40 – parking CES Diderot, Tourlaville)

Tout à l’heure, vers midi, appelé le CNC : « Ça été négatif » m’a répondu la voix

Retour à la désespérance.


(Cour du collège)

Le plus dur maintenant est de rester digne et d’assurer mes devoirs envers les autres alors que je n’ai qu’une envie, c’est d’être seul…

Non. J’ai tout de même la pulsion – dérisoire et inutile – de prendre d’autres (?) à témoin de ce que je ressens comme une injustice majeure…


(18h20 – snack-bar sur autoroute, retour à Paris)

Difficile d’écrire tout ce que j’ai ressenti, successivement depuis cette fatale minute où j’ai su…

Cet après-midi : repérage cidre dans ferme avec un brave monsieur (Dugardin), normand aux beaux yeux bleus qui comprenait bien que j’aie à « me renseigner » sur les choses… !
Puis retour et, à Bayeux, soudainement, une fois de plus, la pensée d’Agnès m’a submergé. Il a fallu que je murmure son nom, en pleurant : « Gnouchy, Agnès, fifille »… interminablement…

Puis autoroute et, peu à peu, la combativité m’est revenue.

1/ Voir Bourboulon, le chiffrer en 16mm. Voir si faisable avec achat droit commande : brancher Jean-Jacques Bernard

2/ Si ça non plus ne marche pas, le faire en vidéo.

Tout ça cogne, blesse, mais ne tue pas !

Irréductible bonheur de vivre !

C’est vrai que je vis, que je ne suis pas mort et que c’est énorme.

Mais il est vrai aussi que ma vie se réduit par rapport à mes espérances à la plus stricte expression…

Pas de satisfaction dans la séduction.
Difficultés d’argent, de survie professionnelle.
Pas de satisfaction dans la création… !

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Pendant le week-end Agnès a reparlé de sa haine des murs en briques rouges (elle y est revenue plusieurs fois, elle l’évoque avec insistance) me disant qu’elle n’en saurait sûrement jamais l’origine…
Moi, je repense à ceux du Pré-Saint-Gervais (elle aussi s’en souvient bien) et je me dis qu’elle y a sûrement été – mais « sans le savoir » – malheureuse…
Ah, si l’on pouvait revenir en arrière… !


Qu’est-ce que je ferais, en ce cas-là ? Je resterai avec Jocelyne, pour Agnès ? Pour qu’elle ne souffre pas de ce divorce ? Peut-être… !
J’aurais pu – c’est vrai – comme me l’a d’ailleurs dit Jocelyne elle-même – rester avec Jocelyne et avoir des aventures (je l’ai fait d’ailleurs…) Alors pourquoi l’avoir quittée… ?
Pour vivre quelque chose dans le genre Colette sûrement, ce que je me suis d’ailleurs empressé de faire… !
Quel gâchis !
Est-ce une chance, ma relation avec Mathilde ou bien quelque chose de « mérité », de logique, disons, au fil d’une évolution de ma part… ! ?

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – ZELDA

Dimanche matin : violence extrême. (Gifle de moi, coup de brosse dans le visage par elle, moi lui lançant des choses à la tête, la saisissant (Agnès me retenant en hurlant d’arrêter, que je suis fou…)
Agnès lui disant de partir. Elle est partie avec les enfants qui assistaient…

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Un mot d’Agnès me revient (elle me l’a dit alors que nous marchions, après la violence terrible du dimanche où Mathilde est partie) : « Tu ne veux pas qu’on t’aime » !
Là est le nœud.
Pourquoi ?
Pourquoi je ne le veux pas ?
Je préfère les situations de conflits, de ressentiment. La voilà, ma triste manière d’aimer.
Pourtant, là tout de suite, je sens en moi le raisonnable désir d’écrire à Mathilde qu’elle m’a donné du bonheur, que j’ai été bien avec elle et lui en suis reconnaissant, que cette relation m’a été douce et que je veux qu’elle dure encore, qu’elle m’apporte la paix en ce bref passage sur la Terre.
Pourquoi est-il si difficile de dire des mots d’amour et de tendresse ? Pourquoi me réfugier dans la rageuse exigence du sexe considéré comme un combat et de la jouissance comme une victoire qu’on arrache ?
C’est peut-être qu’il y a en moi, ce qu’il n’y a pas en elle – parce qu’elle est Femme et moi Homme ? – le goût du combat et de la mort ? Que Sexe et Violence s’entrelacent pour moi et que mordre, griffer, serrer convulsivement sont les gestes d’amour qui me paraissent d’autant plus précieux qu’ils sont dangereux, chargés d’animalité…?
J’ai oublié d’écrire tout à l’heure, à propos de notre discussion d’hier soir, qu’elle m’a dit qu’elle avait peur parce que, peut-être, je voyais en elle mieux qu’elle-même (mais ma mémoire me trahit, là ; n’est-ce pas qu’elle voulait dire que je voyais clair en la voyant plus détachée de moi ? Il me semble pourtant qu’elle a exprimé une peur du sexe… Oui, elle a dit : « Les hommes me font peur, pourquoi ? » Et j’ai répondu, en gros : « Parce qu’on a peur de souffrir. Les hommes aussi ont peur des femmes. »

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

(Paris)
Fini tournage avions. Récupéré tirages photos Agnès à Pierrefitte…
Magnifique série. Sort très bien en 18 x 24 (et une en 40 x 50, choisie par Agnès).
Je me suis retenu de pleurer jusqu’ici…
Puis, arrivé ici : éclaté en sanglots. Je me sens si coupable, quand je vois ce visage rieur, innocent, cette  adorable petite fille, dont j’étais fou…!
(« Comme un géant »… « Elle a trois ans, je suis fou d’elle… ! ») Un géant… ! Tu parles !
J’ai pleuré sur ma culpabilité, sur ma lâcheté, sur ma connerie.
On ne fait pas d’enfants si c’est pour les quitter
René, mon frère, lui, au moins, est en paix avec sa conscience et avec ses filles…
Quant à moi, Agnès est bien en droit ne me faire des reproches…

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS – MA MÈRE

(16h 05 Café terrasse place Gambetta)
Deux petites filles (trois ans ? quatre ans ?) passent, se tenant par la main (petite jupe bleu clair -T-shirt rose – coupe « au bol » (un peu la Diane du C.E. de l’école Sainte Bernadette) et je pleure…
Pourquoi ? Pourquoi l’innocence, la vulnérabilité de l’enfance me font-elles pleurer ? Parce que toujours se réveille ma vieille culpabilité vis-à-vis d’Agnès et, plus profondément encore, ma propre blessure d’enfance… ?
Mais laquelle ?
Me suis encore engueulé avec ma mère au téléphone tout à l’heure. Tout en elle, toujours, sous-entend la critique venimeuse à l’égard de ses fils (c’était parti de l’obligation qu’aura René de se lever tôt chaque jour, s’il vient travailler dans le 20e) et je lui ai gueulé que je croyais en ma valeur (mais c’est une autre valeur que la marchande…)


Pendant la conversation elle m’a dit :
« Tu m’as trahi ! » ! ! !

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS – LORIENT

(14h25 Lorient. Cours de la Bove. Café « Le théâtre », celui où j’ai dit à Jocelyne « J’ai envie de faire l’amour avec toi… » et où elle a disparu dans les toilettes…)

(Je suis assis à peu près dans le coin où nous étions, bien que la décoration du café ait changé, mais l’implantation du lieu reste apparemment la même).
J’ai filmé ce café, à l’extérieur.
Pourquoi est-ce que je fais ces images ?
Je ne sais pas. Peut-être pour Agnès. Pour qu’elle ait une trace du lieu où ses parents ont décidé de s’unir sexuellement, ce qui devait par la suite lui donner naissance…
Par ailleurs, ici, j’attends l’heure de la vedette pour aller à Gavres…

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

(Voilà, je suis venu m’installer à la terrasse (déserte). Je n’entends presque plus cette bouillasse « musicale ». Devant moi : verdoiement paisible. À droite : Saint-Eustache (où je suis entré samedi soir, la nuit tombante, avec Agnès. Elle avait peur à cause de « L’exorciste » vu récemment à la télé.)

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

Cette nuit : pas de violence (à part coup sur la main de Mathilde mais pas fait exprès : c’était parce qu’elle a avancé sa main au moment où je tapais sur le lit !) Mais : mal. Problème chômage et problèmes sexuels. Je lui reproche de ne pas avoir d’appétit.
J’ai beaucoup pleuré cette nuit. Gros sanglots. Chaque fois que c’est comme ça, c’est ma culpabilité vis-à-vis d’Agnès qui ressort et je pleure en l’appelant…
Je me suis endormi à six h du matin.
Tristesse. Malaise. La seule lumière, ce matin : eu au téléphone Marie-Claude G. qui a aimé « L’amour de loin »…!

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Tous ces jours de chômage et de solitude, je les ai beaucoup passés assis ici à cette table, écrivant et regardant plus ou moins distraitement la télévision.
Et là, pour la deuxième fois, je viens d’éclater en sanglots, en voyant des scènes qui montrent une fillette (12 ans ?) et son petit frère (un adorable bébé blond) (c’est en suédois ?)
Je pleure en pensant à Agnès, non : je sanglote. Je n’arrête pas de lui répéter « Je t’aime ». Ils sont seuls tous les deux sur une île. Leurs parents arrivent. Tout le monde s’embrasse et moi je pleure à nouveau. Oh mon enfant chérie si tu savais combien je t’aime et me sens coupable vis-à-vis de toi !

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Agnès dort dans la petite chambre. On a regardé la télé (Champs-Élysées, spécial Thierry Le Luron, vraiment génial, ce mec !)
Je m’aperçois que je n’ai pratiquement jamais rien noté des choses concrètes comme ça, des choses « sans importance particulière », mais qui font le fil des jours, le fil des week-ends avec Agnès, depuis bientôt 10 ans !

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

Au téléphone, tout à l’heure, Agnès aussi a pleuré : la mère de sa copine Nolwenn lui reproche d’avoir ramené des garçons, dont le boy-friend de Nolwenn…
Agnès ne savait pas, elle a dit oui aux garçons qui voulaient venir. Lui ai dit d’appeler cette femme pour s’excuser d’avoir agi sans lui demander son accord… (ou sans dire à sa copine de le demander…)

– Note écrite à 40 ans