VÉCU – AGNÈS

(2h du matin)

Aujourd’hui, ce soir, suis sorti dîner avec Karen et Marion.
Rentrés après le repas (métro).
Rentré à la maison, et finit de lire « Belle du seigneur ». Lu la fin, leur suicide.
Bel et grand amour que le leur, qui préfère se saborder que de se rendre au temps qui l’assiège et le grignote.
C’est si important, l’amour, bien plus important que mes misérables préoccupations de plaire et séduire.
C’est bien ce que j’ai compris, ce soir, et en dînant et en lisant, les deux mis bout à bout, d’abord cette preuve que je peux plaire à une femme, en ne la soulageant pourtant pas de sa souffrance puisque je ne lui apporte pas l’amour… Puis cette image d’amour et de mort, de temps qui passe et quand je lisais Ariane se remémorant son enfance, je pensais Agnès, à l’enfance d’Agnès.
Oh, pourvu que j’ai le temps de vivre assez pour lui dire combien je l’aime, mon enfant chérie, mon « petit bouchon », ma Gnouche, ma Gnouchy !
Oh, grand amour de ma vie, sache combien ton père t’a aimée. Je pleure en te l’écrivant. Je voudrais tellement que tu sois heureuse. Tout à l’heure, j’ai pensé au garçon qui viendra dans ta vie et j’ai eu un élan vers lui, le désir de l’aimer, comme un fils, par amour pour toi.
Je ne peux pas regarder les photos de ton enfance sans frémir, de culpabilité, de souffrance. J’enrage de voir que certaines, inexplicablement, se sont collées les unes aux autres…

– Note écrite à 39 ans

VÉCU – AGNÈS – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE

Depuis dernières notes :
Dimanche dernier : m’ennuyant, j’arrange un dîner à la maison des B. mais Mathilde fait la gueule : je me mets en colère, la frappe. Agnès, présente, en larmes, essaye de m’arrêter, me gifle. Bagarre générale : Mathilde s’y met aussi, casse miroir, me tape sur la tête avec téléphone, se bat avec Agnès.
Ça s’arrange quand je vais téléphoner à Jocelyne pour ramener Agnès et m’en aller ailleurs.
Mathilde s’excuse. Réconciliation
Plus tard, j’en parle avec Karen et Marion.
Marion parle de « chantage ». Ça me remue.
Je pense depuis à cette idée de chantage (cf. Colette).

– Note écrite à 39 ans

VÉCU – AGNÈS

 (Café Costes 1h10)

À la radio : Sting (« Russians ») ← (Plus tard : cette chanson repasse. Ce n’est pas « Russians », mais la chanson sur le loup-garou écoutée sur la FM la nuit)

Commentaire du 16 septembre 2015 :

Je n’arrive pas à me rappeler de quelle chanson je parlais, peut-être : «Moon Over Bourbon Street » ?

– Commentaire écrit à 68 ans

Je pense à Agnès. Cette chanson (« Russians ») restera sans doute comme symbolisant son début d’adolescence. Elle s’éveille à la conscience de l’injustice, de l’absurdité, de la tristesse du monde.
Comment éviter tout cela à nos enfants ?
Malheureusement, c’est impossible… !

(…)

(Plus tard)

Sting à nouveau. Retour d’Agnès… (ce coup-ci, c’est bien « Russians »)

– Note écrite à 39 ans

VÉCU – AGNÈS – MA 1ÈRE PSYCHANALYSE (1980-1987)

Séance d’hier. Je pleure, parlant d’Agnès.
(Évoqué ma peur de ne pas pouvoir la protéger, mon chagrin a n’être pas sûr qu’elle soit heureuse).
G. : « Vous projetez sur elle le désarroi où vous étiez devant ce que vous pensiez être l’impuissance de votre père. » (→ Me fait penser à son impuissance au moment mort de Nini).

– Note écrite à 39 ans

3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – AGNÈS – VIOLENCE – COLÈRE – TÉLÉVISION

Cette nuit : crise avec Mathilde.
(Commencé par discussion au lit, partant du passé de Mathilde avec son mari et arrivant à Agnès et Mathilde disant qu’elle n’était pas contente qu’elle se soit « mêlée de ses affaires » → colère.
Violence. Dormi dans le canapé. Re-crise ce matin avant qu’elle parte + elle m’appelle : « J’en ai marre de ces crises » → re-colère.

Mauvaise journée.
Culpabilité.
Abattu.
Rencontré Jean-Claude Salou du « Jour du seigneur ».
Rien avant juillet ou septembre…

Pas pu joindre Horbette.

VÉCU – AGNÈS

Flip. Et puis, en travaillant, c’est passé !
Mais ça me fait penser à Agnès disant : « Je n’y pense plus ! »
Agnès, ma petite enfant !
Quand je pense qu’il a suffi, l’autre jour, que je sois en retard (suite malentendu) et que sa mère se mette en colère et la voilà en larmes !
« Je n’y pense plus, mais je reste fragile… ! »
Malédiction sur moi !
Je suis toujours au bord des larmes.
Et cette blessure déçoit Mathilde et lui pèse !

-Note écrite à 39 ans

VÉCU – AGNÈS

(11h50 café « Père tranquille »)

Bien. Faisons le point.
Hier : samedi matin. Mathilde se réveille de mauvaise humeur. Me fait un procès : elle n’est pas satisfaite de sa vie = ne fait plus rien. Je ne lui propose rien. On ne partage plus.
Elle menace de s’en aller le week-end. Veut m’empêcher de prendre la voiture pour aller chercher Agnès comme prévu (j’essaye de téléphoner pour dire à Marc d’aller la chercher, mais ça ne répond pas. Je suis obligé de me sauver pour y aller, car elle est en colère et veut me retenir.
J’y vais. M’arrange avec Jocelyne pour rendez-vous afin qu’elle récupère Agnès, car j’ai l’intention de passer la nuit à l’hôtel et ne veux pas imposer ça à Agnès.
(…)
Je rapporte voiture et télécommande parking à Mathilde. Je laisse Agnès en bas et monte. Elle gueule parce que je m’en vais et casse deux miroirs. Me dit qu’elle me demande quelque chose que je réponds par départ : égoïsme…
Après-midi avec Agnès (déjeuner dans pizza rue de la Harpe – « Au cœur de la nuit » – Achat dans librairie à côté du ciné : photos d’« Autant en emporte le vent » pour Agnès + bouquin de Michel Chion sur scénario pour moi (acheté aussi aux Puces livres sur Juifs pour Agnès et cartes postales rue des Écoles).
Métro → rendez-vous Porte de la Chapelle. On va dans un bistrot. Y entrent : Marc et le grand-père L. (grand-père d’Agnès côté maternel). Je les invite à boire un verre.
Ils partent.

– Note écrite à 39 ans

VÉCU – AGNÈS – 2ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : COLETTE

À noter : conversation avec Agnès.
On parlait de ma culpabilité de l’épisode Colette.
– C’était une histoire condamnée d’avance, dis-je.
Agnès : « Quand on aime, on ne sait pas ! »
Quelle lucidité chez cette adolescente de 14 ans !

– Note écrite à 39 ans

VÉCU – MES PARENTS – AGNÈS

(23h35)

Je commence ce carnet par une note de tristesse et d’angoisse : tout à l’heure, en rangeant mes cassettes, j’ai passé cassette conversation avec parent (pourquoi a-t-elle été effacée ? Il n’en reste qu’un petit bout…)

J’ai entendu la voix de Papa et celle d’Agnès, petite (trois ans ?). Une émotion, une angoisse terribles m’ont étreint… Presque autant d’entendre la voix de mon petit bout de chou que celle de mon père chéri… Mathilde elle aussi a été bouleversée…

Dura lex, sed lex… !

Que faire d’autre que vivre ?


(0h30

Joie ! Pleurs de joie ! Je viens de vérifier : l’autre face de la cassette est pleine !

J’en ai réécouté un petit bout. Je réécouterai tout plus tard, tranquillement (je suis fatigué). Ça m’a fait beaucoup moins mal que tout à l’heure. Au contraire, je suis heureux d’avoir cette trace de ceux que j’aime tant ! Je vais m’endormir plus paisible…

– Note écrite à 39 ans

VÉCU – AGNÈS – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – ZELDA

Fêté mes 40 ans avec Agnès, Michael, Zelda et Patricia et ses deux gosses.
Au moment où ils me chantaient « Joyeux anniversaire » devant le gâteau avec bougies allumées, j’ai pensé qu’un jour je me souviendrai de ces visages d’enfants, lorsqu’ils seront plus des enfants…
Ils m’ont fait plaisir (Michael m’a acheté deux bougies parfumées).

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS

(18h50 Gare du Nord)

Dans le train pour aller à Cernay, à la clinique, voir Agnès qui a été opérée de l’appendicite ce matin…
Jocelyne m’a laissé message hier pour m’apprendre ça…
L’opération s’est bien passée. Je l’ai eu ce matin, mais elle était encore faiblarde…
Pour la première fois, ma petite fille allait être opérée : ça m’angoissait… Moins que Jocelyne, toutefois, qui est restée, dans la voiture, hier soir, effondrée, dans un de ces états somnambuliques que j’ai si bien connus (et que je détestais…)
Terrible de découvrir concrètement que son enfant est exposé à la maladie, à la souffrance… Bien sûr, cette fois-ci, c’est bénin, mais voilà qui réactive ma vieille angoisse et ma vieille culpabilité : avoir mis au monde un être promis à la souffrance et à la mort !

– Note écrite à 40 ans

VÉCU – AGNÈS – 3ÈME DES 4 FEMMES DE MA VIE : MATHILDE – MICHAEL – ZELDA

(21h 30)
Agnès, Zelda et Mathilde regardent « Flipper le dauphin » à la télé.
Elles rient, s’attendrissent sur cette tendre bête…
Quel dommage qu’il n’y a personne à prier pour les protéger, leur conserver longue vie et leur assurer le bonheur…
Personne. Sauf moi-même ?
Pas Dieu, mais homme tendre, gentil, aimant…

– Note écrite à 40 ans