VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Hier soir été voir Jocelyne suite à coup de fil à propos week-end prochain, soi-disant pour se mettre d’accord sur ce qu’on dirait tous les deux à Agnès. En fait : discussion triste. On s’est quitté sur une déclaration de guerre. J’ai rappelé pour négocier. Je dois la rappeler demain soir.

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – FEMMES – CINÉMA – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Pas de réponse à la lettre de l’avocat. Je pense qu’elle va faire la morte, faire traîner les choses.

Agnès me manque de plus en plus. Je ne sais comment elle est, comment ça se passe. A-t-elle senti, compris ?

Je sors beaucoup le soir. Dans la journée aussi, j’ai toujours quelque chose à faire. Sauf aujourd’hui où je traîne ma flemme – mais c’est un peu normal après cette panique des meubles, du ponçage et du vernis – pourtant il faudrait que je fasse le ménage, il y a une tonne de crasse et de sciure sur toute chose et des affaires en vrac à droite et à gauche.
La musique me manque. Et mes livres. La bibliothèque, terminée, fait très vide.

Jean-Pierre Bertrand au « Magazine de l’image ». Parlé de mon sujet sur les jeux. Ça a l’air de l’accrocher. Je dois l’écrire. J’hésite à le faire dès maintenant ou après avoir fait le compte des jeux existants.

Bouillon : en sommeil car il est occupé par un dossier d’agrément au CNC.

Reggiani : j’attends. Si ça marchait avec Bouillon, j’envisagerais d’aller le voir en tournée.

Toutes les lignes que j’avais lancées, ça ne mord pas : Armorial, Mnouchkine, Rassam, Roitfeld, Kermadec, Office Kréation. Sans compter les « consultants » : Miller, Fansten, Monnier et autres.
Mais ça ne me chaut que peu.
Mon emploi du temps récent (en remontant) :
Hier, jeudi : soir : Sario. Assedic. Conférence Aujourd’hui Madame.
Mercredi : soir avec Bertrand, son père, François Maistre. Jour : fini meubles. Avocat le matin.
Mardi : soir théâtre avec les C. (dormi chez eux dans le lit de Caroline). Après-midi : AFI.
Lundi : soir : dormi chez Jean-Claude et Sido cause vernis.

Je m’aperçois que ça fait trois semaines que je suis parti (plus : vingt-six jours ! Presque un mois). Temps passé très vite : un mois déjà ! Déjà, l’hôtel des premiers jours, les petites annonces, les visites d’appartements, tout ça m’apparaît très loin. Déjà, j’ai mon passé à moi, à moi seul.
Hier, en rentrant avec Sario chez lui, lorsque sa nana lui a fait la gueule parce qu’il était tard, j’ai ressenti ça comme intolérable, insupportable, ces relations de couple, d’oppression mutuelle, de reproches, cette angoisse pas possible. Ah être seul, être libre, malgré les mauvais moments, les moments de manque, d’ennui, c’est quand même précieux.
En ce moment, il fait gris et très froid, c’est la seule chose qui me gêne. Vivement le printemps. C’est drôle comme ça ressemble à 74, de ce point de vue-là : jours d’hiver (et même de neige), puis jours radieux du printemps (cerisier par la fenêtre de la cuisine des Coudreaux) L’ai-je voulu ?
Je viens d’accrocher au mur des posters achetés il y a déjà quelque temps : Turner « Le paquebot Téméraire » – « Wings of Love » et un petit Magritte.

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Michel projetait des films super 8 de vacances. « T’as pas un film où je suis ? » ai-je demandé niaisement.
Il m’a passé un film fait chez lui, au Coudreaux, et j’ai revu Agnès. À trois ans environ. Pris ça dans la gueule. Un grand coup de cafard. Ça a réveillé en moi des tas de choses.
D’abord : sa pensée. Je m’aperçois ce soir combien elle me manque. Combien plus que je ne crois.
Le choc, en la revoyant petite. Le choc de me rendre compte que j’avais oublié son visage de cette époque. Tous les visages de son enfance. Pourtant pas si loin.
Le remord. La culpabilité d’avoir laissé le temps passer, implacable, irréversible, et de ne pas m’être assez occupé d’elle, de n’avoir pas suivi mieux son évolution, le changement de son visage, de son être.
Affreusement coupable ce soir. À en pleurer. Et puis : moi, dans le coup. Si je ne m’en souviens pas, c’est que je n’ai pas vécu cette enfance d’Agnès assez intensément. L’intense marque. Et pas intense parce que je n’étais pas heureux. N’est-ce pas une théorie ? Je ne crois pas.
Ce temps qui ne reviendra pas. Ces bouts de pellicule, seule trace de ce temps. Déchirant.
Son visage… Ce visage grave, ces grands yeux qui fixaient la caméra. En voyant cette gravité, en connaissant son fond de gravité, je me prends à douter qu’elle encaisse bien mon départ. Et J’ai affreusement peur.
Je mesure, ce soir, mon égoïsme.
Ma fille, mon enfant, ce soir je pense à toi je pleure..

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS -1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – SEXE

En ce moment, c’est le creux de la vague. Je vais mal. Branlettes tous azimuts et ce soir, one more time, une pute et l’impuissance. Je prends conscience de plusieurs choses : mon inconscience de ce qui m’attendait réellement en partant. Et de ce qui attendait Agnès. Le fait que je m’abime dans une agitation frénétique pour combler mon vide. Mes difficultés de communication avec les autres. Ce côté hyper susceptible, hypertendu, confinant à la schizophrénie, à la parano. Le fait que je ne m’aime pas (tout en m’aimant) et que, par suite, je ne peux aimer les autres (tout en les aimant). Mon rapport aux femmes m’inquiète. Mon rapport à la vie aussi. Mon rapport à moi aussi. Pourtant, quand je considère les choses avec tant sois peu de recul, je me dis que ça ne va pas si mal. Qu’il me faut de la patience. Un peu de patience. Je n’attends qu’une chose : une femme. Le boulot : c’est l’attente aussi, mais celle-là, je la connais et je peux plus ou moins la combler.

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

J’ai appelé Jocelyne pour savoir si elle avait reçu la lettre de l’avocat. Pas reçu. Elle a parlé à Agnès : « Papa préfère vivre seul. »
D’après ce qu’elle dit – et je la crois – Agnès n’en parle jamais « Ne me parle plus de cette affaire ». Je l’ai eue au téléphone. Elle a pleuré un peu, mais ça s’est arrangé. En repartant, elle a passé le téléphone en demandant à Jocelyne « Tu vas pas pleurer ? » Jocelyne accepte que je la prenne ce week-end.

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – IDÉE SCÉNARISTIQUE

Une idée de court-métrage qui me vient en me voyant en train de discuter avec Agnès dans un bistrot :
– C’est attendrissant un père avec sa fille dans un café, comme image. C’est joli, ça provoque un sourire. Mais moi, je le vis avec plein de choses dans le cœur et comme un nœud dans le ventre. L’image ne restitue pas l’émotion des « personnages » → un film qui serait « vu » par un spectateur d’abord en amorce, puis se retirant disant « Prenez ma place ». Un spectateur qui remarquerait le « joli », « l’émouvant », qui aurait le regard « tranquille » du spectateur-type. Tout un film où le texte serait – ironiquement, férocement – anesthésiant (soulignant la distance spectateur-image).

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Demain je verrai Agnès pour la première fois depuis un mois, jour pour jour. Je suis angoissé à cette idée et aussi contrarié parce que j’ai voulu – peut-être par inquiétude – assurer à Agnès la présence d’autres enfants, en l’occurrence Raphaël, le fils de Sido et Jean-Claude et que je ne sens pas de bonnes vibrations autour de ça.
Je me tâte pour passer le week-end seul avec elle, mais maintenant c’est arrangé comme ça et il faut que je contre ma parano, car ce qui compte, c’est Agnès et non moi. À cet égard, elle préférerait peut-être être seule avec moi. Je vais peut-être le lui demander demain matin.
Je suis très angoissé, mécontent de moi, comme toujours, estimant que je ne me surveille pas assez. Comment vivre ainsi ? Quel père suis-je pour elle ?

Jocelyne au téléphone m’a dit qu’elle ne pouvait vivre seule et qu’elle se remarierait probablement et qu’elle aurait ainsi un homme solide. Tout se confirme. Je suis lamentable. Il ne faut pas que je pleure demain.

Jocelyne m’a dit qu’Agnès avait fait deux fois caca au lit et qu’elle venait parfois dans son lit.

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Chez les L. Agnès, Carole, Raphaël. Agnès a tenu à venir voir comment c’était « chez moi ». Bertrand regarde un match de rugby. J’ai l’impression – mais est-ce bien certain ? – qu’Agnès prend assez bien les choses. En tout cas, elle ne refuse pas la situation.
Tout à l’heure, j’étais bien. Maintenant, ce rugby me fait chier. (J’ai agressé Bertrand).

Agnès mange une crêpe, assise près de moi sur le lit. Elle n’en veut plus, Raphaël la remporte, elle sort.

Elle ne mord assez souvent

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Premier week-end avec Agnès. Dimanche soir. J’écris couché. Bilan :
Ça s’est bien passé jusqu’à ce soir, où ça a coincé. À partir d’un accrochage avec Carole qui, sans doute, manquant de tendresse, « se venge » sur Agnès.
Agnès s’est mise à pleurer, s’en prenant à moi : « Tu veux pas rester à la maison, tu nous laisses, Maman et moi, je vais m’inquiéter et m’ennuyer. »
– Tu as l’école, des petites copines…
– Elles sont méchantes.
– Toi aussi, ça t’arrive d’être méchante, tu as ton petit caractère, c’est normal.
Larmes. Je tente de la consoler, silencieusement, la tenant dans mes bras. Silence autour de nous. Tout le monde sent que c’est grave.
Plus tard, dans la voiture, je lui parle. J’essaye de lui expliquer notre désaccord, Jocelyne et moi, mais que, si je suis parti, je l’aime toujours aussi fort. Je lui explique qu’elle ira un week-end avec sa mère, l’autre avec moi. Elle m’avait demandé avant : « Pourquoi tu viens pas en week-end avec Maman et moi ? »
Elle accepte apparemment bien l’idée de partage. Un moment : « Maman, elle touche rien, avec son travail. » Je lui explique qu’elle ne manquera jamais de rien.
Elle me demande, quand je lui dis que je l’aime grand comme le ciel « Tu aimes pas les autres enfants »
– Je les aime bien, mais pas comme toi. Je t’aime plus que tout au monde.
Elle se calme, sèche ses yeux, suce ses pouces, l’air grave, puis se distrait avec son arbalète en tirant des fléchettes sur le pare-brise.
Arrivé à Pierrefitte, je retranscris tant bien que mal cette conversation à Jocelyne qui me chasse, très agressive « Je préfère ne pas te voir ici » et m’accuse d’avoir tardé à venir la chercher samedi matin.
« Tu t’es pas ennuyée ? » a-t-elle demandé à sa mère en arrivant.
À un moment, dans la voiture : « Tu es une grande fille, maintenant »
– Oui, je suis grande. Et je comprends tout.

– Note écrite à 31 ans

VÉCU – AGNÈS – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Eu tout à l’heure une conversation téléphonique avec Jocelyne.
D’abord orageuse : elle m’a traité de salaud, pensant que j’avais voulu monter Agnès en lui disant qu’on s’était disputés.
On a hurlé tous les deux. Elle a raccroché. Puis elle m’a rappelé, on a parlé plus calmement. Je me suis défendu. Je dois y aller jeudi avec l’ampli

– Note écrite à 31 ans