VÉCU – VACANCES

Téléphoné hier soir aux L. Il faut reconsidérer le problème de nos vacances : il n’est pas possible d’aller à Langoelan (trop de monde → gêne pour eux et pour nous). Reste la solution du camping en Auberge de jeunesse et du stop… N’importe quoi, pourvu que je prenne un mois de repos…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – FAMILLE

Impossible de supporter mes parents. Plus ça va, plus le divorce s’accentue, à cause de leur irresponsabilité, de leur bêtise, de leur mauvaise volonté. Ce n’est pas l’affection qui manque, mais elle ne suffit pas : c’est là leur drame : ils ont vécu dans un univers bien clos et bien chaud, où l’affection, ciment indestructible du groupe familial (aussi cellule sociale), était le principe nécessaire et suffisant d’équilibre. Ils n’ont jamais pensé que l’intelligence, la lucidité, pouvait venir s’y ajouter et la renforcer…

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION – DREYER – « ORDET »

Ce qui m’intéresse dans le cinéma muet, c’est qu’il est de pure intelligence, sans la parole pour nous captiver subtilement (« Ordet »). Je ne parle pas seulement du cinéma muet proprement dit, mais de ces moments où le cinéma parlant se tait (comme pour réfléchir).

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION

Supprimer l’anecdote au cinéma ? Non… La MULTIPLIER. Dans la vie de tous les jours, nous vivons parfois des anecdotes (nous nous les racontons et c’est de la fiction…) Et nous sentons autour de nous des millions d’autres anecdotes. Au cinéma, nous sommes fixés sur une seule, qui nous envahit… Il faudrait arriver à retrouver cette diversité, cette multiplicité des anecdotes, des directions dans lesquelles notre esprit s’engage, dans certains moments de réceptivité exceptionnelle et de rêverie très profonde. Ce serait ainsi le réalisme le plus PROFOND, puisqu’on retrouverait, sans différence de nature, mais approfondies et maîtrisées, les découvertes les plus PROFONDES de la réalité du monde dans le monde de la fiction… C’est dans une telle direction que s’engage Resnais et certains le suivent. Ils ont raison. Mais il faut pouvoir le faire… Je ne me sens encore capable que de la linéarité et de l’unité anecdotique, autrement dit un scénario solide à quoi m’accrocher.


« Réalité du monde et monde de la fiction… »

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – CINÉMA – RÉFLEXION

Je me suis trompé : Paulhan, la « rhétorique », ce n’est pas le retour à l’harmonie signe-chose, mais, du fait de l’impossibilité constatée de cette harmonie, son dépassement, l’acceptation du signe en tant que signe, du langage en tant que langage. Dans cette mesure, je suis d’accord : dans le cas du cinéma, il est à remarquer (après tout, c’est aussi ça en littérature), que les terroristes ne coïncident pas avec la majorité du public. Le « grand » public, lui, n’a jamais fait autre chose (dans le cas du cinéma surtout) que de le considérer comme un spectacle (cf. Resnais). Il accepte le phénomène cinématographique en tant que tel.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – PSY

Pourquoi est-ce que je te parlais tout le temps de mes projets, de mes idées, etc. parce que, n’ayant pas les moyens de diffusion de mes idées et les moyens de les réaliser, c’est-à-dire n’ayant pas un vrai public, je te prenais pour public. Maintenant que j’accède petit à petit aux moyens de diffusion, je réalise que cette attitude envers toi était nocive, perturbatrice et je ne te prends plus comme auditrice bénéficiaire de mes chefs-d’œuvre ou victime de mes désappointements (parce qu’en plus, tu étais un public qu’on peut accuser tranquillement d’incompréhension ou d’insensibilité, même si l’erreur était de mon côté).

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – RÉFLEXION – CITATIONS – PAULHAN

Paulhan « Les fleurs de Tarbes »
Exergues :

« Comme j’allais répéter les mots que m’apprenait cette aimable indigène :
− Arrêtez ! s’écria-t-elle. Chacun ne peut servir qu’une fois
(Voyage de Botzarro, XV)

« À peine arrivé chez M. de Sainte-Beuve, j’entamais la lecture de « Louisa ». Au bout d’une demi-heure, M. de SB s’écria : « Ce n’est pas un roman ! » J’allais fondre en larmes, quand il ajouta, du même ton : « C’est la vie même ».
(Mémoires de Thérèse Thirion, II,8)

« Le tribunal révolutionnaire d’Arras jugera d’abord les prévenus distingués par leur talent »
(Le délégué Joseph Lebon, août 1793)

« La décadence des Lettres commence le jour où l’écrivain, trompé par le charme des périodes et, comme Balzac, séduit aux mots, se figure, l’insensé, qu’il lui suffit d’écrire. »
(Juvignet, De la décadence des lettres, 1765)

« Sitôt qu’il y a dans le monde des connaisseurs de chevaux, on voit apparaître des coursiers remarquables. C’est qu’il y a toujours eu de tels coursiers, mais les connaisseurs sont bien rares. »
(Man Yu, Considérations sur les coursiers… 815)

« À sept ans, Harry aurait voulu être une fille. C’est qu’il parvenait à l’âge amoureux : trouvant un grand charme à la société des filles, il se figurait qu’il éprouverait bien plus vivement encore ce charme s’il était fille lui-même. »
(R. Hugues, Un cyclone à la Jamaïque)

« Il est aisé de remarquer que la statue du Maréchal Ney unit deux attitudes : la main gauche et les jambes sont placées comme elles étaient au moment où le maréchal tirait son sabre ; le torse, qui devrait être incliné, se redresse au contraire en même temps que le bras droit élève l’arme en signe de commandement. De cette dualité résulte de la vie de la figure. »
(Propos de Rodin)

« L’emphase de Balzac n’est qu’un jeu, car il n’en est jamais la dupe
(Carnet de Joubert)

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – RÉFLEXION

Paulhan parle d’utiliser les lieux communs (Les fleurs de Tarbes et de la rhétorique – Oh ! Un dzeugma… ! ?) en tant que tels… Je trouve qu’il le fait déjà dans les titres de ses ouvrages : « Progrès en amour assez lents » est la combinaison de deux lieux communs : progrès en amour et progrès assez lents… Quant au « Guerrier appliqué », plus subtilement, c’est la combinaison d’un substantif et d’un adjectif, type de combinaison fertile en lieux communs du genre : « Guérison miraculeuse », « Temps splendide », « Voûte étoilée », etc.… C’est-à-dire que Paulhan prend la structure (rhétorique) vide du lieu commun, qu’il remplit d’un contenu explosif qui la fait éclater et se découvrir comme carcasse pouvant être remplie d’éléments dangereux, c’est-à-dire qu’il met en lumière la nature inerte, propre à la manipulation humaine, du langage…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – PSYCHOLOGIE/PSYCHANALYSE/MON PSYCHISME – RÊVES

Lorient. Allons ! Écrivons…
Idée : (extraite d’un rêve que j’ai fait) : séquence :
1/ Un assassinat va être commis. La victime a été ligotée. L’assassin a un couteau à la main (ou une autre arme) et s’apprête à descendre le gars. Soudain, il se retourne et poignarde la caméra (qui les cadre de profil).

2/ Contrechamp : on découvre le troisième personnage (la caméra) qui s’écroule. Travelling ascendant.

1966.07.09
Additif au 1/ :
Le meurtre doit être précédé, guidé par des mouvements de caméra (téléguidage du chef). Le personnage se retourne contre son démiurge, contre le cinéma lui-même (possibilité : personnage qui crève l’écran # refus de rester dans l’écran, refus du cinéma)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Faire un film classique (raccords mouvements) où l’on suit un personnage, mais dans chaque plan c’est une personne différente…

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 15 juin 2015 :

Je ne m’étais pas aperçu que Resnais l’a fait dans « La guerre est finie » (série de filles sortant d’un immeuble et marchant dans la rue).

 – Commentaire écrit à 68 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

(Même veine que la confession par téléphone)
Église vide. Prêtre qui parle devant la nef déserte.
Zoom sur une caméra placée sur le balcon, en face (caméra de télé)
puis : série de plans sur des intérieurs, salles à manger, prendre la regardant la messe à la télé (chaîne privée Vatican)
Pour les troncs, les gens ne se dérangent plus : ils envoient des chèques.
Au téléphone : les fidèles demandent l’heure des services…

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE

Spectacle sur le thème de l’information :
Sur une scène :
Groupe de danseurs-acteurs éclairés successivement, massés autour de transistors.
Bulletin d’information :
Le même bulletin, chaque séquence d’informations diffusée sur un transistor, chaque groupe de personnages correspondant à ce transistor développant sur le plan visuel l’information orale. C’est-à-dire qu’ils sont (par leurs vêtements, leur allure, etc.) les personnages de l’information et jouent leur rôle, exécutant les actions qui sont exprimées par la radio, cette expression orale devenant, en fait, un commentaire (comme dit par un speaker sportif, il doit y avoir d’ailleurs une retransmission de match). Ce qui m’intéresse, c’est de montrer la guerre que se livrent dans notre conscience les informations et que certaines prennent le premier plan (sport – faits divers), alors que d’autres sont effacées (politique – guerre)

Nouvelle version :
Un type (ou une femme) écoute la radio : informations → Le personnage dont il est question apparaît dans la pièce et joue son rôle, commenté et décrit par le speaker de la radio. Le spectateur-auditeur le contemple s’il lui plaît (sportif – jolie fille, etc.) S’il ne lui plaît pas, il tourne le bouton et on passe à d’autres informations. Ainsi plusieurs personnages apparaissant, lorsque le poste diffuse des informations qui les concernent (nouvelles diplomatiques pour le politicien, guerre pour le militaire, etc.) Ils se mettent en branle. Lorsqu’on passe à une autre information, ils s’arrêtent, comme privés d’énergie.
Mais il y a une histoire :
Surviennent d’autres auditeurs (c’est en plein air) qui ouvrent leur radio, elles marchent toutes ensemble : tous les personnages se mettent en branle, ils se cognent, se bousculent et finissent par se battre en une bagarre générale.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – PROJET BALLET VIETNAM

Le ballet (Vietnam)
Plusieurs plans :
1/ Anecdotique :
Histoire d’une agression et d’une résistance
2/ Réflexion sur l’image. Dans notre société l’image existe très fort, elle nous inquiète. Pour nous rassurer, nous la détruisons et l’assimilons à nous (déchirer et manger)
3/ Mais l’image renaît (réapparition), car, dans cette chasse, on ne peut capturer qu’un symbole (la carte) alors que le signifié, objet auquel se réfère le symbole (le territoire) et hors d’atteinte (sur la scène). Or, un symbole est indestructible, parce que parfaitement reproductible (nouvelle carte). C’est donc sur un plan très vaste l’histoire de l’impossibilité de se saisir des choses qui est racontée 

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE

Réécrire « Elly »
Base : l’envoi dans l’espace-temps se fait par effort collectif (comme pour le renvoi hors de la pierre). À ce moment-là, c’est logique et beaucoup plus compréhensible. (La communauté se trouve rassemblée sur un espace découvert – groupe d’hommes → Le voyageur disparaît) (On peut placer le voyageur sur une sorte de véhicule qui disparaîtrait avec lui.
Quant à la pierre, elle prendrait la forme du véhicule et de son occupant (ce pourrait être aussi une monture – un cheval ?)


Une large avenue bordée de bâtiments (en ruines ?) sur laquelle s’ouvrent des rues transversales. Cette avenue est déserte, les bâtiments s’arrêtent, c’est la lisière de la cité, passés ces extrêmes faubourgs, il n’y a plus que le désert, que traverse seulement cette avenue aux dalles de pierre jusqu’à l’horizon. Soleil – blancheur. Cette avenue part du centre de la ville. En ce point se dresse une sorte d’amphithéâtre de quatre mille places, dont les gradins de pierre regardent vers l’avenue.
(Comment s’appelle cette avenue ?)
L’amphithéâtre se remplit : ses occupants sont vêtus de vêtements spéciaux avec un insigne (étoile ?) Ils ont la peau de couleur noire.
Finalement, l’amphithéâtre est plein. Tout cela s’est fait dans le silence. Dans le silence, les quatre mille noirs fixent de leurs regards le même point.
(Avant cela : transes – negro spirituals – jazz) sur l’amphi.
Ils fixent le même point : l’intersection de la venue et de la troisième rue perpendiculaire. Silence. Regards intenses. Immobilité cadavérique. Ciel bleu.
De la gauche, par la troisième rue transversale, débouche un cavalier en armure, sur un cheval blanc ; il est noir lui aussi. Il traverse lentement, au pas, l’avenue (large de 30 m). Lorsqu’il atteint le centre, le point précis d’intersection, un éclair formidable éclate, sa lueur blanche se reflète dans les yeux des quatre mille qui sont comme soufflés par la détonation. Lorsqu’ils se relèvent, pêle-mêle, le cavalier a disparu. Ils viennent de le projeter dans l’espace-temps. Leurs yeux sont normaux…


Dans les légendes de certains groupes de noirs : apparition d’un cavalier monté sur un cheval blanc.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

(Saint-Brévin-les-pins, le 19 juillet 1966)

 1966.07.19
Aujourd’hui, le 19/7/66, j’ai passé en revue les notes de mon cher époux ! Surprise ? Non ! → Nouvelles vues, nouvelles idées → Nouvelles formes de compréhension. Il faut à tout prix classer toutes ces notes de manière à en faire une synthèse. Nécessaire ! Encore une chose : j’aime son petit lapin. (écrit par Jocelyne dans le carnet).

Note écrite à 19 ans