VÉCU – CINÉMA – RESNAIS – « DELPHINE »

Aujourd’hui : grève du métro. Je suis resté à la maison. J’ai traîné. Je n’ai rien fait. Si : j’ai écrit, à Jo et à Zyf. Il est maintenant 20 h 25. Je suis au lit.


Je commence ce nouveau carnet. Mais une nouvelle période de ma vie commence-t-elle ?


10 h. Je rallume. Excitation. Besoin physique d’agir, de me battre.


Je « réussirai ». Je ferai tout pour ça. J’arriverai à avoir les mains libres, l’argent, la puissance pour créer ce qui me plaît.


Monde de lutte. Je connaîtrai des gens ; si mes idées sont bonnes, si ce que je fais plaît, séduit, pourquoi pas moi… ?


Et puis… Après l’excitation, toujours, je me calme. Je me dis que je me fais des illusions, que je m’emballe.


Gamin, pauvre type paumé, seul, sans moyens… les gens qui m’intéressent n’ont pas le temps de s’intéresser à moi. Pour Resnais, par exemple, je parie 10 contre 1 que ça finira par tomber à l’eau. Pourtant j’ai une arme : l’obstination, la patience. Il faut être patient. Et puis il y a le hasard… la chance… avec qui on doit aussi compter, en bonne comme en mauvaise part…


Utiliser « Delphine ». Je l’ai trop laissé dormir… La montrer. Ciné-clubs. Personnalité, etc.


Objectif : — rencontrer des gens — faire un stage. Travailler sur un plateau. — me faire produire

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Métro : mon reflet sur la partie droite de la vitre. À gauche, sur la partie concave de la vitre : reflet des gens assis derrière moi, donc devant paraître plus petits mais, comme vitre concave → ils paraissent aussi gros → au cinéma : conception du temps – téléobjectif – on se déplace mais on ne change rien – espace différent (à voir) (possible ← panneaux différentes distances) – temps passant ou  ne passant pas (cf. la mère qui court dans  » Hiroshima « )

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Idée nécessitant de nombreux figurants : dans le métro, dans la vie, personne ne se parle, ne s’aide, on s’ignore mutuellement. Montrer un monde ( sans insister ) où, dans les stations de métro, les gens de tous âges se parlent, où les gens s’aident, communiquent ( simple description )

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Je viens de passer un examen de cardiologie. 14,8 de tension ; « Cœur normal. Pas de lésion. Sujet anxieux » : voilà comment on recouvre d’un mot la réalité. J’étais fou de croire que je pourrais échapper au service militaire : Je ne crois pas que je serais réformé… J’y passerai, comme tout le monde.


Comment faire pour être réformé ?


Si je dois y passer, c’est emmerdant à cause du problème numéro un : boulot. Revenant du service,  il me sera bien plus difficile de trouver du travail. Tout au moins, il faudrait que j’entre au S. C. A. . Ce serait toujours mieux que rien. J’ai envie d’écrire à L. pour lui  exposer mon cas. Peut-être m’indiquera-t-il un moyen de m’en sortir ? Et puis il faut que je pense à mon sursis… Si je ne m’en occupe pas, ça me retombera sur la gueule.

1966.03.02

La lutte ? Oui. Y compris l’amertume de la défaite… ?


De toute façon, on est vaincu. Même si on ne se bat pas. Alors : autant se battre ; pour la vie, pour la beauté de la chose, par désespoir… ?


Pour l’homme… ?


Aujourd’hui : angoisse sensationnelle (à cause des deux cafés que j’ai pris pour faire augmenter mon rythme cardiaque)

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – DIMENSIONS – RÉFLEXION

Je suis passé devant une vitrine avec des petites voitures-jouets puis j’ai regardé la rue et j’ai vu un camion transportant des voitures, exactement pareil au jouet qui l’imite, garé en face… Passage d’une dimension à l’autre, du jeu à la réalité. Mais voie possible (cf. Godard) → après cela montrer le camion qui décharge, précision matérielle propre la réalité ; changer insensiblement de dimensions, revenir à la dimension réelle. Enfant qui regarde son jouet après plan du camion puis pareil → retour à la réalité : spontanéité de l’enfant. On peut bâtir le film ainsi : filmer d’abord la réalité (cinéma – vérité) avec juste une trame puis intercaler les repères extra-réels (jouets – jeu – fabriqués – art) qui sèment le désordre des dimensions et du jeu…

= soumettre la réalité à une épreuve… ? ?

________________________________________

Trop didactique sous cette forme. Il faut : filmer la réalité en un seul plan, faire la synthèse dialectique réalité-art (*) se servir du cinéma comme d’un révélateur. Révéler les mouvements complexes, précis, minutieux du monde vivant par contrepoint avec le hiératisme figé des choses fabriquées. Il faut arriver à ce que la chose fabriquée (jouet – art) se mette à vibrer

Voie = poétique ? ? ? ↔ (projet sur les plantes. Oui ← un seul plan (réalité + rêve) et caractère poétique (vision de l’enfant…)

(*) = l’art doit être évoqué (il n’en est que plus fort) (exemple : le gros plan de l’œil ou le plan du projecteur regardant et éclairant la salle de cinéma = utilisation, appropriation de la réalité.

Le repère (l’art – la fabrication) se trouve à la fois en deçà et au delà de la réalité. En deçà : elle la crée en tant que réalité de l’image. La réalité filmée, fabriquée, devient image. Dans ce premier temps on ne peut distinguer la fabrication de la réalité. Au-delà : elle est le deuxième pôle de l’image dont l’autre est la réalité. Elle est dissociée de la réalité, à laquelle elle fait pendant, et le deuxième terme de la synthèse dialectique avec la réalité.

À la fois dissociée et constitutivement liée, c’est le mouvement même de la dialectique

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – TECHNIQUE

Technique : 1/ projection sur un plan ← l’image est de petites dimensions 2/ changement de focale → l’image s’agrandit et l’écran sur les bords devient concave ou convexe

1966.03.03

passage du reportage au spectacle

Note écrite à 19 ans

LYCANTHROPIE – VAMPIRISME

Lycanthropie (phénomène du loup-homme = loup-garou


Conte d’Alexis Tolstoï : histoire de vampires → film « Les trois visages de la peur »


« Carmilla » (Le Fanu) → « La crypte du vampire »


Prof de philo : les précautions pour vérifier la mort sont insuffisantes (morts qui se réveillent dans leurs cercueils)

Note écrite à 19 ans

CITATION – SÉMANTIQUE – KORZYBSKI – VÉRITÉ – TRAHISON

« La carte n’est pas le territoire »


« Si la vérité ne triomphe pas, ses adversaires finissent par mourir » (Planck)


« On peut sourire, toujours sourire, et être un traître » (Hamlet)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – HUSTON – « AFRICAN QUEEN »

Ciné-club Voltaire : Jacques Demeure : prise de conscience de l’absurde ( » De Tom Mix à  James Dean « )


de Becker ?


victoire sur la mort (dépassement de  » Key largo « ) →


3 plans : — film d’intimité (malgré le plein air) — acteurs — scénario (lié à la mythologie)


Acteurs : Bogart et Hepburn avait déjà créé une mythologie (portée à son point de perfection) Huston retourne ces deux mythes (sangsues)


Mais : ici pas une valeur de sarcasme (retour au naturel)


rapports hommes-femmes : « Hatari « 


● Progression (tout le monde d’accord) mais dans quel sens ?
● Retour au mythe mais épuré ?
● Rédemption (Bogart redevient lui-même. Hepburn redevient élégante)
● Dépendance à la fin. Au début : supériorité (anti-mythe) la nature décrasse
● Jeu des acteurs : pas naturel  parce que au début les acteurs jouent un [jeu], un rôle
● Comme le bateau : ballottés. L’homme est annihilé (c’est le ciel qui agit)
● Les acteurs se décrassent et arrivent à des rapports humains
● Ça tient du [miracle]
● Acte de foi. Humanisme
● Miracles : sens dérisoire. Huston met en question l’ordre divin dans le monde.
● Une seule chose peut ordonner l’absurde = l’amour (fin. Pendaison = blanc et bleu)
● Mise en scène et prise de vues extraordinaires
● Accession au détachement
● Au départ : mythe parce que posés comme individualité → dégradation de l’individualité
● 2 mises en scène : l’une du dialogue, une de la nature = synchro
● Trop de niveaux dans ce film. Ni acteurs ni personnages (pas dans le film et pas acteurs)
● Il faut être docile
● Gens hors du temps et de ce qui leur arrive
● Rapports entre les personnages. Tout le reste est contingent (Agel)
● Contradiction entre dialogue des personnages #combat avec la nature → défaut
● Ambiguïté
● Exemple : Bogart se moque des hippopotames. Huston ne s’intéresse pas à la nature. Seul intérêt : dimensions intime
● Il ne veut pas se laisser bouffer par la nature
● Huston ami de Flaherty
● Huston a fait du théâtre ( » Huis-clos « )
● On sent le fond de la nature (C.)
● C. # Ch.
● Oui : (sangsues)
● # on ne voit jamais la nature
● Mise en scène : académique
● Unité de lieu (bateau)
● Pas de contact entre les gens et la nature
● Agel : balancement entre le  » Hatari  » et  » Brève rencontre  »
● Mis en scène : théâtral : non. Tout est justifié (G. P.) par rapport au mouvement du bateau
● Minelli : cinéma = rapports entre un homme et un décor
● Cinéma n’est pas théâtre (← visages)
● Agel : il faut être naïf → Ch. : il connaît les idées de Huston à partir de l’idée qu’il se fait de Huston
● Agel :  » J’aime les visages humains, c’est ce que je préfère dans le cinéma  »
● Certains éléments de dramatisation qui rompent cela (plans d’ensemble du bateau sur les rapides)
● Importance de l’eau

Note écrite à 19 ans

VÉCU – PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

13 h 10. Café en face du jardin du Luxembourg. J’attends Jean-Jacques pour aller chercher la batterie. Cet après-midi : enregistrement de la musique du ballet. Cette nuit : couché chez lui. L’autre nuit : après avoir été avec Édith P* et Jean V* bouffer couscous et écouter du jazz, dormi dans une piaule de Jean. Lu  » Cahiers du cinéma  » :  » Muriel « .


Je viens de rencontrer Emmanuel : il m’a fixé rendez-vous jeudi prochain à 14 h 30 avec Victor.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

26 mars : « Main basse sur la ville ».


23 h 10 : couché. Pipe. J’aime écrire au crayon feutre. Hier : enregistrement. Le matin : je suis parti de chez Jean-Jacques à midi (le réveil n’avait pas sonné). Il faisait gris. Je suis arrivé au Luxembourg. Sur le boulevard Saint-Michel j’ai rencontré Emmanuel. Ça m’a fait  plaisir de le revoir. A lui aussi je crois. Après ça, je suis resté quelque temps dans un troquet puis Jean-Jacques est arrivé en Dauphine. Chez Pasdeloup : plus de batterie à louer. On a foncé à Clichy dans une autre  boîte. Ils en avaient une mais dégueulasse. On l’a prise quand même. Garé devant un garage. Engueulade. Coups de klaxon. Il était déjà 15 h. On fonce à la maison. C. n’était pas encore là mais il y avait René. C. s’est pointé vers 16 heures. Le temps de s’installer (on a rembourré ma chambre avec des matelas et des couvertures pour le son), il était 18 h. L’enregistrement n’a pas été facile, il a fini à deux heures du matin. J’ai dû imposer une contrainte à Jean-Jacques car je pensais aux danseurs. On a enregistré mouvement par mouvement et l’ensemble sera reconstitué au repiquage. J’attends avec une certaine impatience le résultat. Et j’ai aussi très peur que le spectacle lui-même ne puisse pas marcher. J’espère avoir des nouvelles fraîches bientôt. J’ai écrit à Jo et à L*. Il y a aussi l’importante question de l’avenir. Projets de films ? Avec Ch* ? Avec C* ? Les gens que je dois voir, les choses à faire. Les coups de téléphone à donner. Les articles à écrire. Il est 23 h 20.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – THÉÂTRE

VÉCU – THÉÂTRE

P.-A. Touchard
« Dionysos »

  • Théâtre = « acte »,Remarque : pas de parole entre spectateurs. Théâtre : inspirateur du silence. Méditation individuelle ß essence « religieuse » (sens sociologique) communion (silencieuse)
  • Mythe de Dionysos : Dieu de l’ivresse. Sa mère (?) séduite par Zeus lui demande de se montrer : elle est consumée par la foudre et les éclairs qui l’entourent
  • (Dionysos : averti que les faveurs du ciel sont mesurées, amour et haine = unique lot, monde de la connaissance intellectuelle interdit ) les nymphes, les muses et Silène assurent son éducation et l’accompagnent à travers l’Orient.
  • Dieu de libération : montre à l’homme ce qu’il serait, ses virtualités de. Désir de liberté
  • Atmosphère tragique quand je me sens sujet de l’action qui se joue
  • Destinée illustre permet l’identification (je peux plus facilement me reconnaître dans mon supérieur que dans mon inférieur)
  • Dénouement malheureux : signe le plus visible d’un engagement total du spectateur = la mort (intéressant : vertiges dionysiaques de la mort
  • Tragédie : image du miroir qu’on accepte (identification)
  • Comédie : qu’on n’accepte pas (distance)
  • Tragédie : acte pur
  • « Il y a un rire de la tragédie comme il y a un rire de la comédie »
  • Comédie : personnages inférieurs ce qui empêche identification (mais y a-t-il vraiment des personnages inférieurs ?)
  • Rire confortable et rire inconfortable (personnage odieux)
  • Antiquité : après pièces tragiques à pièces comiques (drame satirique) = cycle bouclé. Purgation, Tragédie : ce que nous sommes, Comédie : ce que nous pouvons être
  • Personnage tragique = moi # personnage comique = mien

– Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – THÉÂTRE

P.-A. Touchard
« Dionysos »

Suite :

  • Tragédie : situation
  • Comédie : caractères à comique de situation = situation tendant à devenir tragique (identification)
  • Atmosphère tragique : Eschyle
  • Cervantès
  • Grandes comédies de Molière <– sympathie (différence entre grandes et petites comédies) à pas de sentiments de libération mais mieux encore : liberté (ivresse du sage)
  • Pathétique euripidien = mauvais
  • Important = l’action

CITATION – POLITIQUE

« L’homme noir est naturellement bon et intelligent, mais il manque de caractère ; il est donc destiné à être exploité par des conquérants musulmans  » (Faidherbe)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Ce matin : reçu lettre Jocelyne. Lettre calme, pacifiée. Assurance. Elle a l’air vraiment heureux. Elle est parvenue à la sérénité. Moi, pauvre type, encore déchiré. Est-ce parce que je me lance dans des entreprises trop difficiles pour moi ? Modestie ? Mais non, c’est mal voir. L’important : libération de la famille. Elle : oui, avec moi. Moi : oui, avec elle

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – ASTRE – GIDE

Conférence de Georges-Albert Astre

Situation d’André Gide

● («Quand les professeurs prennent leur revanche sur les créateurs, quand les créateurs sont morts…»)
● Qui était Gide ? Quel était son message ?
● Intensification pathétique du sentiment de l’existence
● Aujourd’hui : monde avec trop d’ouvertures. Indéfinition
● On lit peu Gide. Explicable : quelque chose d’exaspérant chez lui.
● Où allait-il ? = question gênante pour lui.
● Image de lui
● Les grands écrivains se protègent derrière des masques. Ils jouent. André Gide vient en tête.
● Indifférence au monde extérieur


il se sentait contradictoire
● Sincérité = grand mot
● Névrose
● Il lit beaucoup
● Art = seule valeur stable
● Limitation : l’art prenait la place de l’action
● Art-solution = remède à toutes les contradictions
● «Toute vérité est devenue» (Hegel ) Gide a choisi de devenir

Note écrite à 19 ans

DÉE SCÉNARISTIQUE

Dans une conférence pour présenter la vie et les œuvres d’un auteur : film qui défile à toute vitesse en 3 minutes, puis le conférencier commence…

Note écrite à 19 ans

IIDÉE – SPECTACLE

Je marchais sur le quai en sens inverse du métro qui démarrait. J’avais l’impression que c’était moi qui courais très vite alors que le métro était immobile. On pourrait créer un jeu public de cet ordre. Couloir avec projection cinématographique sur le côté.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION – IDÉE SCÉNARISTIQUE

Je pensais : le regard (du cinéaste) n’est pas une solution… À quoi cela rimerait-il que tout le monde lève et tourne la tête pour regarder autour de soi ? C’est une chose à faire mais = solution individuelle (exemple : mon sujet de film)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Vu dans le métro : « On recherche conducteur de métro. Age maxi : 35 ans. Cette durée peut être prorogée du service militaire légal et d’une année par enfant à charge » Un gars veut travailler. On lui dit : « C’est con : il faudra quitter dans 1 an… » Il le fait quand même : il a l’intention de faire un enfant à sa femme. Pas moyen… Pourquoi ? Il est jeté dehors. Sa femme, en colère, le quitte ( lui laissant leurs gosses ? ) Elle part avec un autre mec. Plus tard, elle accouche → c’est donc lui qui était impuissant ! Il découvre que tous leurs gosses ne sont pas de lui. Il se fout à la flotte.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Long plan-séquence : une  fille reçoit d’un seul coup un paquet de 20 ou 30 lettres de son amant. Elle les décachette l’un après l’autre : dans chaque enveloppe : un seul mot ! elle doit reconstituer l’ensemble…

Note écrite à 19 ans

VÉCU

22 h 15
Lit – fumant une « Kool »


Cet après-midi : reçu à la maison Victor, Michèle, Emmanuel et un autre gars que je ne connais pas. Victor est bien malade. Désolant. Il s’enferme dans une attitude qu’il estime la plus rassurante. En fait, → inadaptation. Rigidité

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Stasera penso a te


Tu as plusieurs visages. Artiste ? Visage de Piriac (Tom Jones). Je te construis, pour moi ? Vrai visage et faux même temps, ma contemplation… Si tu étais là… Avenir ? Où, quand, comment vivrons-nous ensemble ? Qui serons-nous ?


Ma femme, ma femme


Femme, avec tes cheveux blonds, tes yeux bleus, des mains douces, le duvet de tes aisselles, ton entre cuisses sombre, tes mollets ronds, tes reins profonds… —–I am alone


Je me rappelle : tu me reprochais de parler en anglais (snob). Palais des sports : Noureev. Tu étais en colère parce que les gens applaudissaient trop (culte de la personnalité), je jouais avec un projecteur… Nous étions jeunes : je parle comme si nous étions vieux. Nous sommes jeunes. Merveilleux (et pourtant : je suis triste ?? Hier soir : chez P*. Quinzième étage de la tour des Tilleuls. Blanc-Mesnil. Paysage de lampes électriques… Merveilleux. Émotion. Aéroport vu de haut. Tous les gens qui, dans les villes, tournent des films, se tuent, gagnent de l’argent. Modern World… —–I am a bit tipsy


Ma « Kool » est finie…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – PROJET BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

9 h 30. Métro (Villette)


Hier soir : écouté avec Jean-Jacques musique du ballet. Au point de vue technique : enregistrement a l’air pas mal mais on ne peut pas juger dans une petite pièce, il faut une grande salle.


Au point de vue musical : si on prend la musique pour elle-même, comme le fait Jean-Jacques (qui n’est décidément que musicien…) il y a de quoi être déçu. Mais par rapport au spectacle, sur la scène, elle est bonne parce qu’elle crée un bon volume sonore dans lequel les danseurs peuvent évoluer…

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – COURT MÉTRAGE « L’ AVEUGLE »

Vu dans un couloir de métro un aveugle longeant le mur a toute vitesse en donnant de grands coups de canne blanche. Idée sur la mystification : ce serait un faux aveugle ? Puis on découvrirait : vrai aveugle… ( à chercher )

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – PROJET « APPARTEMENT-TÉMOIN » – « BIANCHETTI PÈRE ET FILS »

Immeuble en construction, luxueux. Les ouvriers travaillent dedans. L’un s’installe dedans, y fait sa popote, etc. L’immeuble se termine. les ouvriers doivent s’en aller… il ne veut plus partir ( il vit dans un logement misérable )

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Vu un clochard malade mental sur un quai de métro. J’étais en face de lui. Une cinquantaine de personnes dans la station. Pas de métro. Silence. Il chantait, main sur le cœur, s’adressant à l’un ou l’autre des assistants. Il polarisait l’attention, chacun le regardait, réagissant à sa façon ( défense – attaque – repli, etc. ) théâtre : lui = acteur. Puis arrive le métro : les têtes se détournent : plus aucun intérêt, le fracas du métro couvre sa voix, le rideau se ferme, les gens se remettent à vivre normalement et montent dans le métro.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – HAWKS – « HATARI »

Hawks : « Hatari » : équilibre de l’action déjà trouvé – groupe d’amis déjà constitué – Hawks : « homme de l’évidence » (Rivette) – hommes du film = aucun désir de puissance – efficacité nécessaire (liée à la solidarité – chaque homme doit être compétent car responsable vis-à-vis de tous – tout le film : démonstration de l’utilité d’être deux pour veiller l’un sur l’autre – d’abord : relations de force puis : accord de sentiments

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – PROJET « ALICE »

Une petite fille dans un sac a main de cuir. Elle s’arrange les cheveux en se regardant dans un miroir grand comme 2 ou 3 fois sa tète.

1966.03.20

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – PROJET « ALICE »

Suite de la note du 20/03/1966 : direction à fouiller. Pas seulement les dimensions mais l’introduction dans cette technique nouvelle de sentiments anciens qui familiarisent le public et donnent une signification à l’œuvre.


Se méfier de l’œuvre gratuite, de l’abstraction, de la construction, de la froideur ; rechercher le souffre, la tendresse, la poésie, la violence, qui sont des éléments sans dimensions. Créer des êtres vivants ← je remarque que cette tendresse, cette poésie de l’enfant dans le sac sont liées étroitement aux dimensions mais j’en fais une chose indépendante, naturelle : bien ! J’ai assimilé les dimensions

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

( d’après Antoine : «on verrait des avions dans les couloirs du métro…» ) des gens descendent les pièces détachées d’un zinc ( petit monomoteur ) dans des valises, des sacs, des paquets, etc. ils le montent d’abord dans les locaux de la RATP puis, l’avion se construisant, ils dressent des palissades dans un grand couloir. Quand c’est fini : l’avion roule dans le couloir, hélice lancée a toute vitesse. Tête des gens effarés ( travelling avant sur eux )

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – RESNAIS

Aujourd’hui : grève de l’électricité. Je suis resté à la maison. Ce matin : reçu une lettre de Jo. Elle m’annonce la mort de la marraine.


Actuellement : 14 h 30. Bar de l’aéroport du Bourget. Gens riches autour de moi. Bien vêtus. Dehors : ciel gris. Pourquoi est-ce que je m’obstine à venir ici ? Chaque fois ou presque ça ne satisfait pas mes désirs de départ, de liberté. Au contraire : la masse d’énergie, de fric contenue dans ces tôles brillantes, ces aires d’envol, cette machinerie compliquée me fait mieux mesurer mon impuissance actuelle.


Je souffre d’être conscient ? D’autres jeunes doivent avoir les mêmes désirs ? Mais pas la même obstination… ? Ou bien ils ne les satisfont  pas avec des substituts…


Du temps passera… Encore beaucoup de temps avant que s’ouvre à nous (à toi et moi) les autoroutes, les pistes d’envol, les eaux des ports et du large…


Je regarde. Une fille fait quelques pas en arrière et prend une photo de ses copines attablées dans le bar… Elles se sentent obligées de prendre  des poses, de faire des mines… Toi, quand je t’ai photographiée, tu n’avais pas peur de regarder l’objectif et puis aussi tu t’en désintéressais, après, et je te «prenais sur le vif». C’est qu’il y avait entre toi et moi un rapport vrai, l’objectif, il n’était qu’une machine, tu avais confiance en moi…


Je viens devoir passer un avion, tranquillement, sous le soleil, il a passé dans mon champ de vision, roulant sur le sol dallé… Je pense : impression forte (encore, soleil sur tôles – vacances) le filmer… ? Non : pas la vie, pas la réalité, pas l’impression de vivre… Mais Resnais, mais le cinéma… ? Oui, peut donner cette impression de vie, mais si pas autobiographique, pas destiné à soi mais aux autres, pour le créateur, pas venant de soi mais d’un autre, pour le spectateur. Alors oui : je peux entrer dans le jeu, faire effort, m’imaginer vivre ; sinon je ne peux pas. Voilà mon drame : devant la vie, j’en fait de l’art et devant l’art, je ne peux pas adhérer car je m’imagine créateur et je ne suis plus spectateur…


Départ à destination d’Amsterdam… il est 14 h 49


 Il faut que je parte d’ici, je m’en vais

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

J’écoute à la radio Adamo : «une mèche de cheveux». On montre d’abord un gars qui, écoutant la chanson a la radio, émotion… puis un autre et encore un autre et un autre, etc. ( procédé comique classique )

Note écrite à 19 ans

VÉCU

13 h 10. Bar Callot. Il y a un soleil douteux, pour l’instant il brille. Moment de détente.


Ce matin je suis allé faire tamponner ma carte d’étudiant au boulevard Jourdan. Ce soir : je dois m’inscrire pour l’examen de Propé. Je dois commencer l’exposé sur le mime. J’ai acheté des bouquins.


il faut à tout prix que je prenne un certain nombre de bouquins pour les vacances pour travailler.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – SOCIÉTÉ – COMMERCE

12 h 15. Bus (bleu).


12 h 25.métro (Villette)


Je suis allé hier à la librairie Gibert, boulevard Saint-Michel, demander le prix de certains bouquins pour le concours de l’IDHEC. Il y avait au rayon Beaux-arts, où je me suis rendu, un jeune vendeur, d’une vingtaine d’années, très charmant et sympathique, qui m’a consciencieusement fourni tous les renseignements que je désirais. En dehors de sa conscience professionnelle, ou plutôt en considérant celle-ci, mais d’une façon nouvelle, j’ai été frappé par la connaissance dont il faisait preuve de tous les livres dont je lui parlais et la promptitude avec laquelle il me renseignait. J’ai jugé qu’il était bien agréable d’avoir affaire à quelqu’un qui connaisse bien ce qu’il vend et qui le vende avec autant d’intérêt, car on sentait chez lui un intérêt pour ces livres, une culture que possèdent bien peu de ces jeunes vendeurs, engagés pour la plupart dans ce domaine comme dans n’importe quel autre. Et c’est là une forme particulièrement sympathique de cette conscience professionnelle en question, car le zèle dans le travail n’est pas le fruit d’une ambition d’être bien vu par le chef de service, mais plutôt d’un véritable amour des livres. Ce n’est pas les supérieurs qui comptent, mais la marchandise, il s’agit donc de l’aimer et de bien la connaître.


J’ai jugé ce jeune homme bien plus «intéressant» que deux bonnes femmes que j’ai vues ce matin. Elles vendaient la quincaillerie, paraît-il. Quand je suis entré, j’ai demandé un flacon plastique d’eau de Javel. J’ai dû attendre des heures pour en avoir le prix. À côté de moi une cliente était perdue dans les piles électriques : impossible de trouver ce qui lui convenait… Scène caractéristique de ses commerçants qui n’aiment pas ce qu’ils vendent et qui ne le connaissent pas.


Cela m’a fait penser à ce que disait André Martin : le type qui ne connaît pas une technique, le type qui n’est pas un spécialiste, qui ne nous apprend pas quelque chose, celui-là ne nous intéresse pas ; on n’en a pas besoin. Il est hors de notre époque… C’est le jeune homme de chez Gibert qui est l’avenir… Pourquoi ? Je disais que le désir de se faire bien voir – semble-t-il – n’intervenait pas. Mais sa condition d’employé, d’exploité, le pousse, le galvanise… Ces bonnes femmes avaient une mentalité de propriétaire… C’est ce qui les condamne…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – AMIS – VICTOR

17 heures — Bar du Bourget avec Victor. Nous avons couru depuis la cité des Tilleuls. Nous sommes essoufflés. Nous avons mal aux oreilles (le froid). Mais je nous soupçonne de ne pas être malheureux. Calme (on récupère). Ambiance ouatée. Au dehors : gris et pluie. Chaleur à 2,30 fr…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Une femme entre avec son enfant (2 ou 3 ans ou moins) dans un magasin de mode. Ambiance tendre. Elle s’occupe des tissus et laisse l’enfant qui joue sagement sur le pas de la porte. La vendeuse laisse la femme et joue avec l’enfant…

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION – RESNAIS

Delphine Seyrig dans « Muriel » à la vieille gare… Son visage vient se placer dans le cadre métallique ménagé dans la vitre du guichet… Dépassement du banal… Maîtrise de l’acteur et du décor. Même chose chez Godard, mais avec insistance, sans préparation. Chez Resnais, c’est spontané, pas seulement une volonté démiurgique mais aussi accord intime du réalisateur et des acteurs, des acteurs et du décor, c’est naturel tout en étant fantastique…

– Note écrite à 19 ans

VÉCU – CINÉMA – COURT MÉTRAGE « L’AVEUGLE »

Travailler pour scénario Voltaire l’aveugle ( mystification )


Un aveugle dans un couloir du métro. Au début, on le voit marcher dans un couloir d’un air décidé, donnant de grands coups de canne dans le mur qu’il longe, comme pour jouer… Il est jeune, assez beau. Une fille, profitant de l’endroit désert, essaie de lui piquer son fric, épars dans un chapeau. Il la chope, elle se débat, le traite de salaud car elle croit qu’il n’est pas vraiment aveugle car il l’a prise avec aisance, le griffe puis pleure. Il menace d’abord de l’emmener aux flics, il se lève et l’entraîne. Un monsieur «bien» lui demande s’il ne veut pas qu’il l’aide à emmener cette jeune dévergondée. Il lui répond sèchement : «Foutez moi la paix : je me démerderai seul…» Après ça, il rigole avec la fille : «T’as vu ça, hein ? Je l’ai remis à sa place, ce vieux con…» et il lui propose de s’associer et qu’elle lui prenne le bras et fasse mine de le guider en mendiant comme s’il était vraiment aveugle… ( Compréhension de la jeunesse. Révolte commune)


Il la baise avec ardeur.


2ème séquence ( et dernière ) : ( non écrite )

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – MUSIQUE – JAZZ – DOLPHY

20 heures 05 — Merveilleux « Alone together » par Éric Dolphy (clarinette basse) et Richard Davis (basse) ← « C’est que nous sommes encore des êtres magiques… » (miracle ?)

Note écrite à 19 ans