VÉCU – CINÉMA

Classe préparatoire à l’Idhec – 10 heures du matin : je rentre à la classe préparatoire à l’Idhec. Arrive en retard. Tout de suite : discussions. Surprise — Froideur ? Crainte d’un contact très important pour moi.


Remarque : rapprochement marxisme — christianisme. Mais catholicisme → charité, absence d’un travail # protestantisme → entreprises développées (prêt intérêt). On ne peut donc rapprocher le marxisme du protestantisme mais celui-ci a donné le capitalisme.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Science Fiction : idée d’un monde où les éléments se transforment ( Exemple : un tapis roulant qui prend la forme d’un escalier… ) Objets faits d’une matière synthétique, tissu vivant ?

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

23 h 25 : couché. Je regarde ma chambre. Je l’ai décorée de photos, d’affiches, de dessins ; j’y ai mis des objets (jouets — bouteilles). Je veux ainsi me donner l’impression de vivre et d’être différemment… Ce soir je n’ai pas travaillé mais c’est parce que j’ai eu des choses à faire et j’étais vraiment fatigué. En ce moment, je fume une cigarette, « Blues et jazz party » s’achève…
Correction de la composition de littérature avec Georges-Albert Astre → 13. Pas mal mais j’ai déformé ma pensée en la systématisant, une fois de plus, je n’ai pas su maîtriser les mots mais j’y arrive mieux qu’avant.
Il y a dans un journal comme celui-ci une tentation de tout mettre, de tout raconter, mais c’est une ambition irréalisable, on ne peut pas maîtriser son existence quotidienne et la condenser, c’est pourquoi je pense à me réduire aux pensées, aux trouvailles.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

Midi. Pas allé en cours. Suis dans la cuisine au Blanc Mesnil. Il y a du soleil dehors sur les maisons et les herbes. J’ai l’impression d’être à Lorient mais cela ne serre le cœur car je ne peux pas traverser la ville pour venir t’embrasser.

– Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – SEXE

Idée de texte irrévérencieux : dans une exposition de peinture consacrée à un grand maître très sérieux, vernissage, cocktail, petits fours, ronds de jambe, une femme obsédée sexuelle, ou quelque chose comme ça, voulant acquérir la puissance masculine perce une toile représentant quelque chose de très sérieux en un endroit irrévérencieux…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Histoire d’un type qui veut se suicider et qui, avant, fait le tour de tous les gens qu’il connaît pour en tirer quelque chose et n’en obtient que des réponses mitigées… (mais je m’aperçois que c’est le « Feu follet »)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un type pour se réveiller : son petit réveille-matin, au chevet de son lit, est relié aux cloches d’une cathédrale en face de chez lui… Elles sonnent l’Angélus du matin. Ça réveille tout le quartier, alors il se lève, s’habille. Il a l’impression, en accomplissant les gestes du matin, en enfilant son pantalon, d’être à la fois tous les hommes de la ville entière ( Je retrouve le coq de Chantecler ? ) L’idée devient trop forte à partir de l’habillage, conserver le côté hénaurme, canularesque )

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – ÉDITION

J’ai remarqué qu’il se produit à l’intérieur d’une édition comme le Livre de Poche le même phénomène de clivage entre le livre de « qualité » et le livre populaire que dans le reste des éditions. Il se manifeste sous forme de couvertures dont certaines — les populaires — sont faites dans un style platement figuratif tandis que les autres sont plus graphiques, plus travaillées, moins attachées à la représentation des héros qu’à l’esprit du livre.

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Croyance à la résurrection : le primitif voit mourir un chien puis il en voit un autre trottant sur une route, qui lui ressemble étrangement. De même pour un homme → résurrection.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

Si j’écris dans ce carnet, c’est que j’ai pris l’habitude de penser et de parler pendant ces vacances avec toi… Quand tu liras cela, nous reprendrons le dialogue…

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – ANTONIONI

Je viens de voir le premier film que je sois allé voir depuis que j’ai commencé ce carnet : « L’éclipse ». Impression très différente des deux premières fois. Difficile à dire : à la fois plus fasciné et irrité. Le côté « cosmique » est plus difficilement perceptible.

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

J’ai téléphoné pour savoir, pour les réductions en train. On m’a donné des renseignements sur les cartes demi-tarif. C’est intéressant, je pourrai venir à Lorient à peu près une fois par mois…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – CINÉMA – LITTÉRATURE – RESNAIS

En écoutant Agel lire à huit heures du matin un bouquin sur la tragédie, je pense que les livres sont toujours là, qui dorment, et que c’est l’homme, la nuit, le matin, au crépuscule ou à midi, qui les ressuscite, qui s’approprie leur parole pour la lancer au ciel noir, aux nuages gris ou roses ; le livre n’est pas vivant, c’est l’homme qui reste éveillé la nuit ou le jour et le livre paraît vivre et être éveillé quand l’homme le lit à haute voix aux autres hommes ou à la nature… (cf. Resnais la B.N)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un homme ligoté, bâillonné, il veut se gratter. ( Il fait des gestes, pousse des grognements : on lui enlève son bâillon; il dit : « Je veux me gratter ! ». On lui remet son bâillon. )

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – POLITIQUE

En écoutant Agel parler de l’armée, de la guerre, je me rends compte à quel point notre enseignement est abstrait et quelle valeur a l’enseignement mi-étude mi-travail en Chine… ! Nécessité du travail physique. Il nous manque des horizons

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

(Sur le sacrifice d’Iphigénie, de Timanthe) on voit Diane qui passe dans le ciel. Elle est de plus petites dimensions que les personnages. Or un Dieu doit être plus grand → plusieurs écrans dont un plus haut et corps du Dieu plus grand

Note écrite à 19 ans

CITATION

« Fin d’un siècle le décès du dernier survivant des hommes nés en la première année de ce siècle, et c’est d’une manière assez variable et arbitraire que les empereurs romains firent célébrer des jeux dits séculaires… »

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – GUERRE

Je me rappelle une après-midi sur la plage des Kaolins, j’ai vu passer dans le ciel un avion à réaction de Lann-Bihoué. Angoisse devant cette technique monstrueuse. Imaginant les fusées, les canons, combats aériens de monstres d’acier, impression de me trouver dans un avenir de guerre. Science-fiction vécue. Effroi.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un type achète un gadget qui n’a absolument aucune fonction. Lui ou un gosse en cherche une à tout prix ( croyance au « secret » : ils cherchent à en tirer quelque chose d’autre).

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

1/ on cadre un mot ( exemple : AUTOMATIQUE ) Travelling avant ou Gros Plan
2/ on cadre MA
Cut
3/ Gros Plan MA initiales en Gros Plan et Travelling arrière , on cadre le personnage, il révèle son nom « Michel Arsouille » ou quelque chose comme ça.

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – SCIENCE-FICTION

Reprendre l’idée de l’homme mutant qu’on découvre peu à peu ( sur une autre planète ) Utiliser un vocabulaire et des tournures science-fiction qui habituellement s’appliquent à des animaux ou à des monstres ( « son pas massif ébranlait le sol, etc… » ) Bonne idée, je crois, à voir.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Reprendre vieille idée radio. Montrer une simple boîte, un type accomplit dessus une action bizarre → son par dessus, musique, etc…

Note écrite à 19 ans

VÉCU

11 h 30 du matin : je me réveille. J’ai allumé une cigarette. Le matin, cette drogue a la vertu d’augmenter mon pouvoir mnémonique (?) : je me suis rappelé d’une façon très forte en inspirant une bouffée de fumée : la boutique de disques de Grannick le disquaire, la « Rotonde », les boîtes de nuit des environs de Lorient et aussi dans un éclair, comme dans un avion, j’ai survolé la côte de Larmor avec ses herbes brillantes et sa toute petite brume du matin et la mer calme. Il faut dire que depuis 2,3 jours, il fait très beau quoique très froid, le soleil rayonne lentement dans le ciel. Impression très forte aussi, ancienne : (Lakanal, par la fenêtre du dortoir) ciel bleu, envie de m’envoler, de rencontrer la mer (Piriac en mieux), désir de vacances…


Si je rate Propé il faudra faire une croix là dessus… En regardant les maisons de Blanc Mesnil, par la fenêtre, depuis mon lit, je me dis que ça me plairait ne serait-ce que d’aller à l’aérodrome ou sur le pont voir les voies ferrées mais je me dis qu’il faut travailler (joie là aussi) et je me réserve de voir le soleil à Lorient seulement quand j’irai et peut-être ici de temps en temps…
Swingle Singers sur le tourne disques.

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Radio Télévision. Radio en direct : insuffisant. Il faut passer au pouvoir de l’image. Télé en direct = radio en direct plus image (appoint et non centre, bien senti actuellement par l’ORTF mais mal fait)
Ceci dans le sens que quand j’allume la radio, je trafique une boîte, de l’électricité (cf. projet plus haut) et la réalité est décalée : il me faut l’image pour donner un poids à ce que j’entends mais pas le poids de la réalité : télévision = image non envahissante restant confinée au petit écran.  Le son au contraire envahit la pièce, bouge dans l’espace. Si bien que le côté radio de la télé est plus vivant que le côté image.
Ce côté vivant manque à la radio mais il est donné dans la télé par l’opposition avec l’image, qui reste limitée. Cela crée un juste équilibre : si l’image était envahissante (tout un mur par exemple) → cela créerait une fascination trop grande, une trop grande illusion.si l’image était au même niveau de pauvreté que le son (photos) → effet aussi limité (mais pas inefficace) que la radio.

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Comme il est agréable d’avoir une méthode, d’appliquer un plan. On ne se laisse pas prendre au dépourvu et l’on est sûr d’avoir tout calculé, de s’être organisé de la meilleure façon possible. Après il ne faut pas hésiter à détruire cette méthode, à changer de plan quand la réalité a trop évolué pour qu’il s’y adapte encore…

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – POÈME

Poème de la femme

J’étais petite enfant lorsqu’un jour, ma mère,
me prenant par le bras, me dit :
« Il y a un oiseau mort par terre,
Tourne ta tête… »
Plus tard, jeune fille, mon chagrin m’a dit à l’oreille :
« Ne regarde pas cet amour mort,
Tourne ta tête… »
Enfin, quand j’allais être un jour fille-mère, un homme m’a dit :
« Si tu ne veux pas voir cet enfant mort,
Tourne ta tête… »
Toute ma vie durant, je l’ai tournée, ma tête,
pour ne pas voir les oiseaux, les amours, les enfants et les hommes morts,
mais aujourd’hui je ne veux plus fuir la réalité,
je veux regarder ce qui est mort
pour voir sur son corps et sa face
comment il a vécu
et pour savoir
comment vivre…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

6 heures du soir. Je n’ai pas travaillé. Je suis allé me promener à l’aéroport où j’ai bu un café, vu un quadrimoteur décoller et enregistré sur disque un poème que j’enverrai à Jo si je suis sûr que l’enregistrement soit bon car j’ai des ennuis de ce côté-là.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE – HUMOUR

Réclame pour « Harakiri » : « Volez-le… » La marchande dit qu’elle n’en a plus : elle ment. Alors on met le feu au kiosque → elle va chercher les pompiers. On vole « Harakiri ».
Mais on peut imaginer : on met le feu. Alors elle sort précipitamment tout le stock. Alors on l’assomme et on emporte « Harakiri ».

Note écrite à 19 ans

VÉCU – AMIS – ZYF

Théophile Gautier a hésité : peintre ou poète ? J’ai eu tort de me moquer de Zyf (Yves L.) qui veut faire les Beaux-Arts. Il a besoin de changer de personnalité. D’ailleurs moi-même ne me suis-je pas remis à écrire ? Peut-être faudrait-il que je lui dise que je l’ai compris (lui écrire)

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Suite à mon idée du réveil cloches d’église → dans un quartier de la ville, les cloches se mettent à sonner à des heures indues, on s’étonne, on s’inquiète et on finit par constater que Mr Untel sort toujours de chez lui peu après que les cloches aient sonné, tout gai, tout frais, sifflotant et le pot aux roses est découvert : il aimait être réveillé par des cloches, ça le rendait gai.

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Une semaine de passée déjà, heureusement le temps passe vite. Mon frère René, avec qui j’habite, et moi, on commence la journée par un accident : plus de freins sur la voiture. On a embouti l’arrière d’une camionnette. C’est l’avant gauche qui a porté. Il faudra changer toute la carrosserie avant. Le phare n’a rien eu

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC

J’écris ces notes au rythme de deux pages par jour en moyenne… Je pense que c’est bien (ni trop ni trop peu). Je me rends compte que j’aime rester à la maison, calfeutré, et quand je sors, je pense que je vais rentrer sans histoire, lire, travailler, écouter de la musique. C’est une limitation volontaire. De s’agit pour moi de me donner l’habitude de travailler. Il faut que je réussisse au moins Propé.
Moins de cinéma, peu de théâtre, peu de ballets, pas d’horizon mais je me réserve…
Mais voyons clair : n’est-ce pas aussi un repli aux motivations inconscientes ? Jocelyne partie, avec qui j’ai réussi à créer un univers parfaitement harmonieux, n’est-ce pas la peur des autres, du contact douloureux… ?
Il faut que j’entre davantage en contact avec des gens de la classe que j’aime le mieux. Certains d’entre eux peuvent m’être très bénéfiques.

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – ROBBE-GRILLET – RÉFLEXION

Robbe-Grillet : « C’est par la forme que l’écrivain est guidé ; pas par une idée à exprimer »
Mais ne peut-on pas penser qu’il y a là une dialectique de la création : d’abord guidé par la forme, l’auteur s’emploie à la maîtriser pour ensuite être à nouveau fasciné et emporté loin des positions qu’il vient à peine de conquérir et délogé des retranchements confortables de la construction logique et intellectuelle…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

(En passant devant une affiche « Scandale » qui m’avait fait déjà impression. Je me suis rendu compte que cela allait dans le même sens que le plan de « Procès de Jeanne d’Arc » où l’évêque regarde Jeanne par un trou du mur

1966.01.10
La call-girl peut passer par le trou et venir sur le devant danser son morceau ou faire son strip

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

Ce matin : neige. Plein partout. J’ai acheté une bobine de Panatomic et j’ai filmé. Un peu n’importe quoi d’ailleurs. J’ai essayé de faire le moins possible de mouvement de caméra (ni pano ni zoom) on verra bien ce que ça va donner. Peut-être que la neige arrange tout. Actuellement je suis au Bourget, assis à une table. J’ai réenregistré le poème, pour voir si ce sera meilleur au point de vue audition. Mais au point de vue diction, c’est sûrement moins bon. Je me suis pas allé en cours aujourd’hui : il y avait trop de neige. Je voulais travailler mais je n’ai encore rien fichu. Il faut dire que la neige y est pour quelque chose. Après m’être réchauffé ici, je vais rentrer.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

Succession de passages de voitures, de piétons. Même sens et sens inverse. Intercaler les plans de chats et de chiens. La neige, qui recouvre tout (*), fait perdre les moyens de situer un objet, ainsi tout semble se passer au même endroit dans une blancheur omniprésente.


Les plans généraux de rues pleines de neige doivent être très courts (et montés à la file ?)


Écourter au maximum les panoramiques


Supprimer si possible les zooms


Voir s’il n’est pas possible de monter ces plans avec d’autres trucs en 8 mm qui me restent… (exemple : école sous la neige et école sans neige — enfants)


Pour les personnages monter très très court

1966.01.11
Trois personnages différents on reprend le montage (+ G. P. d’objets recouverts de neige (*) : banc — brouette — table. Si trop situé : supprimer…)


Ici tout est dans le montage


Aussi : faire se succéder G. P. (mais G. P. situés et plans généraux de rues (par exemple) → impression d’élargissement, de découverte)


Chercher une musique. Orgue ? Ou jazz (Coltrane)


Je rentre

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE – PEREC

René m’a recommandé « Les choses », un des prix littéraires de cette année… Je m’en méfiais mais il paraît que c’est bon : effrayant de voir tout ce à quoi il faut s’intéresser…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

Aujourd’hui : verglas + froid. Je me suis fait amener à la Villette en voiture.
Dans le métro où j’écris maintenant, une jeune femme blonde lisait un article du « Nouvel Obs. » Consacré aux « Chinois à la Havane » : je me rends compte qu’il y a beaucoup de gens qui cherchent, qui étudient : elle soulignait soigneusement certaines phrases.
Ces gens-là cherchent la vérité. Mais quoi ? De quoi doute-t-on ? Que le Vietcong ait raison de faire la guerre ? Moi j’ai peur. Mais il y a eu des époques où certaines guerres paraissaient normales, parce qu’elles devaient être faites, si horrible que cela soit ; qui a mis et met en doute que la guerre d’Espagne devait avoir lieu ? On ne discutait pas ; il fallait écraser le fascisme oppresseur. Qui jette la pierre à la résistance française ? Comment peut-on douter du bien-fondé des idéaux de libération ? Comment peut-on douter que les Américains sont les envahisseurs du Vietnam ? Pour nous Français il y a ces guerres d’Indochine et d’Algérie qui faussent le jeu : on a plus de mal à comprendre les peuples opprimés parce que nous avons été les oppresseurs. Alors on aurait honte de reconnaître que les gens qui agissent comme nous avons agi ont tort. Mais ce n’est pas difficile : le droit, la beauté, la justice sont du côté des opprimés, de la misère, de la douleur, du désespoir, de l’indignation. Le Vietcong est dans son plein droit. Les Américains sont les jouets de certaines forces économiques. Ces jeunes gens pleins de santé, aux vêtements propres, au crâne rasé, aux mitrailleuses bien graissées, ont l’impression qu’en allant au Vietnam ils font une croisade, le ciel bleu leur ouvre les bras, à eux, les joyeux et justes défenseurs des buildings et des gadgets… Comment pourraient-il rester à Los Angeles quand il y a des jets qui les attendent, moteurs vrombissant d’impatience, sans billet à payer, croisière aux frais de la liberté et de l’Occident… ?

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

Revues ou journaux qui louent James Bond : revues non cinématographiques : James Bond = phénomène non cinématographique. Le problème est ailleurs, les conséquences de ces films dépassent le plan des recettes (non négligeable)→ critique non cinématographique [Commencer par : « Ce texte n’est pas une critique de cinéma… »]  Le texte entre crochets a été barré

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

En regardant cette classe, ces jeunes gens bien propres, je sens monter en moi une colère de plus en plus définitive ; mon mûrissement péniblement gagné ne peut que m’amener à un engagement de plus en plus net.
Je refuse le contact avec ces gens car je n’ai rien de commun avec eux, le contact est impossible entre nous, il n’y a qu’une solution : les attaquer, les détruire ou sinon : s’en écarter car ils ne m’intéressent pas : vermine de l’intelligence et de la verbosité…

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION

J’arrive à des rapports bien meilleurs, une part de repli permettant la réflexion, l’enrichissement par les livres, la musique, l’écriture, une part de contacts chaleureux avec les gens, s’intéresser à eux c’est s’oublier, oublier ses mornes ressassements effrayés, ses timidités et ses solitudes désespérantes. Équilibre. Ignorer ceux avec qui on n’a rien en commun et écouter ceux qu’on apprécie, en tirer la substance.
Je remarque que se succèdent maintenant pour moi des périodes de solitude à la maison et de coexistence au lycée. Chacune s’enrichissant de la précédente qui renforce en moi la tendance qui s’épanouit dans cette période, pleinement et chaque fois plus riche, plus équilibrée. Quand je sors de la maison pour aller au lycée, mon temps de solitude ne permet mieux d’entrer en contact avec les gens de la classe.

Note écrite à 19 ans

VÉCU

Je viens de voir Astre. Discuté dans une salle vide (du journal) (« Combat pour la paix ») Discuté de l’aventure, du journalisme, de la vie. C’est donc décidé : je ferai quelque chose sur James Bond…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Après un discours qui est censé avoir influencé un personnage, pour montrer le changement de celui-ci : il ne parle plus avec la même voix.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Transformer la bibliothèque Sainte-Geneviève en dortoir commun pour étudiants : petites chambres séparées par cloison en bois. discipline collective. Le soir, retour du ciné, avec filles, plaisanteries ou rien du tout : très bien comme ça.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – CRITIQUE DE FILM – JAMES BOND

Films de James Bond : analogie avec industrie du disque : disques yéyé qui, réécoutés à la suite, lassent rapidement. Mais ils produisent de prime abord un effet agréable. Pour éviter la fatigue, la radio, la télé vous les diffusent à divers moments, à un rythme soigneusement prévu pour que chaque fois nous réentendions le disque avec plaisir.
Les films de James Bond, c’est pareil. Une fois établi le personnage James Bond nous le retrouvons dans chaque film nouveau de lui, à une sauce différente chaque fois.
Et la sortie de ces films est préparée de façon à nous faire mijoter, à nous faire attendre la réapparition de notre super héros…
Mais de ces films on se lasse vite… « Goldfinger » supporte mal d’être revu plusieurs fois. Pourtant on ne se lasse pas de voir et de revoir « Potemkine » ou [texte interrompu]


→ plan de la comparaison films — disques : 1/ films et disques lassent (# bons films qui ne lassent pas)
2/ Il faut le renouveler. Exemple : disques. Films = pareil (influence de la radio) Quand un de ces films ou disques est sorti, on met le paquet dessus (phénomène d’auto-publicité propre à l’industrie cinématographique) avant on fait mijoter le public… On crée un esprit favorable à la consommation

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE JAMES BOND

Cercles mondains
Tueurs (début) = noirs
Emploi de silencieux
À Londres : machines (transmission)
Rythme lent
1re fois qu’on voit James Bond : petite musique
Bond ne connaît pas le Toppling : pas technicien
La coquetterie du revolver. Brimé.
Droit de tuer
Il tient plus à son gun qu’à une femme (cheval du cow-boy)
Éclairage jamaïcain
Il agit seul (ne prévient pas quand menacé)
8 plans pour la première poursuite
Cigarette empoisonnée
Inserts
Histoire trop facile à comprendre
Le blanc est plus habile que les noirs (scène du bar à la Jamaïque)
Musique pseudo-folklorique (racisme) quand noirs ont rejoint le bon camp
Les gens qui ne parlent pas parce qu’ils ont peur : peur pas assez bien rendue
No = chinois
Sauvé par hasard
Mer = belle couleur
Le noir est superstitieux
Collaboration anglais américains
5 plans pour la chute de la bagnole
On tue dans le silence
Justification du meurtre devant la femme horrifiée
Trois personnages : Bond — noir — femme. Femme et noir = simples d’esprit
Sadisme du fou
Il reste consommateur même dans le danger
Politesse chinoise
No : fils d’un chinois et d’une allemande
Sadisme à l’électricité (grilles de la prison)
Déguisé en technicien (radioactivité)
Protection des fusées de Cap Canaveral (vers la Lune)
Quand Bond a accompli sa mission, la fusée part triomphante
À la fin : le danger : lampes qui s’allument et s’éteignent — fumées — cris — agitation = pauvre
Ursula à ses pieds

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Scène de violence : dans un désert ou une lande ou quelque chose comme ça : un homme est livré à une bande. Ils soulèvent l’arrière d’un camion ( cric ou levier ou quelque chose ) et enroulent un câble à l’essieu. Le câble est très long. Ils attachent le gars au bout du câble et laissent quelques dizaines de mètres de mou au câble. 2 gars tiennent le prisonnier. On met le moteur du bahut en marche, on embraye, on accélère, la corde se dévide. Le choc va être rude. Le gars est entraîné une 1ère fois, il tombe plus ou moins, s’esquinte, à la grande joie des bourreaux. On arrête avant qu’il ne cogne le camion. On remet ça mais là, le type se dégage des gars qui le tiennent et se met à courir vers le camion. La vitesse augmente, la corde se rembobine de plus en plus vite, le gars court pour éviter le choc mais il est obligé d’aller vers le camion où l’attendent des gars ( avec des bâtons ou des fouets ? ) Finalement, épuisé, il arrive à 2 ou 3 m du camion, sur la benne, les gars le regardent, le câble est tendu, le moteur tourne au ralenti. Le chef fait un signe, le bruit du moteur enfle, le type est entraîné et vient s’écraser contre la tôle, sa tête cogne, il s’écroule

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – COURS D’HENRI AGEL – « LES DERNIÈRES VACANCES »

« Les dernières vacances »   Depuis 1947 : très grand film
Roger Leenhardt = intelligent
Handicapé par son intelligence
Bazin a écrit sur « Les dernières vacances » → « Roman — « miroir qu’on promène… »
Film chronique (← « La comtesse aux pieds nus » – « Le fleuve » – « Monsieur Hulot » – « Les Vitelloni »)
Écriture libre, indépendante, décontractée.
Film au passé, en fonction de la mémoire d’un garçon de 16, 17 ans
Contenu : « Je ne peins pas l’être, je peins le passage… » (Montaigne)
Tradition française ← Proust – Bergson – Debussy – L’impressionnisme
Passage de l’enfance à l’adolescence
Les deux livres qui ont le plus influencé Roger Leenhardt : « À bord de l’Étoile Matutine » (Mac Orlan) et « Le grand Meaulnes »
Ici : sécheresse apparente = forme de la pudeur
Film se situe en 1932. Société en passage aussi. De la société close à la société ouverte
Sensibilité
avec Berthe Bovy – Odile Versois
Photographie : Agostini
Décors : Barsacq
Montage : Myriam
Production : Pierre Genin
Bande son très importante – Musique * des sons (et musique tout court (piano) – Rythme Mélodie (+ travellings et panoramiques : cf. Grémillon) * = théories les plus modernes (cf. « L’immortelle »)

Note écrite à 19 ans

VÉCU – CLASSE PRÉPARATOIRE À L’IDHEC – COURS D’HENRI AGEL – « LES DERNIÈRES VACANCES »

Discussion :
Agel : aliénation par rapport au film
Fin du film : réapparition de la tour. Or elle est au début du film.
Tour = battement de cœur du film
Film reçu dans des perspectives disparates (les uns = désespoir — D’autres = constat objectif sur une certaine bourgeoisie — Les autres = poème avec une part d’espoir. Crise surmontée)
Avis :
Constat mais pas objectif. Dosage d’amertume et d’allégresse
Le temps tue les personnages
Film dépourvu de teinte désespérée. Positif

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – POLITIQUE – RÉFLEXION

On accepte que quelqu’un qui a des convictions religieuses explique un film et le critique à travers les convictions religieuses de celui qui a fait ce film et on gueule comme des putois lorsqu’il se passe la même chose dans le domaine politique (exemple : les Chinois traitant les Russes de révisionnistes)

Note écrite à 19 ans

DANSE – BALLET VIETNAM – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

J’écris moins. Décidé : je vais à Lorient le 22. J’irai prendre une carte aujourd’hui à la gare.
Idée de ballet ( à travailler )
Thème de base : une gigantesque photo représentant un personnage. Les danseurs et danseuses arrivent autour d’elle et, se rapprochant d’elle, finissent par la dévorer, arrachent sauvagement de larges bouts de papier, émiettant ainsi l’effigie, qu’ils finissent par détruire. ( Je pense qu’on peut en faire un ballet politique → Effigie = prolétaires, Animaux dévoreurs = capitalistes.
Le style du ballet, la façon de danser doit évoquer la voracité et la sauvagerie cruelle des animaux de proie.  Je pense à plusieurs choses disparates :
1/ mettre finalement le feu.
2/ grignoter l’image, y creuser un trou et passer à travers.
3/ superposer d’autres images ( cartes des pays colonisés ou conquis )
Je compte soumettre cette idée à Jocelyne→ Je viens de trouver une modification à cette idée : Image = carte du Vietnam. Animaux dévoreurs = impérialistes américains. En dévorant le Vietnam, ils font apparaître quelque chose d’autre ( une image typique de la société US ? Drapeau ou Pin-up )

1966.01.15

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE – JAMES BOND

Train
Humour anglais
Sang-froid dans les situations dangereuses
Film « nuptial » James Bond
On trouve « torture » dans des films de James Bond ?
Bagarre train = plans de coupe cut sans raccords. Effrayante
Fille dans les fleurs = pas mal
Hélicoptère = piqué à Hitchcock
Thème de la mer (007 — Russie)
Bateau vedette
Thème du feu
Femme qui tue = vilaine femme
Même équipe de production

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE

Il faut que je ne perde pas l’habitude de noter mes idées : ce matin, pensé à un texte satirique : le monsieur à qui les gens qui cherchent à se loger demandent conseil parce que ça fait 10 ans qu’il cherche un appartement et qu’il a « l’expérience »…

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 25 juin 2018 :

Ne retrouve-t-on pas cette même idée dans « Le procès » de Kafka avec ce personnage qui a « l’expérience » des procès ?!!!

– Commentaire écrit à 71  ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Un dictateur qui, pour être à l’abri, converse avec ses interlocuteurs, protégé à l’intérieur d’un blockhaus, par télévision ( les gens avec qui il parle apparaissent sur un écran ) Il est attaqué dans son blockhaus. Les assistants dont on voit les têtes horrifiées sur les écrans ne peuvent rien faire. Il est éliminé

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Dans un cinéma : une voix prévient les spectateurs que ce qu’ils vont voir sur l’écran est « téléguidé ». La voix prévoit et annonce les variations de l’image. Elle fait appel à un spectateur, elle le « téléguide » jusqu’à l’écran où « l’on a besoin de lui ». Le gars s’applique contre l’écran : la lumière se rallume dans la salle : tous les spectateurs sont enfermés dans la salle, à la merci de la puissance qui les tient prisonniers.

Note écrite à 19 ans

ÉCRITURE – POÈME – POLITIQUE

« J’ai vu pleurer la vieille femme,
Blonde, bouffie, aux lèvres mal fardées,
Elle était laide, elle apportait
Les repas des beaux étudiants bourgeois.
Elle n’avait pas le droit de dépasser la dose
Et un jeune et beau garçon
Lui arracha violemment un yaourt des mains…
Bafouée dans son travail, maltraitée par un jeune puceau,
Elle ne put refouler ses larmes…
Ce bel étudiant était satisfait qu’on vienne le servir
Jusqu’au moment où il voulut que la crème soit douce à son estomac…
Etudiants bourgeois, servez-vous vous-mêmes,
Au lieu de bafouer les travailleurs qui vous servent…
Car, un jour, les yaourts, les travailleurs vous les foutront à la gueule… »

Note écrite à 19 ans

IDÉE – TECHNIQUE

Film qu’on ne passe pas dans une caméra mais on l’impressionne en le mettant simplement à l’air et il enregistre le monde… ( A la projection ? )

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE – JAMES BOND

Même style de films de publicité qui passent avec James Bond
Cinémascope
Dès le début = impudiquement sur un cercueil
Décors somptueux
On joue avec la mort
Tout l’arsenal dès le début
(?) avec son réacteur
Vente de drogue chinoise
La secrétaire joue toujours très américain (femme américaine)
Vente de drogue chinoise aux États-Unis
Toujours gros plans inserts
Chevalet de torture : James Bond ridicule
Beaucoup de serviettes de bain
Visons pour exciter les femmes (dégueulasse)
Histoire de plus en plus en plus compliquée
Toujours des plans de bagnoles emmerdants
On sait bien que James Bond ne mourra pas
Braves hommes ! Il ne suffit pas d’acheter un gant de vison, les femmes ne viendront pas se pendre à leur cou
« Votre part équivaut à combien de prix Nobel ? »
Ici : une voiture qui explose
On ne voit pas les autres 00 (agents secrets)
Salles de jeux
La fesse est censée masquer le flic
Il n’explique rien aux autres 00
Raffinement = requin
« Je ne suis pas un passionné »
Exotisme ici aussi
Piscine fermée = dégueulasse
Montage eisenstenien (amour → fête dans la rue) (montage d’attraction)
Bagarre → mitraillette — jouet
Danse de femme à poil
Inserts sur tambour (vieux style)
Montage court (poursuite dans la fête)
Pas de bruit sous l’eau [si] entre crochets : rajouté
Ici encore : même situation : James Bond à l’intérieur du camp ennemi. Cette fois-ci : armée américaine
Monde sans enfant (pas pour la famille)
Voir la côte de la centrale catholique

Note écrite à 19 ans

VÉCU

10 h 45. Je suis dans le bus, à l’arrêt, attendant qu’il démarre. Ce matin : pas allé en cours. Allé à Montparnasse pour la carte demi-tarif. Je pars vendredi à 7 h 30. Ce soir vu des films chez D*** de M***, S*** et Y***. Demain je leur montrerai les miens.
Après ça je suis allé voir « Thunderball » aux Champs-Élysées avec Mindla B***. Fille très gentille. Nous avons parlé de ses parents qui se sont réfugiés de Pologne en Russie (elle est juive) et en Israël… Comme moi elle a été écœurée par James Bond. Maintenant je rentre.
Je remarque que j’ai moins de plaisir et le temps d’écrire ces notes de depuis qu’avec le cours normal de la vie a repris pour moi l’action, dans laquelle on s’oublie quelque peu.
Ce matin : violente discussion avec René sur la standardisation et la déshumanisation dans la société future… Je disais que cette peur de l’uniformisation est le résultat d’un bourrage de crâne et que d’autre part, au sein d’une relative standardisation, les personnalités des individus n’en éclataient que mieux.

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – NOTES DE VISIONNAGE – JAMES BOND

À noter : les personnages de second plan sont beaucoup moins bien campés dans le dernier James Bond que dans les autres
Toujours contact avec les autres : risque ou arrivée réelle d’une déflagration
James Bond : la ségrégation du vison. Le dernier prolo ne peut pas s’acheter un gant de vison pour exciter sa femme…
Aventure (pour les Américains) : à condition qu’elle soit confortable et pas dangereuse

Note écrite à 19 ans

VÉCU

21 h. Je viens de me coucher et d’allumer une pipe. À mon chevet : la radio. Informations. Figon est mort. Assassiné ? J’ai reçu une lettre de Jo me parlant entre autres de l’école de danse. Nous en reparlerons à Lorient. Ce soir je suis à la fois heureux et triste (« a strange kind of happiness »). Triste à en avoir le ventre crispé, comme quand tu as quitté Paris. Bizarrement : c’est à l’approche de mon départ pour Lorient.
J’ai écrit que j’écrivais moins parce que la vie recommençait plus rapide. En effet. Et j’ai été plus ou moins absorbé par la classe. Mais avec quelque chose de différent : ce matin j’ai présenté « Lorient 64 » au 87 rue de Turbigo a S*, D*, Marie Pierre L*, Y*, Mindla B* et Gérard L*. Dans l’ensemble ils ont aimé (« Ville en dehors du temps » — « en dehors de la réalité » — « tristesse » — « ville pas au présent »…). Ambiance très différente dans une circonstance comme celle-là de l’ambiance en cours… Différence entre l’action (ici c’est une forme d’action collective) et la discussion stérile et intellectuelle.
J’ai l’impression en ce moment de vivre dans un rêve. Peut-être dû au fait que je suis malade (rhume ?) Et un peu dans les vaps. Mais aussi je pense que j’ai été un peu trop absorbé par la classe ; cependant je suis content car je réalise peu à peu mes plans (c’est-à-dire qu’ils se réalisent eux-mêmes, car c’est normal que ça se passe comme ça…) : je m’écarte définitivement des bourgeois intégraux et je gagne la confiance des gens que je trouve les plus intéressants (M* — Y* — L*, etc.)
Il y a une chose que je ne réalise pas, c’est que je vais prendre le train pour Lorient…
Impression crasseuse déjà comme d’être enterré à Paris et de ne pas pouvoir en décoller… Cependant ce matin, en revoyant Lorient cet été 64, noyé de soleil tristement rayonnant, écrasé de chaleur, ce film me fascine toujours quand je le vois (ce n’est pas de l’orgueil), j’ai failli pleurer d’émotion ; c’est incroyable ce que j’aime cette ville et toute la Bretagne qui m’a littéralement séduit et envoûté…
Bon Dieu, il me suffit de survoler Groix… Comment dire tout ce que ça me fait… Et la mer, de Groix à Lorient : les montagnes de Kaolins, sur la côte, avec Delphine, qui y court, au loin : Quiberon, Carnac et tout au fond : Piriac. Bleu profond de la mer et du ciel ; nuages mélancoliques…
Il me faut retrouver, patiemment, me réveiller au rêve qui est ici la réalité… Construire la merveille…
Je vais partir, imaginons le voyage : départ au petit matin : Oh ! Que j’aime les départs, les grands départs, les merveilleux départs

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Je pars vers toi, vers l’amour et la mer…
Amour Amer, que je t’aime, que j’aime en toi les pierres et les vapeurs d’eau, les fleurs et le vent… Oh tes cheveux…
Je volerai vers toi dans les cyclones de fumée, dans les câbles électriques chantera le chant trépidant des techniques lancées en avant et à la suite de l’homme qui aime, souffre, vit et meurt…
Certes la vie est absurde, du moins le monde inhumain, mais nous la dotons d’un coefficient de merveille qui décuple nos forces et nos désirs de nous mettre à genoux pour embrasser la terre…
Voilà, je sens remonter en moi l’appétit des nuits du port de pêche… Déambulation dans l’ombre chargée de l’odeur marine, avec les pointillés des lumières électriques, les bateaux à quai…
Ah ce que j’ai pu rêver, imaginer, le long de ces quais, de cette mer verte…
Tu as les yeux bleus ! Quelle merveille ! Souvent je m’étonne et suis follement heureux que le sort m’ait donné tant de choses pour en jouir : le soleil, l’herbe, la mer, le sable, l’air, tes yeux, la pierre, le velours, les fleurs…
Mes limites… mes pauvres limites… Pauvre homme que je suis, simple homme, grattant la terre faiblement… Je trouve la vie merveilleuse…
Voilà, mon amour, je sais bien qu’il faut lutter et j’essaie…
Mais quelquefois je me dis que, même si l’impression d’être vaincu, je suis quand même heureux, et heureux d’un rien (de choses qui feraient rire la plupart des gens…) : un rayon de soleil, un éclat de lumière sur une feuille, un grain de blé, un ventre rond de femme enceinte, une miche brillante et brune… Alors, pourquoi m’empêcherais-je d’être heureux ? Pourquoi ne pas tendre le bras et saisir l’hirondelle en vol ?
À Lorient, ceux qui ont vécu (et que je n’aime pas forcément, mais ils ont composé le morceau de musique de mes deux ans maritimes…) Jean, Roselyne, Le F*, Annick, Annie, Yves et tant de visages, tant de corps…
Est-ce que je retrouverai l’impression que j’ai eue quand j’ai vu pour la première fois la place de la mairie, chien battu sous la pluie, enfoncé dans mon pardessus (il était neuf alors…), une brume d’humidité voilait de gris les maisons, adoucissait les angles, ouate de découverte…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – FAIT DIVERS

Plus que 2 jours… Il est 9 h 35. Je suis dans la cuisine. Au dehors : neige mais soleil du matin. Dans une cave du XXème, 15 Nord africains vivaient autour d’une chaudière. Asphyxie : morts… Cette monstruosité se passe de commentaires… Je réalise combien je suis heureux de pouvoir m’inonder des rayon du soleil… Certains n’ont même pas le droit à la lumière, à la chaleur, pas le droit à la vie. Seul le droit au travail, c’est-à-dire à l’exploitation…

Note écrite à 19 ans

VÉCU – 1ÈRE DES 4 FEMMES DE MA VIE : JOCELYNE

Ce matin, je ne vais pas en cours pour attendre le plombier qui doit venir réparer le chauffe-eau qui ne fonctionne pas ! Cet après-midi : composition de scénario. Je finirais vers 19 h ? Je rentrerai en bus. Ce matin je recopie le thème italien et je fais le devoir d’anglais. Demain jeudi : j’aimerais aller le matin acheter quelque chose pour Jo. Si je fais ça l’après-midi, après avoir déjeuné à Paris, j’irai à Sainte-Geneviève faire ma dissertation.
Après ça je passe à la gare pour la carte et le billet. Je réserve une place et je rentre au Blanc Mesnil. Vendredi matin il faudra décoller d’ici à 6 h. Donc : lever 5 h 15. Demain soir il faudra préparer mes bagages. Je n’emporterai pas grand-chose.

Note écrite à 19 ans

LCINÉMA – CRITIQUE DE FILM – JAMES BOND

[Il est difficile de cerner le phénomène « James Bond ». Personnellement je l’explique en envisageant la façon dont vit l’Amérique — et bientôt l’Europe…]      texte entre crochets : barré

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Relier les 2 dimensions dans un même espace par des glissements passant par des surfaces qui masquent et permettent de faire une coupure ( une fois le spectateur habitué, on peut employer le cut ) (fantastique) ← on peut y inclure le projet sur les plantes (exactement pareil)

1966.01.24_2

Note écrite à 19 ans

CINÉMA

On discute tellement parce qu’on ne peut pas être assez souvent près des films ou des œuvres (il viendra un jour ou des millions de copies seront tirées de « Charlot policeman » et tout le monde pourra les voir n’importe quand). Y aura-t-il encore des discussions ? En tout cas sera-ce les mêmes ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Reprendre l’idée de la pin-up qui sort du trou de la serrure mais en faisant de la serrure un gigantesque décor sur une scène (opéra) : la porte étant comme un mur et le cadre de la serrure à quelques mètres du sol. La fille sort, se laisse glisser et fait son numéro ou bien : trou de la serrure à hauteur de la scène ? A voir.

1966.01.27

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE

Dans la salle, dialoguant avec l’image : les spectateurs. L’image récite des textes ou accomplit des actions que certains dans la salle peuvent connaître : l’acteur ( le meneur de jeu ) est le catalyseur de la participation du public qui participe en complétant ou en devançant l’image.

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Nouvelle expression artistique métaphorique par la maîtrise des dimensions du monde : 2 hommes chacun dans un plateau d’une balance pour mesurer leur valeur ( monde où l’homme est en proie à des géants ( les capitalistes ) qui le manient à leur guise. Possible au cinéma ? Par les possibilités de trucage qui permettent une mobilité plus grandes des éléments de l’œuvre ( on peut introduire ou escamoter rapidement )

Note écrite à 19 ans

RÉFLEXION – MORT

Je ne peux pas mourir. Car si je mourais, ma conscience du monde s’éteindrait et le monde avec elle. Je dois donc nécessairement, même mort, vivre dans les conscience qui restent.
Le monde a besoin d’une conscience qui le regarde.
D’où il résulte que la conscience embrasse la totalité de l’univers. Car la moindre portion d’univers hors de portée de la conscience ne peut pas être…

Note écrite à 19 ans

Commentaire du 26 septembre 2015 :

Sous sa mégalomanie et son sophisme apparents, cette note n’est pas si fantaisiste : la conscience humaine produite par le cosmos n’est-elle pas un « miroir » dans lequel il se « réfléchit » et dans lequel il a « besoin » de se réfléchir ? On peut penser que tout ce qui est produit par l’univers a sa nécessité puisque cela existe ! Il en va pour la conscience humaine comme pour la plus petite météorite.

– Commentaire écrit à 68 ans

PSY

Cette nuit : rêves politiques. Impression que mon inconscient se reprend tout entier au seuil d’une joie peut-être nouvelle. Rêves où l’on sent des difficultés mais où on s’emploie les surmonter…

Note écrite à 19 ans

NOTES DE VISIONNAGE – GODARD – « BANDE À PART »

Trouvé intéressant dans « Bande à part » : un gars dans la salle, au premier rang, arrive en retard. On le voit en bas de l’écran : à ce moment, sur l’écran : Brasseur et Frey avec des bas noirs sur le visage. Aspect irréel.
Gens dans la salle dialoguent avec eux.
Irréalité ? Ce sont des spectres ? Fantastique ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE

Personnage ( dans la salle ) plaqué contre l’écran : image d’une porte qui s’ouvre ou d’un pan qui vient le frapper : il est rejeté loin de l’écran. (Si au départ : simple écran (sans acteur dans la salle) les gens croient que c’est un gros plan puis : changement)

Note écrite à 19 ans

ART – RÉFLEXION

Au départ le public était fasciné par l’art. Il croyait à la réalité de ce qu’on lui montrait (cf. Bazin) maintenant, l’art en équilibre instable. À la fois : illusion et franchise. L’évolution (qui serait un retour) vers un art plus solide, plus « traditionnel » (attention à ce mot), un art classique, ne réclame-t-elle pas un retour à l’illusion pure… ? (Cf. idée de l’image porte qui frappe les gens…) ? ?
Chercher à savoir où est l’art moderne (Pinter. La collection. Décors multiples ?) Comment fonctionne la dialectique ?

Note écrite à 19 ans

VÉCU – LECTURE

Tout à l’heure : j’attendais un livre au monte-charge de la bibliothèque Sainte-Geneviève : d’autres étudiants attendaient avec moi. Nous étions là à attendre. Autour : l’étendue de la salle, fronts penchés et notre petit groupe avide de livres, l’une assise sur une chaise, l’un assis sur une table, les jambes pendantes, l’autre assis sur cette même table, d’une jambe, l’autre s’appuyant au sol, un autre debout marchant, attendant…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Travelling latéral depuis : « À la mémoire de… etc. » → pour trouver le numéro cette place Saint-Michel etc. « (Voir plaques fontaine Saint-Michel) puis : vie du quartier…

Note écrite à 19 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

Pensé : reprendre l’idée des nuages qui descendent jusqu’à la surface de la Terre puis remontent → c’est la Terre qui se met à battre comme un cœur. Travailler ça. ( Un avion semble s’écraser verticalement au sol )

Note écrite à 19 ans

CINÉMA – RÉFLEXION

Nous désirons parfois saisir l’image du poisson ruisselant, dévorer le poulet rôti à la page 24 de « Femmes d’aujourd’hui », mais, puisque nous ne pouvons pas (encore ?) solliciter l’image, pourquoi l’image ne nous solliciterait-elle pas ?
Ainsi le poisson était « grandeur nature » et il était tentant… Ainsi le « cinéma-réalité », grandeur nature, doit être vrai et en même temps provoquer chez nous des prises de position, des réactions (par le film lui-même ou par des interventions externes ?)


Pourquoi pas un balancement cinéma-vérité ↔ cinéma-objet, balancement par exemple de la considération d’un objet en gros plan à la considération de cet objet en tant qu’image, dans la mesure où cet objet nous répugne et où nous préférons ne pas nous en approcher, ou inversement. N’y a-t-il pas toute une méthode à tirer de ça, par l’utilisation de distances diversifiées… ?

Note écrite à 19 ans

IDÉE – SPECTACLE – CINÉMA – RESNAIS

J’avais déjà pensé au projecteur qui s’allume et éclaire la salle (Resnais, « Muriel ». Théâtre = Delphine Seyrig qui éteint les lampes de son appartement ) Ici : un meneur de jeu dans la salle à un pupitre de commandes. Il manœuvre un levier→ l’image apparaît : un projecteur braqué sur la salle ( avec quelqu’un qui le manœuvre éventuellement ) Le film serait comme un meneur de jeu qui saurait qu’à tel moment le projecteur serait braqué, par exemple ,à peu près sur la partie droite avant de la salle mais qui, suivant les fauteuils où il y aurait des spectateurs, improviserait, disant « Vous, la jolie spectatrice du 3ème rang, 2ème fauteuil, etc… » et il engagerait un débat.

Note écrite à 19 ans

IDÉE – TECHNIQUE

Comme pour la peinture, il y a des zones de distance suivant lesquelles on prend l’image pour réalité ou pour image.
Il faudrait étudier ces zones.
Disons qu’un plan moyen (tel qu’au temps du muet), avec une marge de quelques mètres (combien, voilà la question !) peut ne pas être pris comme image. Le gros plan en revanche n’a pas d’équivoque. Il faut s’éloigner de beaucoup pour établir la réalité (en passant au P.M)
Impression d’être à l’aube d’une nouvelle étude…

Note écrite à 19 ans

IDÉE – TECHNIQUE

Reprendre l’idée de varier les dimensions, la taille des objets en faisant varier la focale du projecteur ( on passe ainsi du cinéma-image au cinéma-réalité et vice versa ) Balancement,Glissement. En faisant varier les dimensions d’une porte, on la fait prendre comme une vraie porte ou pour un portail gigantesque, peut-être celui de l’enfer ? Et, en faisant le noir dans la salle, entre les 2, en changeant de décor, d’acteurs, de costumes, etc… on change le spectacle et on donne à l’image une valeur nouvelle et chaque fois différente ( et même antithétique )

Note écrite à 19 ans

LITTÉRATURE

Aujourd’hui, j’ai fait une exposé avec Astre : interprétation de « L’étranger ». Si Meursault tue l’Arabe, c’est parce qu’il voit briller sur le couteau le reflet du soleil → Soleil = père. Nécessité du tuer le père pour devenir soi-même…

Note écrite à 19 ans