VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

Je l’ai revue. Un instant seulement. Elle m’a revu aussi. Nous sommes arrêtés pour nous regarder. J’ai été frappé de stupeur et d’une joie si énorme qu’elle en est devenue douloureuse, paralysante. Je n’ai pas pu lui parler et je suis reparti, hagard, tremblant comme un enfant. Jusqu’au soir j’ai été plongé dans une nervosité incroyable. Je l’ai revue. C’était il y a environ une semaine. Il faut que je sache le jour exact. Nous nous sommes arrêtés pour nous regarder. J’ai été frappé de stupeur et d’une joie si énorme qu’elle en est devenue douloureuse, paralysante. Je n’ai pas pu lui parler et je suis reparti, hagard, tremblant comme un enfant. Jusqu’au soir j’ai été plongé dans une nervosité incroyable. Je l’ai revue. C’était il y a environ une semaine. Il faut que je sache le jour exact.


Cette rencontre m’a procuré plus de bonheur que de surprise car je l’attendais un peu. En fait j’ai écrit  « En souvenir d’Annick… » mais je me demande si j’ai jamais réellement pensé à elle comme à un « souvenir ». En réalité je m’efforçais de la considérer comme disparue pour toujours de ma vie, mais elle y est reparue et j’attendais cela.


J’ai revu Danielle, sa soeur, aussi, ce soir, elle m’a parlé d’elle. Quand je pense que c’est d’abord elle qui m’a attiré… Il est vrai qu’elles se ressemblent beaucoup, mais cependant elles ont de grosses différences.


Danielle est plus assurée, plus rieuse que sa sœur. Elle est plus vieille. Cette rencontre avec Danielle (qui m’a d’ailleurs autant paralysé et bouleversé que celle avec Annick) est une confirmation. Je ne peux plus douter maintenant qu’Annick a reparu sinon dans ma vie du moins dans mes pensées.


Cette nuance est importante, car elle signifie qu’il me faut choisir une ligne de conduite : j’aime Annick, je pense à elle, mais elle n’est pas réellement engagée dans ma vie.
Vais-je tout faire pour cela ? Suis-je assez sûr de tout ? De moi, d’elle, de mes souvenirs, de l’avenir, des autres, du destin ?


J’ai l’impression d’être au seuil de quelque chose, sur le pas d’une porte, mais une porte qui ouvrirait sur quoi ?


Il peut ne rien se passer : je la revois (car je la reverrai certainement d’une façon d’une autre), je me raisonne et me fais passer pour indifférent… Toute l’histoire s’écroule ou plutôt ne s’écroule même pas, car elle ne commence pas.


Mais je sais bien que je n’en ferai rien. Je l’aime trop pour cela. En fait, je ne sais pas ce que l’avenir me réserve et j’aimerais le savoir.


Quoi qu’il en soit, je suis sûr d’une chose : je vais la revoir, je la reverrai et, comme j’ai besoin d’elle, je resterai avec elle jusqu’au bout.


(Je sais que ces notes sont stupides et ne servent à rien, pas même à mettre mes idées au clair. Il y avait longtemps que je ne faisais pas quelque chose emporté par ma sensibilité, contre ma raison.)

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

J’ai écrit « Nous sommes ensemble et cela suffit. » Le danger n’est-il pas dans le fait que, justement, nous ne sommes pas ensemble ?


 Car enfin une fille que je ne connais pas, si je ne la vois qu’une fois par semaine, est-ce suffisant pour bien la connaître ? Et sinon peut-on aimer et continuer à aimer longtemps quelqu’un qu’on ne connaît pas ?


 En vivant tous les jours avec elle je pourrais l’aimer sans la connaître, mais en la voyant si peu souvent…

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

J’étais arrivé à la confiance et il faut tout recommencer. Mais je n’ai pas peur, je me remet à cette tâche, conquérir une femme, sa confiance, sa compréhension. C’est si beau, et si tendre, cet animal qui pose sa tête sur votre épaule et le vent qui passe dans  ses cheveux. Elle tremble de froid contre vous et vous la réchauffez en mettant vos deux bras autour de ses épaules.

Note écrite à 17 ans