LIRE – SCIENCE-FICTION – FANTASTIQUE

17 ans

Ces notes ont été reprises après mon départ de Paris à Lorient

– Aandhal Vance (Am) :  « When the lilacs last in the bloomed dooryard » (Là où poussaient les lilas)
— Demuth Michel (FR) :  « Lune de feu »,  « Les huit fontaines », « L’homme de l’été »
—  Borges Jorge Luis (Argent) :  « La loterie à Babylone »
—  Raabe Juliette (FR) :  « Gare ton doigt de l’ondoingt »
—  Nathalie Charles Henneberg :  « La terre hantée »
—  Ehrwein Michel :  « Les voix dans le désert »
— Veillot Claude :  « Encore peu de caviar »
— Battin Marcel
— Georghiu Georges :  « Heureux comme Dieu en France »
—  Malaval Suzanne :  « Le temps des sortilèges » → [ « point féminin godin caraca secuto c’est le principal moyen de la faringo »] ( « Ce merveilleux matin »)
— Seriel Jérôme :  « Le satellite artificiel »
— Klein Gérard :  « Un chant de Pierre »
— Drode Daniel :  « Dedans »
— Simak Clifford :  « La vermine de l’espace »
— Osterrath Jacqueline :  « Le rendez-vous de Samarkande »
— Russ Joanna :  « Émily chérie »
—  Ballard J. G. :  « Le sel de la terre », « Le jardin du temps »
— James R. Montague :  « Le conte Magnus »
—  Bram Stoker :  « La maison du juge »
— Aldyss Bryan :  « Jusqu’en ton sein »
— Seignolle Claude :  « Delphine »
— Cortazar Julio :  « Les fils de la vierge »
— Sternberg Jacques :  « Le reste est silence »
— Budris Algys :  « Menaces dans le ciel »

Note écrite à 17 ans

VÉCU – CINÉMA

1/ 13 octobre  « Goupi mains rouges » (Jacques Becker),
2/ 27 octobre  « Dossier noir » (Cayatte),
3/ 17 novembre  « La strada » (Fellini),
4/ 8 décembre  « Celui qui doit mourir » (Jules Dassin),
5/ 12 janvier  « La mort de Siegfried » (Fritz Lang) (mené la discussion de la mort de Siegfried),
6/ 26 janvier  « Fantôme à vendre » (René Clair),
7/ 9 février  « La chaîne » (Stanley Kramer),
8/ 15 mars  « La belle et la bête »,
9/ 12 avril  « Johnny Guitar » (Nicolas Ray), 10/ 26 avril  « L’idiot »

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES

Surprise partie    Hélène Françoise Michèle Évelyne Chantal Anne G. Annie T. Dominique Martine Maryse Roselyne (Marie Paule ?) —– Robert Yves Patrice Maurice Gérard Jean-Paul Bernard Louis Jean Michel Jacky —– surpat

Note écrite à 17 ans

Commentaire du 25 décembre 2011 :

Je me souviens que j’étais « amoureux » d’Annie T. et quand, prenant mes désirs pour des réalités, j’ai écrit nos deux prénoms au noir de bougie au plafond de la cave où avait lieu la surpat, elle avait vivement protesté, n’ayant aucune attirance pour moi. Je me souviens aussi que, plus tard, Hélène A* a été assassinée à coups de marteau par son mari, ainsi que ses enfants, je crois. Combien a-t-il fait de prison ? Est-il encore vivant ? Que fait-il, s’il vit ?

 – Commentaire écrit à 65 ans

VÉCU – RÉFLEXION

Que faire lorsqu’on apprend que quelqu’un qu’on n’appréciait pas tellement pour sa façon de vivre est atteint d’un cancer et n’en a plus pour longtemps à vivre ?


Je n’ai pu empêcher de me sentir coupable. Que je ne sache pas de quoi n’empêche pas que je le sois. Si l’on considérait les gens, quelle que soit leur situation et leurs mœurs, avec le même détachement et le même amour, on n’aurait pas à se sentir coupable.


Là encore il faudrait distinguer celui qui agirait ainsi par désir d’un engagement philosophique valable de celui qui le ferait pour pouvoir se mettre à l’abri de son sentiment de culpabilité


Dans mon cas, pour moi qu’un effort de réflexion n’a pas su mettre à l’abri des impulsions partiales et des mépris injustifiés, la plus simple honnêteté intellectuelle ne consisterait-elle pas à continuer d’avoir honte, c’est-à-dire de mépriser l’autre… ?


Mais ce qui me fait honte c’est que je ne peux pas être dans une situation claire car, maintenant que je sais, je ne peux même plus le considérer comme avant. Je ressens ce foutu truc atroce qu’on appelle de la pitié.


J’ai honte de moi et je me sens plus méprisable que lui d’avoir de la pitié pour lui.


Je ne le connais pas. Raison de plus car le problème n’apparaît que mieux lorsqu’il est posé par n’importe qui.


Une seule chose peut me sauver : un rapport à n’importe qui, j’essaye (sans y arriver tout le temps) d’adopter une position qui, sans être méfiante, soit « expectative », j’observe ses gestes, ses paroles et dans ce temps d’observation, par bonheur, je ne juge pas. Par bonheur je n’avais pas encore jugé ce type quand j’ai su.


Je ne le méprisais pas encore.


Seul le regard vigilant, lucide, plein d’amour, qu’on pose sur les gens peut nous sauver encore


Que me reste-t-il à faire ?


Continuer à l’observer comme je le faisais et toujours, surtout, avoir honte parce que j’allais le juger.


La Mort remet les choses à leur place. Je n’ai qu’à fermer ma gueule.

(Un an plus tard : ) J’ai revu ce gars-là un an après toujours aussi bien portant qu’au premier jour. Il n’a rien. Il ne fait rien non plus.

Note écrite à 17 ans

RÉFLEXION

L’homme qui ne parle pas. Au travail, il affûte un crayon, choisit une plume, en rejette une autre, d’un air négligent, sifflote, répond aux questions des autres ; il s’en va ; dans le métro, il lit, peut-être, ou bien voit les autres sous leurs regards. —– Il arrive chez lui. —– Il mange vite ; il ne tient pas compte de sa famille, il lui répond vaguement. Il se lève, il redescend chez lui. Il se déchausse, se déshabille, se couche, se met à fumer. —– Sa journée se termine là. Ça débouche sur quoi ? Ça débouche sur rien, ou peut-être sur lui-même.


Comment savoir ? Comment arriver là ? —– Éviter l’humiliation, la condescendance. —– Aimer les gens n’autorise pas qu’on leur passe des faiblesses, aimer nécessite qu’on prenne ses distances et qu’on les garde. —– Il faut acquérir le calme d’une réflexion intime, intérieure. Ne se livrer que peu à peu, par bribes et par certains moyens bien établis. Dans des cadres soigneusement délimités, selon des règles préalablement explorées.


Éviter les gestes impulsifs. Rester calme avant tout. La Nervosité fait perdre ses moyens et mène aux fautes.

Note écrite à 17 ans

CITATION – LITTÉRATURE – GIRAUDOUX

« Le grand théâtre est celui qui convainc des esprits déjà convaincus, qui émeut des âmes ébranlées, éblouit des yeux déjà illuminés, et qui laisse à son terme les spectateurs avec l’impression d’une preuve, la preuve de leur sensibilité et de leur époque. »

Note écrite à 17 ans

VÉCU

Je reprends ces notes après un temps assez long d’interruption. J’ai passé mon 1er bac (réussi) et je vais entrer en philo. Je compte ne pas me laisser aller à l’habitude et conserver ma curiosité philosophique. J’ai longtemps attendu cette classe. Je sais qu’en un sens elle me décevra mais je crois qu’une réflexion personnelle pourra me satisfaire et j’aurai la garantie (ce qui est important pour moi) que se poser des questions ne sera pas ( plus ) incongru et pathologique.

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX – ÉCRITURE

« Ami, je t’offre un pot ; vide cette canette.
Laisse-moi de parler d’une douce nénette,
Qu’un soir j’ai rencontrée, au bal, un bal paumé,
Un d’ces guinches de cambrousse que jamais j’oublierai… »

– (en souvenir d’Annick, la seule « merveille » à laquelle j’aie eu droit depuis mon enfance)

Note écrite à 17 ans

VÉCU – AMIS

Je repense souvent à toi, Bruno, j’aimerais bien te revoir, tu es le seul de mes amis que je regrette vraiment. J’ai passé avec toi des moments vraiment formidables et tu m’as fait découvrir beaucoup de choses. Je me demande si tu te souviens encore de moi. On s’est perdus de vue bêtement et je me demande ce que tu es devenu.

–  Note écrite à 17 ans

Commentaire du 28 novembre 2011 :

Quelques années plus tard, j’ai revu ce garçon : il était marié, « rangé », il me regardait avec stupéfaction (devant moi ? devant lui ? devant nous ? nous d’alors ? nous d’autrefois ?) Il  était devenu banal, il n’avait plus « la flamme », lui qui avait essayé de se suicider « par surréalisme ». Une déception horrible

Commentaire écrit à 64 ans

CINÉMA – CRITIQUE DE FILM – OLMI

Notes sur quelques films :  « Il posto »

Ce film se rattache à une tradition  « classique » du cinéma, celle des Hitchcock, des Bergman, ou même des Lang. La tradition, je ne dirais pas du symbole, le mot est trop vague, trop limité, mais plutôt de l’allégorie.


Il y a plusieurs niveaux dans le cinéma. Pour l’instant distinguons-en deux. Nous verrons plus tard qu’il y en a un troisième. Au premier niveau : les primitifs : l’avant-garde des Delluc, Dulac, Richter (mais pas Buñuel) en est le parfait exemple. Ceux qui croient à la vertu visuelle de l’image et ne cherchent qu’à provoquer des sensations. Ce fut le but avoué ou inavoué de tout une partie du cinéma naissant, expressionnisme inclus. Au second niveau, supérieur bien entendu, les classiques ou symbolistes.


Malgré tout, pour bien faire comprendre quoi consiste ce second niveau, il faut parler du troisième et les distinguer.


Dès que le cinéma dépasse la sensation visuelle, dès que l’image n’est plus uniquement image et tend non plus à vous impressionner mais à signifier pour nous, le cinéma diverge dans deux directions différentes. C’est d’abord le deuxième degré :. Un exemple :  « Il posto » d’Ermano Olmi et plus particulièrement la fin du film : gros plan sur le visage du petit employé. Il s’assoit au bureau qu’on vient de lui assigner et relève la tête : en face de lui une ronéo débite sa paperasse. On la devine, car elle est hors champ, à son bruit régulier et monotone. Fermeture au noir, le film se termine sur ce bruit cadencé.


Il est évident que ce dernier plan du petit employé accompagné de ce bruit est un symbole. Symbole de l’enlisement du bureaucrate dans le papier.


D’autres en imagineront une autre, mais la phrase qui m’est venue à l’esprit en voyant ce dernier plan est :  « Il passera sa vie dans la paperasse » et même plus schématiquement je crois bien qu’un mot seul a jailli dans mon esprit :  « Paperasse ».


 Les films du second niveau sont tels qu’ils font jaillir en vous des noms, ou des phrases mais de toute façon des mots. Au second niveau, l’image se transmue en langage. Le réalisateur a ces mots dans la tête avant de tourner, il les a peut-être même écrits sur le script et tout le film consiste à tourner des plans qui aboutissent à répéter ces mots. Je parle d’allégorie car dans ce dernier cas l’image mène à des noms ( « Liberté, Mort, Bonté » etc.) et que les noms sont le langage à l’état pur. Ainsi  « Il posto » est l’allégorie de la déesse  « Paperasse » (qui règne sur notre civilisation) et en cela c’est un grand film classique. Les films à scénario sont les allégories des scénarios

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

Je l’ai revue. Un instant seulement. Elle m’a revu aussi. Nous sommes arrêtés pour nous regarder. J’ai été frappé de stupeur et d’une joie si énorme qu’elle en est devenue douloureuse, paralysante. Je n’ai pas pu lui parler et je suis reparti, hagard, tremblant comme un enfant. Jusqu’au soir j’ai été plongé dans une nervosité incroyable. Je l’ai revue. C’était il y a environ une semaine. Il faut que je sache le jour exact. Nous nous sommes arrêtés pour nous regarder. J’ai été frappé de stupeur et d’une joie si énorme qu’elle en est devenue douloureuse, paralysante. Je n’ai pas pu lui parler et je suis reparti, hagard, tremblant comme un enfant. Jusqu’au soir j’ai été plongé dans une nervosité incroyable. Je l’ai revue. C’était il y a environ une semaine. Il faut que je sache le jour exact.


Cette rencontre m’a procuré plus de bonheur que de surprise car je l’attendais un peu. En fait j’ai écrit  « En souvenir d’Annick… » mais je me demande si j’ai jamais réellement pensé à elle comme à un « souvenir ». En réalité je m’efforçais de la considérer comme disparue pour toujours de ma vie, mais elle y est reparue et j’attendais cela.


J’ai revu Danielle, sa soeur, aussi, ce soir, elle m’a parlé d’elle. Quand je pense que c’est d’abord elle qui m’a attiré… Il est vrai qu’elles se ressemblent beaucoup, mais cependant elles ont de grosses différences.


Danielle est plus assurée, plus rieuse que sa sœur. Elle est plus vieille. Cette rencontre avec Danielle (qui m’a d’ailleurs autant paralysé et bouleversé que celle avec Annick) est une confirmation. Je ne peux plus douter maintenant qu’Annick a reparu sinon dans ma vie du moins dans mes pensées.


Cette nuance est importante, car elle signifie qu’il me faut choisir une ligne de conduite : j’aime Annick, je pense à elle, mais elle n’est pas réellement engagée dans ma vie.
Vais-je tout faire pour cela ? Suis-je assez sûr de tout ? De moi, d’elle, de mes souvenirs, de l’avenir, des autres, du destin ?


J’ai l’impression d’être au seuil de quelque chose, sur le pas d’une porte, mais une porte qui ouvrirait sur quoi ?


Il peut ne rien se passer : je la revois (car je la reverrai certainement d’une façon d’une autre), je me raisonne et me fais passer pour indifférent… Toute l’histoire s’écroule ou plutôt ne s’écroule même pas, car elle ne commence pas.


Mais je sais bien que je n’en ferai rien. Je l’aime trop pour cela. En fait, je ne sais pas ce que l’avenir me réserve et j’aimerais le savoir.


Quoi qu’il en soit, je suis sûr d’une chose : je vais la revoir, je la reverrai et, comme j’ai besoin d’elle, je resterai avec elle jusqu’au bout.


(Je sais que ces notes sont stupides et ne servent à rien, pas même à mettre mes idées au clair. Il y avait longtemps que je ne faisais pas quelque chose emporté par ma sensibilité, contre ma raison.)

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

J’ai écrit « Nous sommes ensemble et cela suffit. » Le danger n’est-il pas dans le fait que, justement, nous ne sommes pas ensemble ?


 Car enfin une fille que je ne connais pas, si je ne la vois qu’une fois par semaine, est-ce suffisant pour bien la connaître ? Et sinon peut-on aimer et continuer à aimer longtemps quelqu’un qu’on ne connaît pas ?


 En vivant tous les jours avec elle je pourrais l’aimer sans la connaître, mais en la voyant si peu souvent…

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

J’étais arrivé à la confiance et il faut tout recommencer. Mais je n’ai pas peur, je me remet à cette tâche, conquérir une femme, sa confiance, sa compréhension. C’est si beau, et si tendre, cet animal qui pose sa tête sur votre épaule et le vent qui passe dans  ses cheveux. Elle tremble de froid contre vous et vous la réchauffez en mettant vos deux bras autour de ses épaules.

Note écrite à 17 ans

VÉCU – FEMMES – ANNICK DE GROIX

Annick est sortie de ma vie comme elle y est entrée, brusquement, merveilleusement, tragiquement. Un bateau qui vire de bord et sort du port en disparaissant derrière un môle, de la brume et la ville qui continue à vivre autour. Je dis qui continue à vivre, mais rien n’est mort. Mon histoire a été telle que je l’avais rêvée et prévue, courte, histoire sans histoire, en somme. Si on totalise les heures passées avec elle, on arrive à peine peut-être à une nuit entière. Commencée au début de la nuit, dans un petit bal, elle s’achève à l’aube, sur un embarcadère, à l’aube d’une nuit étirée, allongée à quatre mois. Un rêve très bref et très beau. Un espoir insensé, un petit visage maigre et triste. Un rêve dont on garde vivace encore au matin le souvenir précis et vague à la fois, un rêve qui pourrait être une réalité, on ne sait pas trop si on l’a vécu ou non.


 Je lui ai écrit après n’être pas allé la chercher au bateau. Je lui ai dit que j’avais bien compris son indifférence et que je n’insistais pas. Elle m’a confirmé cela en écrivant à son tour.


 Après cela, je l’ai revue une fois au ciné-club ( « Noblesse oblige »). Nous nous sommes ignorés. Je l’ai revue ensuite en passant en voiture. Je me suis arrêté, je lui ai parlé. Elle était intimidée par mon frère. Je l’ai revue avec sa sœur et un gars un dimanche en ville. Elle a fait comme si elle ne m’avait pas vu.


 Puis je l’ai revue à la quinzaine de la Tchécoslovaquie. Elle m’a dit bonjour de loin en me souriant. Les choses étaient redevenues normales. Je l’ai encore revue au ciné-club ( « La jetée »). Elle m’a dit bonjour.


 C’est donc terminé, d’ailleurs le jeu avait assez duré. Ce n’est plus de mon âge. En m’y laissant prendre, je voulais secrètement retomber en enfance. J’y ai réussi. Il fallait bien redevenir une grande personne. À part ça je pars pour Paris après-demain. Multitude de sentiments complexes et contradictoires. Impression de retrouver quelque chose de connu et d’inchangé. Peur de l’ennui. Plus d’exaltation après l’annonce que Jocelyne restait. M’étais fait  des idées sur ces vacances. La vie nous détrompe toujours. Suis curieux comparer ces impressions pré-parisiennes avec ce que je ressentirai en revenant et sur le moment.


 J’essaierai de  penser à reprendre ce carnet à mon retour de Paris après les vacances de Noël.

 – Note écrite à 17 ans