CITATION – LITTÉRATURE

« La mort triste » (Histoire comique des États et Empire du Soleil, de Cyrano de Bergerac)
« Ceux d’entre nous qui ont la voix la plus mélancolique et la plus funèbre sont délégués vers le coupable qu’on porte sur un funeste cyprès. Là, ces tristes musiciens s’amassent autour de lui et  lui remplissent l’âme, par l’oreille, de chansons si lugubres et tragiques que, l’amertume de son chagrin désordonnant l’économie de ses organes et lui pressant le cœur, il se consume à vue d’œil et meurt suffoqué de tristesse. »

– Note écrite à 16 ans

IDÉE SCÉNARISTIQUE

( Au royaume des oiseaux )

– Plan 1 : panoramique lent et assez court jusqu’à cadrer un pigeon qui s’envole dans le sens du mouvement de caméra ( bruit d’ailes de l’oiseau )

« Ceux d’entre nous qui ont la voix la plus mélancolique… »

– Plan 2 : fixe sur une corneille qui s’envole dans le sens inverse du premier. ( bruit d’ailes )

« …et la plus funèbre… »

– Plan 3 : Plan général d’une partie de forêt où les cyprès voisinent avec des bouleaux. ( silence d’ailes)

« …sont délégués vers le coupable qu’on porte sur un funeste cyprès. »

– Plan 4 : Panoramique lent sur des feuillages mouillés de pluie ( bruit d’ailes )

« Là, ( on désigne un endroit ) ces tristes musiciens s’amassent tout autour et lui emplissent l’âme, par l’oreille, de sons si lugubres et si tragiques que, l’amertume de son chagrin désordonnant l’économie de ses organes… »

– Plan 5 : Travelling arrière s’éloignant d’un homme assis, la tête dans ses mains, immobile.

« …et lui pressant le cœur, il se consume à vue d’œil et meurt suffoqué de tristesse… »

( Tout de suite après la fin du commentaire : musique ? )

– Fermeture au noir.

– Note écrite à 16 ans

CITATION – RÉFLEXION

Miracle ! La notion de « fin » m’apparaît soudain acceptable… Tout est une question de moyens (ça se concilie avec Bachelard et Laborit) : On se fixe une fin, un but donné, et la pensée intuitionnelle, par-dessus le raisonnement, découvre les moyens d’y accéder. Mais le temps n’est pas dilué, ainsi, car LA NOTION DE FIN DOIT ÊTRE VÉCUE AU PRÉSENT PAR LE CHERCHEUR…
La finalité n’est pas le terme d’un voyage, elle est rationalisation de l’intuition : si bien que ce n’est pas la fin qui justifie l’intuition (les moyens) mais l’intuition qui justifie la fin… Les deux notion sont du même ensemble, dans le même temps… Le chercheur moderne doit s’entraîner à se fixer une fin et à l’atteindre le plus vite possible, par l’intuition…
Une question (la finalité) non résolue risque, à moins d’un dur exercice, de perdre ses valeurs «d’actualité» et nous pousse à employer d’autres moyens de l’atteindre que l’intuition. Mais, arrivé à un certain stade de la recherche intuitive, les questions se résolvent très vite et à un autre stade plus lointain, elles ne peuvent plus se poser, on ne sait plus dans quelle direction en marche, quel est le but… (pour l’instant)
On ne peut pas ramener la recherche intuitionnelle à la poursuite de finalités «sociales» recherchées par la société car on s’aperçoit assez tôt que ces finalités sont dépassées, elles ne suffisent pas. Il n’y a donc pas de scrupules à avoir pour prendre ces finalités, «sociales» ou non, comme des prétextes, car l’intuition ayant atteint un premier but, continuant sur sa lancée, elle se jette à la poursuite d’une nouvelle fin, née à la fois de cette intuition qui a besoin à prétextes et de la finalité précédente.
Ainsi l’intuition d’un moment contient les intuitions de tout le temps, et, en ce qu’elle est en elle-même le principe d’une résolution d’un temps «problématique», d’une concentration d’un univers en convergence, elle constitue en elle-même une morale mais une morale constamment réalisée, à la différence de la morale traditionnelle.
Cette morale est collectiviste puisque l’intuition nécessite les prétextes des finalités collectives, sociales. L’interdépendance de l’intuition et du social les range dans le même ensemble dont chacun des deux éléments est aussi le tout et, de cette façon, la morale intuitionnelle est également une morale « socialiste »… (pour l’interdépendance Cf. Paul Guillaume —- notes sur la « Psychologie de la forme  ») 

– Note écrite à 16 ans

RÉFLEXION

« L’invocation des prétextes sociaux de l’intuition est une sorte de rationalisation de la recherche, à cela près que cette rationalisation est une projection abstraite seulement d’une certaine façon, dans un « abstrait » vécu qui peut avoir le goût exaltant des cafés ouverts la nuit. Cette rationalisation est une « utilisation », un mode de rendre utile à la société l’intuition. La notion d’utilitarisme doit donc être englobée dans la morale intuitionnelle mais elle n’est pas une morale à elle seule.

– Note écrite à 16 ans

RÉFLEXION

Voilà résolu le problème de l’espace.


Pour parvenir à l’abstrait, il s’agit « d’épurer » le concret. C’est le rôle du mouvement qui fait sentir la non-opacité de la matière, qui fait sentir la tendance des objets à éclater, à diluer leur matière corpusculaire, et à se concentrer en un espace universel.


L’espace, le rien a ainsi l’opacité nouvelle d’une nature transformée en convergence. (Pas), le tout.

– Note écrite à 16 ans

RÉFLEXION

« Le temps passe ou ne passe pas, c’est la même chose. »


Un temps très long, très étendu, équivaut au temps très court de la micro durée, ce temps très étendu, c’est celui qui « ne veut pas passer ».


Peut-être sont-ce des temps humains, mais peut-être non, les théories de l’univers convergent tendraient à le prouver..

– Note écrite à 16 ans

Commentaire du 21 novembre 2011 :

Carnets encore… car je repense à cette notion de « micro-durée » conçue à 16 ans (sic ! ) : j’avais été frappé par le fait que dans certains cas (le rêve – l’intuition – le réflexe) on trouvait, concentrée dans une durée très brève, une « micro-durée », une série d’opérations psychiques très nombreuses et complexes, qui étaient comme « repliées » dans cette « micro-durée », mais qui, si on les « dépliait », occuperaient une durée infiniment plus longue…Je ne suis pas allé plus loin que cette simple notion, mais, presque 50 ans plus tard, j’ai découvert, en relisant mes carnets, qu’elle était réellement prémonitoire, en ce qu’elle anticipait sur l’irrésistible évolution qu’a suivie notre société, à travers l’informatique, le développement des communications, la multiplication des déplacements et l’accroissement de la vitesse : certes, la « micro-durée » ne siège pas dans le cerveau de l’individu (sauf cas évoqués au début), mais dans cette sorte de « psychisme planétaire » qui est comme une « extension » du psychisme individuel !

– Commentaire écrit à 65 ans